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LE "BEAU VOYAGE" D'ULYSSE

EN IMAGES


 

ΟΔΥΣΣΕΥΣ dit Ulysse
Fils de Laërte et d'Anticlée,
Roi d'Ithaque, son île natale,
Époux de Pénélope, fille d'Icarios et de Périboéa,
Père de Télémaque,
Protégé par Athéna, persécuté par Poséidon ,
A participé avec les Achéens à la campagne de Troie,
A voyagé à travers la Méditerranée,
Amant de Circé et de Calypso,
Mort à Ithaque, tué accidentelle
ment par un fils qu'il avait eu de Circé.

d'après le résumé de l'Odyssée par Philippe Jaccottet

 

ULYSSE AVANT L'ODYSSÉE

 

 

Ulysse est le fils d'Anticlée et de Laerte. Il est né à Ithaque, une île de la côte ouest de la Grèce.

Le roi d'Ithaque

Dans sa jeunesse, alors qu'il participait avec son grand-père Autolycos à une chasse au sanglier dans la région de Delphes, précisément sur le mont Parnasse, il fut blessé au genou et en garda toute sa vie une cicatrice. (XIX, 93). A Lacédémone, il fut reçu chez Iphitos, le fils du roi d'Oechalie, qui lui fit don d'un arc magique, un présent d'Apollon.

Devenu homme, Ulysse reçut de son père la royauté d'Ithaque et décida de se marier. Or Tyndare, roi de Sparte, avait une fille, Hélène, que convoitaient presque tous les princes de la Grèce. Ulysse conseilla à Tyndare de demander à tous les prétendants de s'engager par serment à respecter le choix d'Hélène et d'apporter leur aide à l'élu en cas de besoin. Hélène choisit Ménélas, nouveau roi de Sparte, frère d'Agamemnon. Ulysse, lui, épousa une cousine d'Hélène, Pénélope. Elle lui donna un fils, Télémaque.

A Ithaque, Ulysse hébergeait sa vieille nourrice, Euryclée, et Eumée, le fils d'un roi d'une île des Cyclades qui avait été enlevé par une esclave phénicienne et acheté par Laërte qui lui avait confié la gestion de la porcherie royale, sur les hauteurs de l'île.

Dix années de guerre

Télémaque était encore jeune lorqu'on apprit qu'Hélène avait été enlevée par un prince troyen, Pâris, fils de Priam et d'Hécube, et que Ménélas demandait du secours. Lié par son serment, Ulysse se résigna à partir à Troie avec une flotte de douze vaisseaux.

Il participa activement à toute la guerre. C'est lui qui commandait le détachement qui, enfermé par ruse dans un cheval de bois, put entrer dans la ville. Ainsi Ménélas retrouva Hélène, qui s'était réfugiée chez un fils de Priam, Déiphobe, qu'elle avait épousé.

Dix années d'errance en Méditerranée

A la fin de la guerre, Ménélas, Nestor, Agamemnon et les autres quittèrent Troie pour rentrer dans leur pays. Ulysse, lui, s'embarqua avec douze navires pour rejoindre Ithaque. Le vent le poussa d'abord vers le nord sur les côtes de Thrace, au pays des Cicones. Ensuite, il put aller vers le sud à travers la mer Egée.

Mais, après qu'il eut passé au large du cap Malée et de l'île de Cythère, les vents l'empêchèrent de contourner la Grèce et le poussèrent vers l'Afrique et le pays des Lotophages (actuelle Libye). Finalement, après avoir connu de nombreuses aventures dans la mer Tyrrhénienne, il se retrouva, seul et naufragé, très loin vers l'ouest, dans l'île d'Ogygie (Ὠγυγία) où il fut retenu pendant sept ans par la nymphe Calypso.

Jan Bruegel l'Ancien – Ulysse et Calypso, 1616
(Johnny van Haeften Gallery, Londres)

 

Ulysse dans la grotte de Calypso
Hendrik van Balen, Joos de Momper et Jan Brueghel, huile, 1616
Vienne, Akademie der Bildenden Künste

Ithaque pendant les vingt années de l'absence du roi

Pendant ces vingt longues années, Pénélope se consacrait à la confection d'un linceul pour le vieux Laërte, son beau-père, tout en s'efforçant d'écarter les 108 prétendants qui voulaient l'épouser et qui, en attendant qu'elle en choisisse un, se livraient à de folles et ruineuses prodigalités.

Pour les décourager, Pénélope avait imaginé un stratagème : elle avait promis de donner le nom de son futur époux lorsqu'elle aurait fini de tisser le linceul de Laërte; mais, la nuit, elle venait en cachette défaire ce qu'elle avait fait dans la journée.

 

D'après Le Primatice (1504-1570)
Pénélope et ses suivantes tissant
Lavis - Musée du Louvre

Pénélope défaisant sa toile devant le petit Témémaque endormi
par Joseph Wright of Derby (1785)
(J. Paul Getty Museum, Los Angeles)

 

 

LES AVENTURES DE TÉLÉMAQUE DEPUIS ITHAQUE JUSQU'À SPARTE

 

 

À ITHAQUE, ATHÉNA PERSUADE TÉLÉMAQUE DE PARTIR À LA RECHERCHE DE SON PÈRE

Les dieux, profitant de l'absence de Poséidon (Ποσειδῶν) parti chez les Visages-noirs, décident qu'Ulysse, présentement chez Calypso, doit enfin rentrer chez lui, à Ithaque. [I-11-95]

Athéna (Ἀθηνᾶ) se rend donc à Ithaque (Ίθάκη) sous les traits d'un roi (ἡγήτωρ) ami d'Ulysse ; conversant avec le fils d'Ulysse, Télémaque (Τηλέμαχος), cependant que les innombrables prétendants (μνηστήρ) de Pénélope (Πηνελόπεια) s'adonnent insolemment aux plaisirs du festin, elle lui laisse entendre que son père est encore vivant (ζωός), en ravive le souvenir, et ranime l'ardeur du jeune homme ; elle lui conseille de convoquer les Ithaciens dès le lendemain, de désavouer publiquement les prétendants et de se rendre à Pylos et à Sparte pour interroger Nestor (Νέστωρ nominatif) et Ménélas (Μενέλαος nominatif) sur le sort de son père, qui fut leur compagnon d'armes. Puis elle disparaît, comme un oiseau de mer (ὄρνις) [I-96-324]

C'est alors que la reine Pénélope, ayant entendu, de son étage, l'aède (ἀοιδός, du verbe ᾄδω "chanter") chanter le retour de Troie, descend pour le prier de trouver un thème qui lui soit moins pénible ; mais Télémaque, soudain conscient de son rôle de maître, la renvoie à ses ouvrages [I-325-364]

Pénélope mélancolique
Bague à chaton (Syrie, vers -410)
Paris, BnF, Médailles et Antiques

Les prétendants manifestent bruyamment leur désir de coucher avec Pénélope; Télémaque les apaise, la fête reprend et ne s'achève qu'au soir. Le prince gagne alors sa chambre (θάλαμος) et, toute la nuit, médite les conseils d'Athéna [I-365-444]

Télémaque, dès l'aube, convoque les gens d'Ithaque sur l'agora et leur expose son malheur. Il s'en prend à l'attitude des prétendants [II-1-79]

Antinoos, leur chef, lui réplique en accusant la fourbe de Pénélope, et en donne pour exemple la ruse (δόλον accusatif) de la toile : elle avait promis de choisir un époux quand elle aurait achevé de tisser un linceul pour Laerte (Λαέρτης), mais chaque nuit, elle venait défaire ce qu'elle avait fait dans la journée. [II-80-128]

 

Pénélope et les prétendants
John William Waterhouse, 1912 (Aberdeen Art Gallery)

Zeus envoie à Télémaque, sous la forme de deux aigles, un présage, interprété en sa faveur par le devin Halithersès, qui fut un ami d'enfance d'Ulysse [II-129-176].

Eurymaque, autre chef des prétendants, ayant brutalement remis le vieillard à sa place, Télémaque coupe court et publie son intention de se rendre à Pylos et à Sparte ; il demande un navire, qui lui est refusé. Malgré une intervention conciliante de Mentor, brusquement Léocrite met fin à la réunion (λῦσεν ἀγορὴν) [II-177- 259]

Télémaque descend seul au bord de la mer pour implorer Athéna, qui lui apparaît cette fois sous les traits de Mentor et le décide à partir [II-260-295]

Télémaque, revenu au palais, repousse les avances d'Antinoos et obtient de la nourrice Euryclée qu'elle prépare en secret son départ [II-296-381]

Athéna cependant trouve un bateau, réunit des rameurs et s'embarque enfin avec Télémaque, toujours sous les traits de Mentor [II-382-434]


TÉLÉMAQUE À PYLOS, CHEZ NESTOR

Les voyageurs arrivent à Pylos et sont accueillis sur le rivage par Nestor et ses fils, célébrant avec les Pyliens les fêtes de Poséidon [III-1-66]

Nestor et ses fils sacrifient à Poséidon sur la plage de Pylos,
cratère en calice attique à figures rouges, 400-380 av. J.-C.,
(Musée archéologique national de Madrid)

Télémaque se nomme et demande à Nestor des nouvelles de son père. [III-67-101]

Nestor évoque alors longuement ses souvenirs de la guerre de Troie, le retour des chefs grecs, et avoue ignorer quel fut le sort d'Ulysse [III-102-200]

Ayant conté à Télémaque, sur sa demande, la mort d'Agamemnon, Nestor lui conseille d'aller voir Ménélas [III-201- 328]

Le soir entre-temps est venu. Athéna disparaît, ayant pris l'apparence d'une orfraie (φήνῃ εἰδομένη). Nestor, bouleversé, lui promet une offrande de choix, et chacun va se coucher [III-329-403]

