Le vendredi 3 avril 2026, à la Faculté des Lettres d'Orléans, a été attribué le
organisé par l'Association orléanaise Guillaume-Budé. Le thème proposé cette année était : Ont participé des élèves de seconde, première et terminale des lycées Descartes (Tours), Jean-Monnet (Joué-les-Tours), Léonard-de-Vinci (Amboise), Maurice-Genevoix (Ingré), Voltaire (Orléans). En présence des membres du jury : Mme Elsa Cellier, IA-IPR, M. Stéphane Cozette, IA-IPR, Mme Catherine Malissard, Mme Nicole Laval-Turpin, M. Pierre-Alain Caltot, et M. le Proviseur du Lycée Voltaire, Chacun des lauréats a reçu un exemplaire de |

Notre lycée a été construit en 1968 dans un quartier très vert, et c'est d'une visite du grand écrivain Voltaire au château de la Source, qui surplombe le parc floral, qu'est venu son nom. Les stations de Tram de la Source sont ornées de citations de Voltaire, telle que la célébrissime dernière phrase de son conte philosophique Candide, « Il faut cultiver notre jardin ».
Pour tenter de répondre à la question posée cette année par le prix Alain-Malissard sur l'homme et la nature, « L'homme et la nature : une conciliation impossible ? », nous, latinistes et hellénistes de Terminale, avons donc suivi le conseil de Voltaire, et nous sommes allés interroger la nature.
Pour cela, nous avons cherché dans notre lycée des plantes et arbres associés à des mythes, et en avons identifié seize grâce au livre de Laure de Chantal intitulé Le jardin des dieux : une histoire des plantes à travers la mythologie, et publié en 2015 ; nous les avons ensuite rencontrées et interrogées sur le sujet du prix Malissard.
Voici en exclusivité ce qu'elles nous ont répondu :
| — Bonjour chères et chers élèves, et merci de vous intéresser à nous et de nous demander notre avis ! Rien d'étonnant après tout, car nous, les plantes, nous sommes très appréciées par le genre humain, et nous nous entendons parfaitement bien avec lui ! Pour ma part, je suis le ROMARIN, la rose des mers, et j'habite sur les coteaux méditerranéens, dotés de la beauté des dieux. Aphrodite, à peine née de l'écume de la mer, a d'ailleurs posé le pied sur une rive que j'occupais et m'a donné son parfum. Sachez que je suis toujours vert et que les Romains, comme vous je l'espère, aimaient m'employer en cuisine, mais aussi pour remplacer l'encens dans les cultes aux Lares, qui selon Ovide sont les nombreux enfants du dieu Mercure et de la nymphe Lara ; je parfumais donc les maisons romaines tout comme les jardins provençaux. Je suis le lien entre les hommes et les dieux, et tout le monde m'aime... |
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— Pas autant que moi, la ROSE ! Je suis la plus belle et la plus parfumée des fleurs, et je suis moi aussi associée à Aphrodite, car c'est avec l'huile de rose qu'elle préserve le corps d'Hector de la corruption dans l'Iliade. Aphrodite ! Rendez-vous compte ! Mais je suis aussi associée à l'Aurore, qu'on surnomme la déesse aux doigts de rose. Homère raconte que sa lueur douce aide les héros à retourner au combat chaque matin. Je suis donc le symbole du héros glorifié, mais aussi un symbole d'amour et d'ivresse, car je décore les tables des banquets latins et les vers des poètes. Et puis, l'un des premiers mots appris par vous, qui avez été des latinistes débutants, n'est-il pas rosa ? |
| — Heu… Tout n'est pas si rose, si j'ose ce mauvais jeu de mots ! A l'inverse, on me considère comme un parasite, et pour autant, moi, le GUI, je suis plus important que d'autres plantes qui poussent avec des racines dans le sol. Je suis bien obligé de me débrouiller seul, alors oui, je m'aide d'autres plantes pour vivre ; mais à mon tour j'ai aidé un homme très grand, très très grand, l'ancêtre des créateurs de la ville à laquelle tous les chemins mènent : j'ai permis à Enée de descendre aux Enfers pour connaître son avenir et celui de Rome. Selon Virgile, aidé par deux colombes, il a trouvé le rameau d'or que je suis et est parvenu à apaiser Charon et à traverser le Styx grâce à moi. Quant aux peuples autochtones comme les Gaulois, ils m'utilisaient aussi beaucoup ! | ![]() |
