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LES ANNIVERSAIRES


 

Apparue dans la vie culturelle orléanaise le 23 novembre 1954, la section "Budé" a abordé chaque nouvelle décennie en organisant une célébration de son anniversaire.



1964 : "Budé" a dix ans

Le 1er décembre 1964, pour marquer son dixième anniversaire, la section orléanaise a organisé une séance particuière, sous la présidence de Roger Secrétain, maire d’Orléans, avec le soutien de Gérald Antoine, recteur de la toute jeune Académie d’Orléans. Cette séance s’est tenue dans le cadre du nouveau Centre Charles-Péguy, rue du Tabour.

Deux films ont été projetés, dont l’un, consacré à Delphes, qui a été longuement commenté par Jacques Boudet, vice-président de la section locale.



1974 : "Budé" a vingt ans

Le jeudi 12 décembre 1974, pour son vingtième anniversaire, la section orléanaise a organisé une réunion de ses adhérents, invités à voter le renouvellement du Bureau.
M. Marmin a fait d’abord le rapport moral, en précisant qu'il se substituait en partie à M. Fernand Robert, président de l'Association. Sur le plan national, la vie de l'Association continue normalement ; elle maintient sa présence et son objectif majeur : la promotion des études classiques dans l'enseignement français, ainsi que la "sensibilisation" du grand public. Sur le plan local, la section est toujours aussi active : le nombre des adhérents est bon an mal an de 90 environ. Le rythme de quatre ou cinq conférences annuelles est toujours à peu près respecté et la règle de variété toujours suivie.

Le secrétaire, M. Lingois, lit le rapport d'activités. Il rappelle que la section Budé d'Orléans fête son vingtième anniversaire, puisque c'était le 23 novembre 1954 qu'eut lieu la séance inaugurale. M. Boudet y évoqua deux parrainages illustres : celui de Guillaume Budé, qui fit ses premiers pas en grec à l'Université d'Orléans, et celui d'Anatole Bailly, qui naquit, enseigna et mourut dans notre ville. M. Michel Adam parla ensuite de « Pascal et son Dieu, lors de la nuit du 23 novembre 1654 »). Après ce rappel émouvant, le secrétaire fit une large fresque des activités de ces vingt années : dix-huit excursions littéraires dans tous les horizons, de la Vallée Noire à Mortefontaine, de la Devinière à Vézelay ; dix-huit promenades dans Orléans historique commentées par notre érudit et dévoué vice-président Mgr Brun ; soixante-dix conférences aussi diverses qui possible (Les Chats dans la littérature, Nietzsche et Wagner, Héraclite, Alain-Fournier, Néron, Balzac…). En citant, un peu au hasard, tous les conférenciers, de Fernand Robert à Gérald Antoine, il a rappelé les grands moments de l'Association.

Le rapport financier a été clairement exposé par le trésorier, M. Gilbert Pierre, qui a confirmé, chiffres en mains, l’impression favorable qu'avaient tous les budistes : les finances sont saines ; les réserves suffisantes pour couvrir éventuellement les frais exceptionnels. L'assemblée générale lui donne son quitus à l'unanimité.

Il a été ensuite procédé au vote. L’ancien Bureau est réélu à l’unanimité : M. Lionel Marmin, président ; MM. Boudet et P.-M. Brun, vice-présidents ; M. A. Lingois, secrétaire ; M. J. Nivet, secrétaire-adjoint ; M. G. Pierre, trésorier.

*

M. Boudet profita de cette occasion pour réfléchir sur la place des études classiques dans l’enseignement actuel.

Il a noté d'abord le paradoxe suivant : l'intérêt pour le monde antique ne cesse de croître, tandis que l'effectif des jeunes humanistes est en nette régression depuis quelques années. Il donne des chiffres éloquents : dans le premier cycle, sur un peu plus d'un million d'élèves, il y a 200.000 latinistes et, hélas ! à peine plus de 8.000 hellénistes, soit 0,8 pour cent, dont une forte majorité de filles. Dans le second cycle (lycées), sur 514.369 élèves, 86.308 latinistes (16,8 pour cent) et 9.255 hellénistes, dont 6.000 jeunes filles (1,8 pour cent). Si l'on regarde les résultats au baccalauréat, les chiffres sont plus réconfortants : dans la section A1 (latin-grec), on trouve 86,5 % de reçus, contre 50% dans certaines sections « modernes ».
M. Boudet parle ensuite des débouchés, et surtout du professorat. Les agrégations classiques sont celles où le pourcentage des reçus est encore le plus élevé. Au C.A.P.E.S. de Lettres classiques, c'est la même constatation, bien que la carrière soit « bouchée » : 17 pour cent contre deux pour cent en philosophie et 7,8 pour cent en histoire-géographie. Cependant les jeunes professeurs de Lettres classiques ont des in quiétudes légitimes : si la désaffection pour les langues anciennes continue, on finit par se demander à qui enseigneront ces jeunes maîtres. Certes, le projet de réforme de M. Haby tient à conserver l'importance de la culture classique : le futur tronc commun de quatrième et troisième comportera une « option lourde », c'est-à-dire fondée essentiellement sur les langues anciennes.

Mais le véritable problème se trouve au niveau des réticences du public et des parents. Nos études classiques souffrent de ces deux préjugés : on dit qu'elles ne servent à rien et qu'elles sont un ornement de la culture bourgeoise. Il est facile de répondre. les statistiques de l'Académie d'Orléans montrent que ce sont dans les banlieues industrielles et les C.E.S. ruraux – milieux bourgeois comme chacun sait ! – qu'on recrute aujourd'hui le plus d'hellénistes. Le public semble oublier actuellement cette vérité élémentaire : l'enseignement secondaire est avant tout un enseignement de culture et de formation, d'ouverture aux faits de civilisation. Nous souffrons d'un mal – dont les U.S.A., le monde anglo-saxon se sont guéris à temps – l'excès de spécialisation précoce. Les chefs d'entreprise, les savants le répètent : l'enseignement scientifique est périmé au bout de cinq ans ; la formation générale, qui s'appuie sur une connaissance profonde des langues, anciennes et vivantes, sur les grands courants de pensée, offre, seule, les qualités qui ne se périment pas : l'adaptation, la faculté d'analyse et de synthèse. Réserver le latin et le grec à une minorité dans l'enseignement supérieur aboutirait à une grave mutilation de la culture. Il faut que le public le sache et en prenne conscience.



1984 : "Budé" a trente ans

Le vendredi 23 novembre 1984, la section a fêté, au jour dit, le trentième anniversaire de sa fondation, sous la présidence d'un ancien professeur du lycée Pothier, M. Michel Raimond, actuellement professeur à la Sorbonne.

C'est en 1954 qu'un petit groupe d'Orléanais décida de créer une section locale "Guillaume-Budé". Un bureau fut alors constitué, qui comprenait MM. Michel Adam, Jacques Boudet, Michel Raimond et le chanoine Pierre-Marie Brun, la présidence étant assurée par M. Germain Martin. En 1965, cette présidence a été confiée à M. Lionel Marmin.

C'est le 23 novembre 1954 que fut donnée la première conférence « Budé » à Orléans. Et depuis trente années maintenant, cette société organise des conférences, au cours desquelles d'éminents spécialistes viennent traiter les sujets les plus divers et, chaque mois, les Orléanais épris de culture humaniste se retrouvent dans la salle de conférences du centre Charles-Péguy, rue du Tabour. Chaque année, également, les "budistes" orléanais curieux de géographie littéraire participent à une excursion qui leur permet d'aller à la rencontre des écrivains et des poètes dans la région, la ville ou la demeure qu'ils ont particulièrement connues et aimées.

