
SAISON 2025 - 2026
Comptes rendus
Bertrand Hauchecorne
Excursion
à Saint-Arnould
Guy Basset
Stéphanie Loubère
Maurice Sartre
Cleopatre au cinéma
Les Femmes savantes
Chloé Morille
Tanguy Viel
Jean-Marc Durand-Gasselin
Dimanche 7 septembre, au "Campo Santo" Jeudi 2 octobre 2025 Condorcet, un mathématicien humaniste
PRÉSENTATION – Le Marquis Nicolas de Condorcet (1743-1794) est connu pour ses positions humanistes et avant-gardistes. Il s'est érigé contre l'esclavage, pour l'égalité entre les femmes et les hommes. Il prônait une école n'imposant aucune croyance mais que des vérités, en particulier scientifiques, et conduisant au perfectionnement réel de l'individu. On sait moins que Condorcet se fit connaitre par ses talents de scientifique, que ses premiers écrits furent des ouvrages novateurs en mathématiques. Mettant à profit ses compétences dans cette discipline et son intérêt pour la chose publique, il s'est penché sur la façon de composer un jury d'assises pour minimiser les risques d'erreurs, sur les systèmes de vote équitables l'amenant à introduire le paradoxe qui porte son nom; plus généralement il s'est efforcé d'étendre l'empire de la Raison aux sciences humaines. Le conférencier présentera dans ses facettes scientifiques et humanistes tellement liées chez lui, cet esprit des Lumières qui fréquentait les salons mondains, creuset des idées que portera la Révolution. La pensée de Condorcet a fait progresser l'humanité et reste d'une grande modernité dans une époque où l'on sent régresser les valeurs qu'il a portées, en particulier Outre-Atlantique. COMPTE RENDU –
Condorcet est connu et souvent cité pour sa philosophie humaniste et ses positions avant-gardistes mises en action dans son engagement politique; il l'est aussi pour ses talents mathématiques, descendant de Pascal par sa précocité, ses innovations et ses inventions dans ce domaine. Il n'est pourtant pas secondaire de connaître son œuvre mathématique, car, toute sa vie, Condorcet n'eut de cesse mettre ses connaissances et conclusions mathématiques abstraites au service de la chose publique et politique, en les appliquant directement dans le concret de certaines réformes qui lui paraissaient nécessaires. La conférence de B. Hauchecorne s'attache, dans un chemin volontairement chronologique, à dérouler les trois fils directeurs – science, humanisme et tous domaines et action politique – de ce grand esprit de la société de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Esprit éminemment représentatif des Lumières et qui a une place exceptionnelle dans l'histoire des idées grâce à la diversité de ses recherches et à la modernité éclatante de ses idées. Né en 1743, orphelin de son père militaire peu après sa naissance, couvé par une mère très pieuse, Marie Jean Antoine Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet, reçoit, dès son précepteur particulier jusqu' à son entrée au collège de Navarre à Paris, une instruction jésuite rigoureuse marquée par une discipline brutale et souvent humiliante, mais un enseignement approfondi et très novateur, ces deux aspects contradictoires n'étant peut-être pas totalement étrangers à certaines de ses positions humanistes futures. Son talent de mathématicien éclot à 16 ans durant sa première année au collège, avec sa thèse sur l'Analyse mathématique, qui suscite l'admiration du jury dont fait partie d'Alembert. De leur rencontre naîtront une amitié et un compagnonnage intellectuel sans faille. Dès 1763, il décide de se consacrer aux sciences et, en 1765, il soumet à l'Académie des Sciences un Essai sur le Calcul Intégral dont la dernière partie est consacrée aux diverses applications possibles, premier mémoire qui lui vaut à nouveau une pluie d'éloges, notamment du grand mathématicien Lagrange. En 1768, dans une lettre à d'Alembert intitulée le Système du monde et le Calcul intégral, il donne une définition de ce qu'on nommera le déterminisme : « Une intelligence qui connaîtrait l'état de tous les phénomènes dans un instant donné, les lois auxquelles la matière est assujettie, et leur effet au bout de d'un temps quelconque, aurait une connaissance parfaite du Système du monde. C'est le but auquel se doivent diriger tous les efforts des géomètres philosophes […] sans pouvoir jamais espérer d'y atteindre ». Définition reprise presque littéralement par Laplace un demi-siècle plus tard dans son Essai philosophique sur les Probabilités. Avec son entrée, grâce à d'Alembert, dans le salon de Julie de Lespinasse drainant la fine fleur des Lumières, en premier lieu l'équipe de L'Encyclopédie, le réseau des relations de Condorcet s'élargit au-delà du monde scientifique. Et certes, il régnait dans les salons le sentiment général que, vu l'état de perfectionnement des mathématiques, le moment était venu de chercher les moyens d'assurer le bonheur de l'humanité. C'est là, au gré des discussions, sur l'absolutisme royal et l'Église, que se sont sans doute forgées les valeurs qui, selon lui, doivent étayer la politique publique et qui définissent sa pensée. En 1769, à 26 ans, il est élu à l'Académie des Sciences. À cette époque il noue des liens avec Diderot, Voltaire, le grand économiste Turgot. C'est à ce dernier qu'il adresse en 1773 Ma profession de foi, lettre dans laquelle il expose ses réflexions sur les notions de morale et de justice. Son engagement pour l'octroi des libertés religieuses et des droits économiques, politiques et civiques (des protestants, des juifs à qui la citoyenneté sera accordée en 1791 ; et même ceux des auteurs !) se confirme dans le pamphlet Réflexions sur l'esclavage des nègres publié 1781 en Suisse sous pseudonyme. Plaidoirie argumentant point par point pour la suppression de l'esclavage considéré comme un crime. Son action contre l'esclavage ne faiblira jamais et, pendant la révolution, député, il ne cessera d'écrire à ce sujet. Mais, malgré des avancées, l'esclavage ne sera aboli qu'en 1794 après sa mort (restauré par Napoléon et aboli à nouveau en 1848). Dans le cadre de la promotion de l'esprit des Lumières, il contribue à l'Encyclopédie. En 1782 il est élu à l'Académie française et parallèlement, à partir de cette époque, il reprend et complète nombre de ses articles dans une édition complémentaire, L'Encyclopédie méthodique, organisée sur un classement thématique et non plus alphabétique. À l'entrée Probabilités il expose avec enthousiasme cette discipline, centre d'intérêt majeur pour lui, dont il essaie surtout – selon sa méthode – de clarifier les concepts et les usages qu'on peut concrètement en faire. À la demande Turgot de produire ses réflexions sur les thèmes liés à la démocratie, il fait paraître en 1785 un de ses essais majeurs et primordiaux dans sa pensée, Essai sur l'application de l'analyse à la probabilité des décisions rendues à la pluralité des voix, dont le Préliminaire contient, dans un même élan, son credo humaniste et un vibrant hommage au « grand homme [qui] était persuadé que les vérités des Sciences morales et politiques sont susceptibles de la même certitude que celles qui forment le système des Sciences physiques […] Cette opinion [qui] conduit à l'espérance consolante que l'espèce humaine fera nécessairement des progrès vers le bonheur et la perfection, comme elle en a fait dans la connaissance de la vérité ». Ces recherches sur les modes de scrutin l'amènent à sa théorie sur les votes, marque de son génie, baptisée « Paradoxe de Condorcet » et pouvant être vue comme l'ancêtre de la statistique. Cette théorie sera reprise et développée au XXe siècle par l'économiste Arrow, prix Nobel 1972 pour ce travail. Condorcet démontre que le scrutin uninominal peut ne pas représenter les désirs des électeurs quand le premier candidat n'obtient pas plus de la moitié des voix « dans la mesure où le candidat préféré d'une majorité d'électeurs peut