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ROGER MARTIN DU GARD

DANS SON CHÂTEAU DU TERTRE À BELLÈME


 

 

ROGER MARTIN DU GARD, VIE ET OEUVRE

Roger Martin du Gard (ce nom vient du fait qu'un de ses ancêtres possédait la ferme "du Gard" en Bourbonnais) est né à Paris en 1881 dans une famille de magistrats et de financiers (son père était avoué au Tribunal de première instance de la Seine).

Il entre à l'Ecole des Chartes et obtient, avec une étude sur les ruines de l'abbaye de Jumièges, un diplôme d'archiviste-paléographe (1905). Cette formation le marqua durablement : "J'ai été un mauvais chartiste. J'y ai, du moins, découvert des méthodes de travail, une probité, qui m'ont servi énormément, qui servent encore chaque jour. Libre aux couillons d'en rigoler." (lettre à Jean-Richaud Bloch, 1935).

En 1906, il épousa Hélène Foucault, dont il eut, l'année suivante, une fille, Christiane. Même ce mariage ne l'incita pas à chercher un emploi stable, dont il n'avait d'ailleurs nul besoin pour vivre. En effet, depuis son enfance, il avait décidé de faire carrière dans le roman.

Il se livra d'abord avec obstination à plusieurs essais peu heureux (Devenir, 1908). Puis, au Verger d'Augy, près de Sancergues, chez son arrière-grand-mère maternelle, il travailla pendant trois ans à un roman dialogué, Jean Barois, qui, refusé par Grasset mais soutenu par Gide, parut en 1913. Ce livre, un roman dialogué dont le personnage principal soutient la lutte des Dreyfusards et des courants rationalistes, le fit connaître des milieux de la Nouvelle Revue Française, et particulièrement d'André Gide et de Jacques Copeau.

Aussitôt après, Martin du Gard se livra à une autre de ses passions, le théâtre. Admirateur d'Antoine et du Théâtre Libre, il écrivit une farce paysanne en trois actes, Le Testament du Père Leleu, qui, au printemps 1914, fut montée par Jacques Copeau au Vieux-Colombier. Cette l’histoire d’un vieux bourrelier qui prend la place d’un mort afin d’hériter à la fois de son bien et de sa servante obtint un grand succès, qui se prolongea jusqu’en 1938 avec son entrée au répertoire de la Comédie Française.

De 1914 à 1919, Martin du Gard fut engagé dans la guerre, précisément dans le groupe Transport Automobile, chargé du ravitaillement des fronts du Nord et de l'Est.

Démobilisé en février 1919, il songea à reprendre une activité théâtrale avec Copeau (dont sa femme, Hélène, dirigeait l’atelier de costumes). Mais, bientôt, il décida de revenir au roman. Il s’installa d’abord au Verger d’Augy, puis dans une "étroite bicoque" qu’il avait achetée à Clermont, dans l’Oise. Il y prépara un vaste roman, "l’histoire de deux frères", qui s’intitulera Les Thibault. En mai 1920, il en dressa le plan, puis il accumula un monceau de fiches; enfin, pendant quatre ans, de 1920 à 1924, il vécut cloîtré pour travailler aux trois premières parties de cette œuvre.

Profitant d’un bref séjour dans l’île de Porquerolles en 1922, il esquissa une seconde farce paysanne, La Gonfle (qui ne sera publiée qu’en 1928 dans la N.R.F). C’est une pièce "fort facétieuse sur le sujet d’une vieille femme hydropique, d’un sacristain, d’un vétérinaire et d’une pompe à bestiaux".

Mais la grande affaire restait Les Thibault, dont les trois premiers titres furent publiés en 1922-1923 : Le Cahier gris, Le Pénitencier, La Belle saison. Cette histoire de deux frères, de deux familles que bouleverse la première guerre mondiale est inspirée dans sa composition par le roman Guerre et Paix de Tolstoï.


Roger Martin du Gard a toujours eu besoin, pour travailler, du calme de la campagne. Or son beau-père, Albert Foucault, possédait dans les collines du Perche, près de Bellême, le domaine du Tertre.

Gilles Bry de la Clergerie, avocat au Parlement de Paris, propriétaire de riches fermes en bordure de la forêt de Bellême y avait fait construire un rendez-vous de chasse dans la deuxième moitié du XVIIe siècle sur une partie élevée de ses terres, le Tertre. L'accès se faisait par la route royale de Paris sur un chemin tracé en ligne droite sur 1km et qui se prolongeait en forêt jusqu'au carrefour dit "de la Reine Blanche de Castille".
Le Tertre ayant été épargné par la Révolution, Joseph Abrial, ministre de la justice de Napoléon, son nouveau propriétaire, prolongea l'édifice par deux ailes latérales, transforma les parties cultivées en un parc orné de statues et de fabriques. Il utilisa pour cela les revenus des six fermes alentour. Il aurait voulu aussi sa part de la forêt domaniale de Bellême, mais Napoléon la lui refusa, trop soucieux de ses constructions navales.