Le lendemain matin, selon sa promesse, Nestor fait à Athéna l'offrande d'une vache aux cornes peintes d'or, puis envoie Télémaque chez Ménélas en compagnie de Pisistrate, son fils. Les deux jeunes princes montent sur le char et se mettent en route [III-404-497 ]


TÉLÉMAQUE À SPARTE, CHEZ MÉNÉLAS

Télémaque et Pisistrate, après deux jours de voyage, arrivent à Lacédémone chez Ménélas au moment où celui-ci fête le double mariage de son fils et de sa fille. Comme, dans les premiers propos qu'il adresse à ses jeunes hôtes, il fait allusion à Ulysse, Télémaque laisse échapper une larme et se trahit [IV-1-119]

Hélène survient alors et reconnaît à son tour en Télémaque les traits de son père. La tristesse s'empare des assistants, jusqu'à ce qu'Hélène, en versant un philtre dans le vin, endorme leur chagrin à tous [IV-120-232]

Télémaque chez Ménélas et Hélène, gravure du XIXe siècle

Puis elle conte un des exploits d'Ulysse à Troie, et Ménélas poursuit sur le même thème [IV-233-289]

Puis chacun gagne son lit [IV-290-305]

Au matin, Ménélas rejoint Télémaque pour lui demander la raison de sa visite. À la prière du jeune prince, il lui conte alors longuement son voyage en Égypte, et les révélations qu'il y extorqua à Protée l'infaillible, en particulier sur le meurtre d'Agamemnon et sur le sort d'Ulysse [IV-306-586]

Enfin, il offre à Télémaque les présents d'hospitalité [IV-587-624]


À ITHAQUE, LES PRÉTENDANTS VEULENT TENDRE UN PIÈGE À TÉLÉMAQUE

À Ithaque, cependant, les prétendants ayant appris par hasard le départ de Télémaque ont décidé de lui tendre un piège pour le faire mourir lorsqu'il reviendra de Sparte [IV-625-674]

Par le héraut Médon, Pénélope désespérée apprend coup sur coup le départ de son fils et les desseins des prétendants sur lui [IV-675-741]

Euryclée s'explique et l'invite à prier Athéna [IV-742-767]

Les prétendants s'embarquent [IV-768-786]

Pénélope, en songe, est rassurée par un fantôme que lui envoie Athéna [IV-787-841]

Les prétendants s'embusquent à Astéris, une petite île entre Ithaque et Samé, où doit passer le bateau de Télémaque [IV-842-847 ]

 

 

ULYSSE DE L'ÎLE D'OGYGIE JUSQU'EN PHÉACIE

 

Nouvelle assemblée des dieux : à la prière d'Athéna, Zeus délègue Hermès chez Calypso pour la décider à laisser partir Ulysse [V-1-42]

Donc Hermès gagne l'île de la nymphe et lui transmet l'ordre de Zeus. Calypso laisse éclater son dépit mais ne se dérobe pas [V-43-147]

Hermès demande à Calypso de laisser partir Ulysse
John Flaxman (1755-1826)

Elle aide même Ulysse à préparer son départ en mettant à sa disposition le bois nécessaire pour qu'il construise un radeau. Et Ulysse quitte l'île d'Ogygie et repart vers l'Est [V-148-268].

Mais Poséidon, revenu de chez les Visages-noirs, aperçoit sur la mer le radeau d'Ulysse et déchaîne contre lui une tempête épouvantable [V-269-332].

Heureusement, Leucothée, une Néréide protectrice des marins, le prend en pitié et lui offre un voile magique qui le sauvera d'une mort certaine [V-333-364]

Leucothée et son voile magique
(Musée Saint-Raymond de Toulouse)
L'époux d'Ino a été rendu fou par la déesse Héra. Pour lui échapper, Ino se jeta dans la mer où elle rejoignit le cortège des Néréides et fut divinisée. Elle prit alors le nom de Leucothée.

La tempête redouble, le radeau est démembré. Ulysse dérive pendant trois jours sur une poutre et arrive enfin en vue de la Phéacie. Après avoir failli être déchiqueté sur les écueils, il aborde, tout nu, à l'embouchure d'un fleuve qui l'accueille, et passe la nuit dans les taillis bordant une rivière, épuisé de fatigue [V-365-493].

C'est dans l'île de Schéria (Corfou?), chez les Phéaciens, sujets du roi Alcinoos, que la tempête l'a jeté.

 

 

ULYSSE EN PHÉACIE

 

 

EN PHÉACIE, ULYSSE RENCONTRE LA FILLE DU ROI, NAUSICAA, ET EST REÇU AU PALAIS D'ALCINOOS

Dans la même nuit, Athéna apparaît en songe à la fille du roi des Phéaciens (οἱ Φαίακες), la jeune Nausicaa, et l'engage à se rendre dès l'aube à la rivière pour y laver son linge en prévision de son mariage [VI-1-47 ]

Nausicaa se lève, obtient de son père un char et des mules, et se rend aux lavoirs avec ses suivantes [VI-48-84]

Les femmes lavent le linge, l'étendent au soleil, mangent puis jouent à la balle. Athéna égare la balle dans la rivière et, aux cris des jeunes filles, Ulysse s'éveille [VI-85-126]

Athéna va s'emparer de la balle et le jeter dans la rivière
John Flaxman (1755-1826)

Vêtu de feuillage, il va au-devant des jeunes filles qui s'enfuient effrayées, hors Nausicaa, à laquelle il adresse un ingénieux discours, en la priant de lui prêter quelque vêtement et de le conduire à la ville [VI-127-185]

Ulysse sort des buissons devant Athéna (c. 450-440)
( Munich, Staatl. Antikenslg. u. Glyptothek)

Athéna assiste à la rencontre d'Ulysse et de Nausicaa
(dessin développé du vase)

Jean-Alfred Marioton (1863-1903)
Ulysse surgit devant Nausicaa
Huile 1888 (musée d'Orsay)

Michele Desubleo 1602-1676 - Ulysse et Nausicaa
Capodimonte Palace and National Gallery, Naples.

Nausicaa lui répond avec grâce, le fait laver et restaurer ; puis le prie de la suivre avec les suivantes à quelque distance, de s'arrêter ensuite dans un bois qui domine la ville et d'attendre là qu'elles aient regagné le palais, afin d'éviter les bavardages malveillants [VI-186-315]

On s'en va, et Ulysse, demeuré dans le bois sacré, implore sa protectrice [VI-316-331]

Nausicaa regagne le palais [VII-1-13].

Ulysse rencontre une petite fille (qui n'est autre qu'Athéna) ; celle-ci le conduit, sous le couvert d'une nuée magique, au palais d'Alcinoos, dont Ulysse admire les merveilles, et jusqu'aux pieds mêmes d'Arété, l'épouse d'Alcinoos, qu'il implore [VII-14-152].

Un vieillard intervient en sa faveur ; Alcinoos le prie de participer à la libation et l'assure qu'il sera reconduit dans sa patrie [VII-153-206].

À une question d'Arété, qui a reconnu les vêtements prêtés par sa fille Nausicaa, Ulysse conte son arrivée en Phéacie et l'accueil que lui a fait Nausicaa. Suit un échange de compliments au cours duquel, sans se faire d'illusion, le roi offre sa fille en mariage à l'étranger. Puis Arété fait dresser pour lui un lit dans l'entrée, et l'on va se coucher [VII-207-347].


LE SECOND JOUR, AU PALAIS D'ALCINOOS, ON FAIT BON ACCUEIL À L'ÉTRANGER

Dès le matin, les Phéaciens se réunissent à l'agora pour voir le nouveau venu. Alcinoos ordonne aux jeunes gens de préparer le navire qui le reconduira, et invite les Anciens à venir en son palais pour le fêter [VIII-1-45].

La fête commence ; un aède chante la querelle d'Ulysse et d'Achille; l'hôte trahit quelque émotion, Alcinoos met fin au chant de l'aède et annonce l'ouverture des jeux [VIII-46-103].

A la cour d'Alcinoos, Ulysse essaie de cacher ses larmes pendant que l'aède Demodocos chante (1815)
Francesco Hayez (1791-1882) - Naples, Musée de Capodimonte

Les concours terminés, un des jeunes Phéaciens, Euryale, ayant mis en doute les qualités sportives d'Ulysse, celui-ci lui répond avec hauteur, s'empare d'un disque et le lance plus loin que tous les jeunes gens [VIII-104-233].

Alcinoos l'apaise, invite les danseurs à montrer leur art, et fait revenir l'aède [VIII-234-265].

Celui-ci chante les Amours d'Arès et d'Aphrodite [VIII-266-366].

Les danses reprennent. Alcinoos propose de nouveaux dons à l'étranger, et Euryale lui fait réparation. Le soir est venu, on s'en retourne au palais [VIII-367-420].

On prépare un bain, on entasse dans des coffres des cadeaux pour Ulysse [VIII-421-456].

Nausicaa prend brièvement congé de l'inconnu [VIII-457-468].

 

 

LE SOIR, AVANT DE QUITTER LA PHÉACIE, ULYSSE RACONTE SES AVENTURES

 


Commence le repas du soir. Ulysse demande à Démodocos de lui chanter l'histoire du cheval de bois. Cette fois, il ne peut plus cacher son émotion, et Alcinoos l'invite à se nommer, à leur conter ses aventures [VIII-469-586]. Ulysse se nomme enfin, et commence le récit de son retour de Troie. [IX-1-38]

Chez les Cicones

Lors de la première escale, chez les Cicones, Ulysse ordonne le pillage de leur cité d'Ismaros. Mais les Cicones reviennent en force, attaquent les Grecs et tuent six d'entre eux [I-39-61]

L'attaque des Cicones oblige les Grecs à se replier vers leurs navires.
dans Mythologie grecque, 1880

Chez les Lotophages

Les navires se dirigent alors vers le sud, vers Ithaque. Mais, à la hauteur du cap Malée et de l'île de Cythère, une tempête les empêche de remonter vers le nord et les jette sur la côte d'Afrique, chez les Lotophages. Les habitants les accueillent si bien qu'Ulysse doit employer la force pour contraindre ses compagnons gorgés de lotus à rejoindre les navires [IX-62-104].