Ce trentième anniversaire a été l'oocasion de faire un bilan sur les problèmes des études classiques et de l’enseignement en général. M. Marc Baconnet, Inspecteur Pédagogique Régional, a parlé de la Situation des études classiques en France et dans la Région Centre et M. Jacques Boudet, inspecteur général honoraire, a fait le compte rendu du livre de J. de Romilly L’Enseignement en détresse.

M. Marc Baconnet s'attacha d'abord à faire le point sur l'enseignement des langues anciennes dans l'Académie d'Orléans-Tours. La situation du grec y est assez inquiétante, celui-ci n'étant plus enseigné que dans quelques îlots certes très vivants, mais qui ne subsistent souvent que par le dynamisme et le dévouement d'un seul professeur (on compte actuellement 788 hellénistes dans les collèges de l'Académie et 731 dans les lycées). En revanche, le latin se porte assez bien, au moins quantitativement, puisque les collèges abritent cette année 11.615 latinistes (785 de plus que l'an dernier) et les lycées 4.336 (31 de plus que l'an dernier), l'hémorragie constatée entre le premier et le second cycle n'étant ni récente, ni facile à combattre. Il n'en reste pas moins que les vertus du latin sont réelles et bien connues. Outre l'esprit de rigueur qu'il développe chez les élèves, il permet aux jeunes Français – par le biais de la phonétique et de la sémantique – de retrouver les racines de leur langue. Il leur permet aussi de faire des rapports constants et pertinents entre le monde antique et le monde d'aujourd'hui, donc de relativiser leurs jugements. L'objectif est moins dorénavant de faire de ces jeunes latinistes des « forts en thème » que de leur donner une conscience plus claire de la langue et du monde d'aujourd'hui.

Après ces considérations sur la situation et la valeur des langues anciennes, M. Jacques Boudet, Inspecteur Général honoraire de l'Education Nationale, proposa une réflexion sur les nombreux témoignages qui dénoncent la dégradation actuelle de l'enseignement et qui lancent tous un cri d'alarme, ceux de L. Schwartz, de M. Maschino, de H. Hamon et P. Rotman. Il s'attacha surtout à l'ouvrage de Mme Jacqueline de Romilly, L'Enseignement en détresse.
Constatant "le flot montant de l'ignorance" chez les élèves et les étudiants. Mme de Romilly dénonce la nocivité d'un égalitarisme absurde qui confond égalité devant l'enseignement et égalité dans l'enseignement. Elle s'étonne que le mot "élitisme" se soit chargé de connotations péjoratives et met en lumière les dangers de certaines pratiques, comme le  "tutorat", par lesquelles un élève ou un étudiant se trouverait livré à un seul enseignant ayant sur lui une influence excessive. Mme de Romilly s'efforce ensuite de fonder la culture classique en nature et en raison. Elle plaide pour un enseignement capable de se détourner un moment du temps présent, de l'actualité immédiate, de l'utilité pratique, pour s'intéresser à d'autres temps et à d'autres cultures – celles de l'Antiquité en particulier –, ce "détour" permettant de se pourvoir des notions et du recul nécessaires pour comprendre notre monde et notre société, bien plus complexes que le monde et les sociétés gréco-latines.

Il appartenait à M. Michel Raimond, professeur à l'Université de Paris-Sorbonne, l'un des fondateurs de la section "Budé" d'Orléans, de conclure ces réflexions sur les malheurs et les vertus de la culture humaniste. Certes l'enseignement supérieur est malade à cause du refus officiel d'une sélection pourtant naturelle et nécessaire, à cause de la mode aberrante de "coller à l'Université", à cause du mythe de la "créativité" qui fait que l'on croit pouvoir se dispenser d'apprendre les règles, celles du langage en particulier. Certes, l'enseignement secondaire est malade depuis que l'administration ne se soucie plus d'utiliser chaque enseignant selon sa compétence et gaspille les talents des meilleurs en refusant de les reconnaître comme tels. Toutefois, dans la situation actuelle, il vaut mieux être, comme Voltaire, un "optimiste décidé" : les cris d'alarme se multiplient, la prise de conscience se fait peu à peu et le système actuel, générateur de tant d'échecs, n'empêche pas certaines brillantes réussites. C'est pourquoi les budistes orléanais – bien décidés à poursuivre leur entreprise de défense et illustration de la culture humaniste – adhèrent pleinement à la belle image que propose Mme de Romilly : cette "gerbe de critiques" était, hélas, nécessaire ; que vienne après elle un "semis d'espoir".



1994 : "Budé" a quarante ans

Le mardi 22 novembre 1994, pour marquer le quarantième anniversaire de la section orléanaise, Anne-Cécile Chapuis dirigeant l’ensemble vocal Anonymus, a donné, dans l’église Saint-Pierre-du-Martroi, un concert sur le thème : Poésie et musique chorale de la Renaissance à nos jours. Ce concert a été présenté par M. André Poujade, qui a montré toute l’étendue du registre de ce groupe d’amateurs de haut niveau : des "classiques" du XVIe (Costeley/Ronsard, Janequin/Marot) aux mélodies modernes, très "techniques", de Ravel et de Poulenc.

Le lendemain 23 novembre, la séance commémorative du quarantième anniversaire a eu lieu, dans l’auditorium du musée des Beaux-Arts, en présence de M. J.-P. Sueur, maire d’Orléans, et de M. Paul Jal, membre du bureau national, représentant le président Bompaire.

M. Alain Malissard a prononcé l’allocution de bienvenue, en évoquant d’abord la soirée fondatrice du 23 novembre 1954, où MM. Germain Martin et Jacques Boudet portèrent la section sur les fonts baptismaux, et la conférence inaugurale de M. Michel Adam. Et M. Malissard de saluer la présence de M. Adam, venu retrouver la section orléanaise pour ce quarantième anniversaire. Il rappelle que celui qui fut notre premier conférencier, alors jeune professeur de philosophie au lycée Pothier, avait pris comme sujet la nuit fondatrice du 23 novembre 1654 pendant laquelle Pascal "étreignit la vérité avec passion".

M. Malissard continua en soulignant les 40 années de présence continue de la section dans la vie culturelle orléanaise, le rôle actif des pionniers — dont plusieurs manquent hélas ! à l’appel — et de tous les fidèles, en rendant un hommage particulier à M. Lionel Marmin, qui assura la présidence pendant vingt-deux ans.

Les quarante années d’activité ont été évoquées ensuite dans un montage photographique commenté avec un humour mêlé de quelque nostalgie par M. Jean Nivet, qui a retrouvé dans les archives des deux secrétaires (Michel Adam de 1954 à 1961, André Lingois ensuite) des documents précieux et des photographies émouvantes. Certaines nous ont particulièrement touchés : Roger Secrétain et le recteur Gérald Antoine écolutant une conférence au centre Charles-Péguy, Mgr P.-M. Brun conduisant ses promenades dans l’Orléans ancien, Maurice Genevoix nous recevant aux Vernelles, M. Jacques Boudet dirigeant la première excursion littéraire, le 5 juin 1955, au pays de George Sand… Jean Nivet a eu raison de conclure cette rétrospective en affirmant que "la section orléanaise avait bien servi la cause de Guillaume Budé, notre saint patron".

Pour terminer, M. Michel Raimond, l’un des "pères fondateurs" de notre section, alors professeur au lycée Pothier, aujourd’hui professeur émérite à Paris-Sorbonne, a prononcé une conférence sur Un personnage proustien, Odette dans tous ses états.



2000 : à 45 ans "Budé" entre dans le nouveau millénaire

Le mardi 14 décembre 1999, pour marquer la fin du millénaire d’une manière festive, a eu lieu une séance inhabituelle dont l’intitulé – La chouette vole sur les millénaires – avait quelque peu intrigué la curiosité des budistes. Ceux-ci ont d’ailleurs été récompensés, puisqu’il leur a été offert, à l’issue de la soirée, un symposium, c’est-à-dire un buffet, lequel fut des mieux appréciés.