Roger Martin du Gard, qui avait découvert le Tertre dès 1906, l'acheta en 1924, grâce à l'héritage de ses parents, et y entreprit des travaux qui lui permirent de s'y installer à l'automne 1926. Il fit des aménagements intérieurs, notamment pour établir sa bibliothèque et son bureau. Il voulut surtout que le Tertre fût une maison pour écrire et pour recevoir des artistes et des écrivains.

Il eut soin aussi d'embellir le jardin avec deux allées symétriques conduisant, en contrebas, à un bassin qu'il dessina lui-même. Il ouvrit des perspectives sur les champs et les bois alentour et fit dégager une allée de thuyas au milieu des prés. Il garda une statue de Diane chasseresse installée sous le Premier Empire et y ajouta une statue de Flore, alors qu'une fausse grotte surmontée d'un petit temple du Philosophe qui rappelait les parcs à fabriques du XVIIIe siècle. Enfin, pour l'installation hydraulique, il remplaça une éolienne assez laide par le système traditionnel du "bélier".

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L'écriture des Thibault avançait alors régulièrement : en 1928-1929 furent publiés les trois titres suivants, La Consultation, La Sorellina et La Mort du père.

En 1929, sa fille unique, Christiane (22 ans) épousa un homme de 48 ans, Marcel de Coppet, administrateur des colonies (qui sera révoqué de ses fonctions de gouverneur par le maréchal Pétain en 1941). Roger Martin du Gard désapprouva ce mariage, après lequel il n’eut plus pour sa fille "que de l’indifférence".

Un accident d'automobile, le 1er janvier 1931, le conduisit dans une clinique, puis en convalescence près d'Avignon. Découragé à l'avance par les quinze volumes qui lui restaient à écrire pour la suite des Thibault et — bien que Gallimard lui versât des mensualités régulières — harcelé par des soucis financiers (Le Tertre lui coûtait très cher en travaux), il s'installa à Cassis, puis à Nice, où il prit l'habitude de passer l'hiver.

Il écrivit en 1931 une nouvelle, Confidence africaine, l’histoire très audacieuse d’un inceste entre frère et sœur. Puis, avant de reprendre son grand roman sur des bases nouvelles (il brûla le manuscrit du volume en préparation), il revint au théâtre et se lança dans l'écriture d'un "drame moderne" sur le thème de l'homosexualité: ce fut Un Taciturne, que joua aussitôt Louis Jouvet à la Comédie des Champs-Elysées, sans grand succès d'ailleurs. Cette histoire d'un homme amoureux du fiancé de sa soeur scandalisa Claudel. L'année suivante il composa, à Sauveterre, une suite de tableaux campagnards intitulée Vieille France qui parut en 1933. Peut-être Roger Martin du Gard voulut-il exploiter l'horreur qu'il avait des curés et des dévotes?

Alors seulement Martin du Gard se remit aux deux dernières parties des Thibault dont il avait établi le plan au début de 1933 : L'Été 1914 parut en 1936. Pour l'ensemble de son oeuvre, l'Académie suédoise lui attribua en 1937 le prix Nobel de littérature. Dans son discours d'usage, Martin du Gard s'étonna qu'on soit allé le débusquer au fond de sa retraite pour lui accorder un honneur qu'il n'avait pas sollicité. Toutefois cette distinction le poussa à voyager : il alla en Suède, au Danemark, en Allemagne, en Autriche, puis, en 1939, à la Martinique, où il acheva Les Thibault.

Lorsque la seconde guerre mondiale éclata, Roger Martin du Gard était un écrivain reconnu, traduit dans le monde entier, entouré d'amis artistes, écrivains, qu'il retrouvait lors des Décades de Pontigny et qu'il aimait recevoir au Tertre, dont il avait fait son lieu de travail depuis 1925.

Pendant la guerre, Le Tertre fut occupé par les Allemands. Martin du Gard se réfugia à Nice, puis à Figeac, où il retrouva sa fille et son gendre Marcel de Coppet (qui y dirigeait un groupe de maquisards). Il revint au Tertre à la fin de juin 1945. Nous avons le témoignage de la femme du peintre Théo Van Rysselberghe (dite la "Petite Dame") : "Martin est de nouveau là de toute sa présence, avec sa pipe et son affectueuse attention, c’est comme s’il n’était jamais parti. Il se dit tout repris par Le Tertre et nous fait des récits pittoresques du désordre dans lequel il l’a retrouvé. Il insiste pour dire qu’il n’y a eu chez lui nulle destruction systématique de la part des Allemands."

Dès 1941, il avait en projet un autre roman de grande ampleur, développant toute l'existence d'un personnage, Bertrand de Maumort, entre 1870 et 1950. Il y travailla jusqu'à sa mort. Mais, parce qu'il n'eut ni la force ni le temps de terminer ce roman et aussi parce que, dans le monde de l'après-guerre, il eut l'impression qu'il serait en décalage avec les temps nouveaux, l'oeuvre resta inachevée.

La mort, en 1949, de Jacques Copeau et de sa femme, puis celle de Gide en 1951, avaient ajouté à son découragement. Il collabora toutefois à une réédition de ses oeuvres dans la collection de la Pléiade, avec une préface d'Albert Camus (1955), à une édition de sa correspondance avec Gide et il demanda à Marie Rougier de classer tous ses papiers.