n'être pas élu, en raison de la dispersion des voix, conduisant à élire un candidat qui n'obtient qu'une majorité relative Voici l'exemple à l'appui : 60 votants et le choix entre 3 candidats a, b et c. Le signe > indiquant la préférence, c. à d. le vote. 23 préfèrent : a > c > b // 19 préfèrent : b > c > a // 16 préfèrent : c > b > a // 2 préfèrent : c > a > b. Le candidat a sera élu, ayant remporté 23 voix, soit la majorité. Néanmoins, a n'est pas le choix préféré de la majorité des électeurs, puisque 35 électeurs (19 + 16) préféraient b à a. Mais les 23 n'ont pas réussi à faire élire b, car ils ont chacun préféré voter pour leur candidat préféré dans l'absolu, c'est-à-dire b ou c. » En termes concrets, résume le conférencier, pour Condorcet, le vainqueur devrait être b ; si a échoue c'est à cause de la dispersion des voix. Le paradoxe est donc la formation d'une réponse collective contradictoire à partir de réponses individuelles cohérentes. Dans la même volonté de réduire les risques d'erreur, sa réflexion le porte sur la question de la constitution d'un jury d'assises : il démontre mathématiquement que les chances d'une décision correcte augmentent avec le nombre de votants, et soutient ainsi sa préférence pour les jurys populaires plutôt que de magistrats. Et la question de la décision la plus juste dans ces jurys l'amène in fine logiquement – ou plutôt mathématiquement – à celle de l'abolition de la peine de mort pour laquelle il se prononce fermement dès 1785, notamment dans une lettre, mathématiquement argumentée, à Frédéric II de Prusse. Reprenant sa théorie sur les scrutins, il expose que plus la décision est grave, plus la forme du scrutin doit donner des garanties de probabilités d'une décision juste ; mais dans les scrutins la certitude absolue n'existant pas, il faut bannir la peine de mort pour deux raisons liées : elle est irrémédiable et sa décision risque d'émaner de motivations passionnelles d'un jury horrifié, excluant le rationnel. Il est à noter que cet argument sera repris par Roger Badinter dans sa lutte pour l'abolition. Cette conviction accompagnera Condorcet jusqu'à sa mort. Ce sera le sujet de son discours de député à l'Assemblée le 19 janvier 1793 et ce pourquoi il ne vote pas la mort de Louis XVI. En 1786, il se marie avec Sophie de Grouchy, très cultivée, tenant aussi salon, qui après sa mort veillera à faire connaître son œuvre. C'est dans les années suivantes, pendant la Révolution, que son parcours et son action politique se précisent. Il est fondateur, avec Talleyrand, Mirabeau et La Fayette, de la Société des trente, un véritable laboratoire d'idées, qu'on pourrait rapprocher de la notion actuelle de think tank. En 1790, au sein d'un comité de cinq savants chargés de réfléchir à l'unification des poids et mesures, c'est lui qui propose de définir le mètre comme le dix-millionième de la distance du pôle à l'équateur. Le 3 juillet 1790, en lien avec la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen de 1789, il publie un article où, précédant Olympe de Gouges, il prône l'idée de l'égalité des femmes et leur admission au droit de cité, fustigeant les hommes car « n'ont-ils pas violé le principe de l'égalité des droits en privant tranquillement la moitié du genre humain de recourir à la formation des lois, en excluant les femmes du droit de cité ? ». Précurseur d'une exigence absolue que le monde moderne n'a pas encore résolue ! En 1791 il est élu à l'Assemblée législative (réélu à la Convention en 1792) et prend une part active à de nombreuses réformes – bien que son projet de Constitution n'aboutisse pas – et surtout à la question de l'instruction qui lui tient à cœur et dont il expose l'audacieux contenu, en avril 1792 dans un discours à l'Assemblée, le Rapport et projet de décret de l'organisation de l'Instruction publique. La question fut différée en raison de l'urgence du risque de guerre. Il est cependant celui qui proposa le premier véritable système d'instruction publique, contenu aussi dans l'essai Cinq Mémoires sur l'instruction publique. Il y défendait un système éducatif en cinq degrés de connaissances à partir de l'école primaire, conduisant à « l'égalité de fait » et « l'égalité politique reconnue par la loi » sans distinction de sexe, de classe ou d'âge, dans l'assurance des besoins, droits, devoirs et fonctions de chacun et celle du développement de ses talents naturels. Un enseignement laïc et indépendant du pouvoir politique, en faveur de la liberté par le combat contre l'ignorance car « même sous la constitution la plus libre un peuple ignorant est toujours esclave » et que « l'instruction est le seul remède à la stupidité », comme le souligne B. Hauchecorne par ces citations. Enfin, pour assurer à chacun la facilité de conserver ses connaissances et d'en acquérir de nouvelles il prévoyait l'éducation permanente ! Précurseur de la « formation continue » ? En 1793, l'année de la Terreur, après son vote contre la mort du roi en janvier, quand les Girondins dont il partage beaucoup d'idées sont arrêtés le 2 juin 1793, il les défend contre les Jacobins. Pour ce désaccord et ces raisons, la Convention signe sa propre arrestation le 8 juillet. Il fuit et se cache chez une amie ; arrêté neuf mois plus tard, il est retrouvé mort dans son cachot sans qu'on puisse définir clairement les raisons de son décès et c'est en vain que Sophie, sa veuve, réclame ses cendres. Le 25 décembre 1794, Le Républicain français donne à lire, comme incrédule : « Condorcet n'existe plus ! ». Il avait consacré ces mois de « sursis » à écrire une œuvre restée à l'état de brouillon, Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, qui fut publiée en 1795. Un hymne au progrès de cet adversaire infatigable de tous les dogmes, notamment religieux, car réducteurs, détenteur d'une foi inébranlable dans le perfectionnement infini des sciences certes mais surtout de la pensée humaine, les premières utilisées comme moyen de la deuxième. Cette place supérieure attribuée au progrès humain qui, pour se réaliser, exige l'engagement dans l'action a conduit Condorcet à sacrifier en toute conscience sa carrière scientifique. Notre conférencier, lui-même mathématicien, le souligne par l'hommage que lui rendit F. Arago en 1841 : « Notre confrère se vit obligé de renoncer aux plaisirs si vifs et purs que donnent les découvertes scientifiques, il n'en écrivait pas moins […] : Donnez-moi des nouvelles de vos travaux. Je suis comme les vieux gourmands qui, ne pouvant plus digérer, ont encore le plaisir de voir manger les autres ». Au terme de la conférence B. Hauchecorne nous livre deux citations tirées de la dernière œuvre, l'une d'un beau lyrisme : « Il arrivera donc, ce moment où le soleil n'éclairera plus sur la terre que des hommes libres, ne reconnaissant d'autres maîtres que leur raison », l'autre, un aphorisme aux résonnances multiples et d'une grande hauteur : « Il faut douter même de la nécessité de douter de tout ». Belle conclusion pour ce modèle d'humanisme, à la fois optimiste et courageux dans ses actes et sa morale, en avance d'une façon vertigineuse dans tous les sujets qui préoccupent encore notre monde moderne et dont notre époque devrait certainement s'inspirer. C. Spenlé-Calmon Samedi 8 novembre 2025 EXCURSION
QUELQUES OBJETS PRÉSENTÉS À L'EXPOSITION "LE MYSTÈRE CLÉOPÂTRE" photographiés par J.-F. BRADU Source inépuisable de rêves et de fantasmes, en Orient comme en Occident, la figure de Cléopâtre a traversé les siècles pour parvenir jusqu'à nous. Mais sur quelles fondations cette légende repose-telle ? Peintures, sculptures, estampes, manuscrits, objets archéologiques, bijoux et monnaies, costumes tentent d'éclairer le destin historique et légendaire de cette souveraine tour à tour admirée puis dépeinte comme fatale monstrum par le poète Horace (Odes, I,37).