Gravure de Lotophages illustrant une édition de 1621 des Emblemata d'André Alciat.

Chez les Cyclopes

Les vaisseaux d'Ulysse arrivent ensuite en vue du pays des Cyclopes ; ils abordent dans l'île qui lui fait face, et le premier jour se passe en vagabondages, chasses et festins [IX-105-169].

Le lendemain matin, Ulysse décide de gagner le continent, et emmène à la grotte de Polyphème douze de ses plus braves compagnons [IX-170-215].

Les Grecs entrent dans la grotte, où le Cyclope ne tarde pas à revenir. Il vaque aux travaux de la bergerie, aperçoit les héros et les interpelle avec une rudesse de mauvais augure [IX-216-286].

Après l'avoir vu à deux reprises dévorer deux de ses hommes, Ulysse lui fait boire du vin pur et, à une question du Cyclope, répond qu'il s'appelle “Personne”. Ensuite, à l'aide d'un pieu d'olivier aiguisé au feu, Ulysse et ses compagnons crèvent l'oeil du Cyclope. Finalement les survivants peuvent sortir de la grotte cachés sous le ventre de béliers [IX-287-460].

Ulysse verse du vin
que va boire Polyphème
Ulysse offre une coupe de vin à Polyphème
(Vatican, Musée Chiaraonti)

 

Polyphème vient de dévorer un homme, dont il tient encore les deux jambes. On lui fait boire une coupe de vin et Ulysse, derrière ses compagnons, pousse l'épieu qui lui lui crever son oeil.
Coupe vers -550 (Cabinet des Médailles)
Ulysse aveugle Polyphème
Oenochoé vers -500
(musée du Louvre)

 

Christoffer Wilhelm Eckersberg (1783-1853)
Ulysse songe au moyen de sortir de l'antre de Polypheme (1810)
Princeton University Art Museum
Ulysse quitte l'antre de Polyphème
attaché sous un bélier

Lécythe du -IVe s. (Munich)

Polypheme, aveugle,essaie de couler le navire d'Ulysse qui le défie (Arnold Böcklin, gouache, 1896)

Dès qu'ils ont repris la mer, le Cyclope jette vers le navire un énorme rocher. Ulyse ne peut s'empêcher de la railler et de lui dire son vrai nom, au risque de faire sombrer son navire. Les compagnons rejoints, on pleure, festoie et s'endort. Et l'on reprend la mer au matin suivant [IX-461-566].

Chez Éole

On débarque chez Éole, gardien des vents. Son généreux cadeau, cette outre où sont captifs les vents contraires, excite la curiosité de l'équipage qui l'ouvre, déchaînant une nouvelle tempête à peu de distance du but [X-1-79].

Jan van der Straet (1523-1603), Ulysse dans la grotte des vents
(Rotterdam, Musée Boijmans Van Beuningen)

Chez les Lestrygons (Λαιστρυγόνες)

Une brève escale chez des géants mangeurs d'hommes, les Lestrygons, s'achève en massacre : à l'appel de leur roi Antiphatès, des milliers de géants lancent sur les bateaux d'énormes rochers et récupèrent les cadavres pour en faire leur repas [X-80-132].

Destruction des nefs d'Ulysse par les Lestrygons
panneau peint, vers +50 (musée du Vatican)

Chez Circé (Κίρκη)

Le navire d'Ulysse, le seul qui ait échappé aux Lestrygons, arrive enfin en Aiaié (Αἰαία), séjour de la magicienne Circé. Pendant deux jours, les rescapés, épuisés, restent sur place.[X-133-143]

Le troisième jour, Ulysse abat un cerf énorme, et la première journée est consacré à un fastueyx festin, avec viande et vin [X-144-186].

Le lendemain, Ulysse envoie des éclaireurs dans les terres. Ils découvrent un palais entouré de loups et de lions pacifiques. [X-187-232]

Circé à l'entrée de son palais, par Barker - 1900- Art Galleries and Museums Bradford

Aors qu'ils sont entrés imprudemment dans cette demeure, la magicienne Circé, leur fait boire un philtre qui les transforme en porcs. [X-233-243].

Un seul, Euryloque, a eu la sagesse de ne pas entrer, et il rapporte à Ulysse la triste nouvelle. Celui-ci décide alors d'y aller lui-même. En chemin, il rencontre Hermès sous la forme d'un jeune homme qui lui prodigue ses conseils et le pourvoit d'un antidote [X-244-309].

Ulysse entre dans le palais. Aussitôt Circé lui offre une coupe contenant le philtre magique. [X-310-318]

Circé offrant la coupe de drogue à Ulysse, par John William Waterhouse (1891)
(Gallery Oldham à Oldham, Angleterre)

A cause de l'antidote donné par Hermès, Circé échoue dans sa sorcellerie. Tandis qu'Ulysse la menace de son épée et elle reconnaît le héros de Troie dont Hermès lui avait annoncé la venue. [X-319-332]

Jean-Philippe DUMET, Ulysse démasquant Circé, 1810 (Musée des Beaux-Arts d'Orléans)

"Mais moi, j'ai, du long de ma cuisse, tiré mon glaive à pointe. Je lui saute dessus, fais mine de l'occire. Elle pousse un grand cri, s'effondre à mes genoux, les prend, me prie, me dit ces paroles ailées : "Quel est ton nom, ton peuple et la ville et ta race?… Quel grand miracle! quoi! sans être ensorcelé tu m'as bu cette drogue!… Jamais, au grand jamais je n'avais vu mortel résister à ce charme dès qu'il en avait bu, dès que cette liqueur avait franchi ses dents. C'est donc toi qui serais l'Ulysse aux mille tours ?" (Odyssée, X, 321-331)

Jacob Jordaens, Ulysse menace Circé pour qu'elle rende forme humaine à ses compagnons (vers 1630-1635) (Bâle, Kunstmuseum)

Ulysse menace Circé qui a transformé ses compagnons en porcs (vase vers -440)
(New-York, Metropolitan Museum of Art)

Circé invite Ulysse à faire l'amour avec elle. Mais le héros refuse même de manger avant d'avoir vu ses compagnons rendus à leur première forme ; Circé y consent et tous reprennent forme humaine [X-333-399 ].

Ulysse distribuant l'antidote à ses hommes afin qu'il reprennent forme humaine
coupe archaïque à figures noires, vers -555
(Boston, Museum of Fine Arts)

Ulysse va donc chercher ses compagnons restés sur le rivage et tous rejoignent Circé qui leur fait bon accueil.

Ils restèrent près d'elle jusqu'au printemps, dans le repos et l'abondance [X-400-468].

Angelica Kauffmann (1741-1807)
Circé faisant des avances à Ulysse pendant son séjour en Aiaié
(1786)
(Charlottesville, University of Virginia)

Au printemps suivant, on resonge au départ. Mais Circé révèle à Ulysse qu'il lui faut descendre chez Hadès et Perséphone, au royaume des Morts, pour y interroger le devin Tirésias sur son avenir ; elle lui donne toutes les indications que requiert cette périlleuse entreprise [X-469-540].

Dans la tristesse, on s'apprête à ce nouveau départ, cependant qu'un certain Elpénor, alourdi par le vin, se tue stupidement en tombant d'un toit [X-541-574].

Chez les Cimmériens (Κιμμέριοι), par où l'on peut accéder au royaume des Morts

Après une seule journée de navigation, le bateau d'Ulysse atteint, le soir, le fleuve "Océan" puis l'entrée du royaume d'Hadès et de Perséphone, dans une contrée où règne une nuit perpétuelle : c'est le pays des Cimmériens. Ulysse longe l'Océan jusqu'à l'endroit désigné par Circé, puis procède alors au sacrifice selon les indications données : faire un trou et faire couler dedans le sang de deux béliers, pour attirer les âmes des morts [XI-1-50].

La première âme qui vienne lui parler est celle d'Elpénor, tombé d'un toit chez Circé, dont la mort était passée inaperçue, et qui demande à être enterré selon le rite [XI-51-80].

Puis Ulysse voit venir sa mère Anticlée qu'il avait quittée vivante en partant pour Troie.[XI-84-89]

Vient ensuite l'âme de Tirésias, portant un sceptre d'or, qui demande à boire le sang. Il précise à Ulysse les conditions de son retour, le passage dans l'île du Soleil, le meurtre des prétendants. Il lui parle aussi d'un voyage qu'il lui faudra ensuite entreprendre pour être tenu quitte [XI-90-151].

Ulysse voit apparaître Tirésias
Cratère lucanien à figures rouges, IVe siècle av. J.-C., Cabinet des médailles de la BnF.
Tirésias apparaît devant Ulysse
Heinrich Füssli, 1780-1785,
Graphische Sammlung der Albertina (Vienne)

Ulysse, après le départ du devin, laisse sa mère boire le sang et s'entretient avec elle [XI-152-224].

Puis viennent en cortège des princesses d'autrefois, contant l'une après l'autre leurs malheurs [XI-225-332].

Ulysse veut alors interrompre le récit de sa visite chez les morts, car la nuit est venue. Mais Alcinoos l'engage à différer d'un jour son départ et à continuer de parler, ce qu'il fait [XI-333-384].

Les ombres des princesses dispersées, les héros s'avancent, et d'abord Agamemnon, qui évoque pour Ulysse sa mort brutale [XI-385-464].

Voici après lui venir Achille, Patrocle, Antiloque et Ajax. Achille avoue son regret de la vie et s'enquiert du sort de son fils [XI-465-540].

Ajax, par rancune, refuse de répondre à Ulysse [XI-541-567].

Ulysse, maintenant, voit apparaître des damnés, Tityos, Tantale, Sisyphe, d'autres encore [XI-568-627].

