La Béatitude des Chrestiens ou le Fleo de la Foy
par Geoffroy Vallée natif d'Orleans,
fils de feu Geoffroy Vallée et de Girarde le Berruyer,
ausquelz noms des Pere et Mere assemblez il s'y treuve : « Lerre geru vrey Fleo D la Foy bygarrée »
et au nom du filz : « Va Fleo Regle Foy » aultrement « Guere la Fole Foy »
Heureux qui sçait Au scavoir repos.
La Beatitudedes Chrestiens, ou le Fleo de la Foy, par Geoffroy Vallée, natif d'Orleans.
Le vray Catholicque ou Vniversel.
J'ay ma volupté avec Dieu
En Dieu n'ay que repos.
L'homme n'a aise, repos, beatitude, consolation et fellicité qu'en sçauoir, lequel est engendré d'intelligence et congnoissance, et lors le croire luy en demeure veille ou non, quand ce sauoir precedde. Ce croire la s'apelle le croire Engendré, car il est engendré dans l'homme du sçauoir qu'il en a, et iamais n'en peult estre vaincu : mais celluy qui croit par foy ou par craincte et peur qu'on luy faict, ce peut divertir changer et destourner quand il juge chose meilleure (si ceste grand craincte ne l'entretient) et tel croire s'apelle le croire que lon engendre, par ce qu'un autre homme lengendre en un autre, soit par Foy qui luy a, ou peur quil lui faict. Ce croire la est tresmechant et tresmiserable, et en viennent tous les maulx que nous avons eu iamais, et ont esté cy devant et seront, source de toute abbomination, et l'homme par ce croire la, est tousiours entretenu et nourri en ignorance, et rendu grosse beste, et vaicut il mil ans logé sur le grand et petit credo ou sur tel croire ne scaura iamais rien.
LE PAPISTE
Je n'ay que craincte en Dieu
De Dieu je suis peureux.
Le croire, que le Papiste dict auoir est proferé et parollé comme pourroit faire vng Perrocquet, et luy engendre ton de craincte et peur des le berceau, sans qu'il entende ne qu'on luy face iamais entendre que cest que croire, car la peur qu'il a d'estre prontement bruslé, et la crainte apres la mort d'estre dampné, s'il ne dit qu'il croit en Dieu (comme il a esté instruict de ses pere et mere) pense estre le plus grand mal que soit en tout le monde, que de ne croire point en Dieu, et n'a loysir d'y penser ny aucune hardiesse, tant la peur et craiucte le possede estant tousiours au millieu de deux dyables et bourreaux, ne pouuant estre plus miserable, et dampné qu'il est, priué d'intelligence, raison, iustice, verité, et amytié, et se peult dire du tout beste, et ne sçauoir aucune chose, ayant l'entendement en Dieu tellement occuppé de craincte et peur, dautant que de craindre Dieu l'homme en pert l'intellec, et ne lui reste q cest entendement bestial et terrestre comme à la beste dont en demourra tousiours tel, collere, fol, mechant, et malheureux.
LE HUGUENOT
Ie n'ay que craincte en Dieu
De Dieu i'ay esperance.
