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Du lundi 22 au mardi 30 août 2005

 Fresques italiennes et

tombes étrusques

Voyages culturels
 

Ce sont deux grandes périodes très différentes qu’en Ombrie d’abord, en Toscane ensuite puis dans le Latium ont été parcourues dans l’inévitable désordre d’un itinéraire qui a permis tout à la fois de découvrir le détail de la grande civilisation des Etrusques, de parcourir des villes magnifiques et d’admirer les œuvres d‘une dizaine de peintres de premier plan.

  • Premier jour : Pérouse (porte et arcs étrusques, galerie nationale de l'Ombrie, musée archéologique), Assise (basilique San Francesco)
  • Deuxième jour : Orvieto (le duomo, le musée archéologique national, la nécropole étrusque du Crocifisso del Tufo), Chiusi (tombes étrusques et musée archéologique)
  • Troisième jour : lac Trasimène, musée de l'Académie étrusque, musée diocésain
  • Quatrième jour : Arezzo (église San Francesco et musée archéologique, Florence (couvent San Marco, salles étrusques du musée archéologique)
  • Cinquième jour : Sienne (Museo Civico, baptistère, musée dell'Opera, duomo
  • Sixième jour : Volterra (la ville, la porte étrusque, le musée étrusque Guarnacci, le parc archéologique, les «balze»).
  • Septième jour : parc archéologique de Baratti et Populonia (nécropole San Cerbone et via del Ferro), Tarquinia (tomnes étrusques)
  • Huitième jour : Cerveteri (tombes étrusques, musée)

À travers les superbes paysages de ces régions d’Italie, et même si Florence, supposée déjà bien connue, s'est trouvée quelque peu sacrifiée au profit de Sienne ou de Pérouse, nous sommes allés de chefs-d’œuvre en chefs-d’œuvre au gré d’un parcours qui s'est voulu cette fois essentiellement esthétique.

Le jeudi 11 mai 2006, un compte rendu en images de ce voyage a été présenté sous le titre « Retour en Toscane ».

Pour être plus précis, il s’agissait d’un voyage en Étrurie — dont les limites ne coïncident pas exactement avec celles de la Toscane actuelle — et dans une partie de l’Ombrie, voire du Latium.

Mis à part le préambule géographique qui a montré en particulier l’implantation des cités anciennes installées sur les hauteurs, comme à Todi ou à Orvieto, l’histoire a fourni naturellement le fil conducteur. La première étape a été la civilisation étrusque dont les grands sites archéologiques sont essentiellement des lieux funéraires, les plus riches se trouvant non loin du rivage de la mer tyrrhénienne ( ainsi baptisée d’un des premiers noms des Étrusques, « Turennoï »), comme Tarquinia, Populonia et Cerveteri — où les tombeaux recouverts de tumuli circulaires sont parfaitement conservés, et dans un cadre virgilien. En revanche, les seuls restes architecturaux sont des bases de murailles ou des portes de ville, comme l’arc de Velathri/Volterra ou la “Porta Marcia” de Pérouse. Pour avoir une idée de la ville étrusque, il faut se rendre dans les nécropoles, comme celle du Crucifisso del Tufo, au pied d’Orvieto, avec ses allées étroites se coupant à angle droit, où l’on déchiffre encore sur un linteau quelques caractères étranges… Ces tombes sont souvent d’une grande richesse, contenant soit des urnes au décor sculpté, par exemple à l’Hypogée des Volumnii, près de Pérouse, au musée de Chiusi (le Clusium du roi Porsenna dont on recherche depuis 2000 ans le mausolée souterrain), soit des sarcophages comportant en général un couvercle qui représente un personnage couché, appuyé du coude sur son lit funèbre, la “klinè”, comme on a pu en admirer au Musée Guarnacci de Volterra . Mais les reliques les plus émouvantes — et qui témoignent d’un art très évolué (le seul exemple de la “Chimère d’Arezzo” suffirait à le prouver) — sont pour nous les fresques sur les parois des tombes de Tarquinia, que ce soit celle des Léopards, des Lionnes, des Bacchantes, celle dite de la Chasse et de la Pêche où des oiseaux bleus s’envolent depuis deux millénaires vers l’éternité...