La séance a été consacrée principalement à la lecture de textes traitant des différents aspects de la Grèce, de son influence sur Rome et sur notre civilisation au cours des siècles. Le président Alain Malissard, jouant le rôle du coryphée, a rappelé d’emblée l’importance de notre emblème : la chouette, animal favori d’Athéna, avec son regard brillant et acéré, est le symbole de la culture hellénique et des valeurs que notre association souhaite transmettre aux générations futures.

Les textes, lus par les membres du Bureau, allaient d’Homère à Diogène d’Oenanda, de Virgile à Saint-Augustin, de Du Bellay à Camus et Lacarrière. Ils avaient été distribués selon trois grands thèmes — paysages et monuments, héros et héroïnes, pensée et philosophie — chaque séquence étant illustrée de diapositives et séparée par des extraits musicaux ou des intermèdes ludiques. Le thème central donnait sa place au théâtre avec la participation de Sylvie Malissard, comédienne professionnelle, qui joua notamment une scène de l’Antigone de Sophocle, en parallèle avec une scène de l’Antigone d’Anouilh.

Cette anthologie d’une cinquantaine d’extraits n’avait la prétention d’épuiser ni le trésor des lettres antiques, ni les commentaires des modernes — de Chateaubriand à Valéry — mais d’en montrer les aspects variés, parfois antagonistes, comme, dans Thucydide, l’éloge de la démocratie et le constat désabusé de la violence guerrière, ou comme la beauté idéale conçue par Platon et le bonheur de la vie simple des chaudes journées d’été chanté par Hésiode. Et l’on put conclure par ces vers de Sophocle : "Il est bien des merveilles en ce monde ; il n’en est pas de plus grande que l’homme".



2004 : "Budé-Orléans" a cinquante ans

Le mardi 23 novembre 2004, la section orléanaise de l’association Guillaume-Budé a réuni ses membres pour le cinquantième anniversaire de sa fondation. Étaient invités à cette séance exceptionnelle M. Jacques Jouanna, président de l’Association Guillaume-Budé nationale, et M. Michel Adam, l’un des "pères fondateurs" de la section, qui évoqua quelques souvenirs.

A cette occasion, M. Jean Nivet, vice-président, évoqua les cinquante années de présence de "Guillaume-Budé" dans la vie culturelle orléanaise. Après ce rappel des multiples activités de l’association, les Budistes se sont transportés à l’hôtel Groslot où ils ont été reçus par la municipalité orléanaise, en la personne de M. Marc Champigny, adjoint à la culture. Le président Alain Malissard, développa alors quelques considérations sur l’humanisme. Un dîner amical termina cette soirée, auquel vinrent se joindre M. Jean-Pierre Sueur, sénateur du Loiret, et M. Marc Champigny.

Le vendredi 26 novembre 2004, des comédiens du "Centre Dramatique National" d'Orléans ont présenté une lecture d'extraits des Histoires de Tacite.


INTERVENTION DE JEAN NIVET, VICE-PRÉSIDENT

La petite histoire veut que le linguiste Joseph Vendryès — qui, en 1914, venait de recevoir son ordre de mobilisation — n’avait pu trouver d’édition savante d’Homère qui tînt dans son paquetage hormis l’édition allemande Teubner… ce qui était pour le moins vexant pour un patriote français ! Et, de fait, il n’existait alors en France aucune collection développée qui rassemblât des éditions de textes grecs et latins pouvant répondre aux exigences de la philologie. C’est la raison pour laquelle on avait pris l’habitude d’utiliser les éditions allemandes, en particulier celles de la collection Teubner, qui paraissait à Leipzig depuis 1850.

C’est à cause de ce constat de carence que, dès 1918, vit le jour — sous la présidence de Maurice Croiset — une association qui se donnait pour mission de combler cette lacune de l’édition française en publiant une collection complète d’auteurs grecs et latins, en texte et traduction. On envisageait même d’éditer aussi des classiques byzantins, néo-latins, français, arabes, chinois, etc. Comme cette association avait également pour vocation de remettre à l’honneur les valeurs de l’humanisme, elle se donna le nom de Guillaume Budé, ce fils d’une famille bourgeoise parisienne, né en 1467, qui avait été touché par la grâce de l’humanisme et qui avait décidé de consacrer sa vie à l’érudition philologique. C’est Budé qui avait convaincu François Ier d’instituer des "lecteurs royaux" chargés d’enseigner les langues et les sciences dans un "Collège de France" qui a été créé en 1530. En prenant ce personnage comme porte-drapeau, les fondateurs de la nouvelle association entendaient aussi signifier qu’il s’agissait pour eux de faire revivre une tradition philologique typiquement française, où l’appréciation littéraire des textes devait s’appuyer d’abord sur les ressources de l’érudition la plus exacte. Les objectifs de "Guillaume-Budé" étaient donc — et sont toujours restés — purement intellectuels.

Les principaux moyens d’action de l’association étaient l’organisation de conférences et la publication d’un bulletin. Pendant longtemps aussi, des navires ont été affrétés pour des voyages en Méditerranée, la première croisière "Budé", en 1930, ayant eu pour destination la Grèce, à bord de l’Iphigenia. Et puis, un peu plus de dix ans après sa fondation, l’association décida d’organiser des congrès quinquennaux, afin de réunir — autour d’un grand thème lié à l’humanisme — les meilleurs spécialistes du moment. Le premier congrès s’est tenu à Nîmes en 1933 ; le quinzième a été organisé à Orléans en 2003.

Mais l’objectif initial et essentiel était de publier, en éditions savantes, des grands textes de l’Antiquité. Et, pour cela, il fallait bien sûr trouver d’importants moyens financiers. Alors, plutôt que de s'agréger à un grand éditeur, l’association "Guillaume-Budé" décida de chercher des investisseurs qui apporteraient les capitaux nécessaires pour fonder une maison d'édition indépendante. C’est ainsi que 300 industriels français, amis des lettres classiques, aidèrent à la création, en 1919, d’une société anonyme, qui s’appela "Les Belles-Lettres".

Son premier président fut l’helléniste Paul Mazon et son siège se trouvait à Paris, boulevard Saint-Germain. Très tôt, la gestion a été confiée à Jean Malye, un angliciste, celtisant et spécialiste de l’Irlande. Jean Malye fut un homme efficace, car il souhaita toujours conserver un juste équilibre entre l’érudition pour spécialistes et la conquête d’un public plus large. C’est lui, par exemple, qui encouragea, tant que cela fut possible, l’organisation des croisières humanistes en Méditerranée. A sa mort, en 1973, Jean Malye fut remplacé par son gendre, Pierre de Mijolla, un ancien officier de marine qui était expert maritime auprès des Nations-Unies.

Celui-ci — continuant la politique d’ouverture de son beau-père — lança en 1983 la collection "Realia", qui marquait la volonté des "Belles-Lettres" de s'ouvrir à un public plus vaste, avec des ouvrages de vulgarisation intelligente. Le premier succès de cette collection fut Les plaisirs à Rome, dont l'auteur, Jean-Noël Robert, devait faire une intervention remarquée à la télévision dans l’émission Apostrophes. D’autres titres suivirent, parmi lesquels une étude de Florence Dupont sur le théâtre à Rome, une autre de Jean-Pierre Néraudau sur l’enfance à Rome et, il y a 10 ans, en 1994, Les Romains et l’eau de notre président Alain Malissard.

Les ouvrages publiés par les "Belles-Lettres" — sous le patronage de l’association "Guillaume-Budé" — sont groupés en plusieurs collections: "Études anciennes", "Auteurs latins du Moyen Age", "Classiques de l’humanisme", "Science et humanisme", "Théâtre anglais de la Renaissance". Mais la collection la plus célèbre reste la "Collection des Universités de France" (la C.U.F.).