COMPTE RENDU DE L'EXCURSION : L'objectif de cette excursion était double : la visite d'une maison d'écrivain le matin et celle d'une exposition l'après-midi. Quarante adhérents ont pu, en fin de matinée, découvrir ou redécouvrir, en groupe de vingt personnes avec un guide, la maison achetée par Louis Aragon et Elsa Triolet à Saint-Arnoult-en-Yvelines. L'après-midi a permis de suivre une visite guidée de l'exposition organisée à l'Institut du Monde Arabe intitulée "Le mystère Cléopâtre". La maison de Louis Aragon et Elsa Triolet est le moulin de Villeneuve acheté en 1951 ainsi que le parc attenant, que les deux écrivains ont agrandi en achetant d'autres terres. C'est dans ce parc, sur un tertre dominant le moulin, que repose le couple d'écrivains. La propriété, léguée par Aragon à la nation française, est entretenue et maintenue telle qu'elle était à l'époque où Aragon et Triolet l'occupaient. Une association s'occupe de l'entretien et des visites pour le public, ainsi que de l'accès aux archives pour les chercheurs. Le déjeuner avait lieu à Rochefort-en-Yvelines, à l'Ambassade, restaurant situé dans une petite partie du château de Rochefort. Perché sur une colline, le château au style néo-classique domine la forêt et surprend par ses dimensions. À la toute fin du XIXe siècle, le diamantaire Jules Porgès fit construire une réplique de l'actuel palais de la Légion d'honneur à Paris, l'Hôtel de Salm-Kyrbourg, mais fit doubler certaines proportions. Le château, devenu un hôpital durant la première guerre mondiale, fut ensuite vendu. Il fut occupé, durant la seconde guerre, très peu de temps par les Allemands, puis par les Américains. Plusieurs films y ont ensuite été tournés. En début d'après-midi, le trajet vers Paris s'est effectué sans embouteillage et a permis aux adhérents Budé d'arriver à l'Institut du Monde Arabe assez longtemps avant l'heure fixée pour la visite guidée (en deux groupes) de l'exposition "Le mystère Cléopâtre". Temps mis à profit pour accéder à la terrasse au 9ème étage et profiter ainsi de la vue sur une partie de Paris, pour se rendre à la librairie, pour boire un thé… L'exposition sur Cléopâtre, organisée de façon très pédagogique, s'attache à montrer combien cette célèbre figure féminine, dont on sait très peu de choses, a, depuis son suicide il y a deux mille ans, fasciné écrivains, peintres, sculpteurs, créateurs de costumes, de bijoux, etc… Celle que tous nomment Cléopâtre, en fait la septième du nom, donc Cléopâtre VII Philopator, n'a laissé que quelques pièces de monnaie, présentées à l'exposition, pour que nous puissions mettre un visage sur son nom. Aucune biographie rédigée à l'époque ne nous renseigne sur elle. Elle appartient à une dynastie originaire de Macédoine et a la réputation de posséder une solide formation dans de nombreux domaines et de parler plusieurs langues. Françoise Guerry-Raby Jeudi 13 novembre 2025 Relire "Le Premier homme" d'Albert Camus PRÉSENTATION – Le Premier Homme est un roman autobiographique inachevé d'Albert Camus, publié en 1994 par sa fille Catherine Camus aux éditions Gallimard. Il emprunte plus d'un trait à la biographie de l'auteur et à ses relations avec son Algérie natale et l'histoire de ce pays avec la France et les personnalités qui l'ont forgé. "En somme, je vais parler de ceux que j'aimais", écrit Albert Camus dans une note pour Le Premier Homme. Le projet de ce roman, auquel il travaillait encore peu avant sa mort, était ambitieux. Il avait dit un jour que les écrivains "gardent l'espoir de retrouver les secrets d'un art universel qui, à force d'humilité et de maîtrise, ressusciterait enfin les personnages dans leur chair et dans leur durée". Il avait jeté les bases de ce qui serait le récit de l'enfance de son "premier homme". Cette rédaction initiale a un caractère autobiographique qui aurait sûrement disparu dans la version définitive du roman. Mais c'est justement ce côté autobiographique qui est précieux aujourd'hui. Après avoir lu ces pages, on voit apparaître les racines de ce qui fera la personnalité de Camus, sa sensibilité, la genèse de sa pensée, les raisons de son engagement. Pourquoi, toute sa vie, il aura voulu parler au nom de ceux à qui la parole est refusée. COMPTE RENDU :
Après des études de philosophie à Paris-X-Nanterre Guy Basset a fait carrière dans les Ressources Humaines. Mais parallèlement il n'a cessé de s'intéresser à l'œuvre d'Albert Camus et à l'Algérie, publiant de nombreux articles, notamment entre 1880 et 1970, et donnant des conférences en Algérie, Tunisie, Jordanie, Espagne et Italie. Il a participé dans la collection Bouquins au dictionnaire L'Algérie et la France et au Dictionnaire Albert Camus,. Administrateur de la Société des Études Camusiennes depuis sa création, premier directeur de la revue Présence d'Albert Camus, il a soutenu en mai 2016 une thèse sur ses travaux à l'Université Paris III Sorbonne nouvelle. En préambule de sa conférence sur Le premier homme, Guy Basset révèle son rapport affectif à l'Algérie d'autant qu'il connaît la fille de Camus et a eu son fils pour condisciple. Il se réjouit de la libération de Boualem Sansal et lui rend hommage, ajoutant qu'il fait partie écrivains algériens de langue française qui admirent Camus. Il commence par les circonstances entourant le texte : le manuscrit a été retrouvé dans la voiture où Camus a trouvé la mort le 4 janvier 1961, et sur le moment il n'a pas été jugé opportun de le publier pour différentes raisons (inachevé, d'une écriture peu aisée, la situation de la guerre d'indépendance). Publié 1994 tel quel chez Gallimard grâce à sa fille Catherine il suscite un enthousiasme immédiat : son contenu le fait percevoir comme un roman autobiographique sur sa famille et son enfance en Algérie ; pour les spécialistes, il est le témoin de la façon dont Camus travaillait ses textes. G. Basset souligne la pertinence de la jaquette de couverture, une photo du jeune Camus et de l'équipe de foot, sport dont il disait qu'il était « son royaume » et « une grande école de vie car [comme dans la vie] on ne sait pas d'où vient la balle » G. Basset passe donc ensuite à la loupe ce qui n'était au départ qu'un manuscrit à l'état de brouillon (une page est projetée à l'appui de la démonstration): ratures, notes et remarques critiques en marge nombreuses, phrases très longues (à l'inverse du style habituel), noms et prénoms changeants… mais déjà une vigueur de la langue. Nous n'avons que le quart de ce projet ambitieux que Camus voulait être son Guerre et Paix. Commencé en mai 53, des circonstances l'amenèrent à mettre le projet de côté (séquelles de la rupture avec Sartre, des problèmes familiaux …), la phase active fut de 58 à 59 et un mois avant sa mort, il écrivait : « J'en ai fini avec le 1er jet ». Entre temps parurent en 1954 L'Eté, en 1957 L'Exil et le Royaume et Réflexions sur la peine de mort avec Arthur Koestler et Jean Bloch-Michel thème qui traverse toute son œuvre). Le manuscrit est en deux