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Du 15 avril au 26 avril 1994

Découverte de la Syrie

Voyages culturels
 

Avec le support logistique de la « Compagnie des Voyageurs » à Besançon, quarante-cinq budistes enthousiastes ont été conduits par le président Alain Malissard (qui avait fait l'année précédente une expédition de reconnaissance), assisté d'un guide local très efficace.

Nous en rappelons succinctement le programme :

  • Vendredi 15 avril : D'Orléans à Paris et vol Air-France vers Damas ;
  • Samedi 16 avril : le matin, à Damas, visite du quartier chrétien sur les pas de saint Paul, puis visite du sanctuaire de Saiya Zenab, de Shahba (Philippopolis) et Qanawât ; déjeuner à Sûwayda et visite du musée ; dans l'après-midi, visite de Bosra ; retour à Damas.
  • Dimanche 17 avril : départ de Damas pour la visite de Maalûla et la visite du Crac des Chevaliers ; départ pour Tartus après le déjeuner ; continuation sur Lattaquié avec bref arrêt à Jablé.
  • Lundi 18 avril : départ de Lattaquié pour la visite de Ugarit ; continuation vers Slenfé avec un arrêt au Qalaat Salah ad-Dîn (Saône) ; déjeuner à Slenfé ; continuation sur Apamée ; visite d'Apamée ; arrivée à Hama ;
  • Mardi 19 avril : excursion au Qsar ibn Wardan et visite du musée ; retour à Hama avec arrêt à un village ancien ; visite des norias et du musée ; départ après le déjeuner vers le musée de Maarat ann Nûman, le site d'Ebla et Alep ;
  • Mercredi 20 avril : visite de la ville d’Alep avec le musée archéologique, la Citadelle, la Grande Mosquée, les souks, les caravansérails, le quartier Jédéidé et les quartiers chrétiens ;
  • Jeudi 21 avril : temps libre à Alep le matin ; l'après-midi, excursion à Aïn-Dara, à Qalaat Samaân (Saint Siméon) et à la ville morte de Deir Samaân ;
  • Vendredi 22 avril : départ d’Alep pour la visite de Rasafa, franchissement du lac Assad, arrêt à Qalaat Jubar et à Raqqa, arrêt sur les bords de l'Euphrate à la citadelle d'Halabiyé et arrivée à Deiz ez Zor ;
  • Samedi 23 avril : départ de Deiz ez Dor pour la visite de Mari et de Doura Europos ; déjeuner à Deiz ez Zor ; continuation vers Palmyre par la route du désert ;
  • Dimanche 24 avril : visite du musée et de l'essentiel du site de Palmyre (du temple de Bâal Shamin au temple de Bâal par le tétrapyle) ; l'après-midi, promenade dans l'oasis et visite de la vallée des tombes ; en fin de journée, ascension au château arabe ;
  • Lundi 25 avril : le matin, route vers Damas et visite du musée archéologique ; l'après-midi, visite de Damas (palais Azem, mosquée des Ommayades et souks) ;
  • Mardi 26 avril : De Damas à Paris et retour à Orléans.

Le 20 septembre 1994, une rétrospective en images sur ce voyage a été présentée sous le titre « À la découverte de la Syrie ».

La réunion d’ouverture de la saison a été, à l’imitation de la saison précédente, une conférence à trois voix, en quelque sorte le carnet de route du voyage de la section en avril 1994, avec des photographies prises par un groupe de participants. Le président Alain Malissard, instigateur et organisateur du voyage, MM. Gérard Lauvergeon et André Lingois s’étaient partagés le commentaire, en sacrifiant le plus souvent possible à la tradition budiste, c’est-à-dire en lisant des textes littéraires : tablettes archaïques, poèmes arabes anciens ou souvenirs des voyageurs ou archéologues du XVIIIe siècle à nos jours, de Volney à André Parrot.

Un coup d’oeil sur la géographie a montré la différence entre trois types de régions : les plaines cultivées (qui justifient l’appartenance au « croissant fertile »), celle de l’Euphrate ainsi que le fossé d’effondrement du Ghrab irrigué par l’Oronte, connu par ses jardins et ses norias ; la montagne, qui continue les deux chaînes du Liban et de l’Anti-Liban ; le désert, qui prolonge celui d’Arabie.