Le premier volume de cette collection d'auteurs antiques parut en 1920. C’était l'Hippias Mineur de Platon ; et la presse salua cette publication comme une seconde victoire contre l’Allemagne ! Aussitôt après, paraissait le premier volume de la série latine, le De Natura rerum de Lucrèce. Destinée d'abord à accueillir les grandes œuvres de la littérature classique gréco-latine, sous la forme d'éditions bilingues, la "Collection des Universités de France" s'est rapidement ouverte à tous les textes grecs et latins — littéraires ou techniques — jusqu'au VIe siècle après J.-C. Actuellement il y a environ 750 titres parus.

Les choix initiaux ont été conservés. Par l'apparence, un "Budé" de 2004 ne diffère pas d'un "Budé" de 1920. Sur la page de droite, le texte grec ou latin avec un apparat critique ; sur la page de gauche, une traduction française, accompagnée de notes. Pour la série latine, une couverture orangée, ornée de la célèbre louve romaine, mais débarrassée de ses jumeaux apocryphes. Pour la série grecque, une couverture chamois avec la chouette d'Athéna ; cette chouette, qui est devenue l’emblème de l’Association, est la reproduction d'un petit vase à parfum du VIIe siècle avant J.-C, conservé au musée du Louvre.

Les ouvrages des éditions "Budé" parus dans les dernières décennies obéissent à une plus forte exigence d'érudition que les premiers volumes qui paraissaient dans les années 1920, sous la direction de Paul Mazon et d’Alfred Ernout. Cette évolution doit beaucoup à Alphonse Dain, le grand spécialiste des manuscrits grecs, qui dirigea la "Collection des Universités de France" de 1954 à 1964, et qui imposa à ses collaborateurs une approche véritablement scientifique du travail d'édition. Et cette politique a été poursuivie par ses successeurs : Jean Irigoin, Jacques Jouanna pour la série grecque ; Jacques André, Paul Jal, Jean-Louis Ferrary, pour la série latine.

Depuis 1920, six millions de livres ont été vendus. On a consommé pour cela 11.000 tonnes d’un papier spécialement fabriqué pour ces éditions, un "vélin crème de Guyenne de 80 grammes". Accidentellement incendié dans sa totalité en mai 2002, le stock d’ouvrages a été entièrement réimprimé.

Ces volumes — qu’on appelle familièrement les "Budé"— sont connus dans le monde entier. De l'Italie au Japon, des États-Unis à l'Argentine, nombreuses sont les Universités qui ont acquis la collection complète. Et de nombreux amateurs leur ont fait une large place dans leur bibliothèque. Entre autres, Robert Sabatier, de l’académie Goncourt, se dit un fidèle lecteur de ces volumes : "Lisant les Anciens — dit-il — je ne recherche pas l’exotisme ou quelque promotion de l’esprit, mais le plaisir, le plaisir du texte cher à Roland Barthes. Le trésor se trouve aux éditions Les Belles Lettres. Heureux qui dispose des œuvres de la célèbre collection ! Il peut vivre à la fois en passé, en présent et en avenir dans la compagnie d’auteurs de tous les temps – donc d’aujourd’hui."

Ce succès de l’association nationale "Guillaume-Budé" explique que de nombreuses "filiales" se soient rapidement créées en province pour y porter la voix de l’humanisme. Dans les années cinquante, on en trouvait plus d’une vingtaine : à Angoulême, à Bergerac, à Bordeaux, à Bourges, à Confolens, à Issoudun, à Laval, à Lille, à Marseille, à Nancy, à Nantes, à Nîmes, à Poitiers, à Rennes, à Saint-Hippolyte-du-Fort, à Strasbourg, à Toulon, à Toulouse, à Vierzon, et même, au-delà de nos frontières, en Belgique, en Algérie, au Maroc…

Pourtant Orléans laissa passer toute la première moitié du XXe siècle sans manifester d’intérêt particulier pour l’association "Guillaume-Budé" parisienne ! Il y avait là — sinon un scandale — du moins, un paradoxe, car Orléans avait un passé qui appelait, dans cette ville, la présence d’une section "Budé":
— D’abord, Orléans avait été, au XVIe siècle, un important foyer d’humanisme ; et c’était un Orléanais, Pierre Daniel, qui avait sauvé une bonne partie des manuscrits anciens de la bibliothèque de Saint-Benoît-sur-Loire, ces manuscrits qui ont servi à l’établissement de certains textes publiés par les Belles-Lettres.
— Et puis l’Université d’Orléans avait accueilli le jeune Guillaume Budé parmi ses élèves ; certes il quitta notre ville totalement dégoûté des études, mais ce ne fut qu’une crise passagère, et, quelques années plus tard, il se remit au travail avec le bonheur que l’on sait.
— Et puis c’est à Orléans, rue Bannier, qu’est né le principal et irremplacé instrument de tous les hellénistes, le dictionnaire d’Anatole Bailly.
— Enfin, c’est au musée d’Orléans que se trouve la figure casquée qui, à côté de la chouette et de la louve, orne les volumes de la série des "Textes français", publiée aux "Belles-Lettres".
Les Destins voulaient donc qu’Orléans possédât dans ses murs une section de l’association « Guillaume-Budé ». Pourtant, celle-ci n’apparut qu’en 1954.

*

C’est dans une petite commune du Loiret, précisément dans la cour de l’école de Tavers, que — le 28 juin 1953 — naquit l’idée de fonder à Orléans une section locale. On y célébrait ce jour-là le centenaire de Jules Lemaître et, à cette occasion, M. Jacques Boudet — alors professeur de Première supérieure au lycée d’Orléans — avait fait une communication sur Jules Lemaître et l’Antiquité. Parmi les auditeurs se trouvait le nouveau directeur régional de la Régie Renault, M. Germain Martin. Celui-ci prit contact avec le conférencier et exprima son étonnement que les Orléanais n’aient pas encore fondé de section locale "Guillaume-Budé". Lui-même, qui venait de Nantes, y avait fondé une section et en avait assumé la présidence. Ce projet de transposer à Orléans ce qui s’était fait à Nantes séduisit, et devait prendre corps dix-huit mois plus tard.

Jacques Boudet, en effet, s’était mis aussitôt en mouvement et avait réussi à intéresser au projet quelques professeurs du lycée Pothier, qui constituèrent avec lui le premier noyau : M. Gaulon, qui avait été secrétaire de la section de Nantes ; M. Francis Pruner, tout nouveau docteur ès lettres ; et aussi "les trois Michel", Michel Adam, Michel Grau et Michel Raimond. On avait également recruté l’archiprêtre de la cathédrale, Mgr Pierre-Marie Brun, docteur en théologie orientale. Le journal local, La République du Centre, par l’intermédiaire de son rédacteur en chef Roger Secrétain, avait décidé de soutenir l’entreprise et un journaliste, Jack Chargelègue, reçut mission de rendre compte des premiers pas du nouveau-né.

Bien sûr, un échange de lettres eut lieu avec Jean Malye, le délégué général de l’Association. Celui-ci, dès le 19 novembre, félicitait Germain Martin de son initiative : "C’est avec un extrême plaisir que j’ai appris que votre projet de création d’une section de l’Association Guillaume-Budé à Orléans se réalisait… Nous vous adressons les voeux que forme l’Association pour la pleine réussite de votre entreprise qui nous tient fort à coeur." Et, dans une "note" annexée à sa lettre, Jean Malye donnait en quelque sorte sa définition de l’humanisme, en rappelant aux Orléanais que l’association Guillaume-Budé appelle à se grouper tous ceux qui "sont convaincus de la nécessité d’une culture générale d’esprit universel, basée sur la connaissance de la culture classique gréco-latine, culture qui doit à la fois servir l’homme, l’individu et en même temps inspirer et animer les hommes entre eux, vivant en société."