parties, Recherche du père et Le fils ou le premier homme, la première beaucoup plus longue et plus soignée. Malgré le nom du héros, Jacques Cormery, le roman reprend des éléments de la biographie de Camus qu'il est aisé de confronter avec les biographies écrites à son sujet. Il englobe l'enfance et l'adolescence. Mais des plans prévisionnels dans les feuillets montrent que qu'il voulait aller plus loin : la guerre, l'occupation et la résistance. G. Basset enchaîne sur la place de l'Algérie dans l'œuvre, omniprésente, avec lieux soigneusement sélectionnés, restreints aux endroits où il a vécu : Mondovi lieu de naissance et le quartier populaire de Belcourt à Alger, pour l'enfance et l'adolescence avec sa mère et sa grand-mère dans un état de grande pauvreté, n'évoquant pas ses voyages d'adulte dans ce pays. Le lieu exceptionnel du récit est le grand lycée Emir Abdelkader d'Alger, un des plus importants de France, attirant des enseignants prestigieux, à la fois une épreuve et une immense ouverture pour le jeune Camus car lieu de la première confrontation avec le milieu aisé et cultivé de la bourgeoisie où « les choses avaient un nom ». Le passé de l'Algérie a aussi une place importante dans le récit. Camus disant souvent que l'Algérie n'a pas de passé, comme les pauvres n'ont pas de passé, ce passé est pourtant montré, notamment celui de son père et de sa mère minorquine. Camus suit les traces du peuplement de l'Algérie par ses ascendants : le village de Mondovi – tantôt Solferino à la campagne à la campagne, où son père avait trouvé une place de régisseur dans un domaine viticole, dont il est dit qu'il a été fondé par ceux de 1870. Il s'agit donc d'une certaine Algérie. Ensuite le conférencier revient plus précisément et en quatre points sur l'injonction première du récit, à savoir la recherche du père. Le séjour de J. Cormery à Saint Brieuc, pour voir la tombe de son père au début, est fondateur dans la quête du père mais aussi dans celle de la mère restée en Algérie (bien plus présente que le père dans le texte) dont il est dit qu'elle lui demandait depuis longtemps cette visite. Cette mère analphabète à la fois si douce et inaccessible, tellement et douloureusement aimée, qui est d'ailleurs la dédicataire du roman : « A toi qui ne pourra jamais lire ce roman ». Ce père mort à la guerre à 29 ans en 1914, lui est un inconnu. « Flot de compassion et de pitié » et « révolte contre l'ordre mortel du monde », un père devenu son « cadet » dans « l'interminable solitude où on l'avait jeté ». Le 2ème point est le pèlerinage à la campagne en dehors d'Alger sur les lieux dont il a été question plus haut où le héros adulte retrouve la modeste maison natale. Les souvenirs de sa mère sont aussi un relais mais ils sont épars et elle n'a pas la parole facile. Enfin, l'orphelin de père ayant besoin de quelqu'un qui lui montre la voie, la recherche du père passe, et de façon puissante, par les deux pères de substitution qui ont poussé le héros vers son destin : d'abord l'instituteur Monsieur Germain (Bernard dans le roman) , rescapé, lui, de 14 qui veille sur le garçon Cormery-Camus et qui va voir la mère et la grand-mère pour les convaincre de le laisser entrer au lycée ; ensuite le professeur de philosophie Jean Grenier (Victor Malan ici) qui en outre est « né là où mon père est mort et enterré ». Concernant la recherche du père particulièrement, deux temporalités s'entrechoquent : le récit de l'enfant et le récit de l'homme qui revient sur son passé ; c'est sur ce dernier que s'ouvre le roman. Est-ce une autobiographie ou pas ? A cette question G. Basset fait une double réponse : oui et non. L'œuvre ne constitue ni les Mémoires de Camus ni une histoire de l'Algérie. Il y a comme dans d'autres des éléments empruntés à sa vie ; des identifications sont possibles et même probables. Mais Camus a toujours eu tendance à combiner plusieurs personnages et sources pour construire ses personnages. Selon le conférencier la version définitive aurait certainement été moins autobiographique, mais peut-être moins émouvante par rapport à l'éclosion de sa personnalité. Dans la division de son oeuvre en trois cycles qu'opérait Camus sans y mettre de rigidité - Sisyphe ou le « cycle de l'absurde », Prométhée ou le « cycle de la révolte » et Némésis ou le « cycle de l'amour » - Camus mettait le Premier homme celui de l'amour. Une question d'un auditeur amène le conférencier à éclairer le titre, certainement lié aux propos de Camus sur l'absence de passé du pays et des pauvres : le premier homme est celui qui va ouvrir un avenir pour lui-même et les autres. « le fils sera le premier homme » est écrit dans le début du roman. Colette Spenlé-Calmon Mardi 2 décembre 2025
Anacréon : Odes
COMPTE RENDU DE LA CONFÉRENCE : Stéphanie Loubère enseigne la littérature du XVIIIème siècle à l'université d'Orléans et travaille tout particulièrement sur les sources d'inspiration que constituent les poètes antiques pour le XVIIIème. On découvre qu'au XVIIIe siècle Anacréon est un modèle omniprésent, mais aussi un modèle évanescent et combien sa survie dans le monde littéraire tient à la filiation. D'Anacréon, nous savons très peu de choses. Il serait né à Téos au VIème siècle avant Jésus-Christ. Il s'exila à Samos, puis se rendit à Athènes. Selon la tradition, il serait mort étouffé par un grain de raisin. Il est représenté le plus souvent en vieillard, buvant du vin et entouré de belles femmes. Le vide sur sa biographie se double d'un vide sur son œuvre. Nous disposons de fragments d'épigrammes, d'une soixantaine d'odes. Les plaisirs des sens, les joies de l'amour y sont louées. C'est en 1554 qu'Henri Estienne propose une traduction latine d'Anacréon. Les lettrés de l'époque découvrent alors Anacréon et s'enthousiasment pour sa poésie. Plus tard, poètes, traducteurs, imitateurs vont s'emparer de ce modèle paradoxal. Platon qualifie Anacréon de « sage » et lui confère ainsi un prestige inattaquable. La difficulté sera de faire coïncider les fragments de l'œuvre d'Anacréon disponibles avec les éloges de Platon. Mais c'est justement le vide sur les données historiques et poétiques qui va permettre l'appropriation. La tradition des « Vies de … » qui accompagne les traductions participe à la reconstitution d'un modèle. Ainsi va se construire sur l'ombre la figure de l'idole, figure exemplaire, dont la vie et la pratique poétique se confondent. Dès les années 1680, Fontenelle met en scène Aristote et Anacréon, le philosophe et le sage. L'abbé de Chaulieu, en 1704, fait l'éloge d'Anacréon et est ensuite appelé « l'Anacréon du Temple ». Dans « Les odes d'Anacréon et de Sapho en vers français, par le poète sans fard » de François Gacon (1712), on suit Anacréon à la cour de Polycrate. La poésie est ainsi intégrée au récit de la fin de sa vie et concourt à la survie du modèle qu'est Anacréon. Le vide qui entoure l'œuvre et la vie d'Anacréon permet également le fantasme et alimente la veine anacréontique. De nombreuses