Une telle foule d'âmes se presse autour du sang qu'Ulysse prend peur, regagne en hâte son bateau, et commande le départ. On suit le fleuve "Océan" et l'on retrouve la mer pour aller jusqu'à l'île d'Aiaié [XI-628-640].

Chez Circé

Retour chez Circé [XII-1-7].

Au matin suivant, on incinère Elpénor. Circé avertit Ulysse des épreuves qui l'attendent [XII-8-139].

On s'embarque le lendemain à l'aube [XII-140-164].

Dans le détroit (de Messine) : les Sirènes, Charybde, Scylla

Le navire atteint les parages des Sirènes ; elles chantent, mais Ulysse est attaché au mât et les écoute impunément [XII-165-200].

Ulysse et les sirènes, stamnos attique à figures rouges, v. 480–470 av. J.-C., British Museum Musée National Archéologique d'Athènes

Ulysse attaché au mât – plaque -Ier siècle (Musée du Louvre)

 

John William Waterhouse, Ulysse et les Sirènes, 1891
(National Gallery of Victoria, Melbourne)

 

Léon Belly, Ulysse et les Sirènes (huile, 1867)
(Musée de l'hôtel Sandelin, Saint-Omer)

Bientôt il lui faut échapper à deux monstres terrfiants, Charybde et Scylla. Charybde est un monstre qui, trois fois par jour, aspire d'énormes quantités d'eau de mer avec les navires qui sont à sa portée. Scylla est un autre monstre marin, une femme dont la partie inférieure du corps est faite de six chiens féroces qui dévorent tout ce qu'il peuvent attraper. Six des marins d'Ulysse en sont victimes.[XII-201-259]

Deux créatures entourées de grandes vagues Scylla (à droite) et Charybde (à gauche),
par Ary Renan, 1894
(Paris, Musée de la Vie romantique)

Scylla sur un cratère vers -450 (musée du Louvre)

 

Scylla - Terre cuite (Londres, British Museum)

Sur l'île Thrinacie, l'île du Soleil

Enfin, les survivants approchent de l'île du Soleil ; Ulysse, mis en garde par Circé, voudrait l'éviter, mais son équipage le contraint à y faire relâche. [XII-260-304].

On aborde donc, mais, des vents contraires prolongeant l'escale, les vivres du bateau s'épuisent. Alors, profitant d'un sommeil malencontreux d'Ulysse, ses hommes tuent et font rôtir les plus belles des vaches sacrés [XII-305-373].

Pellegrino Tibaldi (1527-1596)
Les compagnons d'Ulysse volent les vaches d'Hélios
Fresque du Palazzo Pozzi à Milan - 1556

Le dieu Soleil l'apprend et s'en plaint auprès de Zeus, qui lui promet de détruire le navire des Grecs coupables d'un sacrilège. [XII-374-390].

Le septième jour, les vents étant tombés, tous s'embarquent vers la haute mer. Mais Zeus, comme il s'y est engagé auprès du Soleil, envoie une brusque tempête qui entraîne la perte du navire et de l'équipage. Seul Ulysse, qui n'avait pas participé au festin sacrilège, en réchappe, accroché au mât du navire. Quand ce mât est englouti par Charybde, il a le réflexe de s'accrocher à un figuier poussant près de la grotte du montre; puis il le récupère quand Charybde le rejette et se laisse dériver vers l'ouest sur la mer. [XII-391-446]

Dix jours plus tard, fort mal en point, il arrive chez Calypso, où il restera jusqu'à ce que Zeus décide de le faire libérer. [XII-447-453].

 

Charmé par les récits d'Ulysse, Alcinoos lui fait offrir de nouveaux présents (payés par le peuple!), qu'il va lui-même ranger sous les bancs du navire qu'il met à la disposition de son hôte [XIII-1-23].

Pendant le festin d'adieu, Ulysse ne songe plus qu'au départ; après l'échange des vœux, la nuit étant venue, le navire emporte Ulysse endormi [XIII-24-92].

 

 

ULYSSE À ITHAQUE

 

 

ULYSSE SE RETROUVE À ITHAQUE

Au matin, le navire des Phéaciens aborde au port de Phorcys, en Ithaque ; Ulysse est déposé, toujours endormi, sur la grève, auprès des cadeaux que lui avait offerts Alcinoos [XIII-93-124]. Puis le navire repart vers Schérie.

Ulysse endormi est déposé sur le rivage d'Ithaque, dessin de Flaxman

Mais Poséidon, irrité contre les Phéaciens qui avaient aidé Ulysse, réalise une ancienne prédiction et, au moment où le navire allait atteindre le port, il le transforme en rocher, sous les yeux des Phéaciens interloqués. La ville même se trouve entourée d'une montagne, cessant d'être un port [XIII-125-187].

Cependant, à Ithaque, Ulysse s'éveille. L'esprit ennuagé par Athéna, il ne reconnaît pas sa patrie, jusqu'à ce que la déesse, sous les traits d'un jeune berger, s'approche de lui et lui révèle le nom de l'île [XIII-187-249].

Toujours prudent, Ulysse se fait alors passer pour un Crétois, et longtemps se refuse à croire la déesse, qui dissipe enfin la brume qui le trompait [XIII-250-352].

Ulysse manifeste sa joie et invoque les nymphes du lieu. Alors il s'entend avec la déesse pour préparer le massacre des prétendants. Celle-ci le transforme en mendiant et l'envoie chez Eumée, son fidèle porcher. Elle-même va aller à Sparte s'occuper de Télémaque [XIII-353-440].


ULYSSE CHEZ EUMÉE SOUS L'APPARENCE D'UN MENDIANT

Ulysse, quittant son navire, se rend donc à pied chez Eumée  qui habite dans une forêt sur des hauteurs de l'île. Le pauvre hère est accueilli avec bonté par le porcher, qui lui prépare aussitôt à manger [XIV-1-79].

Pendant le repas, Eumée raconte à celui qu'il n'a pas reconnu la fortune et l'infortune de son maître ; il est sûr de sa mort. Ulysse l'assure vainement du contraire [XIV-80-184].

À une question d'Eumée sur son identité, Ulysse répond par un long conte où il se fait passer pour un noble Crétois, revenu de Troie par l'Égypte et, après de multiples aventures, abandonné par des brigands en Ithaque [XIV-185-359].

Eumée, cependant, continue à douter des prédictions du mendiant au sujet d'Ulysse; il en a trop entendu [XIV-360-408].

Le soir tombe ; les gardiens de pourceaux rentrent à la porcherie, et l'on prépare le souper selon les rites des maîtres [XIV-409-456].

Puis on s'en va dormir, mais la nuit est froide; Ulysse éprouve Eumée pour voir s'il lui prêtera son manteau [XIV-457-506].

Eumée comprend, offre au mendiant une de ses capes et, tandis que les autres s'endorment, sort garder ses troupeaux [XIV-507-533].


TÉLÉMAQUE QUITTE SPARTE ET PASSE PAR PYLOS POUR RENTRER À ITHAQUE

Athéna se rend à Sparte pour engager Télémaque à rentrer [XV-1-43].

Au matin, Télémaque demande à Ménélas de pouvoir partir ; celui-ci lui offre les présents d'hospitalité [XV-44-132].

On fait un ultime repas ; un présage favorable apparaît aux voyageurs au moment du départ [XV-133-181].

Télémaque et Pisistrate passent la nuit à Phères ; devant Pylos, le fils d'Ulysse, impatient de rentrer, prend congé de son compagnon de route sans aller saluer Nestor [XV-181-221].

Au moment où il s'apprête à embarquer, un devin nommé Théoclymène lui demande sa protection [XV-222-281].

Télémaque le prend à bord [XV-282-300].


CHEZ EUMÉE ARRIVE TÉLÉMAQUE, QUI  Y RETROUVE SON PÈRE

Chez Eumée, cependant, Ulysse exprime le désir de se rendre au palais ; il demande à Eumée des nouvelles de Laërte et d'Anticlée, puis le récit de sa propre vie, qu'Eumée lui fait [XV-301-492].

À l'aube, Télémaque débarque en Ithaque ; ayant confié Théoclymène à l'un de ses compagnons, Piraeos, il se rend à son tour chez le porcher [XV-493-557 ].

Télémaque arrive au matin chez Eumée qui l'accueille tendrement.

Bonaventura Genelli (1798-1868)
Pendant que le "mendiant" se restaure, Eumée voit arriver Télémaque entouré de ses chiens.

 

Eumée présente à Télémaque Ulysse déguisé en mendiant, par Joseph Kuhn-Régnier (1873-1940)

Pendant le repas, Télémaque s'enquiert du mendiant qu'il voit dans la cabane et s'entretient avec lui; puis il envoie Eumée annoncer son retour à Pénélope [XVI-1-154].

Athéna en profite pour faire sortir Ulysse, lui rendre sa véritable figure et le faire reconnaître par Télémaque; l'émotion s'empare du père et du fils [XVI-155-219].

Reconnaissance d'Ulysse et de Télémaque sous le regard d'Athéna
Henri-Lucien Doucet, huille 1880 (Paris, Ecole des Beaux-Arts)

Ils méditent ensuite leur vengeance : Télémaque retournera au palais ; Ulysse s'y rendra en mendiant et subira sans mot dire les insultes inséparables de sa condition ; d'autres dispositions sont prises [XVI-220-320].


AU PALAIS, ON APPREND L'ARRIVÉE PROCHAINE DE TÉLÉMAQUE

Cependant, le navire de Télémaque arrive au port ; un héraut et Eumée lui-même annoncent à Pénélope le retour de son fils [XVI-321-341].

Les prétendants sont consternés par la nouvelle ; Antinoos, revenu de son embuscade inutile, voudrait trouver un autre moyen d'assassiner Télémaque, mais il est retenu par Amphinomos, qui veut d'abord consulter les dieux [XVI-341-408].