Encouragé par ces belles paroles, Michel Adam retint la modeste salle de conférences que la municipalité d’Orléans avait fait installer dans le vieil hôtel d’Hardouineau. La date du 23 novembre qui figure sur l’attestation de location de la salle est comme la date de naissance de notre section. La République du Centre annonça l’événement : "Une section de l’association Guillaume-Budé va être créée à Orléans ; une première réunion aura lieu le 23 novembre salle Hardouineau". C’est, bien sûr, le président Germain Martin qui ouvrit la séance. Puis Jacques Boudet, vice-président, argumenta en faveur de la création d’une section orléanaise. Ensuite M. Gaulon, fort de son expérience nantaise, expliqua comment "fonctionnait" une section Budé. Alors, sans plus tarder, on passa aux travaux pratiques, et Michel Adam donna ce qui devait être la première d’une longue suite de conférences, en parlant de Pascal et son Dieu, la nuit du 23 novembre 1654. Et Michel Adam eut même l’idée élégante d’arrêter son propos à 10 heures et demie, c’est-à-dire à l’heure précisément où commença, pour Pascal, sa fameuse nuit d’extase.

Ainsi donc, on peut dire que c’est le 23 novembre 1954 à 22 heures 30 précises qu’est née la section orléanaise Guillaume-Budé, naissance dont la République du Centre a rendu compte dans son édition du 26 novembre : "Une section de l’Association Guillaume-Budé à Orléans. Au cours de la première réunion, M. Adam donne conférence sur Pascal et son Dieu."

Mais, après cette conférence inaugurale, il fallait enchaîner sur d’autres conférences. Les professeurs de lettres du lycée Pothier se mirent donc à l’ouvrage : Michel Grau parla de Giraudoux, Francis Pruner du théâtre d’Antoine, Michel Raimond de la crise du roman et Jacques Boudet du culte de la terre dans la Grèce antique. La consécration officielle et parisienne n’avait pas tardé à venir : le 8 mars 1955, Jean Malye était venu saluer les membres de la toute nouvelle section ; et il en profita pour leur parler de son sujet favori, la Grèce et l’Irlande. La Sorbonne, pendant cinq ans, envoya ses membres les plus éminents : Fernand Robert, Pierre Boyancé, Robert Flacelière, Jacques Heurgon, Pierre-Georges Castex, Pierre Grimal, Pierre Moreau, qui vinrent d’autant plus facilement qu’Orléans n’est pas loin de Paris et qu’il pouvaient regagner la capitale par le train du soir.

Pourtant les sept premières années ne furent pas faciles. On crut même un moment que la jeune association n’allait pas survivre. La saison 1961-1962 avorta : on ne fit, cette année-là, qu’une courte promenade dans le Valois. Puis deux des trois "Michel", Michel Adam et Michel Raimond — accaparés par d’autres tâches — quittèrent l’association. Heureusement, en 1962, avec l’arrivée d’un professeur de Lettres du lycée Benjamin-Franklin, M. André Lingois — qui prit tout à la fois les fonctions de secrétaire et de trésorier — un nouveau souffle vint ranimer l’association orléanaise, qui, depuis, n’a pas cessé de prospérer, et cela, avant tout, grâce au dévouement de ses présidents.

Trois présidents seulement se sont succédé à la tête de l’association orléanaise en un demi-siècle. Après M. Germain Martin, directeur régional de la Régie Renault, président-fondateur, M. Lionel Marmin, secrétaire-général de la mairie d’Orléans, assuma la présidence pendant 22 ans, de 1965 à 1987, ce qui lui valut de recevoir, en 1992, des mains du président Jacques Bompaire, la médaille de l’Association "Guillaume-Budé". Enfin, M. Alain Malissard, alors maître de conférences de langue et littérature latines, prit la barre en 1987 et, depuis dix-sept ans, c’est lui qui dirige le navire orléanais "Guillaume-Budé".

Deux vice-présidents, maintenant disparus, ont fait partie des "pères-fondateurs" et ont mené longue carrière dans l’Association. Mgr Pierre-Marie Brun, qui, après avoir été aumônier du lycée Pothier, puis curé-doyen de Briare, a été archiprêtre de la cathédrale Sainte-Croix de 1952 à 1975 ; et Jacques Boudet qui "vice-présida" d’abord comme professeur de Lettres supérieures au lycée Pothier, ensuite comme Inspecteur pédagogique régional, enfin comme Inspecteur général, d’abord en activité, puis honoraire, jusqu’en 1998. Tous deux ont été remplacés à la vice-présidence par Geneviève Dadou et Jean Nivet.

Pour le secrétariat, après Michel Adam et depuis plus de quarante ans, André Lingois assume la fonction avec une efficacité que tous reconnaissent. Ses petits cahiers conservent tous les détails de la vie de notre section et ses comptes rendus frappent par leur pertinence et leur exactitude. Mais le secrétariat est une véritable charge ; c’est pourquoi Gérard Lauvergeon est venu en renfort, le littéraire ayant bien besoin, parfois, des lumières du géographe-historien.

La trésorerie, elle non plus, n’est pas une sinécure et c’est sans doute la raison pour laquelle on y perdure moins longtemps : Michel Raimond, Jacques Durandeau, Gilbert Pierre, Roger Kaufmann, Henriette Valadon, Geneviève Dadou ont successivement "tenu la caisse".Celle-ci est maintenant entre les mains expertes de Pierre Navier, secondé efficacement par Pierrette Madère.
Les conférences

La vocation essentielle de « Guillaume-Budé » est d’organiser des conférences. Et, pour cela, l’association Budé orléanaise a été hébergée dans quatre salles successives : les dix premières années, jusqu’en 1964, dans la salle Hardouineau, contiguë à l’hôtel Groslot ; pendant une vingtaine d’années ensuite, dans la salle de conférences du centre Charles-Péguy ; pendant cinq ans, entre 1987 et 1992, dans la salle de conférences de la Caisse d’Épargne, rue d’Escures ; enfin, depuis plus de vingt ans, dans l’auditorium du musée des Beaux-Arts.

Des personnalités de premier plan assistaient souvent à nos conférences, comme le recteur Gérald Antoine ou la maire Roger Secrétain. Chaque fois, un photographe de la République du Centre venait immortaliser l’événement.

Au début, les invitations aux conférences ou aux excursions étaient polycopiées sur une Gestetner un peu poussive, ce qui leur donnait une pauvre allure. Ensuite, dans la période 1975-1985, un net progrès a été fait, puisque les invitations étaient composées par un imprimeur professionnel, dans une présentation qui allait devenir familière aux Orléanais.

Plus de 280 conférences ont été organisées depuis 1954. Beaucoup de professeurs certes y ont pris la parole, mais aussi des conférenciers plus "médiatiques" comme Régine Pernoud, Pierre-Aimé Touchard, Jacques Lacarrière, Michel Tournier, Max Gallo, Sylvie Giono, Vassilis Alexakis, Jean-Yves Empereur, Yves Bonnefoy, André Kaspi, Michel Déon, Elisabeth Badinter… Quant aux sujets traités, ils sont d’une telle variété qu’il serait vain d’essayer d’en rendre compte. On a certes beaucoup parlé des littératures grecque, latine et française, mais aussi d’archéologie, de musique, de danse, de peinture, de muséographie, de religion, d’oenologie, de cinéma, de mathématiques…

Depuis l’origine — à côté des conférences traditionnelles ex cathedra — on a organisé des conférences "à plusieurs voix", des "débats" ou des "lectures". Dans la première décennie de l’association, Michel Adam et Michel Raimond y participaient régulièrement, en même temps que Jacques Boudet:
— en 1957, ce fut un débat sur la vie intellectuelle à Orléans,
— en 1958, on débattit de Françoise Sagan, alors jeune auteur de Bonjour Tristesse et de Un certain sourire,
— en 1959, on donna une conférence à quatre voix sur le thème littéraire du chat ("son mystère le Chat", comme l’écrivit Michel Adam dans son compte rendu),
— en 1962, le 250e anniversaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau fut l’occasion d’une conférence à trois voix (avec Jacques Boudet).
Il fallut attendre le siècle suivant pour que l’on revienne à cette pratique avec un débat sur le mythe ou bien des lectures de textes de Dumas et de George Sand; sans parler de cette chouette qui, en décembre 1999, à la surprise de tous, "vola sur les millénaires".