Auteur discret, ignoré de la critique et du petit monde parisien (en dépit de son prix Nobel), Martin du Gard vit paraître, en 1957, la première monographie consacrée à son oeuvre, dont l'auteur était un professeur orléanais, Clément Borgal. Puis, un infarctus l'ayant emporté en août 1958, le 4 novembre suivant Clément Borgal lui rendit hommage en présentant un tableau de son oeuvre devant l'association orléanaise Guillaume-Budé. [lire le résumé de cette conférence].

Les contemporains ont laissé de nombreux témoignages sur Martin du Gard. Le Journal de Jacques Copeau le mentionne souvent. On retiendra ce portrait par Léon Pierre-Quint : "Il apparaît comme un homme ayant les pieds bien posés sur la terre, d'une puissante carrure, sans demi-teintes ni mystère, avec une faculté d'accueil exceptionnelle, faite d'une humeur franche, d'une familiarité malicieuse et presque rabelaisienne. Ce qui frappe, c'est cet accueil amical, affectueux (qui sait néanmoins garder les distances) de grand bourgeois qui se serait dépouillé du grand bourgeois et lui aurait substitué un sens naturel, presque fraternel, s'adressant en chacun à l'homme et que nous pouvions peut-être déjà appeler un sens de l'humanisme." ("Roger Martin du Gard le constructeur", dans Monde Nouveau, n° 101, p. 43)


L’ATTACHEMENT DE ROGER MARTIN DU GARD POUR LE TERTRE

Lorsqu'il acheta le Tertre, RMG vendit toutes les fermes attenantes au domaine, pour ne pas avoir affaire aux paysans. Et il écrira dans Maumort (p. 41) : "Les paysans du Perche, en ce temps-là, étaient rudes, farouches, pour ne pas dire cruels. Les récits débonnaires de la comtesse de Ségur, dont le château était à quelque dix lieues de chez nous [le château des Nouettes à Aube], ne donnent aucune idée de la sauvagerie de nos campagnes."

L'attachement de Roger Martin du Gard pour son domaine du Tertre apparaît régulièrement dans son Journal :
— 22 août 1919 - Je suis reconquis par le charme inouï, ensorcelant, de ce pays. Aucun site ne m'a jamais "possédé" à ce point, aucun air ne m'a grisé pareillement. La séduction de la maison, de la terrasse, du jardin, des charmilles, de la vue sur la forêt est sans précédent pour moi.
— 14 juillet 1921 - Je ne puis m'empêcher d'y situer tous les rêves d'avenir. Je voudrais créer là une oeuvre d'art complète ; je puis le faire, je puis parachever l'enchantement, l'harmonie naturelle de ce lieu. J'aimerais, avant de mourir, avoir pu utiliser les dons que j'ai pour faire là un ensemble unique, et en faire profiter ceux qui m'entourent. Je rêve d'une hospitalité ouverte à tous mes amis, dans ce cadre inoubliable.
— Novembre 1924 - Le Tertre, tel qu'il ressortira de mes mains, sera incontestablement une oeuvre. Une de mes oeuvres.
— 10 août 1937 - Ma pensée prend de l'aisance dans ces beaux espaces, s'ordonne bien dans ce cadre aux justes proportions, s'épanouit dans ce silence un peu sauvage, se développe librement dans ce lieu qui est à la fois intime, recueilli, et empreint de grandeur. L'ombre est haute sous ces grands arbres ; le regard s'allonge hardiment vers ces horizons éloignés; et pourtant les premiers plans vous limitent : le concret est là tout autour, proche, rassurant, mais nullement tyrannique. Il n'y a guère d'endroits qui mériteraient si bien qu'une grande oeuvre naisse là. C'est un endroit où l'on imagine Montesquieu écrivant L'Esprit des Lois. Si jamais je vends Le Tertre à un bougnat, si jamais, par ma faute, le Tertre tombe en des mains indignes, j'aurais commis une sorte de sacrilège!

C’est dans cette propriété — qu’il conserva jusqu’à sa mort — qu’il reçut, entre autres, André Gide, Jean Schlumberger, Gaston Gallimard, Jacques Copeau, Georges Duhamel.


LE DERNIER ROMAN DE ROGER MARTIN DU GARD, MAUMORT

Après Les Thibault, outre des Notes sur André Gide (1951) et la rédaction, sur les instances de ses amis, de Souvenirs autobiographiques et littéraires pour l'édition de ses oeuvres dans la Bibliothèque de la Pléiade (1955), la grande préoccupation de Roger Martin du Gard fut de mener à bien un vaste roman, Mémoires du lieutenant-colonel de Maumort. Il n'en rédigea qu'une partie, laissant pour le reste d'abondantes notes, dont neuf lettres écrites par Maumort au début de 1945 et des "dossiers de la boîte noire", notes de Maumort sur divers sujets politiques ou philosophiques. L'œuvre, inachevée, sera publiée dans la Bibliothèque de la Pléiade en 1983.