Pénélope descend blâmer les prétendants, mais Eurymaque hypocritement la rassure [XVI-409-451].

Comme Eumée regagne sa ferme, Athéna rend à Ulysse son aspect de mendiant. Les trois hommes mangent, puis vont se coucher [XVI-452-481].


TÉLÉMAQUE RETROUVE SA MÈRE AU PALAIS

Télémaque, le lendemain matin, quitte la ferme d'Eumée et se rend au palais où il est accueilli avec joie par Euryclée, puis par sa mère [XVII-1-60].

Antonio Canova (1757-1822), Télémaque retrouve Euryclée et Pénélope, vers 1790 (Milan, Gallerie di Piazza Scala)

Il se rend ensuite sur la place publique d'où il ramène Théoclymène [XVII-61-83].

Lors du repas qui s'ensuit, Télémaque raconte son voyage à Pénélope ; Théoclymène prédit le proche retour d'Ulysse [XVII-84-166].

Les prétendants mangent à leur tour [XVII-167-182].


ULYSSE SOUS LA FORME D'UN MENDIANT EST MAL REÇU DANS LE PALAIS

Cependant, Ulysse et le porcher descendent vers le palais ; en chemin, Ulysse subit les insultes et les brutalités de Mélanthée, un chevrier [XVII-182-253].

Ils arrivent enfin en vue du palais. Le chien d'Ulysse, Argos, âgé de vingt ans, meurt d'émotion en reconnaissant son maître [XVII-254-327].

Pierre-Amédée Durand
Ulysse reconnu par son chien Argos
plâtre 1810 (Paris, Ecole des Beaux-Arts)


Louis Frédéric Schützenberger (1884)
Ulysse devant son chien mort d'émotion

Eumée, puis Ulysse, entrent dans le palais. Antinoos maltraite le mendiant et va jusqu'à lui jeter un escabeau à la tête. Ulysse et Télémaque réussissent cependant à se contenir [XVII-328-491].

Pénélope, qui a tout entendu, prie Eumée de lui amener ce mendiant, qui pourrait avoir rencontré Ulysse [XVII-492-550].

Mais le mendiant demande que la reine veuille bien patienter jusqu'au coucher du soleil, et le porcher transmet son message à Pénélope [XVII-551-590].

Enfin, il retourne à ses porcs, cependant que la fête continue et que le soir survient [XVII-591-606].

Survient Iros, mendiant habitué des festins des prétendants; il cherche à déloger Ulysse qui menace son privilège; une bagarre se déclenche, qui tourne aussitôt à l'avantage d'Ulysse ; celui-ci en retire quelque crédit auprès des prétendants [XVIII-1-157].


LE SOIR, PÉNÉLOPE INTERVIENT EN FAVEUR DU MENDIANT

Athéna inspire alors à Pénélope le désir de se montrer aux prétendants; elle l'endort, la farde, et la reine descend de son étage [XVIII-158-213].

Elle reproche à Télémaque d'avoir laissé maltraiter un hôte [XVIII-214-243]

Puis elle se plaint de la conduite des prétendants afin de les engager à la couvrir de cadeaux; chacun en effet lui fait apporter d'autres bijoux, et Pénélope peut regagner sa chambre, à l'émerveillement d'Ulysse [XVIII-244-304].

Le soir est venu, on allume les torchères et Ulysse propose aux servantes de les surveiller à leur place ; Mélantho, sœur de Mélanthée et maîtresse d'Eurymaque, l'insulte ; mais la réponse violente d'Ulysse disperse toutes les servantes ; il reste seul auprès des torchères à méditer [XVIII-305-345].

C'est maintenant au tour d'Eurymaque de reprendre les railleries ; il menace également le mendiant d'un escabeau, et le repas s'achèverait dans le tumulte si Amphinomos n'apaisait tout le monde. On procède à l'ultime libation avant la nuit [XVIII-346-428].

Ulysse et Télémaque, retirant de la salle les casques, boucliers et lances vont, éclairés par Athéna, les entreposer ailleurs. Cela fait, Télémaque va se coucher [XIX-1-50].

Pénélope descend alors pour interroger le mendiant, que Mélantho insulte une nouvelle fois; mais la reine la remet à sa place [XIX-51-99].


LA SOIRÉE S'ACHÈVE ENTRE PÉNÉLOPE, QUI NE RECONNAÎT PAS ULYSSE, ET LA NOURRICE, QUI LE RECONNAÎT

Les deux époux, sans le savoir, sont face à face, et la conversation commence. Pénélope évoque sa ruse de la toile, qui lui a permis de tromper les prétendants pendant trois ans, avant que ses sevantes ne la dénoncent. Ulysse se donne pour un Crétois qui aurait bien connu Ulysse alors qu'une tempête, dans son voyage vers Troie, l'avait rejeté en Crète. Puis, à la demande de Pénélope, il décrit les vêtements que portait Ulysse il y a vingt ans avec une telle précision que Pénélope, convaincue, décide de l'honorer tout particulièrement. [XIX-100-260]

Pénélope et le mendiant - J.H.W. Tischbein (1802)

Le mendiant la console en lui jurant que son mari est vivant et sur le point de revenir. Elle refuse de le croire et lui offre un lit confortable. Mais il refuse, et n'accepte un bain de pieds que des mains d'une servante aussi vieille, aussi éprouvée que lui; c'est donc Euryclée qui lui rendra ce service [XIX-261-356].

Euryclée s'avance ; d'abord frappée d'une ressemblance entre le mendiant et Ulysse, en s'approchant de son maître elle reconnaît une cicatrice, reste d'un blessure qu'il avait reçue lors d'une chasse avec son grand-père sur le Parnasse [XIX-357-394]; et le poète raconte comment s'était dérouée cette chasse [XIX-395-466].

Euryclée a donc reconnu son maître et elle le crie. Heureusement Athéna empêche Pénélope d'entendre. Ulysse ferme la bouche de sa nourrice et elle lui promet de ne rien dire [XIX-467-507].

Ulysse ferme la bouche d'Eucyclée qui vient de le reconnaître
Plaque en terre cuite (Rome, +Ier siècle)

Ulysse reconnu par sa nourrice à son retour de Troie
par William Bouguereau (1849)
(Musée des Beaux-Arts de La Rochelle)

Ulysse ferme la bouche de sa nourrice qui vient de le reconnaître
Gustave-Rodolphe-Clarence Boulanger
huile 1849 (Ecole des Beaux-Arts, Paris)

Pénélope reprend son entretien avec le mendiant et lui demande l'explication d'un songe: il annonce le proche retour d'Ulysse, interprète le mendiant. Mais la reine doute encore ; elle dit son intention de proposer aux prétendants, pour en finir, l'épreuve de l'arc. Le mendiant l'approuve [XIX-508-587].

Enfin, ils se retirent chacun de son côté pour la nuit [XIX-588-604].

Ulysse s'est donc installé dans le vestibule pour la nuit ; la vue des servantes courant rejoindre les prétendants redouble sa colère; mais Athéna lui apparaît, l'apaise et l'endort [XX-1-55].

Pénélope cependant s'éveille pour appeler la mort [XX-56-90].


MATIN DU SECOND JOUR : LES PRÉTENDANTS SONT INQUIETS

Enfin l'aube survient, c'est le jour de la fête d'Apollon; Ulysse se rend dans la cour pour demander à Zeus un signe favorable, qui lui est accordé ; les servantes s'éveillent et se mettent à l'ouvrage, puis Télémaque sort de sa chambre, s'enquiert du sort du mendiant et se rend à l'agora [XX-91-146].

Euryclée prie les servantes de tout apprêter pour la fête, Eumée survient, puis Mélanthée qui insulte à nouveau le mendiant, et le bouvier Philétios qui témoigne au contraire de sa fidélité à son maître [XX-147-240].

Les prétendants, avertis par un présage défavorable, renoncent au meurtre de Télémaque, et le repas commence. Ulysse subit de nouveaux affronts ; Télémaque et les prétendants reprennent leur éternel débat [XX-241-344].

Soudain, les prétendants sont saisis d'un trouble étrange, Théoclymène prophétise pathétiquement leur fin, puis quitte le palais sous les huées et les rires. Le poète laisse cependant entendre que le souper sera moins gai [XX-345-394].


ULYSSE RÉUSSIT L'ÉPREUVE DE L'ARC

L'après-midi est venu; Pénélope présente aux prétendants l'arc et les haches qui décideront de son sort [XXI-1-79].

Télémaque tente le premier l'épreuve; il réussirait peut-être, si le mendiant ne lui faisait signe de renoncer [XXI-80-139].

Les prétendants essaient et échouent les uns après les autres ; il ne reste plus maintenant qu'Antinoos et Eurymaque [XXI-140-186].

Alors, le mendiant emmène dehors Eumée et Philétios, se fait reconnaître et leur donne ses instructions pour la suite ; puis ils regagnent la salle [XXI-187-244].

Eurymaque ayant à son tour échoué, Antinoos allègue la fête d'Apollon pour ajourner l'épreuve; le mendiant cependant demande à essayer ; les prétendants s'irritent de sa présomption, mais Pénélope intervient en sa faveur [XXI-245-342].

Télémaque la renvoie dans ses appartements ; Eumée, comme il a été convenu, apporte l'arc au mendiant, ordonne à Euryclée d'enfermer les femmes dans leurs chambres, tandis que Philétios boucle les portes de la cour [XXI-343-391].

Ulysse déjà soupèse l'arc en connaisseur; sans même se lever, il tend la corde, et d'une seule flèche traverse les douze haches. Sans se faire connaître encore, il profère une obscure menace à l'adresse des prétendants, et Télémaque, tout en armes, vient se ranger à son côté [XXI-392-434].