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— Taisez-vous, misérables petites plantes ! Pour nous, les arbres, le genre humain éprouve plus que de l'amour, il éprouve du respect et de l'admiration, et nous vivons en parfaite harmonie ! Mais laissez-moi me présenter : je suis le CHÊNE, et d'après les dires d'Hésiode, je suis le symbole de la force et de la sagesse de Zeus. Dans la forêt de Dodone, c'est dans le bruissement de mes feuilles que l'oracle décryptait les messages du roi des dieux ; celui-ci transforma aussi Philémon en chêne afin de le remercier de sa piété. Enfin c'est aux branches d'un chêne que les Argonautes ont trouvé, pendue, la Toison d'or, après avoir navigué sur leur fier vaisseau, l'Argo, que j'ai servi à construire, et qui ne pouvait donc pas couler. |
| — Ne te vante pas trop, parce que moi aussi, le PLATANE, je suis un arbre, et je suis associé à Zeus, mais pas seulement ! Si, sous forme de taureau, il s'est uni à Europe sous mon feuillage, et si tous les amoureux se partagent mes feuilles depuis, je sers aussi de lieu de rendez-vous aux grands hommes, comme Hippocrate, qui donnait ses consultations sous un platane, ou Socrate, à en croire Platon, évidemment... Mais ce n'est pas tout ! Je suis aussi associé à Gaïa car ma feuille en forme de main est la manifestation de la présence divine. Je suis un symbole de régénération car mon écorce se renouvelle, par plaques, comme la peau du serpent. | ![]() |
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— Il ne faudrait pas m'oublier, je suis un arbre moi aussi ! Je suis le CERISIER, et d'après Pline l'Ancien, c'est le général et gastronome Lucullus qui m'a ramené d'Asie mineure après les guerres contre Mithridate VI. Passionné de philosophie et de nature, ce militaire a choisi, lorsqu'il longeait la ville de Cerasus, de n'épargner qu'un cerisier, moi, pour ses jardins de Rome. Mon fruit est très apprécié et recommandé par les grands chefs cuisiniers. Vous voulez goûter ? |
| — Arrêtez de vous disputer, c'est indécent ! Pour vous tous, c'est facile, on vous aime ou on vous respecte, et on ne vous trouve aucun défaut... Mais nous, nous sommes plus complexes que vous… En effet, moi aussi je suis un arbre, l'ÉRABLE, et j'ai été bien utile aux Grecs ! Selon Homère dans L'Iliade, ils m'ont utilisé pour construire le cheval de Troie, avec du bois provenant d'une forêt d'érables de Cappadoce, consacrée au dieu Apollon. Mes feuilles changent de couleurs, passant du rouge au vert, et Ulysse m'a observé avant d'avoir l'idée de se servir de ce bois pour façonner son célèbre cheval. Et en le faisant entrer dans leur ville, les Troyens avaient peur de fâcher Apollon : c'était le cas ! Pour eux, j'ai donc été la cause de la destruction et de la mort... Utile aux uns, destructeur pour les autres... C'est bien compliqué ! |
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— C'est tout aussi complexe pour moi, le FIGUIER : je suis un fruit abondant au goût sensuel, associé au plaisir, à la gourmandise, et à Dionysos pour l'extase, ce n'est pas rien ! Mais, et c'est moins glorieux sans doute, je suis aussi proche d'Hermès, le dieu des voleurs, parce que lorsqu'on me suspend à une porte, c'est une invitation au vol. D'ailleurs, saviez-vous que le mot "sycophante", vient de σῦκον, "figue", et de φαίνω, "découvrir", et signifie littéralement "celui qui révèle les figues" pour désigner à Athènes un délateur ? |