A ces activités essentielles de notre association se sont ajoutées d’autres activités annexes.

L’une d’elle, il y a une quarantaine d’années, consista à chercher à attirer les jeunes élèves et les étudiants. Certes, nous n’avons jamais eu de section de "jeunes Budé". Pourtant, en 1964, on a fait un effort pour intéresser les étudiants : dans sa réunion du 26 février, le Bureau décida d’attribuer un prix (sous forme de livres) à l’élève de chacun des établissements de second cycle d’Orléans qui s’était le plus distingué en latin et en grec. Mais la chose a tourné court. On peut maintenant en sourire : en pleine tourmente de mai 68, le Bureau "Budé" continuait imperturbablement à chercher l’élève le plus méritant dans chaque établissement scolaire… sans se douter que les "distributions solennelles de prix" allaient bientôt disparaître et, avec elles, les "prix Budé". Signalons pour mémoire qu’en bénéficia, pour le lycée Benjamin-Franklin, en juin 1969, l’élève William Marois, qui, depuis, est devenu recteur d’Université.

Tout comme elle a fait des efforts en direction des jeunes, notre association a voulu également avoir des activités en commun avec les autres Sociétés culturelles de la ville. En effet, une vieille pratique orléanaise, interrompue depuis 1908, consistait à organiser de temps en temps une séance commune à plusieurs sociétés savantes. En 1965, on tenta de faire revivre cette pratique et "Guillaume-Budé" y prit sa part. Sous la présidence de Roger Secrétain, le thème de cette première séance commune fut "le domaine de la Source et sa vie au siècle des Lumières". On réédita l’expérience en 1967, avec comme thème "Orléans au XVIIIe siècle", en insistant particulièrement sur le jansénisme. En octobre 1970, la séance étant présidée par le préfet de région M. Francis Graëve, le thème choisi fut "Orléans sous le Premier Empire" ; pour "Guillaume-Budé", M. Jacques Boudet parla de l’Académie d’Orléans au début du XIXe siècle.

Par ces séances communes, on souhaitait, bien sûr, ne pas rester entre soi et s’ouvrir à un public plus large. Et c’est dans le même but qu’on organisa parfois quelques modestes expositions de documents : en octobre 1974, une exposition sur l’architecte baroque Conrad Schlaun (avec l’appui de l’école des Beaux-Arts) ; en décembre 1975, une exposition sur le grand éditeur de la Patrologie, Jacques-Paul Migne (avec l’appui des Archives du Loiret) ; en mars 1991, enfin, dans la salle de lecture de la vieille bibliothèque municipale, on présenta quelques panneaux sur le thème "De l’écriture antique aux éditions modernes" (avec l’aide matérielle de l’Association Budé nationale). Ces expositions, il faut le dire, n’attirèrent jamais de grandes foules.

En revanche nous avons eu plus de succès lorsqu’on voulut aider les Orléanais à découvrir leur patrimoine monumental. L’initiative en revient à notre vice-président Mgr Pierre-Marie Brun qui avait proposé d’organiser une série de conférences-promenades dans les rues d’Orléans pour expliquer aux budistes le passé de leur ville. Dans les premières années surtout, chaque sortie des "Budistes" était un petit événement local : la République du Centre en rendait compte aussitôt, dans un article accompagné d’un cliché où l’on voyait l’archiprêtre initiant doctement ses auditeurs et auditrices au passé monumental d’Orléans. Un cycle de visites s’étendait sur cinq ans : d’abord "Orléans préroman", puis "Orléans gothique", puis "Orléans à la Renaissance", puis "Orléans à l’époque classique", enfin, pour faire la synthèse, "La cathédrale Sainte-Croix à travers les siècles". Mgr Brun renouvela ce cycle quatre fois et dirigea donc vingt "promenades" entre 1955 et 1977.

A partir de 1991, nos membres nous demandèrent d’organiser pour eux des sorties à Paris afin de visiter des expositions ou d’assister à des représentations théâtrales :
— en décembre 1991, on vit représenter Agamemnon et Les Choéphores d’Eschyle au théâtre de la Cartoucherie de Vincennes.
— en décembre 1992, on visita l’exposition "Les Étrusques et l’Europe" et on assista, dans le même théâtre, à la suite de la trilogie d’Eschyle avec Les Euménides.
— en octobre 1994, on choisit l’exposition "Voltaire et l’Europe" et une représentation de Thyeste de Sénèque au théâtre des Amandiers.
— en février 1996, la visite de l’exposition "A l’ombre du Vésuve" fut suivie d’une découverte des orgues de la Madeleine sous la direction de Jean-François Houbart, suivie elle-même d’une visite du musée de la Vie romantique.
— enfin, en mars 1999, visite de l’exposition "Le Liban l’autre rive", puis représentation de Oedipe à Colone et d’Antigone de Sophocle au théâtre du Lierre.

Pour faire connaître au public toutes les activités de notre section, nous disposons de deux moyens. D’abord, depuis l’origine, les activités de la section orléanaise sont présentés sous forme de comptes rendus annuels aux abonnés du Bulletin national ; il ont été rédigés par Michel Adam jusqu’en 1962, ensuite par notre secrétaire André Lingois. Puis, grâce à M. Claude Viviani, notre association se trouve dotée d’un site internet qui rend compte de la totalité de nos activités depuis 1954 et annonce toutes nos activités programmées.

Une autre activité importante de notre section, ce sont les excursions littéraires. En un demi-siècle, les Budistes orléanais ont exploré tous les recoins de la France littéraire dans un large rayon autour d’Orléans. Le premier essai a eu lieu dès l’année 1955: cette année-là, ils partirent à la découverte du pays de George Sand. Les deux années suivantes, ils appelèrent en renfort deux universitaires parisiens : Raymond Lebègue, qui les pilota dans le pays de Ronsard, puis, en 1957, Verdun-Louis Saulnier qui les promena dans le pays de Rabelais.

Les plus anciens de notre section se souviennent peut-être avec nostalgie de quelques aspects disparus de ces promenades littéraires. La veille au soir, les participants étaient conviés à une "causerie préparatoire" à l’excursion ; cette habitude — qui obligeait à se coucher tard ceux qui devraient se lever tôt — ne fut abandonnée qu’en 1964. Avant le départ, au petit matin, Mgr Brun disait une messe pour attirer la grâce divine sur nos explorateurs de la France littéraire. Et puis, dans ces temps anciens, le car de l’excursion était accompagné de tout un lot de voitures particulières ; c’est pourquoi une "sortie Budé" ne passait pas inaperçue : c’était un impressionnant cortège dont le passage apportait quelque émoi dans la France profonde.

