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Du 26 août au 2 septembre 1995

Rome, Tivoli, Mont-Cassin

Voyages culturels
 

Ce voyage s’est effectué sous la conduite de notre président Alain Malissard, avec le concours de Veglia Castaldi, notre guide romaine, l’intendance étant assurée par la « Compagnie des Voyageurs » à Besançon.

Le programme reprenait, en partie, les visites traditionnelles de notre séjour d’août 1991, c’est-à-dire Forum, Colisée, temples du Forum Boarium et du Largo Argentina, Panthéon, Musées du Capitole et des Conservateurs, Saint-Pierre et les Basiliques majeures. Mais, cette année, un temps beacoup plus frais nous a permis de profiter davantage de nos « vacances romaines ».

Des visites — nouvelles pour les participants de 1991 — ont été très appréciées, comme celle des jardins du Vatican (celle du Musée a été en partie gâchée par une cohue bruyante et trop d’activités mercantiles), celle de Saint-Pierre-aux-Liens et de Sainte-Praxède, sans oublier la dernière, réservée aux amateurs éclairés : la visite de l’excubitorium de la 7e cohorte des pompiers, au Transtevere.

Deux sorties « hors les murs » ont complété un programme au « tempo di Roma » très accéléré :

  • le mardi 29 août : une excursion à Tivoli, avec, le matin, la visite (pour la plupart, c’était une confirmation plutôt qu’une découverte, mais l’agrément n’en était que plus vif) de la Villa Adriana, et, l’après-midi, la promenade dans les jardins de la Villa d’Este et au temple de la Sibylle.
  • le 1er septembre, une excursion à l’abbaye du Mont-Cassin, avec retour par le littoral du Latium et la visite de la « grotte de Tibère » à Sperlunga, dont le musée conserve d’étonnants vestiges?

Le jeudi 11 janvier 1996 a été présentée une rétrospective de ce voyage sous le titre : "Tivoli, Antiquité et Renaissance".

Cette retrospective a été illustrée par des photographies prises sur place par M. Pierre Navier (avec la collaboration de plusieurs participants), et par des textes littéraires variés, d’Horace à Montaigne, de Pline le Jeune à Gabriele d’Annunzio.

M. Alain Malissard a rappelé en introduction le destin de cette cité de Tibur, aux confins du Latium et des pays sabins, dont l’origine mythique remonte à Tiburnus, fils du divin Amphiaraos. C’est là que la fameuse Sibylle, appelée Albunea par Virgile, rendait ses oracles, peut-être à l’endroot même où fut construit, en surplomb de la gorge, un temple rond longtemps attribué à Vesta. La cité de Tibur, d’abord ennemie de Rome, devint vite florissante et, dès la fin de la période républicaine, fut un lieu de séjour privilégié, dont témoignent les restes des villas de Mécène, Varus, de Manlius Vopiscus et même, selon une tradition locale, d’Horace. L’auteur des Odes et celui des Silves ont célébré la fraîcheur et le pittoresque du site, qu’admirèrent les artistes du XVIIIe siècle comme Hubert Robert et Fragonard, ou les voyageurs amoureux des ruines comme Chateaubriand.

M. Gérard Lauvergeon a fait le commentaire géographique du lieu, point de rencontre entre les derniers contreforts des monts Sabins et la plaine du Latium, au débouché de la via Tiburtina qui se prolonge en suivant le cours de l’Aniene (l’Anio latin) et traverse l’Apennin jusqu’à l’Adriatique. Le plateau calcaire de Tivoli est cisaillé par le fleuve qui vient alimenter une impressionnate cascade ; le paysage verdoyant ruisselle de résurgences ou « cascatelles » ; dans l’Antiquité, toute cette eau était captée et amenée à Rome par trois aqueducs.

L’empereur Hadrien a jeté son dévolu sur le site dès son avènement en 118. M. Malissard rappela que la construction de la Villa Hadriana dura pendant tout son règne, mais en deux phases vraisemblablement séparées par une pause entre 120 et 125. A la première période appartiennent les grands thermes, impressionnants par leurs voûtes grandioses à demi écroulées, les thermes dits à heliocaminus (premier exemple de chauffage solaire), la « Piazza d’Oro », la caserne des Prétoriens avec ses pavements de mosaïque. L’édifice circulaire appelé traditionnellement « théâtre maritime » continue d’intriguer les archéologues : il s’agit sans doute du lieu de retraite favori de l’empereur. De très belles images ont permis de nous attarder, pour notre plus grand plaisir, sur le Canope, fermé au sud par le Serapeum, plein des souvenirs de l’Egypte et du bel Antinoüs, si joliment évoqué par Marguerite Yourcenar.

De la Villa Hadriana aux jardins de la Villa d’Este, il n’y a que quelques pas, vite franchis. M. André Lingois résuma l’histoire de cette « folie » commandée par le fils de Lucrèce Borgia, le cardinal Hippolyte d’Este, qui fit une fulgurante mais assez brève carrière à la fois dans la hiérarchie ecclésiastique et dans la diplomatie. Après avoir été le favori de François Ier, après avoir manqué l’élection pontificale, il est nommé en 1550 gouverneur de Tivoli. Jugeant sa demeure indigne de son rang, il confie à l’architecte Pino Ligorio — l’auteur de la Casina de Pie IV au Vatican — le soin de remodeler sa maison et d’y aménager en contrebas les jardins « à l’italienne », inspirés de ceux de Lucullus. Ceux-ci sont conçus comme une architecture autour de deux éléments naturels, la verdure et l’eau. Les fontaines jaillissantes et bruissantes — parfois véritables chefs d’oeuvre techniques — faisaient l’orgueil de la famille d’Este ; leur délabrement charma les visiteurs romantiques. En 1855, le cardinal Von Hohenlohe entreprit de restaurer le domaine et invita Franz Liszt. Madame Dadou, chargée de la conclusion musicale avec l’aide de M. André Poujade, parla du séjour du musicien entre 1861 et 1868, alors qu’il avait pris les ordres mineurs. Celui-ci, devant les fontaines ressuscitées, composa les célèbres Jeux d’eau de la Villa d’Este, dont la virtuosité ne doit pas faire oublier l’inspiration évangélique. Et la conférence s’acheva sur un extrait de cette pièce évocatrice, tandis que, sur l’écran, les eaux scintillaient sous l’inimitable lumière de Rome.