| — C'est un peu la même chose pour moi, le LIERRE, car je suis associé aux Bacchantes et comparé à des serpents métamorphosés par Nonnos de Panopolis, puisque je m'enroule autour des arbres, en les étouffant presque. Je peux me montrer particulièrement envahissant, au détriment d'autres espèces. Et puis surtout, lors d'une fête, le dieu Lierre, Kissas, a dansé sans s'arrêter mais n'a pas ressenti la fatigue et a fini par mourir d'épuisement... Mais je peux aussi être bénéfique : Plutarque raconte que les prêtres de Zeus ont eu des pouvoirs prophétiques après avoir touché mes feuilles, et je peux rendre les femmes stériles momentanément, ce qui fait de moi un symbole de plaisir… sans conséquence. | ![]() |
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— De mon côté, je suis le RHODODENDRON, et Valerius Flaccus a surnommé la Colchide, où Jason est venu chercher la Toison d'or, le "pays des rhododendrons". En effet, le miel produit grâce à moi y est abondant, mais il rend fou ! Médée, nièce de la magicienne Circé et grande connaisseuse des vertus des plantes, s'est d'ailleurs souvent servi de moi... L'historien Xénophon raconte aussi que des hommes sont allés dans un village pour se reposer et ont mangé des gâteaux faits à partir de mon miel. Après en avoir mangé, ils sont tombés malades, ont été pris de folie, d'hallucinations et ont eu des visions. Cela a duré quatre jours pour les plus gourmands ; les troupes de Pompée ont vécu une expérience similaire. |
| — D'accord, tout le monde ne vous aime pas, et vous avez parfois un rôle un peu trouble... Mais c'est toujours mieux que nous, qui sommes liés à des destins tragiques ! Pour ma part, moi, le MÛRIER, j'ai été, selon Ovide, le lieu de rendez-vous de deux amoureux, Pyrame et Thisbé, qui cherchaient à s'enfuir car leurs parents refusaient leur union. Cependant, Thisbé, arrivée la première au rendez-vous, a croisé une lionne qui lui a arraché son voile, le tâchant de sang. La preuve qu'il ne faut pas toujours être si ponctuelle ! Lorsque Pyrame est arrivé, il a trouvé le voile ensanglanté de sa bien-aimée et s'est suicidé, pensant que Thisbé était morte. En revenant, Thisbé a alors fait de même. Ainsi, moi, dont les fruits étaient blancs, je suis devenu rouge du sang des deux amoureux, et je rappelle à tous leur fin tragique et honore leur dévouement l'un envers l'autre qui causa leur perte. Une si belle histoire pour une fin si malheureuse, c'est affreux, non ? |
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— Toi, tu as pu ensuite passer à autre chose, et oublier un peu cet épisode. De mon côté, moi, le PIN, si je sers pour le flambeau des noces chez Virgile, et si je peux même faire une couronne aux faunes, selon Ovide, je suis surtout lié au destin d'Atys, abandonné par sa mère Cybèle. Cette dernière tombe plus tard folle amoureuse de son propre fils, déjà amoureux d'une naïade. Comme Cybèle le rend fou, il s'émascule et est transformé en moi. Si je suis toujours vert, c'est parce que Zeus aurait essayé de ressusciter Atys sur l'ordre de Cybèle. C'est déjà bien tragique ; mais le pire dans tout cela, c'est qu'à Rome, il y a une cérémonie annuelle de dix jours pour la protection de Rome pendant laquelle des hommes s'émasculent (ils sont fous ces Romains !) et des pins représentant Atys sont sacrifiés au sanctuaire de Cybèle, en l'honneur du sinistre destin d'Atys ! Je suis vraiment le plus malheureux de vous tous... |
| — Au moins, toi, tu subis ce destin, et n'y es pour rien. Moi aussi, le CYPRÈS, je suis associé à un jeune homme qui m'a donné son nom, Cyparissus. Ovide, un homme qui comme moi a vécu des choses terribles, comme la mort de la République romaine, l'instauration de l'empire par Octave et l'exil, m'évoque comme un descendant de la tristesse de ce jeune homme qui a lui-même provoqué son malheur : pauvre de moi ! Cyparissus était très beau mais son coeur était fou amoureux d'un majestueux cerf qu'il blessa avec son javelot. Il a alors imploré les dieux de le laisser mourir ; Apollon, qui en était amoureux, l'a transformé en moi, le cyprès, et je suis donc l'arbre du deuil. Je peux atteindre jusqu'à trente mètres de haut et tout le monde me voit de loin et se souvient de ses morts... Joyeux, non ? | ![]() |
