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Dimanche 21 mai 1995

Excursion littéraire :

Le Gâtinais littéraire, artistique
et musical (1)

Excursions littéraires
 

Le programme pouvait paraître limité ; en réalité, il s’est avéré trop riche, si bien qu’il a été décidé de faire, l’an prochain, un second voyage, pour donner place, notamment, aux artistes. Les trois points forts de la journée ont été : l’évocation d’Aristide Bruant à Courtenay, la visite du château de Massenet à Egreville et celle du Bignon-Mirabeau. Il revenait de droit à un enfant du pays, en l’occurrence le président Alain Malissard, de conduire la promenade ; mais il a été aidé dans sa tâche pour le Bureau tout entier.

Sur la route de Montargis, Gérard Lauvergeon a assuré le commentaire géographique, tandis qu’Alain Malissard évoquait avec humour ses souvenirs d’écolier.

Après une visite à la vieille église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Courtenay, les budistes ont gagné l’Hôtel de Ville où les attendait M. Neveux, maire et conseiller général, ainsi que M. le président du Syndicat d’Initiative. Ils avaient préparé à notre intention une exposition, modeste préfiguration du musée Bruant que M. le Maire avait souhaité fonder durant son mandat. Les visiteurs ont pu admirer les affiches et illustrations, la plupart signées Poulbot ou Steinlen ; ils ont également découvert la foisonnante activité littéraire de Bruant, héritier d’Eugène Sue et de Paul Féval. M. Neveux évoqua avec talent les rapports du poète-chansonnier avec son pays natal, son enfance curtinienne, ses débuts de chanteur à la maîtrise de M. le Curé, ses essais poétiques au Lycée impérial de Sens, mais surtout sa retraite à partir de 1896 au moulin de Liffert où il devint, en compagnie de Mathilde Tarquini d’Or et de ses chiens, «  Monsieur Aristide » ou le Châtelain de Courtenay.

Après une chaleureuse réception à la Mairie et un sympathique repas au «  Relais » , les participants furent conduits à travers le charmant paysage de la vallée de la Clairis — un morceau du Gâtinais français — par demi-groupes, soit vers Egreville, soit vers le Bignon.

Au château d’Egreville, vieille demeure du XVIe remaniée au XIXe et achetée en 1899 par le compositeur Jules Massenet, la propriétaire actuelle, Mme Bessand-Massenet, nous attendait pour nous faire les honneurs de la maison, remplie à profusion des souvenirs du musicien qui y composa notamment Le Jongleur de Notre-Dame. Un montage audio-visuel a permis de rappeler l’abondante production de l’auteur de Manon (l’audition d’extraits célèbres, sur les lieux-mêmes, a été complétée, sur le chemin du retour, par un choix fait par André Poujade de pièces moins connues, en particulier une des Scènes alsaciennes.).
Au Bignon, le second château, niché dans la verdure,

… un château de vallée,
Herbe dressée de trois prairies

regorge de poésie et d’histoire. La demeure primitive a vu la naissance d’Honoré-Gabriel Riqueti, libertin scandaleux et futur «  Mirabeau-Tonnerre » . Elle passa, après la Révolution, aux mains de la veuve de Condorcet, puis au gendre de celle-ci, le général O’Connor, défenseurs des libertés irlandaises qui offrit ses services à Napoléon. Son petits-fils fit reconstruire en 1880 le château tel qu’on peut le voir aujourd’hui, propriété de la famille de la Tour du Pin, du fait du mariage du grand-père du poète avec la fille d’Arthur O’Connor. Ce décor agreste, un peu sauvage et mélancolique, a servi aux jeux d’enfance de Patrice de la Tour du Pin, puis a fortement contribué à l’éveil de sa vocation poétique, et resta sa terre d’élection jusqu’à sa mort en 1975. Madame de la Tour du Pin et trois de ses filles nous ont fait visiter les salons du château, ainsi que l’entresol (lequel contient une étonnante collection de chromos 1900 patiemment constituée par un peintre, familier du poète). Mme de la Tour du Pin nous parla, avec une émouvante simplicité, du poète, de ses carnets (dont le premier volume vient d’être publié), de ses amis, de sa vie au Bignon. Et, au déclin du jour, sur le perron, devant «  les marais tout embués de légende » ,

Vers un obscur et bas pays,
Troué de chapelets d’étangs…

nous avons écouté la voix du poète, en cherchant, selon le mot de Roger Secrétain, «  les signes d’un monde quotidien, tout proche de nous… » .