traductions, des ballets et opéras s'en inspirent. Ainsi « Les surprises de l'amour » (1757), livret de Gentil-Bernard, musique de Rameau. Des recueils de chansons dans les domaines érotique et bachique s'en inspirent aussi. L'ambition sera d'élever les auteurs de chansonnettes au niveau des poètes. Les arts visuels s'emparent eux-aussi du sujet, comme en témoigne le tableau de Restout « Les plaisirs d'Anacréon » (1767). Ce qui fera hurler Diderot. Cette transmission protéiforme de l'œuvre d'Anacréon se fait plus par l'esprit que par la lettre. Ainsi Claude Dorat montre que pour traduire Anacréon, il convient de se faire poète et de produire des œuvres anacréontiques (« Les baisers » 1770). La fragmentation de l'œuvre d'Anacréon devient une force philosophique. Mettre à profit la disponibilité de ce modèle faussement inoffensif, opposé à Epicure par exemple, permet la création d'œuvres se réclamant du poète antique et affirmant par là qu'une autre poésie est possible. L'ombre d'Anacréon, sans véritable contour, va amener des poètes mineurs à revendiquer une place et le rejet de l'académisme établira qu'un grand auteur peut se spécialiser dans un genre mineur, posture poétique relevant de la « recusatio » utilisée par Anacréon. La connaissance réelle de l'œuvre d'Anacréon demeure sans commune mesure avec l'anacréontisme. L'union du poète léger et du philosophe sérieux reste l'héritage de celui qu'Ovide nommait « vinosus senex ». Françoise Guerry-Raby Mardi 16 décembre 2025 Gaza, Carrefour des Mondes (du -XVe au +VIIe s.)
COMPTE RENDU : Maurice Sartre, professeur émérite d'histoire ancienne de l'université de Tours, est aussi un grand spécialiste de l'Orient antique. Il a étudié à Lyon avec Pierre Vidal-Naquet et il est l'auteur d'une thèse portant sur "Bostra, des origines à l'islam" (1985). Il est à l'origine de multiples publications sur l'Orient grec et romain et ses cités, dont certaines avec son épouse Anne Sartre-Fauriat, notamment un Dictionnaire du monde antique (2009). Une liste de ses principaux livres figure sur notre site. Inlassable promoteur de la culture ouverte à tout le monde, premier président des Rencontres de Blois, M. Sartre, comme le souligne notre vice-président présentateur Pierre-Alain Caltot, est "un ambassadeur de la culture, à la croisée des mondes". Sa passion l'a porté à couvrir ce qui s'est passé à Palmyre (quelques publications en résultent), ville sur laquelle il est venu faire une conférence chez nous en 2016. C'est ainsi qu'il met la même passion et son érudition au service de Gaza, ville martyre mais dont peu de gens connaissent le brillant passé plurimillénaire. Le conférencier expose, dans une conférence très fluide, d'abord la longue et glorieuse histoire de la ville, pour mieux souligner le désastre actuel auquel elle est soumise de nos jours. Gaza, lieu de rencontres et d'échanges riches et fructueux pendant plus de deux millénaires de l'Antiquité et réduite actuellement à un dixième de département français, fut, par sa situation géographique, une ville-carrefour, entre quatre mondes d'importance. Dans l'axe nord-sud, elle est le point de rencontre stratégique entre la grande Syrie antique occupant la façade orientale de la Méditerranée – où Hérodote, déjà, la situe sous le nom de "Palestine" – et au sud l'Égypte et sa vallée du Nil, par l'intermédiaire de la presqu'île du désert du Sinaï. Dans l'axe est-ouest, elle est le point de contact entre l'Arabie des Nomades et la Méditerranée, citée par Pline comme "port des Arabes", d'où ils exportaient l'encens et autres aromes et parfums précieux d'Orient et où arrivaient les marchandises du monde gréco-latin, notamment les céramiques (on a trouvé quantités d'amphores) et des objets en métal etc… Cette situation stratégique de point de rencontre et de passage lui a valu à la fois richesse, convoitise, donc guerres, destructions suivies de repeuplements. Les fouilles archéologiques sont malheureusement presque impossibles, car la Gaza actuelle et son territoire très urbanisé sont construits sur le site antique. La ville a été fondée autour de 1500 av. J-C. ; on la connaît sous le nom de Hazattu (tablettes en akkadien cunéiformes datant du XIVe s.), intégrée à l'Egypte. Mais on ne sait pas grand-chose de cette première Gaza, qui disparaît dans le courant du XIIe siècle. À cette époque apparaissent dans la région des populations nouvelles en fuite, venues du monde grec (Mycéniens, Égéens, Crétois, de Sardaigne, d'Italie du sud…) que les historiens appellent "peuples de la mer", dont certains s'installent dans la région de Gaza. Les Égyptiens leur donnent le nom de Péléset, qui a donné Philistin, puis Palestine (en arabe actuel Phalestine). La Gaza philistine s'installe à 3 km de la mer, de solides remparts du VIIIe ont été mis au jour dans les années 1995 à 2004 par une équipe franco-palestinienne, seule période où des fouilles ont pu être faites. Pendant plusieurs siècles Gaza va constituer un enjeu entre les différents grands empires (Égyptien, Assyrien, Babylonien). Mais ce qui est sûr c'est qu'à aucun moment elle ne fait partie de la Judée, dont elle constitue la limite, ni même du royaume d'Israël. Elle reste constamment philistine. Le conférencier précise qu'on y venait même pour "faire la fête" et cite à ce propos l'épisode biblique du prince de Judée semi-légendaire Samson y rencontrant Dalila, puis y trouvant la mort dans les décombres du temple de Gaza qu'il a lui-même détruit : une manière de souligner que, donc, dans la Bible Gaza est hors de la Terre Promise. À la fin du VIe siècle Gaza devient perse, soumise aux Achéménides, et redevient poste fortifié d'extrême importance, tête de pont pour toutes les opérations vers l'Égypte. Elle retrouve en même temps la prospérité (Hérodote la compare à la grande Sardes), grand centre par lequel passe la route de l'encens et de tous les produits précieux venant du désert, du Yémen, de l'Inde… Pline l'Ancien en a laissé une description. Mais elle est aussi port d'importation des pays méditerranéens grecs et latins (on a retrouvé, en 2013, une superbe statue d'Apollon, aujourd'hui disparue). Elle bat monnaie (existence de pseudo chouettes d'Athéna frappées à Gaza); c'est un grand marché d'esclaves et d'animaux exotiques; elle vend ses produits agricoles dont le vin. En 334 elle a affaire à Alexandre le Grand qui met trois mois pour la prendre en creusant des tunnels destinés à faire s'effondrer les remparts, qui en tire un énorme butin et massacre la population. Renée de ses cendres une nouvelle fois, elle se repeuple rapidement, essentiellement de Grecs, et acquiert le statut de polis avec toutes les institutions attenantes. Ainsi, ayant adopté la langue grecque, elle devient pour mille ans l'une des plus brillantes et riches cités grecques de la région, dont elle est aussi un centre intellectuel et économique, finissant par acquérir une indépendance de fait. Prise en 97 av. J-C. par la dynastie judéenne des Hasmonéens, elle