Le croire du Huguenot que on luy engendre, est engendré de foy et craincte, et ne le rend si beste que le Papiste, dautant qu'il est instruict en quelque demonstration, et faulce intelligence, auec ceste craincte et coup de baston, que si ne croit il ne peut estre sauué. S'il sçauoit en Dieu quelque peu de chose, on le pourroit ramener pour le luy faire congnoistre et entendre q cest, lors iugeroit comme son croire et sa foy, le dampné, au lieu de le sauuer, chose vraymant assez malaisée a comprandre, si la hardiesse et le zelle de sauoir n'accompaignent l'homme, et lors congnoistreroit tous les blasphemes, poisons, pestilences, abbominations, et meschanssetéz qu'apportent toutes les religions, lesquelles au lieu de donner vraye congnoissance de Dieu, l'ostent du tout, et ce peult dire l'homme estre en enfer terrestre, dautant quil ny a dampnation que déstre privé de ce sauoir et intellec, et celluy qui croit, et a foy, iamais ne le pourra auoir (s'il s'arreste à son croire et à sa foy), mais qu'il essaye par toutes voyes et sciences à ce sauoir, par ce que toutes les sciences ne sont que pour ceste congnoissance et science là qui ce nomme Sapience, laquelle est impossible d'auoir par crainte et foy (comme on dit que son commancement est craindre Dieu et luy auoir foy) mais ce zelle et desir de le congnoistre falloit il dire. Daultant qu'à ce qui nous touche de près, en voulons ceste congnoissance, sauoir et intelligence, comme qui auroit a nous rendre quelque grand compte important il nous auroit beau dire: vostre compte y est, croyez moy. Responderions: ie le veulx sauoir et l'entendre, par ce qu'il ny a repos et fellicité qu'au sauoir et intellec, non pas au croire, ny en la foy. Ou bien si quelque autre a qui aurions payé vne grosse debte la nous reuenoit demander vne autre fois duquel de deux esse en conscience que nous nous vouldrions seruir, ou de ie croy l'auoir payée, ou ie sçay l'auoir payée. Je m'asseure qu'il n'y a si beau croyant qui ne renonssat de belle heure à ie croy, pour dire ie sçay, qui nous doibt faire congnoistre, que sont tous pippeurs et affronteurs ceux qui nous le preschent et nous le maintiennent, dautant qu'entendre et scauoir est toute la consolation, heur et repos de l'homme, et non pas ce croire, ou ceste foy, comme ils veullent tous, que y soyons logés toute nostre vie, et encores à la mort ils nous chantent le credo.
L'ANABAPTISTE
Je suis peureux en Dieu
De Dieu i'ai esperance.
Le croire de l'Anabaptiste, est a peu pres que celuy du Huguenot, hors qu'il n'a pas tant de craincte de Dieu, aussy n'est si fol et ignorant que le Huguenot, ils n'ayment pas tant l'argent ny les biens du corps, ils sont plus liberaux entre eux et sont plus heureux en leur religion ny que les Papistes ny les Huguenots, et tout ainsi q le Huguenot defferre le Papiste de sa religion, l'Anabaptiste pourroit defferrer le Huguenot de la sienne par ce que les graces et vertus aydent grandement à ceste congnoissance que chascun desire, comme l'amitié, la liberalité, la raison, la iustice, estre veritable, n'estre ignorant des sciences telles quelles puissent estre, ensemble des arts: car Dieu veut tout auoir et estre congneu en tout, luy qui est sy grand ce congnoit par les grandes sciences. O combien les ignorans en sont eslongnez s'ils ne congnoissent leur ignorance, par ce que l'ignorance occupant l'homme luy apporte ce malheur, que tant moins il sçait, tant plus il pense sauoir, si n'a ce zelle et desir de voul loir sauoir, et n'aymer autre chose tant que les sciences.
LE LIBERTIN
Je suis doubteux de Dieu
Sans Dieu suis tourmenté.
Le Libertin ne croit, ny decroit, ne ce fiant, ne deffiant du tout, ce qui le rend tousiours douteux, pouuant venir s'il est bien instruict, ou qu'il medite souuant, à plus heureux port que tous les autres qui croient (pourueu qu'il ay passé p la Huguenotterie) d'aultant qu'il monte en intellec plus que le Papiste, aussy s'enferre il lourdemant s'il ne ce retire, pouuant tomber a l'Atheisme (il est vray que l'homme ne peut iamais estre Atheiste et est ainsi crée de Dieu) mais il peult tomber au plus mauuais estat que tous les dessusdictz encor q le Papiste soit du tout beste (comme il a ia esté dit) car le Papiste est si beste, quil dit et croit que le bien soit mal, et le mal, bien, ce que n'a pas le Libertin, car il se dispence pour auoir le bien, mais il ne le veult que pour luy, et ne le peult prendre en Dieu par ce qu'il en doubte. Ausi que toutes les religions ont obserué d'oster à l'homme la felicité du corps en Dieu, affin de le rendre tousiours plus miserable, et que le meilleur soit pour eux (qui les ont inuentees) ou pour ceux qui les maintiennent.
L'ATHÉISTE
J'ay ma volupté sans Dieu
En Dieu n'ay que tourmant.
