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Jeudi 28 septembre 2017

LES PAGES CHOISIES D'ANDRÉ GIDE OU LA FABRIQUE DU LECTEUR

par Hadrien Courtemanche

professeur de lettres modernes, doctorant en littérature française



De son vivant, au lendemain de la Première Guerre mondiale, au moment où son influence sur les milieux littéraires et artistiques est à son apogée, mais suscite également de vives polémiques, André Gide publie en 1921, à l'attention du public adolescent, des Pages choisies de son œuvre chez Georges Crès. Ces analectes, nés d'une sélection personnelle de l'auteur au sein de sa production antérieure et issus de textes composés et publiés en volume ou dans la presse littéraire entre 1893 et 1914, offrent un poste d'observation singulier pour une vue panoramique de l'œuvre gidienne, et constituent un lieu privilégié de dissémination de la lecture.

En effet, de Si le grain ne meurt aux Nourritures terrestres, en passant par Les Caves du Vatican ou des extraits de son célèbre Journal, ce florilège autographe propose aux jeunes lecteurs de découvrir ce qu'il convient de nommer une « œuvre-vie ». Gide s'y raconte dans un parcours en forme de confessions successives de divers états d'âme, s'y lit comme un intransigeant commentateur de son œuvre dont il tente d'élaborer l'unité provisoire, et s'y observe modelant par une esthétique de la fragmentation la figure idéalisée de ses lecteurs.

À partir de l'enquête génétique et de l'étude des spécificités stylistiques de cette auto-anthologie en prose, il s'agit de s'interroger sur le statut singulier de ce volume délaissé par la critique, sur les objectifs de l'écrivain, sur les effets produits par le choix et l'agencement des textes et sur l'image qu'André Gide offre à ses contemporains, celle, comme le souligne Éric Marty, « au-delà du moraliste et de l'immoraliste, d'une écriture totalement ouverte à l'énigme du désir, au questionnement sur soi et à la mobilité perpétuelle de l'être ».


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