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Dimanche 8 juin 1997

Excursion : Thébaïdes littéraires

aux lisières de Paris

Excursions littéraires
 

M. Jean Nivet, en présentant la promenade qu’il avait préparée et organisée, a rappelé que le terme de thébaïde, par allusion à la région de Thèbes en Egypte, fut introduit par Madame de Sévigné à propos de Port-Royal. Ce terme est concurrencé au XVIIe siècle par les expressions de « désert » (c’est-à-dire lieu solitaire) et de « folie » (à la fois abri de feuillage et dépense extravagante). Parmi celles-ci, la plus curieuse doit être sans conteste celle que l’on nomme le « Désert de Retz », qu’un philosophe hédoniste, Monsieur de Monville, aménagea dans un parc semé de fabriques. Nous n’en avons eu qu’une évocation, car, en dépit d’une récente restauration, les monuments et le parc, qui enchantèrent les Surréalistes, séduisirent Colette et Malraux, ne peuvent encore être visités.

Le premier arrêt fut à l’entrée de Marly-le-Roi, devant la grille monumentale du château de Verduron, acheté vers 1875 par le dramaturge Victorien Sardou, qui connut une très grande gloire de son vivant, et dont on cite seulement deux titres : Thermidor et Madame Sans-Gêne.

En attendant les deux charmantes guides, disertes et documentées, que nous délégua l’Office du Tourisme de Marly-le-Roi, nous avons jeté un coup d’oeil sur le parc de Marly, en restituant par la pensée les treize pavillons de Mansart. Puis la plus grande partie de la matinée a été consacrée à la visite de la « folie » d’Alexandre Davy de la Pailleterie, davantage connu sous le nom de Dumas Père, folie qu’il appela « Monte-Cristo », véritable délire mégalomane suscité par l’énorme succès de ses Trois Mousquetaires et de quelques autres romans, qui viennent seulement d’entrer dans les manuels scolaires.

Après le repas pris au restaurant des « Tilleuls » à Louveciennes (qui nous a fait regretter l’heureux temps où, pour trois francs six sous, les canotiers chers au Impressionnistes faisaient bombance), nos guides nous ont ramenés à Marly-le-Roi, pour visiter le Musée avec, entre autres, la maquette de la célèbre machine, ce « monstre asthmatique », symbole du gaspillage de la monarchie, selon Michelet. Une agréable promenade commentée nous a conduits ensuite à l’Abreuvoir, où devaient se déverser les bassins étagés, disparus depuis le XVIIIe siècle, mais où se dressent encore fièrement les chevaux cabrés de Coustou (ou, tout au moins, leur copie).

L’étape suivante — un enchantement au milieu de superbes frondaisons, après un cheminement difficile parmi les villas de banlieue — a été la Vallée-aux-Loups à Châtenay-Malabry, thébaïde agrandie et embellie par Chateaubriand, contraint, après 1807, à un exil proche sur l’ordre de Napoléon. Tout y est empreint de calme et de sérénité : le parc, dont les essences variées évoquent les voyages de François-René à travers le monde, l’élégant pavillon ou « Tour Velléda », et surtout la demeure principale au fronton de style grec, dont l’intérieur présente de nombreux souvenirs de l’écrivain et de Madame Récamier.

Sur le soir, les budistes ont fait halte au parc de Sceaux, d’abord devant le « Pavillon de l’Aurore », petit édifice coiffé d’une coupole que Charles Perrault construisit en 1675 pour Colbert : ce dernier, malgré sa réputation d’avarice, voulut posséder son « petit Versailles » et confia à Le Nôtre le soin d’aménager un fort beau parc, que restaura après 1850 le duc de Trévise, en même temps qu’il fit édifier le château actuel en style Louis XIII. C’est sur son perron que fut évoquée la « Cour de Sceaux », animée dès 1700 par la duchesse du Maine, laquelle fit venir Voltaire à deux reprises (en 1716 et en 1747). C’est en effet pour elle qu’il écrivit plusieurs de ses Contes, en particulier tous les contes orientaux, tel Cosi Sancta qui fut lu dans le car sur le chemin du retour.

Cette excursion a eu a eu un tel succès qu’il a fallu la renouveler le 14 septembre