Dans ce roman, Roger Martin du Gard fait naître et mourir son personnage dans un château appelé "le Saillant", qui est directement inspiré par le domaine du Tertre (voir Journal, 16 juillet 1941).

L'action prévue par Roger Martin du Gard peut se résumer ainsi :

Bertrand de Maumort naît en 1870 au château du Saillant, près de Menneville (= Bellême), entre Gevrésy (= Mortagne) et Tarouges (= Mamers). Il y passe toute son enfance avec son père et sa sœur Henriette. Après avoir étudié avec deux précepteurs, il va préparer le baccalauréat à Gevrésy et la licence-ès-lettres à Paris. A 19 ans, il est reçu à Saint-Cyr et se retrouve sous-lieutenant à Versailles. Il se marie et a deux fils. Sa sœur se marie également avec un voisin, mais elle se retrouve veuve très vite.
[La suite du roman se présente seulement à l'état de notes.] Maumort vit en Algérie alors que sa femme est revenue à Paris dans sa famille. Dans la suite de l'affaire Dreyfus, il passe deux années de congé au Saillant et il se consacre avec sa soeur à la gestion du domaine. Puis, sa femme étant morte, il poursuit sa carrière militaire au Maroc, auprès de Lyautey. En 1914, il vient combattre en France. Ses deux fils sont tués pendant la guerre et lui-même, blessé au genou, quitte l'armée avec le grade de colonel. Il a alors 50 ans et se retire au Saillant qui, après la mort d'Henriette (1917), n'est plus géré que par les métayers. Il partage son temps entre l'exploitation des terres, l'élevage, l'équitation et la lecture. A 65 ans, une chute de cheval le laisse infirme. Il transforme en fermages ses quatre métairies et mène une existence recluse et studieuse. Pendant la guerre, le Saillant est occupé par les Allemands. D'abord, Maumort vit confiné dans son bureau ; puis il passe en zone libre et aide à organiser la Résistance. Fin 1944, il revient au Saillant pour le transformer en maison de repos et de travail pour les étudiants de l'Université de Paris. Il y meurt d'une attaque, à 80 ans, en 1950.


"LE SAILLANT" TRANSPOSITION ROMANESQUE DU TERTRE

Le souci de Roger Martin du Gard fut de faire en sorte que Maumort reste un personnage différent de son auteur, alors qu'il avait toujours tendance à lui substituer sa propre personnalité (voir Journal, 18 février 1842). Toutefois, le cadre est très peu imaginaire et le domaine du Saillant, avec son château et son parc, ressemble beaucoup à celui du Tertre. On y trouve :
— une présentation de la forêt voisine : Elle borne nos terres sur deux kilomètres de longueur, et elle a toujours été le prolongement naturel du parc : peu percée, peu fréquentée, aussi déserte, aussi "nôtre" que lui.
— une description du château : Un long bâtiment de vieilles briques, d'un rose orangé, couvert d'un immense toit un peu gondolé, en ardoises déteintes, percé d'une rangée de fenêtres encadrées de pierre tendre, d'un blanc crémeux.
— une évocation de la bibliothèque, dont Maumort (Martin du Gard ?) voudrait faire don à l'Université de Paris : J'aimerais que mes livres ne soient pas dispersés. Une jeunesse studieuse trouverait ici un fond de bibliothèque générale assez complet, quinze mille volumes environ, qui pourrait lui être précieux.
— une première promenade dans le parc en compagnie du jeune Bertrand et de son cousin Guy : Nous nous engageâmes, côte à côte, dans l'allée du rond de Diane, dont la statue, moins moussue qu'elle n'est aujourd'hui, brillait dans le soleil, au bout de la voûte légère que formait au-dessus de nous l'entrelacs des rameaux défeuillés.
— une seconde promenade dans le parc, que Maumort âgé parcourt en hiver : Le grand bassin, encore gelé, luisait "mat" comme une plaque d'aluminium neuf. Dans cette lumière, dans ce silence ouaté, mon Saillant avait l'éclat, la fraîcheur enchantée d'un palais de conte.
une déclaration d'amour de Maumort à son domaine du Saillant (c'est-à-dire de Martin du Gard à son château du Tertre) : Combien je me sens attaché à cette chère vieille bâtisse, à ces grands arbres, à cet horizon familier ! Être d'un coin de terre, quel privilège ! Avoir sur la planète un lieu où rien ne vous est étranger, un lieu béni, chargé de passé familial, toujours semblable à lui-même, toujours prêt à vous accueillir !


