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Du 16 avril au 25 avril 1993

Découverte de la Sicile

Voyages culturels
 

Notre section a organisé, pour ses membres et pour ceux de l'Université du Temps Libre d'Orléans, un voyage en Sicile, sous la conduite de son président Alain Malissard, l'organisation matérielle étant, comme d'habitude, confiée à la « Compagnie des Voyageurs » de Besançon.

Le programme était le suivant :

  • vendredi 16 : arrivée à Palerme et première visite de la ville ;
  • samedi 17 : visite du site de Solunto, de Cefalu, traversée à l'île de Lipari.
  • mardi 20 : visite commentée du Musée archéologique de Syracuse, de la zone archéologique, promenade à la fontaine de Cyanè, seconde visite de Syracuse ;
  • mercredi 21 : départ pour Agrigente, visite de Caltagirone, de la Villa Casale à Piazza Armerina, de Gela (musée, site et fortifications grecques) ;
  • jeudi 22 : journée entière à Agrigente : visite de l'église San Nicola, du Musée, promenade dans la ville, visite de l'abbaye de Santo Spirito, visite détaillée des « terrasses antiques » ;
  • vendredi 23 : départ d'Agrigente, visite du site d'Heraclea Minoa, visite de Sélinonte, continuation vers Trapani avec excursion à l'île de Mozia (visite des sites, du musée célèbre par son Ephèbe) ;
  • samedi 24 : départ de Trapani, visite de Ségeste (temple et théâtre), visite de la cathédrale de Monréale, retour à Palerme et seconde visite ;
  • dimanche 25 : visite du Musée archéologique de Palerme et du palais Mirto ; embarquement vers 15 heures.
  • dimanche 18 : tour de l'île de Lipari, visite du Musée éolien, promenade dans Lipari, embarquement, arrêt à l'île de Vulcano, départ pour Taormina par Milazzo et Messine ;
  • lundi 19 : visite de Taormina (théâtre et ville), passage à Catane, visite du château d'Euryale, première visite de Syracuse ;

Le 20 octobre 1993, un retour en images sur ce voyage a été présenté sous le titre « La Sicile retrouvée »

Ce fut une conférence à trois voix, dont le support était constitué par un choix de 150 diapositives prises par M. Pierre Navier lors notre voyage d'avril dernier, M. Gérard Lauvergeon étant chargé de la partie géographique, M. Alain Malissard du commentaire historique, tandis que Mme Geneviève Dadou avait pour mission de faire la liaison grâce à des textes littéraires, anciens et modernes, de Pindare à Dominique Fernandez.

La Sicile, « le plus prodigieux carrefour de civilisations du monde » (selon Jean d'Ormesson), a occupé une position capitale dans le Bassin méditerranéen, parce qu'elle était à la fois un obstacle, un lieu de relâche dans les courants de navigation et un objet de convoitise. L'antique Trinacria constituait un monde à elle seule, dont l'insularité était plus nettement marquée qu'aujourd'hui. Cette terre était consacrée à Cérès et Libera ; ce "magasin aux vivres" — selon le terme du vieux Caton — a toujours eu une réputation de fertilité, ce que les géographes actuels contestent, car montagnes et plateaux arides occupent les 4/5e du territoire. Néanmoins la Sicile a été, dès les temps préhistoriques, un lieu de peuplement et surtout d'envahissement. Les premiers occupants, Sicarres et Elymes, ont été, à l'âge du fer, refoulés dans la partie occidentale par les Sicules venus d'Italie. Dès la fin du IXe siècle, les Phéniciens s'y sont installés, puis les Grecs, d'abord à Naxos en 757, puis à Agrigente en 580. Les mêmes terres vont être occupées de haute lutte par les Carthaginois puis par les Romains, à partir de 264, date de la première guerre punique (en attendant les Normands, les Arabes, les Angevins, les Aragonais…).

La Sicile, toujours convoitée, a été le lieu idéal pour le mélange des populations, au-delà des destructions successives. Les exemples abondent :

  • Ségeste, ville élyme à l'origine, hellénisée, alliée à Athènes — et qui voulut montrer son excellence par la construction de son temple dorique (inachevé) — fit appel à Carthage, ce qui causa sa ruine au siècle suivant ;
  • Solunto, comptoir phénicien, colonisé par les Grecs puis les Romains, garda ses anciens cultes tout en adoptant les nouveaux ;
  • Mozia, îlot minuscule au sud de Marsala, la plus ancienne colonie punique, célèbre aujourd'hui par son éphèbe exhumé en 1979, ce « surhomme en marbre d'Anatolie, avec sa tunique merveilleuse », dont Dominique Fernandez a fait un si bel éloge.

Le reportage photographique nous a permis de saisir l'opposition entre une Sicile côtière perpétuellement illuminée, magnifiquement solaire, où règne l'esprit grec de Pindare et de Pythagore… et une Sicile intérieure sombre, voire mélancolique, tumultueuse, celle des cultes chthoniens, du mythe de Proserpine, celle d'Empédocle et d'Eschyle. La colonisation grecque a commencé sur la côte ionienne : Leontinoï, Megara Hyblea, Catane et surtout Syracuse, faite de quatre villes dominées par la forteresse cyclopéenne d'Euryale. Sur la côte sud, trois sites intéressent particulièrement archéologues et visiteurs : Géla, la plus ancienne, création des Rhodiens, où l'on peut voir encore le seul exemple d'architecture militaire grecque, Agrigente et ses dix temples, la plupart ornant cette étonnante terrasse qui laissa Goethe béat d'admiration, Sélinonte et son chaos gigantesque. C'est dans cette région de Sicile que les Romains ont sans doute découvert l'hellénisme. Par la suite ils y ont imprimé leur marque : le théâtre grec de Taormina a été « rhabillé »à la mode latine ; à l'époque impériale, les riches demeures se sont établies, comme à la villa Casale de Piazza Armerina. Pendant le Ier millénaire après J.-C., puis au Moyen Age, les civilisations se sont mêlées : l'exemple le plus caractéristique est la transformation du temple d’Athéna en cathédrale de Syracuse. Le voyageur Renan s'est émerveillé devant cette « combinaison sans exemple », devant ce « monde mêlé et plein de vie ». Et cet émerveillement, nous l'avons tous ressenti pendant deux heures – trop courtes !