devient "Gaza désertée" de sa population non juive, qui fuit vers le monde égéen, la Grèce, la Syrie, pour éviter une judaïsation forcée. Cela jusqu'à ce qu'après la prise de Jérusalem en 63, Pompée la délivre et l'institue ville provinciale romaine. Elle se reconstitue alors une identité cosmopolite faite de Grecs (surtout Macédoniens), d'Arabes et d'Araméens de Syrie. Gaza, désormais cité romaine, prend pour dieu principal Zeus Marnas; mais d'autres dieux sont honorés dans leurs temples ou sanctuaires (par ex. Apollon, la Fortune-Tyché, Héraklès, Aphrodite). Le stade, le théâtre – où l'on sait qu'elle organisait, sous Hadrien au IIe s. ap. J-C., des jeux "isolympiques" – et sûrement un gymnase sont désormais enfouis sous la ville et les décombres. Ayant acquis une très grande maîtrise de l'eau en région sèche, elle est prospère en agriculture et continue à faire du vin. Dans l'Antiquité tardive, Gaza retrouve un rayonnement culturel et intellectuel et, malgré l'installation d'une minorité chrétienne, avec son aristocratie, profondément hellénisée, demeure païenne, illustrant aux yeux des païens la résistance à l'intolérance jugée obscurantiste des chrétiens. Au début du Ve siècle ap. J-C., après plusieurs échauffourées et répressions, les chrétiens eurent leur victoire définitive avec la destruction du temple de Zeus Marnas par l'évêque Porphyre – sur les ruines duquel fut construite une gigantesque église. L'opération fut suivie d'une répression sans pitié. Avec la suprématie chrétienne, Gaza devint un lieu de monachisme. Parallèlement elle redevint un foyer de la vie intellectuelle, chrétienne cette fois, et, à la fin du siècle, y est créée une véritable école de rhétorique où œuvrent rhéteurs, philosophes, grammairiens et poètes. Elle se couvre de bâtiments nouveaux et ouvre une école de mosaïstes réputée, qui permet de la comparer à Ravenne. Les thèmes sont tirés de la mythologie, classique ou corrigée, comme célèbre mosaïque du roi David. Cependant, même si la plupart des inscriptions sont en grec, la langue désormais parlée par le gros de la population est l'araméen. Au début du VIIe siècle, les difficultés augmentent et le climat est à l'insécurité : raids répétés de Bédoins venus du Sinaï, domination perse de 618 à 628… Finalement, par une victoire sur les Byzantins, les armées musulmanes s'emparent de la ville en 637. Gaza devient alors un centre de pèlerinage islamique, redevenue belle et grande cité prisée par les voyageurs pour son artisanat, son architecture ses jardins… et ses vénérables vignobles ! Après cet exposé historique aussi approfondi et structuré que passionné – où le conférencier s'est magistralement attaché à montrer le passé glorieux de Gaza et sa puissance de renaissance et d'adaptation – enchaînant aussitôt avec un "Mais on ne peut pas en rester là !" très exclamatif, Maurice Sartre, qui n'a jamais cessé d'aller à Gaza dès qu'il en a l'occasion, termine sa conférence sur l'état actuel de cette cité qui fut traversée par tous les courants importants de l'histoire. Il rappelle les 72.000 morts depuis deux ans et, sans le mettre sur le même plan, le scandale de la destruction volontaire et systématique de son patrimoine. Il souligne que, depuis cinquante ans, il était déjà très difficile de fouiller et que nombre de beaux monuments importants ont été sciemment détruits, montrant des photos à l'appui. Il donne l'émouvante précision que des gens qui eux-mêmes ne possédaient rien ont tout de même caché des mosaïques pour éviter leur destruction ! Car ce patrimoine, par voie d'éradication volontaire, est réduit systématiquement à l'état de gravats, nous dit-il. Il donne comme exemple une des dernières destructions en date programmée, du 10 septembre 2025, où l'armée, prévenant qu'elle va détruire un lieu, ne donne que trois heures pour tenter un sauvetage archéologique. N'a donc pu être sauvé que ce qui était aisément transportable, tout le reste ayant été détruit. Ce pilonnage, dit M. Sartre avec fermeté et indignation, a pour but de faire disparaître toute trace d'occupation ancienne, y compris le nom même de Palestine. "Priver un peuple de son patrimoine entre dans les crimes génocidaires". Une question d'un auditeur sur la destruction de Palmyre par Daesh, ville à laquelle M. Sartre s'est aussi beaucoup intéressé, lui permet de préciser que le processus est le même, la différence étant qu'ici ce n'est pas religieux. Daesh avait compris que les Occidentaux s'intéressaient au patrimoine et, d'autre part, prétendaient ramener les Musulmans à leurs fondamentaux. Gaza, dit-il, c'est l'effacement des racines d'un peuple pour effacer ce peuple. Avec cette dernière partie très engagée Maurice Sartre termine une conférence passionnante et émouvante de bout en bout, devant un auditoire nombreux et captivé. Colette Spenlé-Calmon 30, 31 janvier, 1er février En partenariat avec le cinéma "Les Carmes" :
COMPTE RENDU : Durant le week-end du 30 janvier au 1er février a eu lieu la deuxième édition du Festival Péplum, partenariat entre notre Association et le cinéma "Les Carmes", sur le thème "Cléopâtre au cinéma". Quatre films montraient les facettes du personnage élevé à hauteur du mythe, dans ses relations politiques et amoureuses avec les Romains en la personne de César, puis d'Antoine, jusqu'à son suicide à l'avènement d'Octave, futur empereur d'Auguste. Cléopâtre de Cecil B. De Mille, film de 1934, dans un beau noir et blanc et une riche mise en scène débuta le festival. Claudette Colbert incarne une Cléopâtre très dénudée, embobinant ses Romains sous une apparence capricieuse et mutine tout en forgeant les ressorts de la manipulation. Le film montre un César charmé sans être dupe, a contrario d'un Marc Antoine rustre irréfléchi, benêt grotesque subjugué autant par les spectacles lascifs qu'on lui offre que par la reine elle-même. Celle-ci gagnant sa dignité dans la superbe scène de sa mort sur le trône, méritant le nom d'Égypte dont les Romains l'appellent. Le réalisateur s'empressa de terminer le film avant la mise en place des interdits exigés par les ligues de vertu. Le samedi matin c'est le célèbre Astérix et Cléopâtre qui fut projeté, film d'animation réalisé par René Goscinny et Albert Uderzo, paru en 1968 d'après la bande dessinée. Il s'agit du défi de Cléopâtre de construire un palais en temps record afin d'éblouir son César. Nos deux célèbres et efficaces Gaulois subjugués par son "beau" nez se font les alliés de la reine contre les coups bas de deux grands méchants Égyptiens. Film devenu culte, truffé de scènes cultes désopilantes. L'après-midi, El Kebir, fils de Cléopâtre, film italo-égyptien de Ferdinando Baldi, 1964. Film mineur sans grand souffle, montrant sans doute la persistance du mythe de Cléopâtre dans son "pays d'origine". L'intrigue se noue autour de l'invention d'un deuxième fils de César et Cléopâtre (Césarion ayant été assassiné par Octave) en lutte contre les Romains en la personne du préfet Pétrone, cruel