TEXTES EXTRAITS DE MAUMORT

Histoire du Saillant

La dénomination de "château", appliquée à notre gentilhommière, n'apparaît qu'à la fin du XVIIe siècle sur les registres paroissiaux. Mon grand-père en avait tiré cette conclusion que le logis actuel, bien que de pur style Louis XIII, avait été construit par l'un des nôtres, à la fin du règne de Louis XIV. C'est possible : les maîtres maçons de province étaient régulièrement de cinquante ans en retard sur les architectes de l'Île-de-France. L'hypothèse semble confirmée par la date de 1692, lisible sur la clef d'un arc de pierre, noyé dans la maçonnerie du bâtiment des communs, et qui marque l'emplacement d'une ancienne porte cochère, aujourd'hui murée. [...] Le domaine s'est constitué peu à peu, lopin par lopin, par acquêts successifs, par mariages parfois, jusqu'à sa superficie actuelle : cent quatre-vingt quatre hectares de champs, de pâturages et de bois, où dominent les prés d'élevage, et qui sont répartis entre nos quatre métairies : les Houderettes, les Fouquerolles, la Clergie et le Liardon. Suis-je envoûté par leurs sonorités familières ? Elles auraient charmé, je crois, les poètes de la Pléiade. De quelque façon qu'on assemble ces quatre noms, ils chantent exquisement à mon oreille. Je les entends et les prononce toujours avec ravissement : les Fouquerolles, le Liardon, les Houderettes et la Clergie… [Pléiade, p. 13]

Description du château

Le Saillant est un long bâtiment de vieilles briques, d'un rose orangé, couvert d'un immense toit un peu gondolé, en ardoises déteintes, percé d'une rangée de fenêtres encadrées de pierre tendre, d'un blanc crémeux. Le corps de logis du milieu, qui, seul, est en briques et pierres, se prolonge symétriquement à ses deux extrémités par deux bâtiments de même ordonnance, mais en crépi tapissé de lierre, et coiffés d'un toit d'ardoise, moins haut que le toit central. [...] Je décrirai un jour mon Saillant, un jour de printemps, à la fin d'une belle journée, tel qu'il se dresse sur l'éperon de verdure qui lui a valu son nom, par-dessus les frondaisons étagées du parc : tel qu'on le voit, de loin, à la sortie de Menneville, ou bien, quand on revient de la forêt, tel qu'on le découvre soudain, d'en bas, à travers les derniers troncs de la lisière. Je le décrirai aussi, de plus près, tel qu'il s'offre à l'arrivant, tel que je l'ai retrouvé […], tout rose entre les piliers de pierre de sa vieille grille, au fond de sa cour enguirlandée de lierre, avec ses hautes fenêtres alignées, et son perron moussu, et les cornes d'abondance sculptées au-dessus de la porte centrale. Et même, j'essaierai peut-être de décrire la façade sur le parc, vue du bout de la terrasse, telle qu'elle m'est apparue tant de fois à la fin d'une journée de chaleur, lorsque je remontais l'étang et que je m'asseyais, essoufflé, sur la margelle du bassin, pour caresser un instant du regard la pure ordonnance de cette architecture dont la contemplation m'a toujours attendri et apaisé. C'est l'heure où la patine du couchant réchauffe la blancheur des pierres et fait flamber les briques ; l'heure où se découpe avec le plus de netteté sur le ciel la lourde masse du toit d'ardoises, qui donne à cette gentilhommière Louis XIII, basse et toute en longueur, son volume et sa noblesse ; l'heure où la vigueur des ombres souligne l'harmonie des proportions ; où la sérénité du soir ajoute encore à l'adorable distinction de cette chère vieille chose, et rend plus sensible son silence, son isolement. [Pléiade, p. 33]

La forêt près du Tertre

J'ai conservé un souvenir glorieux du silence oppressant des futaies, de ces couchants cuivrés, dont les derniers rayons semblaient faire saigner les troncs écorchés des pins. Il faudra que je chante un jour cette forêt de Menneville, une des plus belles de notre région percheronne, qui en compte d'admirables. Nos pins, exceptionnellement hauts et rectilignes, ont été pendant fort longtemps réservés aux chantiers de la Marine royale pour mâter ses navires ; et nos hêtraies, jusqu'à ces dernières années, s'enorgueillissaient de posséder quelques-uns des plus anciens sujets connus. L'un d'eux, mon voisin, le "Hêtre de Blanche de Castille", existe toujours. Hier encore, de ma fenêtre, en me rasant, je distinguais à l'oeil nu sa tête souveraine, dressée parmi les rousseurs de la forêt. Je n'affirmerai pas, comme le prétend la légende, qu'il a été planté par saint Louis enfant ; mais il lui a bien fallu quatre siècles pour monter si haut, s'éployer et faire un pareil vide autour de lui. J'ai beau fréquenter ce géant depuis plus d'un demi-siècle, sa majesté me déconcerte toujours. Son tronc, massif comme une tour, d'un gris de tourterelle, s'élève d'un jet, sans un rameau, sans un lichen, sans une cicatrice, jusqu'à une altitude de trente-quatre mètres, avant de lancer ses premières branches dans l'espace, et d'épanouir la splendeur d'une frondaison sous laquelle, sans peine, un bataillon sur pied de guerre pourrait bivouaquer à l'ombre… Oui, un jour, à coeur ouvert, je parlerai de notre forêt ! Elle borne nos terres sur deux kilomètres de longueur, et elle a toujours été le prolongement naturel du parc : peu percée, peu fréquentée, aussi déserte, aussi "nôtre" que lui. Nous pourrions errer des heures, à pied ou à cheval, dans ses sous-bois, sans rencontrer un être humain, sans entendre d'autres bruits que le froissement des cimes sous le vent, le cri d'un geai, le vol éclaboussant d'un busard, le roucoulement d'un couple de ramiers, parfois la galopade apeurée d'une harde de biches surprises, ou bien, au ras du sol, le faufilement d'une couleuvre à travers les fougères et le trille mélancolique, persistant, argentin, d'une petite source invisible dans le taillis. [Pléiade, p. 53]