Ruggiero de Ruggieri (1540-1597), L'épreuve de l'arc
Copie (1556) d'une fresque du Primatice dans la galerie d'Ulysse du château de Fontainebleau

Au premier plan, Ulysse, déguisé en mendiant, est sur le point de remporter la compétition. Derrière lui, Minerve préside à l'épreuve, tandis qu'à droite Télémaque assiste à la scène. À l'arrière-plan, Pénélope et une de ses suivantes regagnent leurs appartements à l'étage.
Les peintres ont eu du mal à comprendre comment la flèche pouvait traverser le "trou" des douze haches alignées. Le Primatice, lui, a préféré remplacer les haches par des anneaux, provenant peut-être du métier à tisser de Pénélope.
Jean Bérard, après une longue analyse des textes, supppose que douze doubles haches démanchées avaient été fichées verticalement par le tranchant en terre ou sur des pieux eux-mêmes enfoncés dans la terre, de telle sorte que leurs "yeux" soient alignés et forment un tunnel (voir Jean Bérard, "Le concours de l'arc dans l'Odyssée", dans Revue des Études Grecques, tome 68, fascicule 319-323, janvier-décembre 1955. pp. 1-11.)


ULYSSE TUE LES PRÉTENDANTS ET LES SERVANTES COMPLICES

Ulysse a bondi sur le seuil, il s'est dépouillé de ses haillons ; sa première flèche est pour Antinoos, qui s'écroule; aux prétendants effrayés qui ne l'ont pas reconnu, Ulysse enfin se nomme [XXII-1-42].

Eurymaque essaie de l'apaiser; il est tué à son tour [XXII-44-89].

Le combat commence ; Télémaque court au trésor chercher des armes; Eumée et Philétios s'arment à leur tour [XXII-90-125].

Ulysse et Télémaque massacrent les prétendants
Cratère vers -320 (musée du Louvre)

 

Léon Pallière (1787-1820)
Ulysse et Télémaque massacrent les prétendants de Pénélope
Huile 1812 - Paris, Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts

Mélanthée réussit à sortir lui aussi de la salle et court dérober des armes ; mais il est fait prisonnier à son second voyage, et suspendu au plafond, solidement ligoté [XXII-126-204].

Athéna apparaît alors sous les traits de Mentor ; puis, changée en hirondelle, elle va se poser sur les poutres du plafond, d'où elle influe sur la bataille [XXII-205-240].

La bataille reprend de plus belle ; enfin, la panique s'empare des prétendants [XXII-241-309].

Léiôdès fait appel à la pitié d'Ulysse, en vain ; le héros n'accepte d'épargner que l'aède Phémios et le héraut Médon, qui vont se réfugier dans la cour [XXII-310-380].

Au milieu des cadavres, Ulysse fait alors appeler Euryclée pour qu'elle lui amène les servantes coupables ; celles-ci, après avoir aidé à débarrasser les cadavres, sont pendues autour d'un pavillon à colonnes ; Mélanthée est affreusement mutilé [XXII-381-477].

La vengeance est accomplie ; Ulysse purifie le palais au soufre ; les servantes fidèles s'approchent, une torche à la main, et font fête à leur maître retrouvé [XXII-478-501].


PÉNÉLOPE RECONNAÎT ENFIN ULYSSE ET LE PREND DANS SON LIT

Euryclée court annoncer la grande nouvelle à Pénélope, qui hésite longtemps à la croire, et finit par descendre dans la salle [XXIII-1-87].

Elle s'assied en face d'Ulysse, toujours vêtu de haillons, et reste sans mot dire, ce dont s'irrite Télémaque [XXIII-88-110].

Ulysse est enfin rendu à sa véritable figure ; les deux époux se retrouvent seuls face à face ; pour éprouver une dernière fois Ulysse, la reine feint que quelqu'un a déplacé leur lit ; Ulysse en est consterné, car c'est lui qui l'a bâti, inamovible, et il le dit; à ce trait, la reine ne peut plus douter, elle se jette enfin au cou de son mari [XXIII-153-240].

Pénélope reçoit Ulysse, déguisé en mendiant. Derrière elle, son fils Télémaque, le vieux Laërte et le porcher Eumée.
Plaque de terre cuite, Grèce, vers -455 (Metropolitan Museum of Art, New York)

Fragment de plaque architecturale, dite Relief de Milo
Ulysse en mendiant devant Pénélope
Milo, vers -450 (Musée du Louvre)

Ulysse et son fils décident alors de la conduite à suivre : on feindra une fête à l'intérieur du palais, afin de retarder la nouvelle de la mort des prétendants et de pouvoir se réfugier à la maison de campagne. Un bal s'ouvre donc dans le palais [XXIII-111-152].

Les retrouvailles d'Ulysse et de Pénélope
Copie par F. Reiset d'une composition par Le Primatice dans la Galerie d'Ulysse à Fontainebleau

Athéna interrompt pour eux le cours de la nuit ; et Ulysse conte à sa femme la dernière épreuve qui l'attend, le voyage exigé par Tirésias. Ils retrouvent le lit ancien [XXIII-241-296].

Télémaque interrompt le bal ; après l'amour, les deux époux se racontent tout ce qu'ils ont souffert pendant ces vingt années ; ils s'endorment enfin [XXIII-297-343].


ULYSSE RETROUVE SON VIEUX PÈRE LAERTE

Le jour s'étant levé, Ulysse décide de gagner au plus vite le verger de Laërte ; tous en armes, dissimulés par les soins d'Athéna, Ulysse, Télémaque, le bouvier et le porcher quittent le bourg dans le petit matin [XXIII-344-372].

INTERPOLATION : AUX ENFERS APRÈS LA MORT DES PRÉTENDANTS : Hermès conduit aux Enfers les âmes des prétendants [XXIV-1-14] ; l'âme d'Agamemnon décrit à l'âme d'Achille ses funérailles [XXIV-15-97] ; Amphimédon explique aux héros morts comment les prétendants ont été massacrés par Ulysse [XXIV-98-204].

Ulysse et ses trois compagnons arrivent au verger de Laërte ; Ulysse les envoie à la ferme préparer le repas, tandis qu'il va chercher son père [XXIV-205-221].

Il le trouve travaillant au jardin, et l'éprouve par des mensonges avant de se faire reconnaître ; les effusions terminées, ils regagnent ensemble la maison [XXIV-222-361].

Ulysse et Laërte, par Jan Styka (1858-1925)

Au moment où ils se mettent à table, le vieux Dolios et ses fils arrivent des champs [XXIV-362-411].


ATHENA EMPÊCHE LES GENS D'ITHAQUE DE VENGER LES PRÉTENDANTS

Cependant, à Ithaque, la nouvelle du massacre se répand, et une partie des citoyens, sous la conduite du père d'Antinoos, Eupithée, s'arment pour la vengeance [XXIV-412-471].

Athéna consulte Zeus, qui lui conseille de ramener enfin la paix dans l'île [XXIV-472-487].

Alors qu'Ulysse et les siens ont fini de manger, les Ithaciens approchent, menaçants. Une nouvelle bataille s'annonce, mais elle est bientôt interrompue par Athéna, qui institue entre les deux partis une paix durable [XXIV-488-549].

 

 

ULYSSE APRÈS L'ODYSSÉE

 

Lors de son contact avec le monde des morts, Ulysse a rencontré Tirésias qui lui a annoncé quelle serait sa fin. Il partira muni d'une rame de navire jusqu'à ce qu'il atteigne un pays dont les habitants ne connaissent pas la mer. Là il devra faire un sacrifice à Poséidon; puis il reviendra chez lui, où il mourra de vieillesse: "le peuple autour de toi sera heureux", lui dit l'ombre de Tirésias. [XI-119-137]

En fait, des continuateurs d'Homère ont imaginé pour Ulysse une fin différente. Coupable du meurtre des prétendants et accusé par leurs parents, Ulysse offre un sacrifice expiatoire à Hadès et Perséphone. Puis il part, à pied, en l'Épire pour prendre l'avis de Néoptolème, qui lui conseille de s'exiler.

Deux légendes différentes selon qu'Ulysse s'exile en Épire ou en Étolie :

– En Epire, chez les Thesprotes, Ulysse régna quelque temps avec la reine du pays, Callidicé, qui lui donna un fils, Polypoétès. A la mort de la reine, il laissa le royaume à son fils et regagna Ithaque, où il découvrit le second fils que lui avait donné Pénélope, Poliporthès. Mais un autre fils qu'il avait eu de Circé, Télégonos, débarqua à Ithaque pour se faire reconnaître de son père. Comme il avait commencé par razzier les troupeaux, d'un coup de lance empoisonnée il blessa involontairement Ulysse qui était intervenu pour défendre ses bergers. Désespéré d'avoir tué son père, Télégonos alla trouver Pénélope et tous deux rapportèrent son corps chez Circé. Finalement Télégonos épousa Pénélope, lui fit un fils, Italos, et la magicienne Circé les envoya tous deux dans les Iles Fortunées.

[C'est la version que retiendra Ronsard : " Ta misérable vie, / Qui par ton fils te doit être ravie, / Quand de son dard en un poison trempé / Sauvant tes bœufs seras à mort frappé."]

ou bien

– En Étolie, Ulysse, exilé, retrouva Thoas, un ancien prétendant d'Hélène qui avait combattu à Troie. Il épousa sa fille, dont il eut un fils, Léontophonos et auprès de laquelle il mourut très âgé.

Voir : Jean-Claude Carrière, "La réponse de Tirésias : le dernier voyage et la mort d'Ulysse selon l'Odyssée", Collection de l'Institut des Sciences et Techniques de l'Antiquité, année 1992 - 463 pp. 17-44 (fait partie d'un numéro thématique : Mélanges Pierre Lévêque. Tome 6 : Religion).

 


RAPPEL BIOGRAPHIQUE

LAERTE, le père d'Ulysse –

Céphale (Κέφαλος), après une aventure amoureuse avec Eos (l'Aurore), avait épousé une fille du roi d'Athènes, Procris (Πρόκρις). Mais il la blessa mortellement par erreur et fut, de ce fait, condamné à l'exil par l'Aéropage d'Athènes : il s'installa alors dans l'île de Céphallénie.