Dernier charme de ces promenades amicales et culturelles : le compte rendu qu’en faisait notre secrétaire Georges Dalgues qui, pendant 25 ans, de 1961 à 1986, mit tous les raffinements de sa plume au service de la chronique de ces explorations littéraires.
— Voici un exemple de "départ" : "En ce sémillant matin passait comme un frisson d’appareillage. Les embarqués humaient l’air mou du Val avec des narines de conquistadors. Fortes de leur nombre, les dames pépiaient à qui mieux mieux, causant culture comme de vrais hommes. Budistes et autres Lettrés de même farine entreprenaient la sinueuse croisière littéraire qui devait les mener au pays des verts vallons, ponctués de blancs bovins et de blanches communiantes…"
— Voici maintenant une "pause méridienne" : "Midi le Juste depuis longtemps déchu, vint le gîte d’étape et de restauration : un petit village aux tuiles déjà de Bourgogne, serré autour de son exquise église du douzième siècle, avec partout de l’herbe, avec partout de l’eau. Halte donc de réconfort, de reprise de soi ; il y fut longtemps devisé, bien bu — l’Irancy coule à flots non loin de là — et démesurément devisé."
— Et, pour finir, un exemple de "retour" : "Le soir tombait de plus en plus; la pluie aussi. Des couchers de soleil délavés se défaisaient au-dessus de la Loire. Et, retrouvée Orléans, il ne nous restait plus, recrus de roulement et de littérature, que de regagner nos maisons dans la nuit."

Au cours de ces "expéditions" littéraires, il nous est arrivé de faire des rencontres mémorables.
— En 1965, à La Chapelle-d’Angillon, alors que nous rendions hommage à Alain-Fournier, nous avons été reçus par sa soeur, Isabelle Rivière, une dame respectable de 76 ans. Depuis plusieurs années, elle était en conflit ouvert avec notre collègue Clément — Clément Borgal — parce que celui-ci contestait, dans ses articles et ouvrages, l’angélisme d’Alain-Fournier. Isabelle Rivière invita donc chez elle les groupe des Budistes… mais à la condition que Clément Borgal ne fût pas présent… Et c’est ce jour-là aussi que l’on rencontra le cinéaste Gabriel Albicocco, qui préparait son adaptation du Grand Meaulnes.
— Une autre rencontre mémorable, ce fut, en 1974, celle de Maurice Genevoix qui, depuis les origines, était président d’honneur de notre section. Maurice Genevoix nous invita chez lui aux Vernelles, et il accepta de nous parler longuement de son passé, de son pays et du paysage de Loire que nous avions sous les yeux.

En juin 1998, on inaugura la nouvelle formule d’une excursion en deux journées pour aller rencontrer Lamartine sur ses terres. Et c’est ainsi qu’on s’arrêta devant la maison de Milly, puis devant le château de Saint-Point. Au château de Pierreclos, on s’intéressa peut-être moins à Jocelyn qu’à la cave, car il ne faut jamais oublier que le grand Lamartine se voulut avant tout vigneron. Cette sortie au pays de Lamartine fut un modèle du genre, puisque c’est par la découverte de son terroir qu’elle nous a fait entrer dans l’intimité de l’écrivain et du poète. Et, ce jour-là — inspiré sans doute par les effluves bourguignons — notre président Alain Malissard a su exprimer en une formule particulièrement heureuse l’essence même du tourisme littéraire: "Nous étions, a-t-il dit, partis avec Lamartine, et nous sommes revenus avec Alphonse".

C’est le président Alain Malissard, qui, en 1990, osa se lancer dans l’aventure des voyages culturels autour de la Méditerranée, l’organisation matérielle étant confiée, pendant plusieurs années, à la "Compagnie des Voyageurs" de Besançon.

On explora l’ancienne Gaule, d’abord en suivant la vallée du Rhône, depuis le pays des Helvètes jusqu’à Massilia (en 1992 et 2000), puis, en suivant l’ancienne via Domitia à travers la Narbonnaise, depuis le Perthus jusqu’au pont du Gard (en 2002). On revint à quatre reprises en Italie pour des promenades dans Rome, dans le Latium, dans la Campanie et la Sicile (en 1990, 1991, 1995, 2004). On découvrit le Proche-Orient avec le Liban, la Jordanie, la Syrie (en 1994 et1998). On s’intéressa, en Espagne, à la Catalogne non seulement romaine, mais aussi romane et contemporaine (en 1996). En Tunisie, on chercha les restes de l’Afrique punique et romaine (en 1997). En Égypte on se limita aux deux grandes cités que furent le Caire et Alexandrie (en 2000). Enfin, on attendit le nouveau siècle pour explorer la Grèce avec l’Attique, le Péloponnèse et la Crête (en 2001 et 2003).


INTERVENTION DE M. ALAIN MALISSARD, PRÉSIDENT

Il y a cinquante ans, M. Michel Adam s’apprêtait à prononcer la première conférence donnée par notre association. Le sujet en était Pascal et son dieu : la nuit du 23 novembre 1654, et c’est aussi à l’occasion du centenaire de Jules Lemaître qu’était née l’idée de créer une section orléanaise. La date du 23 novembre n’avait manifestement pas été choisie au hasard et l’on sait que Michel Adam avait même pris soin d’arrêter son propos au moment où commençait, à 10 heures 30, la célèbre et décisive nuit de Blaise Pascal.

Ainsi, notre section est née sous le signe des anniversaires, et, dès le premier soir, une ligne symbolique s’est tracée entre une date porteuse de sens et le désir d’agir et de créer dans le présent. Le fait n’est pas sans signification, car c’est l’existence de cette ligne idéale qui permet sans doute le mieux de définir cet humanisme auquel nous nous référons.

La permanence et l’universalité d'une culture dont nous sommes les héritiers laisse en effet dans les esprits comme une marque invisible ; elle installe en fait dans l’individu comme une sorte de socle ou, si l’on autorise cette image, de disque dur, qui lui permet à la fois de conduire sa vie et de rester stable en participant aux activités d’une société toujours sujette aux mouvements les plus complexes. Faite de science et de littérature, de réflexion et d’invention, la culture humaniste permet de comprendre le monde en dépassant l’événementiel qui souvent nous accable : au théâtre bien sûr, au concert évidemment, dans les expositions d’art contemporain, dans les films qu’on nous propose, dans les pubs qu’on nous impose, l’humanisme sait reconnaître la part d’héritage, c’est-à-dire la part d’éternité, qui naît d’une culture commune et qui est en fait comme le point central par lequel s’établissent, en deçà même du langage, la compréhension fondamentale et l’essentiel du dialogue. C’est pourquoi par exemple nous défendons, autant que faire se peut, l’apprentissage des langues anciennes, non pas en tant que pur savoir linguistique, mais en tant que moyen de percevoir le monde au delà des apparences modernes ou faussement modernes.

Savoir ainsi reconnaître l’éternel sous l’éphémère, ce n’est pas cependant demeurer figé dans une admiration béate et sans limites du passé ; c’est suivre, en y participant toujours, les changements du monde. Il y a un esprit humaniste comme il y a un esprit olympique : nées de l’inévitable évolution des choses, les nouvelles disciplines, ski, art moderne, football, musique ou littérature contemporaines, demandent évidemment les mêmes qualités fondamentales que les disciplines traditionnelles. C’est à nous de le reconnaître et de le faire comprendre.

Si, en un demi-siècle, notre association a changé tout en restant la même, c’est qu’elle demeure fidèle à un esprit dont les modes d’expression se transforment. Aux conférences traditionnelles — et nous célébrerons en décembre le 700ème anniversaire de la naissance de Pétrarque — se sont ajoutés les films, les sciences, le contact avec l’adaptation moderne des oeuvres classiques, des lectures, des débats qui permettent d’approcher des questions d’actualité, et nous aurons, à partir de cette année, des rencontres avec la poésie la plus contemporaine. C’est dans cet esprit aussi que nous ferons lire, par des comédiens, des extraits de l’historien latin Tacite.

Tacite justement rapporte que les Espagnols voulurent un jour offrir un temple à Tibère, mais l’empereur refusa et leur répondit que l’éternité n’est pas dans la pierre, mais dans la mémoire et dans la pensée. C’est à cette éternité, avec les qualités de tolérance et de compréhension qu’elle suppose, que nous croyons ; c’est parce qu’ils y croyaient aussi que nos "pères fondateurs" nous ont introduits, il y a cinquante ans, dans ce développement durable que nous fêtons aujourd’hui.