Le jeune Bertrand fait visiter le parc du Tertre à son cousin Guy

Pour cette première matinée, j'avais rêvé de faire à mon cousin les honneurs détaillés de mon royaume, et me faisais une fête de lui présenter, un à un, dans le parc, mes coins de prédilection. Les lointains étaient dans la brume ; des traînées de brouillard stagnaient dans les fonds, à la lisière de la forêt ; la rosée, par plaques, blanchissait encore de-ci, de-là, les longues pelouses rectangulaires que séparait l'allée médiane de la terrasse. Mais le ciel était pur, le soleil resplendissant, l'air déjà tiède, et la journée s'annonçait radieuse. Guy était sensible aux prestiges de la nature. De la porte, son regard fit le tour de l'horizon, contempla un instant l'ordonnance rectiligne de la terrasse, entre les deux charmilles dénudées des tilleuls. « C'est un peu comme à Versailles », remarqua-t-il. En deux bonds, il dégringola les marches du perron, et courut vers la gauche, attiré par les grands arbres. Je renonçai aussitôt à le mener au grand bassin, à lui montrer la fontaine de Flore, à lui faire admirer, du haut du « musoir », la verte étendue des pâtures et la vue de la forêt ; bref à suivre l'itinéraire que j'avais amoureusement combiné. Nous nous engageâmes, côte à côte, dans l'allée du rond de Diane, dont la statue, moins moussue qu'elle n'est aujourd'hui, brillait dans le soleil, au bout de la voûte légère que formait au-dessus de nous l'entrelacs des rameaux défeuillés. Tout en devisant, nous avions parcouru le parc en tous sens. J'avais repris mon rôle de guide, et ne lui faisais grâce de rien. Nous étions assez loin de la maison, au bas du parc, à proximité de la Tour ronde, qui, à cette époque, se trouvait dissimulée en plein taillis. Je l'y conduisis. Cette vieille construction ruinée, au fond des bois, véritable demeure de sorcière, avec sa lourde porte à verrous, ses deux meurtrières tendues de toiles d'araignées, la coupole écaillée de son plafond, sa cheminée de pierre noircie, l'enchanta. Elle était meublée de quelques pliants et d'une chaise longue en rotin, sur laquelle, parfois, les dimanches d'été, ma soeur Henriette venait s'isoler avec un livre. Puis nous avons repris le chemin de la maison. [Pléiade, p. 92-96]

La bibliothèque du château

[Dans ma jeunesse] il n'y avait pas de livres au Saillant. Mon père, dans son bureau, avait une petite vitrine en bois de rose grillagée, où étaient alignés quelques livres utiles, dictionnaires, traités d'élevage, d'apiculture, et des dossiers de toile, numérotés, où il classait des catalogues d'horticulteurs ou de gros manufacturiers. C'était tout. Dans un coin du grenier, s'entassaient, à même le sol, quelques piles de vieux bouquins reliés en veau, dépareillés plus ou moins, livres pieux pour la plupart. C'est à Paris que j'ai découvert ce que la vue, le voisinage constant des livres, apporte avec soi d'ambiance spirituelle. [Pléiade, p. 493]

[A la mort de sa tante Chambost-Lévadé, Maumort hérita des dix-huit mille livres de cette bibliothèque. Il en profita après sa démobilisation en 1919, puis pendant l'Occupation en 1940.]

L'installation de la bibliothèque de Chambost au Saillant a marqué une profonde évolution dans ma vie morale. J'ai vécu au milieu des livres. J'ai pris l'habitude, à tout instant, en dehors des lectures suivies, de tirer un livre au hasard pour une demi-heure de loisir et de lire, d'entrer en contact avec un esprit du passé, ne fût-ce qu'un instant. J'ai vécu dans le commerce quotidien d'une élite de penseurs, qui ont eu une vie autre que la mienne, d'autres formations, d'autres goûts, d'autres tendances, d'autres partis pris, d'autres vérités. La multiplicité de ces lectures diverses m'a assoupli l'esprit, et justement à l'âge où il se sclérose en général. A leur donner raison tour à tour, parce que je comprenais leurs points de vue, j'ai gagné une extraordinaire tolérance, j'ai perdu certaines assurances d'ignorant, j'ai beaucoup compris, et j'ai jugé de tout avec plus d'impartialité. Non seulement ma bibliothèque m'a instruit, à l'âge où l'esprit tend à se replier sur soi, mais m'a rendu meilleur. [Pléiade, p. 1026]

[Pendant l'Occupation, en 1940, Maumort est terré dans le Saillant rempli d'Allemands.]