Veuf, il alla à Delphes demander à l'oracle le moyen d'avoir des fils et l'oracle lui répondit de s'unir à la première femelle qu'il rencontrerait. Or c'est une ourse qu'il rencontra. Obéissant, il s'unit à elle et… l'ourse se transforma en une belle jeune femme qui, neuf mois plus tard, lui donna un fils, Arcisios (de ἡ ἄρκος, l'ourse)

Cet Arcisios épousa Chalchoméduse dont il eut un fils, Laerte (Λαέρτης).

Ce Laerte épousa une fille d'Autolycos, Anticlée (Ἀντίκλεια). Mais celle-ci, la veille de son mariage, avait fait l'amour, secrètement, avec Sisyphe (Σίσυφος), venu chez Autolycos pour réclamer du bétail qu'il lui avait volé. Si bien que lorsqu'elle eut un fils, Ulysse (Ὀδυσσεύς), on ne pouvait savoir qui était le vrai père, Sisyphe, l'amant d'un jour, ou Laerte, le mari officiel.

Pendant la longue absence d'Ulysse, sa mère Anticlée, lasse d'attendre, se suicida en se jetant dans la mer. Laerte, lui, se retira sur son domaine à la campagne, en compagnie d'une servante, de son mari Dolios et de leurs enfants. C'est pour lui que, dans le palais, Pénélope tissait et détissait une toile qui lui servirait de linceul.

Quand Ulysse revint à Ithaque, Athéna rajeunit Laerte grâce à un bain magique et il put ainsi participer au massacre des prétendants, tuant le père d'Antinoos, Eupithès, d'un coup de javeline.


PÉNÉLOPE, l'épouse d'Ulysse –

Tyndare, père d'Hélène, avait un frère, Icarios (Ἰκάριος), qui avait épousé une naïade, Périboea. Ils eurent une fille, Pénélope.

Quand celle-ci, à Sparte, fut en âge de se marier, elle eut plusieurs prétendants, dont Ulysse. Alors son père annonça que la jeune fille qu'elle serait à celui des prétendants qui vaincrait les autres dans une course; c'est Ulysse qui l'emporta, ce qui correspondait au vœu de Tyndare qui voulait remercier Ulysse de lui avoir donné l'idée de lier par un serment les prétendants de sa fille Hélène, dans l'espoir d'éviter toute contestation une fois qu'elle aurait choisi un mari.

Pénélope mariée suivit Ulysse à Ithaque, où elle mit au monde un fils, Télémaque.

C'est alors que Ménélas, le mari d'Hélène, vint demander à Ulysse de participer à l'expédition contre Troie dont le but était de récupérer Hélène enlevée par Pâris. Ulysse, non par manque de vaillance, mais parce qu'il était très attaché à son épouse et au bébé Télémaque, tenta de faire croire qu'il était fou, mais sa ruse fut vite éventée. Il confia alors sa maison et sa femme à son vieil ami Mentor et partit pour Troie.

Pénélope resta un temps avec sa belle-mère Anticlée (Ἀντίκλεια), puis celle-ci, ayant appris la fausse nouvelle de la mort de son fils, se suicida.

Télémaque était déjà adolescent lorsque le bruit courut à nouveau qu'Ulysse était mort. Alors une foule de prétendants s'inscrusta dans le palais, dilapidant les biens d'Uysse pour obliger Pénélope à choisir l'un d'entre eux pour époux. Grâce à une ruse, elle put éviter pendant trois années d'avoir à faire un choix.

Quand Uysse revint, elle eut du mal à le reconnaître, puis reprit avec lui une vie conjugale normale, ses prétendants ayant été massacrés par Laerte, Ulysse et Télémaque.

Toutefois les mauvaises langues disaient qu'en fait la "chaste" Pénélope s'était donnée successivement à tous les prétendants (129 !) et que d'un de ces accouplements était né le dieu Pan.

Lorsqu'il l'apprit, Ulysse préféra quitter l'infidèle et partit, à pied, à travers l'Épire, jusqu'au pays des Thesprotes où il devint l'amant de la reine Callidicé, qui lui donna un fils, Polypoetès. A la mort de Callidicé, il revint à Ithaque où il trouva un enfant, Poliporthès, que Pénélope lui dit être de lui.

Puis, un jour on vit arriver dans Ithaque un jeune homme inconnu, Télégonos, qui était en fait un fils qu'Ulysse avait eu de Circé dans son île lointaine. Comme ce garçon commençait à razzier le bétail qui se trouvait dans l'île, Ulysse l'attaqua et fut blessé par Télégonos qui disposait d'une lance, garnie d'arêtes de raie, dont les blessures étaient mortelles.

Pénélope, veuve, en compagnie de Télégonos et de Télémaque, emporta le corps d'Ulysse dans l'île de la magicienne Circé. Celle-ci épousa Télémaque. Pénélope et Télégonos se marièrent, eurent un fils, Italos. Puis Circé rendit les deux époux immortels et les envoya dans les Iles des Bienheureux ou Iles Fortunées.


TÉLÉMAQUE, le fils d'Ulysse –

Fils d'Ulysse et de Pénélope, Télémaque, né peu avant le départ de son père pour Troie, servit à Palamède pour exercer un chantage sur Ulysse qui n'avait nulle envie de quitter sa femme et son enfant pour aller à Troie.

Privé de père, Télémaque passa son adolescence dans le palais d'Ithaque en compagnie de sa mère Pénélope, d'un homme de confiance, Mentor, et de la vieille nourrice Euryclée (Εὐρύκλει) que Laerte avait achetée pour vingt boeufs quand elle était jeune. Alors qu'on était toujours sans nouvelles d'Ulysse, Télémaque vit le palais peu à peu envahi par des hommes qui importunaient sa mère, essayant de la convaincre de prendre l'un d'eux pour époux.

Quand il eut dix-sept ans, il se rendit chez deux anciens de la guerre de Troie pour avoir des nouvelles de son père. Il alla d'abord à Pylos, où il rencontra Nestor et sa fille Polycasté, puis à Sparte où il fut reçu par Ménélas et Hélène. Nestor ne savait rien, mais Ménélas lui apprit qu'Ulysse était retenu par Calypso dans un île lointaine.

De retour à Ithaque, Télémaque vit bientôt revenir son père sous l'apparence d'un mendiant étranger. Et tous deux se débarrassèrent des "prétendants" en les massacrant presque tous.

Ensuite, pendant un temps, Ulysse obligea Télémaque à s'exiler à Corfou, car un oracle l'avait averti qu'il serait tué par son fils. En réalité ce fils qui le menaçait était un garçon qu'Ulysse avait eu de la magicienne Circé (Κίρκη), Télégonos; celui-ci, passant à Ithaque, blessa involontairement son père, qui mourut de sa blessure.

Revenu à Ithaque, Télémaque emporta le corps d'Ulysse chez Circé, qu'il épousa, alors que sa mère épousait Télégonos, le meurtrier involontaire de son mari. Télémaque, lu, resta avec Circé.


 

RONSARD A IMAGINÉ CE QU'AURAIT PU DIRE CALYPSO À ULYSSE
QUAND ELLE DUT SE RÉSIGNER À LE LAISSER PARTIR.

(Le Premier Livre des Poèmes)

 

"Songe, songe à tout ce que tu vas perdre, ingrat, en me quittant :
Tu aurais pu continuer à vivre heureux dans notre île délicieuse
et tu vas te retrouver dans ton Ithaque pierreuse où rien ne pousse.
Tu aurais pu avoir ici pour toi, la nuit comme le jour, une femme bien gaillarde et forcément fidèle
et tu vas te retrouver dans le lit de ta putain, une vieille Pénélope qui bave et qui n'a plus de dents. Tu aurais pu mettre dans mon ventre un petit Ulyssin et devenir immortel,
alors que c'est par le fils que tu as eu d'une autre que tu vas, un jour, être tué…

 

LES PAROLES QUE DIT CALYPSO,
OU QU'ELLE DEVAIT DIRE,
VOYANT PARTIR ULYSSE DE SON ILE

« Donques, coureur fuitif et vagabond,
Qui n'as honneur ni honte sur le front,
Que tous les dieux, auxquels tu fais injure,
Vont punissant pour ton âme parjure,
Par mer, par terre, et t'ôtant chaque jour
De ta maison le désiré retour,
Te vont tramant d'une filasse brune
Coup dessus coup, fortune sur fortune,
Mal dessus mal, méchef dessus méchef,
Qui sans te perdre est pendu sur ton chef,
Pour allonger ta misérable vie,
Qui par ton fils te doit être ravie,
Quand de son dard en un poison trempé
(Sauvant tes bœufs) seras à mort frappé.

Quoi? vagabond, que des Dieux la vengeance
Poursuit partout ! est-ce la récompense
Que tu me dois de t'avoir reçu nu,
Cassé, froissé à ce bord inconnu ?
Battu du foudre ; hélas ! trop pitoyable !
Je te fis part ensemble et de ma table,
Et de mon lit, homme mortel, et moi
Sur qui la mort n'a puissance ni loi,
Fille à ce Dieu qui partout te tourmente.

Que je vivais bien heureuse et contente,
Dedans mon antre, ah ! avant que le sort
T'eût fait flotter à mes bords demi-mort,
A calfourchon sur les ais de ta proue
(Naufragé vif dont la vague se joue)
Sans compagnons, que les feux envoyés
Du ciel avaient en ton lieu foudroyés :
Pauvres chétifs, qui furent, sans leur faute,
Punis pour toi, âme méchante et caute !

Je devais croire au dieu marin Proté,
Qui dès longtemps, prophète, avait chanté
Que finement trompée je seroie
Par un guerrier qui reviendrait de Troie,
Qui aurait vu de la mer les périls,
Aurait connu Antiphate et Éris,
Lestrygons, et le borgne Cyclope,
Qui te mangea les meilleurs de ta trope.