et corrompu. Le dimanche fut consacré à la Cléopâtre de Joseph Leo Mankiewicz, spectaculaire et somptueuse superproduction de 4 heures, en costumes et décors sans précédent. Distribution de stars, Rex Harrison en César, Richard Burton en Marc Antoine, incarnant tous deux leur personnage avec finesse et grandeur. Et, en la mythique Cléopâtre, Elizabeth Taylor rejoignant elle aussi le mythe par ce rôle ! Cléopâtre fascinante, d'une beauté incomparable, passionnée mais aussi d'une maturité, d'une intelligence et d'une détermination politiques dignes d'une grande reine soucieuse de son rang et de son royaume. Le samedi, à la librairie Les Temps Modernes, partenaire fidèle et efficace de notre Association, s'est tenue une table ronde organisée par des étudiants d'hypokhâgne du Lycée Pothier et de la Faculté des Lettres d'Orléans, en présence de leurs professeurs respectifs Isabelle Dejardin et Pierre-Alain Caltot, aussi vice-président de notre Association. Thomas Pinoteau, doctorant en numismatique, avait accepté de remplacer au pied levé François Huzar, historien et docteur en études cinématographiques (empêché); et Christian-Georges Schwentzel, commissaire de la belle exposition Le Mystère Cléopâtre à l'Ima s'était déplacé sur notre invitation. Les étudiants ont posé leurs questions, variées et très préparées – notamment à propos de la confrontation entre la réalité du personnage et le mythe qui s'est forgé à travers les siècles – et on reçu des réponses précises et argumentées. Le mythe a été initié par ses ennemis, les Romains, pointant la femme de pouvoir politique et guerrier – chose impensable pour un Romain – qui a été vite déshellénisée pour en faire une Barbare. De même que le fort potentiel érotique positif qu'elle représentait en tant que reine d'Égypte – réincarnation d'Isis et Aphrodite ensemble – devint d'une négativité sulfureuse par une propagande très virulente la présentant comme une débauchée. Parmi les questions posées il y eut celle sur les autres femmes de pouvoir de l'Antiquité, figures positives ou négatives, comme Arsinoé, reine d'Egypte au -IVème siècle, Néfertiti, et, chez les Romains, Messaline et Agrippine, toutes deux aussi et pareillement calomniées. Ce deuxième festival, plus fréquenté que le premier, fruit d'un partenariat enjoué autant que professionnel de la part du directeur du cinéma, Michel Ferry, semble aussi s'implanter auprès des spectateurs. Rendez-vous a été pris pour l'an prochain avec un nouveau thème antique. Colette Spenlé-Calmon Jeudi 12 février 2026 Les Femmes savantes de Molière
COMPTE RENDU : Une trentaine de budistes ont assisté à une représentation des Femmes savantes au théâtre du Rond-Point, interprétée par les comédiens de la maison de Molière dans une mise en scène ébouriffante de la grande metteuse en scène sicilienne Emma Dante. Comme de coutume, pendant le transport en car, il y a eu une présentation structurée des orientations de cette artiste, destinée à la situer dans l'éventail des metteurs en scène contemporains sur la place européenne, et insistant sur la rigueur de sa formation. Rappelant aussi ses dernières productions en France dont la reprise de Misericordia au festival d'Avignon de 2021 puis au théâtre Renaud-Barrault et Pupo di Zucchero à la Colline en 2023. Exposé suivi, pour cette comédie très connue, d'une présentation mettant l'accent sur sa structure, son écriture et l'actualité "brûlante" avec laquelle Molière était aux prises en 1672, lors de l'écriture et de la Première au Palais royal par la "Troupe du Roi". Emma Dante s'attache donc au texte, au rythme, à la musique, au moindre geste ou mimique significatifs, aux déplacements devenant chorégraphie, à l'aspect visuel (costumes et divers aspects du décor)… C'est ce qu'on voit d'emblée avec la représentation de cette comédie étincelante en tous points – mettant en valeur la puissance de sa langue et ses alexandrins au cordeau – mais qu'Emma Dante fait aussi reluire par une inventivité réjouissante de tous les instants. Clivée en deux clans – tenants de la tradition "patriarcale" et celles qui veulent s'en extraire, adeptes du savoir et de l'intellect jusqu'à l'extrême – une famille dysfonctionnelle s'affronte à propos du mariage de la fille cadette qui ne veut pas être "savante". Avec un certain parti pris en faveur des "savantes", Emma Dante opte pour le rire et les ressorts du grand comique. Pour montrer l'intemporalité de la pièce, la relier à notre époque et souligner la modernité des femmes, celles-ci commencent en tenues modernes et décontractées et revêtent peu à peu de superbes costumes anciens qui tombent littéralement du ciel dans d'énormes sacs. Elles rejoignent ainsi graduellement le passé et les hommes de tradition, qui sont successivement "apportés" sur scène tout habillés et emperruqués dans de grandes malles dont ils sont sortis, poussiéreux au point de subir un époussetage énergique. Grande idée d'un comique irrésistible, notamment avec l'arrivée de Clitandre, le prétendant de la tradition, carrément déplié comme une marionnette, incapable pendant un bon moment de tenir debout tout seul, tout de bleu vêtu de la perruque au chaussures face à sa dulcinée, forcément en rose. Tous les comédiens sont excellents, mais le Chrysale ridicule du génial Laurent Stocker, dont on peut apprécier les moindres mimiques de fanfaron se liquéfiant en présence de sa terrible épouse, est à marquer dans les annales. La grande scène centrale avec le pédant quoiqu'inquiétant Trissotin devant lequel les trois femmes savantes renchérissent de pâmoison dans un des fauteuils où elles sont engoncées est aussi un morceau d'anthologie dans le comique. Et tout est à l'avenant : le clin d'œil des objets modernes persistant, comme le portable et surtout l'ordinateur symbole du savoir encyclopédique, le canapé et ses fauteuils assortis représentatifs du confort bourgeois, les piles de livres qui fleurissent comme un pied-de-nez après la diatribe antimoderne de Chrysale, les chansons modernes remplaçant à la fois les tombées de rideau entre les actes et les intermèdes musicaux du XVIIème avec quelques pas de danse enjoués… Et il y a aussi le rétrécissement progressif de l'espace aboutissant à la fin à la descente d'un grand cadre doré – inattendu mais aussitôt vu comme nécessaire et du plus bel effet, venant enserrer cette photo de famille dont tous les membres, coincés au coude à coude sur le canapé, se retrouvent à égalité, comme réconciliés dans un match nul… On peut ne pas être absolument d'accord sur certains points, comme avec le ridicule exacerbé de Clitandre, alors qu'Ariste est beaucoup moins égratigné, ou la manière dont le personnage de Bélise est traité… Certains ont pu dire qu'Emma Dante avait tout de même quelque peu trahi le propos de Molière, mais cette joyeuse mise en scène, à l'esthétique colorée et superbement baroque, est un grand moment de pur théâtre, que le public a copieusement applaudi et dont les budistes sont sortis ravis ! Colette Spenlé-Calmon Jeudi 17 février 2026