La première étape de notre promenade à travers le temps a été celle des trois millénaires avant notre ère. En effet, dans cet espace relativement réduit, de brillantes civilisations se sont développées : Uruk, les Babyloniens, les Hittites, les Araméens et, vers le Xe siècle, les Chananéens, qui deviendront les Phéniciens. Les trois grands sites mis au jour par l’archéologie, Mari (3000 av. J.-C.), Ebla (2500 av. J.-C.), Ugarit (1500 av. J.- C.), portent la marque de véritables royaumes organisés, de centres artistiques et de lieux de mémoire, puisqu’on y a trouvé des milliers de tablettes gravées, les archives les plus anciennes de l’humanité avec Sumer. Ugarit est pour nous, sans doute, le lieu le plus émouvant, puisqu’il est le berceau de notre écriture (l’alphabet de 28 consonnes et semi-voyelles passe pour le premier des alphabets modernes, puisqu’il est purement phonétique).

La seconde étape nous a conduits en Syrie romaine, la plus riche en monuments et en mosaïques. Les Romains, débarqués en Syrie en 62 av. J.-C. avec les légions de Pompée, y sont restés pendant près de quatre siècles. Trajan, Hadrien, Septime Sévère, Caracalla y ont imprimé leurs marques, sans parler des deux empereurs autochtones, Héliogabale et Philippe l’Arabe, lequel fit de sa ville natale, Shabba, une véritable capitale. Les vestiges abondent dans cette région du Hauran, l’actuel pays des Druses, les plus spectaculaires se trouvant à Bosra. Le terme de « vestiges » se révèle d’ailleurs impropre à propos du théâtre, miraculeusement protégé, avec sa cavea, son portique et son mur de scène intacts. Mais les spectateurs ont peut-être préféré le site d’Apamée, ville séleucide reconstruite par Trajan, puis ruinée par un séisme, redécouverte au XIXe siècle et récemment relevée du chaos, avec sa superbe perspective de colonnades le long d’un cardo de plus de 2 km. Toutefois le choc, pour tout le monde, a été la vision de Palmyre du haut du château arabe, découvrant ses ruines opulentes au milieu de sa palmeraie, dont Volney disait, enthousiaste : « Il faut reconnaître que l’Antiquité n’a rien laissé, ni dans la Grèce, ni dans l’Italie, qui soit comparable à la magnificence de Palmyre ».

L’étape suivante fut consacrée à la Syrie chrétienne et byzantine. N’oublions pas que c’est à Damas qu’un juif intransigeant du nom de Saül de Tarse a été baptisé pour devenir saint Paul, le propagateur de la foi. L’époque byzantine connut une grande prospérité ; de grandes villes surgirent du désert comme Rasafa, ou, plus exactement, Sergiopolis, la ville de saint Serge, dont le culte reste vivant, avec celui de son compagnon saint Bacchus, à Maaloula, terre aride où l’on parle encore aujourd’hui l’araméen, qui fut la langue du Christ. C’est vers cette époque qu’est né également le culte de Siméon le Stylite, qui passa 50 ans au sommet d’une colonne de 20 mètres de haut ; il ne reste de celle-ci qu’une pierre usée, mais au centre d’une basilique, le plus vaste des sanctuaires byzantins, dont l’architecture et la décoration étonnent par leur audace.

Notre voyage s’est poursuivi en Syrie franque et médiévale, sans doute la plus connue du fait des croisades, de son Krak des Chevaliers, et aussi du château de Saône qui, en dépit de sa position imprenable, fut pris par le sultan Salad-al-Dîn, autrement dit Saladin. Quelques belles vues de la citadelle d’Alep, des palais ottomans et surtout de la mosquée des Ommeyades à Damas ont évoqué la grande époque de l’Islam qui aurait mérité, à elle seule, une longue étude.

La dernière séquence a suggéré un aperçu de la vie quotidienne contemporaine, en particulier le mélange des religions : sunnites traditionnels, chiites au mausolée de la fille d’Ali, chrétiens orthodoxes, catholiques de rite melkite entre autres. Le contraste est également frappant entre la steppe, avec ses villages en pisé et leurs toits en cône, et les vieux quartiers des cités avec leurs pittoresques souks qui n’ont pas changé depuis la description qu’en faisait Pierre Loti, il y a exactement cent ans, jour pour jour…