Et te voyant, aux marques qu'il disait
Je te connus : mais amour me nuisait
Qui me gagna dès la première vue :
Si que l'esprit et l'âme toute émue
Et la raison, me laissèrent d'un coup ;
Et si voyais, dedans tes yeux, beaucoup
De signes vrais que tu étais Ulysse,
Homme méchant, artisan de malice.

Aux jours d'été, quand le soleil ardent
De ses rayons la terre allait fendant,
La crevassant jusqu'au fond de son centre,
Tous deux assis dessous le frais d'un antre
Où le ruisseau jasait à l'environ,
Ayant la tête au creux de mon giron,
Moi t'accolant ou baisant ton visage,
Je connus mieux ton malheureux courage.

Car me contant qu'environ la mi-nuit,
Étant par toi Diomède conduit,
Tu détournas les beaux coursiers de Thrace,
Tuas Dolon, que la Troyenne audace
Avait induit pour savoir si les Grecs
Voudraient combattre, ou s'ils fuiraient après
Que la jeune Aube, à la main safranée
Aurait au ciel la clarté ramenée ;

Puis me contant qu'en vêtement d'un gueux.
Rebobiné, rapetassé, bourbeux,
Cherchant ton pain d'huis en huis, à grand'peine
Entras en Troie, et parlas à Hélène,
Qui te montra tous les forts d'Ilion,
Te fit embler le saint Palladion,
Et sain et sauf sortir hors de la ville ;

Puis discourant que l'enfançon Achille
Reçut par toi les armes en la main ;
Puis me contant que les Grégeois en vain
Aux murs Troyens eussent fait mille brèches
Sans Philoctète et ses fatales flèches,
Que tu trompas d'une parjure foi,
Voulant apprendre à Pyrrhe comme toi
D'être méchant, ce qu'il ne voulut faire,
Te haïssant d'un ardente colère,
Prince bien né. Certes je prévis bien
Que ta finesse et toi ne valaient rien,
Et qu'à la fin je serais abusée
Du beau parler d'une âme si rusée.

Que gémis-tu d'un soupir si amer,
Les yeux tournés sur le dos de la mer,
Enflant pensif de sanglots ta poitrine ?
Fais ton bateau et sur la mer chemine,
Voilà du bois et des outils assez
Pour tes carreaux rudement compassés,
Dont tu bâtis ta barque naufragère,
Sans aucun art, d'une main trop légère.

Va, marche, fuis où la mer et le vent
Te porteront : j'espère que souvent,
Comme un plongeon, humant l'onde salée,
Je me verrai par mon nom appelée
Pour ton secours ; mais dusses-tu mourir,
Je ne saurais sur l'eau te secourir :
Car je n'ai point dessus la mer puissance,
Bien que la mer me donne ma naissance.

Mais, las ! devant que choir en péril tel,
Il vaudrait mieux être fait immortel
Près Calypso, dont un Dieu te sépare,
Que retenter cet élément barbare
Qui n'a point d'yeux, de cœur ni de pitié :
Mais orageux et plein d'inimitié
Semble aux putains, qui contrefont les belles,
Pour être après meurtrières et cruelles :
La mer qui sait ainsi que toi piper,
Se fait bonasse afin de te tromper.

Où est la foi que tu m'avais donnée,
Sous le serment du nocier Hyménée ?
Quand dextre en dextre en jurant me promis
Un lit certain qu'en oubli tu as mis,
Et par le vent autant que toi volage
Jettes en vain le sacré mariage,
Dont tu te ris en te jouant de moi ;
Sans faire cas de Dieu ni de ta foi,
Ni d'abuser de l'honneur des déesses ?

Aussi tu dois de cent vagues épaisses,
(Poussé par force au rivage étranger)
Froisser ton chef parjure et mensonger ?

 

Ah ! tu devrais non pas froisser ta tête,
Mais l'abîmer au fort de la tempête,
Et cette langue apprise à bien mentir,
Dont mainte dame a pu se repentir
De l'avoir crue : et ne suis la première
Pleurant ta bouche à tromper coutumière.

C'est quelque honneur tromper son ennemi,
Ou soit qu'il veille ou qu'il soit endormi,
Quand la guerre est par armes échauffée ;
Mais ce n'est mie à l'homme grand trophée,
Et grand honneur il n'a jamais reçu
De décevoir un cœur déjà déçu.

O méchant Grec ! bien petite est la gloire
Quand deux trompeurs ensemble ont la victoire
Sur une femme au cœur simple et benin :
Un Dieu volage, inconstant et malin,
Un homme caut qui trompe par finesse
Non les Troyens, mais les plus fins de Grèce

Puisque Mercure est descendu pour toi,
Je ne veux plus te retenir chez moi :
Suis ton chemin, cherche par le naufrage
De ton pays le sablonneux rivage.

Que portes-tu, méchant, en ta maison
Sinon finesse, et fraude et trahison,
Trompant par feinte et par fausse pratique
Déesse, dieux, et grande république,
Que tu as pu par un cheval dompter,
Que dix bons ans n'avaient su surmonter ?

Que vas-tu voir en ton île pierreuse,
Où ne bondit la jument généreuse
Ni le poulain ? que vas-tu voir sinon
Une putain riche d'un beau renom,
Ta filandière et vieille Pénélope ?
Qui vit gaillarde au milieu de la trope
Des jouvenceaux, qui départent entre-eux,
A table assis, des moutons et des bœufs,
Boivent ton vin ; cependant que la lyre
Les fait danser, le bouffon les fait rire ;
Qui pour avoir plus de commodité
A fait aller en Sparte la cité
Son Télémaque, enfant qui se lamente
Que jour à jour s'appetisse sa rente,
Et cependant qu'elle veut à plaisir
Quelque ribaud pour son mari choisir ?

Il me souvient qu'assis dessous l'ombrage,
Baisant tes yeux, ton front et ton visage,
Toi me trompant d'un parler éloquent,
Tu me contais, Pénélope moquant,
Qu'elle était sotte, et n'avait d'autre étude
Qu'à ne souffrir qu'une laine fût rude,
Pour en ourdir quelque ouvrage nouveau,
Toujours filant et virant le fuseau
Tourbillonneux, mordant de la gencive
Les nœuds du fil tout baveux de salive.

Ici auras soit de jour soit de nuit
Gaillarde épouse et auras chaste lit ;
Quand je voudrais devenir variable,
Je ne saurais : mon île est voyageable
Tant seulement aux vents et aux oiseaux,
Et non aux pas des hommes et chevaux :
Car de bien loin ma terre séparée
Du continent, des flots est emmurée,
Et rien n'aborde au feu de Calypson,
Pour te donner ou martel ou soupçon.

Bien, prends le cas que la rame Phéaque
Te reconduise au rivage d'Ithaque,
Terre pierreuse et pays sablonneux :
Il te faudra d'un habit haillonneux
Vêtir ton corps, il faudra prendre guerre,
A coups de poing te battre comme un hère,
Et t'accoster seulement d'un porcher :
Voilà, finet, ce que tu vas chercher,
Et cependant ta finesse ici laisse
Un reaume acquis, chaste lit et déesse ».

Disant ainsi, tout le cœur lui faillit :
Un tremblement sa poitrine assaillit ;
Le cœur lui bat, elle se pâma toute ;
Du haut du front lui tomba goutte à goutte
Jusqu'aux talons une lente sueur,
Et les cheveux lui dressèrent d'horreur.

Puis, retournant les yeux devers son île,
Disait pleurant :
« Terre grasse et fertile,
Lieu que les dieux en propre avaient élu,
Pour tes forêts autrefois tu m'as plu,
Pour tes jardins, pour tes belles fontaines,
Et pour tes bords bien émaillés d'arènes :
Mais maintenant ta beauté me déplaît,
Pour le départ de cet homme qui est
Ton seul honneur, or puisqu'il s'en absente,
Tu n'es plus rien qu'une île mal plaisante.
Las ! si au moins, homme méchant et fin,
J'avais au ventre un petit Ulyssin
Qui te semblât, je serais confortée,
M'éjouissant d'une telle portée :
Mais tu t'en vas, larron de mon bonheur,
N'ayant de quoi défendre mon honneur.

Arrête un peu, souffre que je te baise,
Pour rafraîchir cette amoureuse braise,
Qui m'arde le cœur, et qu'en cent mille lacs
Ton col aimé j'enlace de mes bras.

Mais où fuis-tu ! tu n'as ni mât, ni voile,
Robes, habits, ni chemises, ni toile
Pour te vêtir, ni vivres pour manger :
Attends au moins, vagabond étranger,
Que je t'en donne, afin que la famine
Ne te consomme errant sur la marine.

Ainsi tu vois que bénin est mon cœur,
Le tien de fer, acéré de rigueur,
Inexorable, impitoyable et rude,
Qui pour le bien m'uses d'ingratitude,
Cœur de lion, de tigre et de rocher,
A qui l'on peut justement reprocher
Qu'étant issu du genre Sisyphide,
Bien ne te plaît que fraude et qu'homicide. »

A tant se tut : mais Ulysse toujours,
Sans s'émouvoir, dola par quatre jours
Tillac, carène, et les fentes étoupe
De lente poix : il cheville la poupe,
Ferre la proue, et poussant plus avant
Sa barque en mer, courbe la voile au vent,
Le jour cinquième, et laissa loin derrière
Ile, déesse, et larmes et prière.

Ces vers, Baïf, ami des bons esprits,
Je chante au lit quand la fièvre m'a pris,
Pour mieux charmer le chagrin qui me ronge,
Me consolant (soit que je veille ou songe)
Par poésie, et ne veux autre bien :
Car, ayant tout, sans elle je n'ai rien.


© Association orléanaise Guillaume-Budé


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