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Du 24 août au 1er septembre 1996

En Catalogne romaine,

romane et contemporaine

Voyages culturels
 

Le voyage se déroula sous la conduite de notre président Alain Malissard, avec le concours de guides locaux, l’intendance étant confiée, comme d’habitude, à la « Compagnie des Voyageurs » de Besançon. L’essentiel du voyage consistait en un séjour à Barcelone, avec un intermède de deux jours à Tarragone, ville jumelle d’Orléans (où le groupe a été reçu chaleureusement par la municipalité de la cité catalane).

Le premier centre d’intérêt était bien évidemment l’Antiquité romaine (voire grecque et punique), présente d’abord au Musée historique de la Cité, du Musée paléo-chrétien de Barcelone aux ruines d’Empuries, ainsi que dans la toute vieille ville de Tarragone où les vestiges sont superbement mis en valeur, ainsi qu’aux environs (l’aqueduc de Les Ferreres, la « Tour des Scipions », le Mausolée des Centcelles).

Le second point fort du séjour fut la découverte de l’architecture religieuse catalane, avec les visites des cathédrales et des cloîtres de Barcelone, Tarragone et Gérone, le remarquable monastère de Poblet, celui de Montserrat emprisonné dans son rocher, sans oublier le très beau musée d’Art catalan au Palais national de Barcelone où l’on peut voir la plupart des fresques des églises de la Haute Cerdagne.

L’Art nouveau, qui a fleuri à Barcelone en même temps que dans toutes les grandes villes d’Europe, n’a pas été oublié, puisque toute une matinée a été consacrée à Antonio Gaudi, l’architecte du Parque Gwëll et de l’église de la Sagrada Familia, dont l’achèvement est prévu pour? 2050.

Le 10 mars 1997 a été présentée une rétrospective en images de ce voyage, sous le titre « En Catalogne, des Grecs à Gaudi ».

« La Catalogne, de superficie modeste, dit en préambule M. G. Lauvergeon — qui traitait la partie géographique et historique de l’exposé —, est sans conteste la région la plus riche de l’Espagne, avec des paysages variés. On comprend la fierté des Catalans, dont l’histoire, la culture et la langue se distinguent du reste du continent ibérique ». Mme G. Dadou est alors intervenue pour montrer le bien-fondé des autonomistes revendiquant le catalan comme « une langue à part entière », laquelle se rapproche davantage de notre langue d’oc que de l’espagnol moderne (que l’on devrait appeler « castillan »), et dont l’usage, banni par Franco, est de nos jours officiellement reconnu.

M. Alain Malissard — qui a conduit la cohorte des fidèles budistes sur les sites archéologiques — a rappelé brièvement l’histoire ancienne de cette terre, peuplée par les Ibères et les Celtibères, et qui va attirer le commerce de tout le bassin méditerranéen. Les Phocéens s’y installent dès le VIIIe siècle avant notre ère et fondent, sur un îlot, Emporium (« le Marché »), aujourd’hui Empuries, qui s’étend ensuite sur le rivage dans la cité de Neapolis, dont nous avons admiré, fidèles à notre culte pour l’eau, les citernes et leur ingénieux système de filtres. Les Romains construisent sur la colline voisine une ville importante, avec un vaste forum. Cependant les plus beaux vestiges se trouvent sans conteste à Tarragone. Le praesidium militaire de Tarraco, fondé au début du IIe siècle av. J.-C, est devenu en -27 la capitale de la provincia Hispania citerior ; de ce fait, on y trouve deux forums, l’un municipal, l’autre provincial. Parmi les monuments les plus spectaculaires, il faut citer l’amphithéâtre, près de la mer, et le cirque, enclavé dans la colline à la manière grecque, dont les voûtes ont été conservées et mises en valeur. La ville romaine — et c’est ce qui fait son charme — existe sous la cité médiévale, et l’on en découvre la présence au détour d’une ruelle ou en entrant dans une « bodega ». Mais Tarragone, c’est aussi la campagne , les pierres au milieu des pins et des lentisques : le tombeau dit des Scipions, la coupole du Mausolée de Centcelles, élevé en l’honneur de Constant, fils de Constantin, et surtout le très bel aqueduc de Los Ferreres, dont le specus est resté intact. En comparaison, la Barcelone romaine — de son vrai nom Colonia Faventia Julia Augusta Paterna Barcino — paraît un peu décevante. Fort heureusement, le Museu d’Historia de la Ciutat conserve des substructions intéressantes et de belles statues, dont une admirable tête de dame hispano-romaine.

M. G. Lauvergeon a ensuite résumé l’histoire de la Catalogne du Moyen Age, période d’expansion dès le XIe siècle, avec le comte Raimond Berenguer III, puis avec son successeur, qui devint roi d’Aragon. Cette période fut également d’une grande richesse artistique, comme en témoignent les oeuvres du Musée d’Art catalan, installé dans le Palais National, aménagé pour y accueillir d’incomparables fresques des chapelles romanes (du XIe au XIIIe siècle) de la Cerdagne et de la région du Seu d’Urgell, des peintures sur bois, et des vierges polychromes que M. A. Lingois a comparées aux chefs-d’oeuvre de l’art auvergnat. A peu près à cette même époque, les moines bénédictins fondent Montserrat, un des hauts-lieux de la Catalogne, pèlerinage célèbre, que nous a présenté Mme G. Dadou. Il ne reste plus grand chose du monastère primitif, que les guerres, y compris celle de Napoléon, ont dévasté, mais subsistent deux éléments indestructibles : le site extraordinaire avec ses rochers géants et la foi « simple et naïve » de tout un peuple venu prier la Vierge noire. Au contraire, le monastère de Poblet, sis au coeur d’une « conca » verdoyante, révèle une merveille d’architecture, avec son cloître mi-roman et mi-ogival, sa fontaine centrale ou lavabo, sa tour-clocher en pur gothique flamboyant, et son enceinte fortifiée ; les rois de Catalogne et d’Aragon en avaient fait leur Saint-Denis. Le voyage avait permis de voir également les grandes cathédrales : celles de Tarragone, de Gérone, de Barcelone (achevée au XIXe siècle), au milieu du Barrio gotico dominé par le Palais Royal construit sur les soubassements de la muraille romaine.

La dernière étape nous a menés vers la Barcelone moderne, qu’on peut contempler du haut de Montjuich ou du Tibidabo, l’extension du siècle dernier que les Barcelonais appellent l’Eixample, les Ramblas, et cette architecture moderniste — un des avatars de l’Art Nouveau européen — due à des créateurs audacieux comme Martorell, Puig y Cadafalch, Domenech y Montaner, et, le plus contesté, Antoni Gaudi y Cornet. Ses contemporains étaient restés sceptiques devant la Casa Batlo ou devant la Pedrera, « océan caverneux pétri par des mains de géant », selon un autre catalan, Salvador Dali, ou encore devant le décor du Parque Güell. Mais on ne peut quitter Barcelone et la Catalogne sans s’arrêter devant ce monument étrange qu’est la Sagrada Familia, rêve mystique inachevé, symbole d’un art qui se cherche depuis vingt siècles.