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Dimanche 5 juin 1994

Excursion littéraire :

Rétif de la Bretonne et Buffon

Excursions littéraires
 

L’excursion a été assurée par MM. Jean Nivet et André Lingois (M. Gérard Lauvergeon ayant préparé les commentaires géographiques).

La première étape a été — non loin d'Auxerre (le lieu d'apprentissage de Rétif, qui fut évoqué pour mémoire) — le village de Courgis, au milieu des vignes, où le jeune Nicolas apprit les rudiments du latin sous la férule de son demi-frère, curé du lieu. Nous avons été accueillis au presbytère par M. Mongin qui nous a montré l'église et ses richesses, connue des rétiviens par le « petit trou » où notre héros cacha un billet doux pour la belle Jeannette Rousseau (dont nous avons vu la maison à quelque distance).

A l'entrée du village de Sacy — résidence de Jacques Lacarrière, que nous aurions aimé y rencontrer ! — la groupe s'est arrêté devant la métairie de la Bretonne et A. Lingois y a évoqué la figure du « pater familias » (peint dans des pages hagiographiques de La Vie de mon père et de La Femme de laboureur) et l'enfance de Rétif (racontée dans les premières époques de Monsieur Nicolas).

Après un déjeuner bourguignon fort apprécié à l'Auberge de la Beursaudière à Nitry (pays natal du père de Rétif) et un arrêt à la pittoresque cité médiévale de Noyers (pays de l'oncle avocat Jean Rétif), nous avons atteint Montbard et l'hôtel Buffon, où nous attendait M. Ickowicz, conservateur du Musée et passionné de notre grand homme. A la suite de la visite commentée du remarquable petit musée installé dans les anciennes écuries du château, le groupe a gravi la montée vers le « Parc » (aménagé à grands frais par le naturaliste sur les ruines de l'ancien château) et visité les deux tours médiévales qui restent, la tour Saint-Louis où Buffon s'installait pour travailler et la tour de l'Aubespin en haut de laquelle il se livrait à des expériences.

De là, nous nous sommes rendus à Buffon, aux « Forges de Buffon », rénovées par une association de sauvegarde. Dans cet endroit fort agréable, sur une dérivation de l'Armançon, Buffon avait construit sa grande usine de traitement du minerai de fer, à une époque où l'esthétique industrielle n'existait pas dans le vocabulaire mais dans les faits. Le conservateur du site a fait revivre pour nous le haut-fourneau (dont l'architecture fonctionnelle rappelle les constructions de Claude-Nicolas Ledoux), la forge, la fenderie, les installations hydrauliques, que nous connaissions déjà par les planches de l'Encyclopédie.

Après le XVIIIe siècle rural, celui des prémices de la transformation agricole de la France (pour Emmanuel Le Roy Ladurie, l'oeuvre « bourguignonne » de Rétif est un document précieux), nous avons eu un autre aspect du Siècle des Lumières, où l'artisanat laisse la place à l'industrialisation, et où la spéculation intellectuelle n'interdit pas le sens pragmatique des affaires…