COMPTE RENDU : Chloé Morille enseigne la littérature du XXème siècle à l'université d'Orléans et est membre du laboratoire POLEN. Ses recherches portent sur la littérature comparée, l'intermédialité entre littérature et arts. "Penser l'humain en regardant les arts préhistoriques", tel est le titre de la conférence, auquel Chloé Morille ajoute un sous-titre qui nous conduit immédiatement à prendre du recul : "L'Homme n'a pas toujours été la mesure de toute chose". Ce sont les vestiges du paléolithique récent (environ -40000 à -12000) qui font l'objet de l'étude. Il convient tout d'abord de distinguer l'art pariétal (sur une paroi, dans une grotte) de l'art rupestre (en plein air), de ne pas oublier l'art mobilier (concernant des objets transportables). Cet art paléolithique prend différentes formes : modelage, gravure, peinture… Si "L'Homme de Vitruve", célèbre dessin réalisé vers 1490 par Léonard de Vinci, est l'emblème de l'humanisme qui place l'Homme au centre, Chloé Morille va s'attacher à montrer qu'il n'en fut pas toujours ainsi dans l'art. Après ce que la conférencière nomme "une longue cécité", des chercheurs comme Edouard Lartet et Henry Christy, vers le milieu du XIXème siècle, explorent, fouillent et découvrent des objets gravés (gravure sur ivoire de mammouth par exemple). À cette époque sont découverts d'autres objets, baguettes, bâtons percés, etc… Lartet apporte la preuve d'un art préhistorique, mais l'homme préhistorique est alors considéré plutôt comme un artisan. La découverte des peintures d'Altamira en 1879 par Sautuola suscite l'opposition du monde scientifique, qui met en doute l'ancienneté des peintures. Il faudra d'autres découvertes et attendre l'année 1902 pour que la communauté scientifique change d'avis et admette son erreur. En témoigne l'article "Mea-culpa d'un sceptique". À partir de ce moment-là, l'Homme préhistorique est considéré comme un artiste. La Grotte de Lascaux ne sera découverte qu'en 1940. Son occupation daterait de 21000 avant le présent. Comment aborder cet art ? C'est la première question que nous nous posons. Les préhistoriens parlent de cavernes participantes et évoquent l'esprit du lieu. L'espace tridimensionnel d'une grotte offre des images non planes, impose une sélection des peintures. Nous constatons qu'il s'agit souvent de palimpsestes qui indiquent une certaine indifférence à la lisibilité et à la complétude des figures. Nous remarquons également la grande importance accordée au relief de la grotte. Nous ne devons pas oublier le degré d'altération de l'œuvre, altération due au temps, au support, aux colorants, au climat. L'omniprésence des "signes" continue à nous interroger aujourd'hui. Face à cet art figuratif, nous voyons rapidement l'inégalité de traitement entre des animaux au tracé soigné et des humains au tracé semblant "bâclé". L'art pariétal nous fascine par son bestiaire : outre l'ours énorme, nous découvrons chevaux, taureaux, cerfs (dans cet ordre à Lascaux). Ces animaux sont des symboles. Peut-on penser qu'il s'agit là d'une métaphore des saisons ? On trouve dans certaines grottes des représentations de poissons à contre-courant. Remontent-ils ce courant pour se reproduire ? Cela expliquerait leur présence avec les cerfs et l'ensemble figurerait l'automne. L'art paléolithique est plus symbolique que naturaliste. Ce n'est que bien plus tard que l'Homme deviendra le centre du monde. Georges Bataille voyait dans les figures humaines de l'art paléolithique une décomposition (dé-composition) et parlait de la "stupéfiante négation de l'Homme". Après les animaux des chasseurs-cueilleurs, les agro-pasteurs commencent à plus représenter l'Homme. Au paléolithique récent, on trouve quelques humains, en particulier des statuettes. La Vénus de Willendorf (Autriche), 11 cm, la Vénus de Hohle Fels (Allemagne, 35000 à 31000 avant le présent), 6 cm, répondent à un canon précis : importance des seins, du pubis, du ventre, des hanches. Les femmes sont souvent représentées sans tête. La Dame de Bassempouy (3,6 cm), taillée dans de l'ivoire de mammouth, constitue l'une des représentations les plus réalistes d'un visage humain. Elle est datée de 29000 à 22000 avant le présent. Les peintures permettent de représenter des mains, mains soufflées au pochoir, mains appliquées. On voit aussi des têtes, des sexes, souvent pubis, parfois marqué, mais aussi des sexes masculins. On repère également une forme d'hybridité masculin-féminin. A Lussac-les-Châteaux (Vienne), la Grotte de la Marche a permis la découverte de très nombreuses plaquettes présentant des animaux (loups entre autres), deux figurines féminines enceintes et un visage humain. Ce visage montre une superposition des traits avec un sourire et exprime l'avènement de l'individu dans l'art pariétal. Oscar Fuentes parle de la "conscience de soi au Magdalénien". L'abri du Roc-aux-Sorciers (Angles-sur-l'Anglin, Vienne), occupé au Magdalénien, présente une frise sculptée avec en grand nombre animaux, corps de femmes et visages humains. En conclusion Chloé Morille estime que les animaux sont des symboles dont nous n'avons pas le sens. Les humains, surtout des femmes, souvent sans visage, sont à interpréter avec recul. Il ne faut pas oublier que le fonctionnement de ces peintures et sculptures diffère selon l'endroit. On peut obtenir une décomposition du mouvement par juxtaposition d'images. Et avant Sapiens, l'Homme de Neandertal avait déjà créé des gravures, des spéléofacts. Françoise Guerry-Raby Jeudi 12 mars 2026
PRÉSENTATION – Auteur, depuis 1998, d'une quinzaine d'ouvrages, confiés presque tous aux éditions de Minuit, Tanguy Viel vient de publier Vivarium. COMPTE RENDU :
Jeudi 26 mars 2026 Jürgen Habermas, le dernier philosophe ?
PRÉSENTATION – Habermas (né en 1929) est un philosophe, sociologue et théoricien allemand en sciences sociales. Il est avec Axel Honneth l'un des représentants de la deuxième génération de l'École de Francfort, et développe une pensée qui combine le matérialisme historique de Marx avec le pragmatisme américain, la théorie du développement de Piaget et Kohlberg, et la psychanalyse de Freud. Le refus des formes allemandes de pensée autoritaire et élitiste ainsi que la volonté de jouer le jeu d'une pensée faillible et modeste ont incité Habermas à penser son entreprise de renouvellement de la "théorie critique" comme un puzzle postmétaphysique. Les perspectives nouvelles de la publicité et de la délibération démocratiques vont ainsi recevoir une assise théorique inédite sous la forme d'une combinaison singulière de traditions intellectuelles considérées comme concurrentes ou antagonistes, combinaison produite comme un puzzle de manière méthodique et originale. COMPTE RENDU :
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
CALENDRIER DES ACTIVITÉS
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||



















































