En Étrurie, les vestiges romains visibles sont rares, car la ville médiévale, gardant la forme de l’oppidum primitif les a en quelque sorte assimilés ou englobés. Le forum est devenu la place centrale où l’on va trouver face à face dès la fin du XIIe siècle siècle le Duomo, symbole de la foi et du pouvoir épiscopal, et les bâtiments publics, symboles de la conquête de l’autonomie politique des Communes. Le plus ancien est le Palazzo dei Priori de Volterra qui a eu son heure de gloire en 1398 : chaque année en été, la ville commémore la frappe de sa monnaie, ce qui donne lieu à une fête pittoresque, liesse à laquelle les budistes furent mêlés l’an dernier. Mais l’édifice public médiéval le plus beau est sans conteste le Palazzo Publico de Sienne qui ferme l’admirable Piazza del Campo « à l’ovale exquis et à la suave pente », ensemble qui a assuré le prestige de la Commune, inscrit à l’intérieur, dans les fresques du bon et du Mauvais Gouvernement dues à Ambrogio Lorenzetti et dans celle peinte par Simone Martini , du condottiere Guido Riccio da Fogliano, chevauchant « infaillible et sûr comme le destin ». A la même époque, Toscane et Ombrie vont se couvrir de monuments à la gloire de Dieu, monuments qui vont passer du roman au gothique (d’un gothique qui souvent déconcerte notre œil habitué à l’esthétique de Chartres ou de Reims). Si les églises d’Arezzo et d’Assise ont gardé à l’extérieur une grande sobriété, les cathédrales de Sienne et d’Orvieto en imposent par leur décor; si, à Sienne, on peut ne pas être séduit par la façade cachée par un suaire offert par les banquiers siennois, on ne peut cependant qu’admirer la nef, la coupole, la chaire, le pavement en marqueterie de marbre (dont les célèbres Sibylles). Quant à la vue du Duomo d’Orvieto — qui passe pour être l’exemple le plus accompli de l’architecture gothique italienne-, elle confirme l’enthousiasme des visiteurs du début du XXe siècle siècle, que ce soit Paul BOURGET : « ce blason sacré, comme une page de missel dressé en pierre », ou André SUARES : « un lotus doré, large, riant, multicolore... un joyau d’orfèvrerie, une œuvre parfaite où, par une singularité unique, l’excès y obéit au meilleur goût »…

La dernière étape — et qui justifiait à elle seule la première partie du programme du voyage (« Fresques italiennes ») a présenté un choix parmi les trésors de la Renaissance, et essentiellement dans la peinture religieuse. Une place particulière a été faite à la basilique Saint François d’Assise (dans l’église supérieure, à peine remise du dernier tremblement de terre, les fresques de Cimabuë et celles de son élève Giotto)

Trois thèmes ont été retenus ensuite : en premier celui de l’Annonciation, qui a permis une comparaison parmi les œuvres peintes par Fra Angelico : d’abord entre les deux du Couvent San Marco de Florence (la plus connue, face à l’escalier du 1er étage, « nous accueille pour nous introduire dans l’univers mystique de la Révélation » ; la seconde se trouve sur le mur d’une cellule.) La comparaison se poursuit avec une Annonciation du Musée diocésain de Cortone. Le deuxième thème, celui de la légende de la vraie Croix est illustré à l’église San Francesco d’Arezzo par les fresques de Piero della Francesca d’une étonnante fraîcheur (en réalité fruit d’un patiente restauration de quinze ans) dont on admire particulièrement la visite de la Reine de Saba à Salomon et le songe de Constantin. Le thème de la Vierge en majesté ou « Maesta »” a été particulièrement traité par les peintres siennois : ainsi la Madone peinte par Pietro Lorenzetti dans le polyptyque de l’église Pieve di Santa Maria d’Arezzo; la Maesta de Simone Martini (au Palazzo publico de Sienne) réalisée quelques années après la fameuse Maesta de Duccio, « une harmonie sur fond d’or que le peintre veut céleste, étrangère à toute incarnation »…

La dernière image a mis en parallèle un personnage de la Tombe des Augures de Tarquinia et une vierge à l’enfant bénissant, figures majestueuses de Giotto — preuve de la pérennité de l’art dans cette terre au cœur de l’Italie. Comme le disait un Toscan célèbre, Malaparte : « tout ce qui paraît miraculeux, de grâce et de pureté en Toscane, ce sont les Toscans qui l’ont fait ; hommes et saints… » Les hommes ont su peindre les figures dansantes des tombes étrusques aussi bien que les saints du panthéon chrétien. Et les fresques italiennes portent trace de leur génie.