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Vendredi 10 avril 2020

Jean-Pierre SUEUR

ÉTIENNE DOLET, JEAN JAURÈS
ET LE COMBAT POUR LA SOUVERAINE LIBERTÉ DE L'ESPRIT

 

?Jean-Pierre Sueur, sénateur du Loiret, vient de rééditer un texte paru en 1904 dans L'Humanité, dans lequel Jean Jaurès évoquait la mort atroce d'Étienne Dolet, pendu et brûlé avec ses livres parce qu'il se s'était pas plié aux dogmes de son époque. Jaurès écrit: "Quelle étrange et prodigieuse époque que ce XVIe siècle où la vie de l'esprit germait de toutes parts, où la force de la pensée éclatait dans tous les sillons, et où cependant un reste d'inquisition barbare survivait à l'ignorance abolie ?" Alors que le monde s'était élargi par la découverte d'un nouveau continent, s'était enrichi de l'Antiquité retrouvée, les préjugés, les partis-pris restaient très forts et ceux qui étaient habités par ces "haines fanatiques" redoutaient cet éveil des consciences.

Dolet a fait partie de ces hommes du XVIe siècle qui trouvèrent l'énergie de se libérer des idées toutes faites. Incapable de faire crédit à l'Église qui cautionnait la bigoterie, les superstitions, le culte des fausses reliques, il pensait que la religion de Cicéron convenait bien mieux à un homme cultivé.

L'Église reprocha à Dolet d'avoir voulu abolir certains de ses monopoles en rendant accessible le texte des Écritures saintes, en révélant, dans de belles planches gravées, l'anatomie du corps humain. On ne toléra pas sa volonté de faire progresser la conscience humaine en lui donnant la liberté de pensée. Dolet fut condamné pour "un pauvre petit bout de phrase latine qui semblait dire que la mort éteint la conscience". À Padoue, il avait pu connaître l'exemple de Pietro Poponazzi qui avait été persécuté pour avoir rappelé que, d'après les doctrines d'Aristote, l'âme était mortelle.

Aussi, quand Dolet proclame sa foi dans l'immortalité de l'âme, on peut se demander si ce n'est pas là concession à l'esprit d'une époque où, si l'on en croit Lucien Febvre, l'incroyance était impensable, où seulement des gens comme Dolet commençaient à douter parce qu'ils avaient du mal à établir un accord entre leur notion de la divinité et les connaissances qu'ils avaient acquises des faits de nature.

Dolet et Jaurès ont été l'un et l'autre victimes de ceux qui ne supportent pas les esprits libres combattant pour "la souveraine liberté de l'esprit ".


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