Je passais mon temps à écrire ou à bouquiner. J'ai relu le Plutarque d'Amyot, nombre de pièces de Shakespeare que je ne connaissais pas ou que j'avais oubliées, les Mémoires de Saint-Simon. Que sais-je encore ? Du Swift, du Gibbon, du Montesquieu, du Tocqueville. J'ai relu le Port-Royal et je ne sais combien de volumes des Lundis. J'ai relu presque tout Diderot. Je me suis remis à l'allemand ; j'en faisais très régulièrement trois ou quatre heures par jour. J'ai rempli presque tout un carnet de mon Journal de notes suggérées par la lecture d'Eckermann. Je m'étais même remis au grec, avec l'ambition d'aborder Thucydide et Polybe dans l'original. Mais je n'ai pas persévéré plus de deux semaines, et je me suis contenté des traductions. Je possède une partie importante de la collection Budé. Je dispose surtout d'un rayon bien fourni de juxtalinéraires. Très précieux. J'y ai souvent eu recours, depuis vingt-cinq ans, depuis que j'ai pris ma retraite et que je peux entreprendre de longues lectures. C'est la meilleure façon de retourner aux classiques : un moyen paresseux, un moyen de cancre, mais fort plaisant, à mon goût, et qui permet de suivre de tout près le texte sans buter à tout instant contre de décourageantes difficultés de syntaxe ou de vocabulaire ; un moyen d'avancer allègrement, sans perdre de vue les ensembles, sans s'achopper au détail comme un écolier. [Pléiade, p. 733]

[Finalement, Maumort a le projet de céder son domaine à l'Université de Paris « pour en faire une maison de retraite, de convalescence, de travail pour les universitaires et étudiants »]

J'aimerais que mes livres ne soient pas dispersés. Une jeunesse studieuse trouverait ici un fond de bibliothèque générale assez complet, quinze mille volumes environ, qui pourrait lui être précieux. Et j'ai plaisir à imaginer tous ces joyeux garçons, à l'âge des enthousiasmes, s'égaillant dans la propriété pendant la belle saison, devisant par groupes sous mes tilleuls, et goûtant le charme de ce vieux parc. Le voisinage de ces jeunes gens créerait peut-être autour de moi une atmosphère qui, certains jours, pourrait m'être fort douce. [Pléiade, p. 852]

Maumort âgé se promène dans le parc

Je me sens si gaillard aujourd'hui que j'ai cédé à l'envie d'aller traîner un peu la jambe dans le parc, après mon déjeuner. Il faut te dire que le temps a complètement changé depuis jeudi. Plus de rafales de neige, plus de vent. Il gèle encore la nuit ; mais, cet après-midi, la température était presque tiède, au soleil. La statue de Diane, si claire en été dans son rond-point de verdure, paraissait de pierre calcinée sous sa chape de neige à demi fondue. Dans les allées, le croustillement, sous mes pas, des feuilles mortes racornies par le givre m'a rappelé les hivers de mon enfance. J'ai été jusqu'à l'endroit que nous appelons le saut-de-loup, et où le mur d'enceinte, interrompu sur une dizaine de mètres pour offrir une échappée au regard, est remplacé, à l'ancienne mode, par un large fossé en maçonnerie, assez profond pour être à peu près infranchissable ; aux bestiaux en tout cas. De là, on aperçoit Menneville, au loin, sur son coteau. On aurait dit un paysage dessiné au fusain : la campagne blanche encore, quadrillée de haies charbonneuses, monte en pente continue vers la ville, dont les toits, chevauchant l'un sur l'autre, forment une masse d'un noir épais et velouté qui se découpe sur la blancheur dorée du ciel. Je suis rentré par la terrasse. Le grand bassin, encore gelé, luisait « mat » comme une plaque d'aluminium neuf. Dans cette lumière, dans ce silence ouaté, mon Saillant avait l'éclat, la fraîcheur enchantée d'un palais de conte. La baguette d'une fée semblait l'avoir, à l'instant, fait surgir du sol. Un reste de neige, amassé au niveau des gouttières, faisait plus sombre mon grand toit, dont le bleu ardoisé, orageux, et les reflets d'acier me rappellent toujours certains dos de poissons ; et, dans leurs encadrements de pierre, les briques, égayées par ce pâle soleil, resplendissaient d'un rose de fleur. Il faut te dire que les briques du Saillant ne ressemblent en rien aux briques modernes : depuis que les briqueteries ont remplacé le feu de bois par des brasiers de charbon, la cuisson donne à la glaise un aspect terne, une surface rugueuse, et une teinte foncée, violâtre, comme celle du sang caillé. Ces briques du XVIIe siècle, de moitié moins épaisses que les nôtres, sont d'une pâte aussi fine, aussi lisse, que celle des tuiles ; et leur ton est d'un vermillon tendre, qui devient couleur de braise à l'heure où le couchant incendie la façade. [Lettre à Gévresin, Pléiade, p. 839]