Que soient encore une fois remerciés la municipalité pour son accueil, les adhérents pour leur fidélité, les membres du bureau et leurs conjoints ou conjointes pour leur inlassable activité.


INTERVENTION DE M. MICHEL ADAM, UN DES MEMBRES FONDATEURS

Oui, c’est bien le même, cinquante ans après…

J’ai en effet quitté le secrétariat de l’association orléanaise en 1962. Je rejoignais, en 1963, le Lycée International de Fontainebleau. En 1971, après un détour par Rennes, je rejoignais l’Université Michel de Montaigne-Bordeaux-III. J’y suis actuellement professeur émérite de philosophie.

Dès que j’ai su que j’étais invité à cette réunion commémorative, les souvenirs sont venus en masse. Bien entendu, je n’ai pas oublié la réunion inaugurale, la salle Hardouineau et l’évocation de la nuit pascalienne du Mémorial, à partir de 10 h 30, trois cents ans après. Je me souviens également des soirées à plusieurs voix, la soirée Sagan, la soirée évoquant le Chat dans la littérature : j’entends encore Michel Raimond annoncer que "le petit chat est mort", tandis qu’avec Baudelaire je rappelais que "les amoureux fervents et les savants austères" aimaient également les chats. Au premier rang se trouvait Mme Holveck, femme du préfet régional.

Je me souviens des préparations des sorties, en compagnie de M. Germain Martin et de M. et Mme Boudet. Des images me restent de la Devinière ; et je me souviens d’avoir lu les ultimes poèmes de Ronsard au prieuré de Saint-Cosme, dans la salle où Ronsard est mort…

Je veux dire la fidélité de M. et Mme Holveck envers l’association, tant à nos conférences qu’à nos sorties. M. Holveck était de formation littéraire. Il a accepté de loger à la préfecture tel de nos conférenciers prestigieux. Nous avons visité ensemble la maison de Balzac rue Raynouard à Paris. Nous avons alors quitté Orléans tous les deux ; mais nous évoquions les activités passées de l’association.

Grâce aux excellents comptes rendus d’André Lingois, nous suivons à Bordeaux les activités de l’association orléanaise. La brillante activité de la section d’Orléans suscite admiration et, peut-être, un peu de jalousie. Je vous transmets cependant les amitiés de la section bordelaise.

Mais nous sommes le 23 novembre 2004. C’est donc le 350e anniversaire de la nuit religieuse de Pascal. Une célébration aura lieu ce soir à l’église Saint-Jacques-du-Haut-Pas à Paris et, à Clermont-Ferrand, le vendredi 26 novembre.

Grâce aux travaux de deux bordelais, Jean Mesnard et André Bord, je peux apporter quelques compléments à ce que je vous avais dit… la dernière fois. Cela ne s’est pas passé à Port-Royal, où Pascal a relativement peu séjourné. Il s’est installé, depuis le 1er octobre 1654, rue des Francs-Bourgeois-Saint-Michel, se rapprochant du Port-Royal de Paris où est sa soeur Jacqueline. La maison a une sortie sur le jardin du Luxembourg. Jean Ménard l’a localisée au 54 de l’actuelle rue Monsieur-le-Prince. On assure que les voies du Seigneur sont secrètes : son propriétaire est le poète Pierre Patrix, un familier de Gaston d’Orléans, dans un milieu donc assez peu favorable à la pratique de la piété religieuse ! Il faut rappeler que Pascal resta toute sa vie en rapports avec la vie sociale active, comme en témoignent, à cette époque, ses relations avec les milieux scientifiques. On le sait soucieux de ses biens financiers et bientôt les Provinciales décriront les perversions de la vie sociale.

Pour terminer, on peut évoquer un Pascal inattendu. Dans l’édition des Oeuvres complètes procurée par Jean Mesnard, au tome 2, après une poésie de sa soeur Jacqueline (p. 308-309), on trouve deux poésies attribuées à Pascal (p. 311-312), dans lesquelles il ne parle pas moins de mourir d’amour, sans qu’il s’agisse de Jésus-Christ: "Mourons, mon coeur, sans résistance / Philis l’ordonne, c’est assez".

Comme on le voit, Pascal reste un auteur inépuisable… »


Le Vendredi 26 novembre 2004, en prolongement de la réunion du 23 novembre, des comédiens du "Centre Dramatique National" d'Orléans ont proposé une lecture mise en scène des Histoires de Tacite, sous le titre Images de la Rome impériale, L'année des quatre empereurs.

 Les trois premiers livres des Histoires de Tacite relatent la terrible année 69 qui a vu quatre empereurs (Galba, Othon, Vitellius et Vespasien) se succéder à Rome. Dans le cadre de la soirée organisée par la section orléanaise en collaboration avec le "Centre Dramatique National d’Orléans", que dirige Olivier Py, et avec l’aide de la "Scène Nationale d’Orléans", trois comédiens, Benoît Guibert, Christophe Maltot et Thomas Matalou, ont lu de larges extraits du début du livre I et de la fin du livre III. Dans une première partie, pleine de mouvements et de vie, ils ont fait entendre la préface et fait revivre comme en direct la prise de pouvoir d’Othon et l’assassinat en plein forum de l’empereur Galba (janvier 69, début du livre I). Dans une seconde partie, rassemblés autour d’une table, ils se sont comme raconté à eux-mêmes la prise de Rome par les troupes de Vespasien, l’incendie du Capitole et la chute de l’empereur Vitellius pendant les fêtes populaires des Saturnales en décembre 69 (fin du livre III).

Les spectateurs, fort nombreux, ont unanimement apprécié cette lecture impressionnante qui a su magnifiquement mettre en relief  les qualités dramatiques d’un texte haut en couleur et riche de résonances modernes. La traduction du texte était celle des "Belles Lettres", légèrement revue et adaptée pour une prestation orale.



2014 : "Budé" a soixante ans

C'est le jeudi 25 septembre 2014, avant une conférence de Géraldi Leroy sur Charles Péguy, qu'a été évoquée à nouveau la naissance de la section orléanaise. Jean Nivet a d’abord présenté les excuses de notre Président. Alain Malissard, empêché par la maladie, a confié ses tâches aux membres du bureau, en particulier à Nicole Laval-Turpin qui a accepté d’assumer la charge de vice-présidente. Celle-ci a d'abord lu un message du Président, tout au regret de ne pouvoir être présent le jour où l’on fête ses 25 ans de présidence.

Jean Nivet a repris alors la parole pour évoquer ce double anniversaire : les "noces d’argent" du Président et de notre section orléanaise et les 60 ans de présence budiste à Orléans. Et de rappeler les origines de notre association : un jour de juin 1953 (le 28 exactement) dans la cour de l’école de Tavers, à l’occasion de la commémoration de la naissance de Jules Lemaître, lors d’une conversation entre Jacques Boudet, alors professeur de khagne au Lycée Pothier et Germain Martin, directeur régional de la Régie Renault, par ailleurs humaniste convaincu. L’événement a été officialisé un peu plus tard (en novembre 1954) lors d’une réunion salle Hardouineau, relaté dans la République du Centre sous la signature de Jack Chargelègue (devenu par la suite grand reporter à Paris-Match).

Dès la constitution du premier Bureau qui réunissait ceux qu’on appelle « les Pères Fondateurs » (Mgr P. M. Brun, Lionel Marmin, Michel Adam, Georges Dalgues et Michel Raymond), l’association faisait déjà preuve d’un dynamisme qui ne sera jamais démenti : en soixante années, 358 conférences, 55 excursions à thème littéraire, et depuis la présidence d’Alain Malissard, vingt grands voyages — jusqu’en Libye et en Egypte — ont été organisés. En somme, un bilan qu’on peut afficher avec quelque fierté…


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