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— Allez, ne soyez pas si négatifs… Nous aussi nous sommes liées à un destin tragique, mais pour sauver, protéger, ou conserver la mémoire ! En effet, moi, la MENTHE, je suis née aux Enfers, et pourtant... Strabon raconte que j'étais autrefois une très belle jeune femme, nommée Menthé ; Hadès m'aimait, nous étions heureux, mais il m'a quittée, le cruel, pour cette petite peste de Perséphone. Je l'ai très mal pris, et je n'ai pas hésité à me moquer de ses larmes de bébé qui appelait à l'aide sa mère Déméter. Pour se venger, folle de rage, elle m'a piétinée, comme elle l'aurait fait d'une vulgaire poupée. Heureusement mon cher Hadès m'a transformée en menthe odorante pour conserver le souvenir de la belle nymphe que j'étais, et qu'il aimait encore au fond de lui-même, j'en suis sûre... |
| — C'est un peu la même chose pour moi, le LAURIER : Ovide raconte que la belle nymphe Daphné était poursuivie par le dieu Apollon dans les bois sombres de Thessalie et essayait de lui échapper. A bout de souffle, elle a prié les dieux de la sauver, et elle s'est transformée en une plante altière et élancée qui accepte de se laisser admirer sans jamais se faire toucher, d'où mes feuilles toxiques, à moi, le laurier. Et pour garder cette pauvre Daphné près de lui, Apollon m'utilise pour les couronnes des vainqueurs, et j'ai par exemple eu la chance d'orner la tête de César ! |
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— Et pour moi, c'est encore plus beau, et ce n'est pas vraiment tragique ! Je suis le TILLEUL, et chez Ovide je suis associé au mythe de Philémon et Baucis, un vieux couple d'amoureux qui vivaient à l'écart du monde. Zeus et Hermès, déguisés en voyageurs, cherchaient l'hospitalité près de là où vivait le couple, qui fut d'ailleurs le seul à les accueillir. Les dieux leur offrirent alors un voeu, et nos amoureux choisirent de ne pas être séparés par la mort. N'est-ce pas l'une des plus belles preuves d'amour ? Quand leur heure fut venue, les dieux les transformèrent ainsi en arbres, Baucis en moi et Philémon en chêne, dont les troncs s'entremêlent encore pour rappeler leur amour fidèle et éternel. |
C'est sur cette belle histoire d'amour éternel que nous avons quitté les plantes… Comme vous le voyez, elles ont donc répondu à notre question en fonction de leur histoire et de leur relation avec les hommes et les femmes de leur époque: certaines fleurs ou arbres se sont prêtés sans retenue à l'éloge de leurs atouts prisés par les humains; d'autres ont opté pour une prudente nuance et nous ont fait part de leurs qualités plus ou moins bénéfiques ; enfin les dernières, malgré leur tristesse d'êtres nées à la suite de la mort d'un humain, ont compris en discutant ensemble qu'elles conservaient la mémoire de leur histoire. Pour nous, c'est une mine de réponses à la question du prix Malissard, et cela nous a permis de comprendre que seule la fréquentation assidue de ces plantes nous permettrait de mieux les comprendre. C'est pourquoi nous avons pour projet de nous associer avec les éco-délégués pour créer un parcours autour des plantes mythologiques du lycée. Pour résumer, Hortus noster colendus est ou ὁ ἡμέτερος κῆπος θεραπευτέος ἐστιν. |
| Texte écrit par : ATHIE Amadou, BEAUJARD Jersey, FONTENIER Thomas, GARNIER Julie, RAPINE Gabrielle, SKRZYNSKI Lucie, TOUCHARD Lou-Ann, VERGNE Timothée. |
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La remise du prix dans l'amphithéâtre Maurice-Genevoix de la Faculté des lettres.



