L'amour de Maumort pour le Saillant

Combien je me sens attaché à cette chère vieille bâtisse, à ces grands arbres, à cet horizon familier ! Être d'un coin de terre, quel privilège ! Avoir sur la planète un lieu où rien ne vous est étranger, un lieu béni, chargé de passé familial, toujours semblable à lui-même, toujours prêt à vous accueillir ! […] Il m'a semblé aujourd'hui que je revivais un de ces moments d'autrefois, un de ces moments exaltés où retentissait en moi l'impérieux appel du Saillant. Dès que, de la route, penché à la portière de la voiture, j'apercevais, par-dessus les cimes du parc, le grand toit bleuâtre, flanqué de ses deux hautes cheminées de briques, je cessais d'être un exilé, un nomade. Je retrouvais ma place dans l'univers. Présent et passé se rejoignaient, se soudaient étroitement l'un à l'autre. Je replongeais mes racines dans mon sol. Je devenais pareil à ces arbres, dont chacun m'était depuis toujours connu, et qui m'attendaient là, incrustés dans cette terre où leur graine avait germé. [...] Je me rappelle mon émotion le jour où, en lisant le second Faust, j'ai entendu cet écho fraternel : Hier bin ich Mensch, hier kann ich es sein ! — que je traduisais ainsi : « Ici je suis un homme, ici seulement je peux l'être à fond ! » Seul un reste de respect pour le style de notre demeure m'a fait renoncer à l'envie extravagante de faire graver ces mots — en caractères gothiques ! — sur le cintre Louis XIII de la porte d'entrée ! [Pléiade, p. 841]
[C'est que] j'ai passé les douze ou treize premières années de mon existence confiné au Saillant. Le Saillant a été pendant plus de dix ans, à l'âge où les empreintes sont indélébiles, mon unique révélation de l'univers. Ces empreintes ont été sans cesse ravivées par mes constants retours au Saillant, pendant les année de ma vie active. A l'âge de la retraite, je suis revenu mettre mes pas dans mes pas d'autrefois, et, de nouveau, le Saillant m'a enfermé dans son univers. Eh bien, on ne vit pas impunément en contact si intime, si recherché (si amoureux puis-je dire) avec un univers si particulier, où les justes proportions de l'édifice, la belle symétrie de la façade, le pur style de la décoration intérieure des anciennes boiseries, le volume des pièces, procurent une perpétuelle satisfaction de la raison, de la logique, du goût, et s'apparentent si étroitement à la noble ordonnance des deux terrasses, à la grâce composée des allées du parc, où l'alignement des grands arbres et les claires statues au centre des carrefours confèrent aux allées droites une simple dignité, majestueuse sans être solennelle, et où règne le silence de ce site, écarté de toutes les rumeurs du monde, un silence exceptionnel que ne trouble même pas l'aboiement d'un chien, le mugissement du bétail, le claquement d'une porte de grange, l'appel lointain d'une voix humaine. [Pléiade, p. 1042]


VISITE DU TERTRE

Après la mort de l'écrivain, sa fille Christiane Martin du Gard a invité à son tour poètes et artistes au Tertre, dont le peintre Fernand Dubuis qui y réalisa une grande partie de son œuvre jusqu'en 1990. Après le décès de sa mère, en 1973, Anne Véronique de Coppet, petite-fille de Roger Martin du Gard, se retrouva, avec ses enfants, propriétaire du domaine. Avec l'aide de l'association des "Amis du Tertre", créée en 1996, elle le transforma peu à peu en un lieu accueillant des manifestations et des rencontres diverses.

LE MANOIR

Côté cour, le manoir est de style Louis XIII, aux murs de brique et de pierre et couverture en ardoises. Devant cette façade, une cour carrée est flanquée de deux pavillons XVIIe siècle recouverts de tuiles. Au centre de cette cour se trouve une sculpture de Pierre Tual, "la table du poète" (1984).

Côté parc, le manoir a été allongé par deux ailes latérales de même style. Une terrasse construite au XIXe siècle dessert les pièces principales du rez-de-chaussée.

A l'intérieur, on remarque surtout la bibliothèque et le bureau, avec, sur les murs, les portraits de ceux à qui Roger Martin du Gard envoyait d'innombrables lettres.

Il a écrit dans son journal : "Je me crée ici un centre de travail, une vie de famille, au cœur d'une bibliothèque amie, et la belle forêt de Bellême autour". (RMG, Journal).

LE PARC

Le parc du Tertre (9 ha) se compose de trois parties distinctes : les parterres devant le château, les massifs boisés et, plus bas, les prés et les sources.

Les parterres, créés au XVIIe siècle, offrent au visiteur un panorama sur Bellême et sa forêt. Roger Martin du Gard y ajouta en 1925 un bassin et une fontaine ornée d'une statue de Flore. Aujourd'hui elle fait face à "Sapho", une pièce en bronze du sculpteur Marc Vellay (2003) ; du même artiste, "La femme qui marchait sur l'eau" (2010), posée sur le bassin.

Les parties boisées forment un parc dessiné au début du XIXe siècle. On trouve au centre une statue de "Diane chasseresse" et, juchée sur une grotte artificielle, une fabrique, "le Philosophe".

Dans les parties basses du parc deux grands prés mènent à un étang qu'alimente une source, "la Fontaine des Peignées". L'endroit a été aménagé avec des rochers et des bassins comme réserves de poissons. Roger Martin du Gard installa en contre-bas un bélier hydraulique (1925) qui alimentait en eau la maison, la fontaine de Flore et le bassin.



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