L'Atheiste, ou celluy qui ce dit tel (par ce qu'il n'est possible à l'homme d'estre sans Dieu), est de contraire croyance aux autres, et toutesfois croit, mais cest quil ny a point de Dieu. Voila pourquoy en Dieu n'a que tourmant et affliction quand il y pense, dautant quil l'a quicté pour avoir la volupté du corps et exercer toutes ces affections, il sera tousiours en perpetuel tourmant iusques a ce quil sache au vray (non pas croire) s'il y a vn Dieu, ou s'il ny en a point, car le sçauoir il ne l'a pas, et toutesfois sa bouche profere quil ny en a point, mais sa conscience l'accuze, laquelle n'a iamais repos, ny ne pourra auoir qu'en Dieu, car tout ainsi q les dessus nommés disent qu'il y a vn Dieu, l'Atheiste dict qu'il ny en a point. Et tous soit en bien ou en mal nen sçauent rien, mais ilz le croyent, qu'ilz appellent scauoir. Cela ce deueroit plustost appeller barbouller. Mais le vray homme qui a ceste sapience est au millieu d'entre eux, qui void et congnoist leur erreur et desfault. Et comme le croire que l'on engendre en eux est a cause de leur ignorance, et de la crainte en Dieu qu'ilz ont, dautant que le scauoir a telle force en l'homme que veille ou non (comme il a ia esté dict) le croire luy en demeure, et ne s'en sçauroit iamais developper qui nous peult faire entendre que croire est au milieu de science et ignorance et qu'il y a vn croire engendré en nous par le sauoir et l'autre que l'on y engendre pour nostre ignorance, p foy et peur, ou craincte q lon nous donne, et faict on en Dieu, et foy nest faulte que de congnoissance, car ou est la congnoissance, la foy est morte et n'a aucun lieu, donc le pauure Chrestien ce peult bien dire miserable entre tous les hommes de la terre, de ce que son salut, paradis, repos, heur, beatitude, fellicité, est fondée sur ignorance et mescongnoissance, qui est son croire, et sa foy. Et toutesfois disent tousiours quilz sçavent et congnoissent : mais cest vn sçauoir de beste ou perroquet, ilz ne les font que profferer et poroller sans intelligence, auec la craincte qui tousiours les accompaigne et entretient.
Qui est en craincte quelque craincte que ce soit ne peult estre heureux.
Mais heureux sera celluy, comme Dauid a prophetizay au commancement de son premier Psalme, lequel n'aura point esté du conseil des meschans Roys ou tirans, et qui ne ce sera point arresté à la voye, beut et chemin du vulgaire ignorant, croyant et ayant foy, aussy q naura pris charge, degré ou benefice es maisons de pestilence, blaspheme et abbomination.
Mais au lieu de telles ambitions ou ignorances, medite iour et nuict et contemple, que cest de l'Eternel et de l'homme. Car l'homme est la congnaissance, les commandemens ou la Loy. Et ce trouuera estre icelle loy, reprenant la raison, la justice, la vérité et l'amitié que l'on luy faict perdre dés la mamelle par craincte et peur en laquelle il est nourri en Dieu, laquelle luy oste l'intellec, et le repez ton du Credo et de la Foy, deux beaux eschantillons pour estre toute sa vie docteur de dame Ignorance ou de la Foy. Au lieu d'auoir sapience et congnoissance de verité, par laquelle il iugeroit comme on luy donne faulx a entendre, de luy mectre la craincte et peur en Dieu, et aux armes la vertu et noblesse. Mais qu'il mette la vertu et la noblesse en ceste congnoissance sçauoir et intelligence que cest que de Dieu et de l'homme, et la craincte et peur à prendre et au maniment des armes. Lors il aura commancement de sapience, et la continura ayant la raison en la teste, sans la chercher a son costé ou a l'espée. Et l'amitie ou la iustice et equité que les hommes ce doibuent naturellement les vns aux autres en leur cœur et par effectz, au lieu d'estre en la bource, et leur bouche seullement.
A. prenez par ma recher-
che En la nourriture de ceste Girarde
le Berruyer, Au nom de laquelle
il s'y treuve.
De Bray Lerur Gerire
et uny avec celluy du filz
Lerre Geru vrey Fleo D.
La Foy bygarrée.