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Samedi 5 et dimanche 6 juin 1999

Excursion littéraire :

Promenade italienne
à Clisson et en pays nantais

Excursions littéraires
 

Cette excursion avait été soigneusement préparée par notre vice-président, Jean Nivet. L’idée lui en était venue en relisant Julien Gracq qui écrit, dans La Forme d’une ville, que « toute promenade vers le sud de Nantes est une marche vers le soleil, avec les levées de la Loire, les beaux ombrages de la Sèvre, l’élégance toscane de Clisson ».

Le premier arrêt nous a fait découvrir, en terre angevine, le « petit Liré » cher à Du Bellay, où un musée d’ambiance a été récemment installé dans une demeure du XVe siècle, plus évocateur sans doute que les ruines du château de la Turmelière, sa demeure natale, qui n’avait rien d’une « humble chaumine ».

L’après-midi du samedi a été consacré d’abord à la visite du très beau musée des Beaux-Arts de Nantes, avec, en particulier, les peintures de la collection de François et Pierre Cacault (le premier fut diplomate en Italie de 1785 à 1803, puis sénateur ; le second, peintre, vécut longtemps à Rome). Cette découverte commentée a été suivie d’une visite de la cathédrale, en particulier du tombeau du duc François II (duc de Bretagne de 1458 à 1488), que sa fille Anne avait commandé au sculpteur breton Michel Colomb : Mérimée et Stendhal considéraient ce tombeau comme un des chefs d’oeuvre de la Renaissance. Les budistes courageux — c’est-à-dire presque tous — sont allés enfin jusqu’à l’étonnant passage Pommeraye, loué par les Surréalistes comme André Pieyre de Mandiargues et immortalisé par le cinéaste Jacques Demy dans Lola.

Le dimanche matin a été consacré à la visite — avec G. Lauvergeon comme guide — du château de Clisson, forteresse médiévale construite au début du XIIIe siècle par Guillaume de Clisson, aménagée au XIVe siècle par ses successeurs et considérablement agrandie par le duc François II. Flaubert, qui le découvrit en 1847, en a laissé une longue évocation dans son Par les champs et par les grèves. Au Pallet, devant les vestiges (très modestes) du château, Mme G. Dadou a évoqué le souvenir de Pierre Abélard, qui y naquit en 1079, et d’Héloïse, qui y mit au monde son fils Astrolabe. Avant de revenir à Clisson pour le déjeuner, le groupe s’est arrêté au domaine de la Noë-Bel-Air, à Vallet, en plein vignoble du muscadet, où la demeure de maître est un exemple parfait du style néo-palladien des dernières constructions « italiennes » de la région. Le plus beau specimen a fait l’objet de la visite de l’après-midi : la Garenne-Lemot à Gétigné, un ensemble qui comprend une villa, à l’image des grandes villas romaines, des dépendances, dont la « maison du Jardinier », au milieu d’un parc à l’anglaise parsemé de « fabriques », parmi lesquelles un temple est une copie de celui de la Sibylle à Tivoli. Cet ensemble unique est dû à la passion pour l’Antiquité et pour l’art néo-classique du sculpteur François-Frédéric Lemot, ami des frères Cacault, qui fit appel à l’architecte nantais Mathurin Crucy pour composer un paysage à la manière d’un peintre.

Le retour a été ponctué de deux haltes, l’une à Tiffauges, où fut évoqué le personnage controversé de Gilles de Rais, l’autre à Saint-Florent-le-Vieil, devant le tombeau de Bonchamps, qui fut mortellement blessé à la bataille de Cholet : G. Lauvergeon évoqua les guerres de Vendée et on put lire un texte peu connu d’Aragon. L’évocation du passé n’a pas fait oublier les modernes : Julien Gracq, né et vivant à Saint-Florent, René-Guy Cadou, d’origine briéronne, venu en 1941 à Rochefort-sur-Loire avec des compagnons comme Michel Manoll ou Jean Rousselot, autour de Jean Bouhier, des noms quelque peu familiers aux Orléanais…