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Dimanche 6 juin 1993

Excursion littéraire :

Aux marches de la Touraine
et du Poitou

Excursions littéraires
 

Cette excursion a été dirigée par Mme Geneviève Dadou et M. André Lingois. La longueur du circuit n'avait pas découragé les amateurs de géographie littéraire qui furent trop nombreux, au point qu'il a été nécessaire de rééditer le voyage le dimanche 3 octobre.

Pendant le trajet d'Orléans à Tours, G. Dadou nous a entretenus de la Relation d'un voyage de Paris en Limousin faite par La Fontaine en 1663 pour accompagner son oncle Jannart envoyé en disgrâce. En approchant du plateau de Sainte-Maure, Bernard Ribémont a évoqué la figure peu connue de Benoît de Sainte-Maure, clerc du XIIe siècle et auteur d'une oeuvre imposante (30 000 vers !), qui eut un retentissement énorme pendant tout le Moyen Age, Le Roman de Troie.

Le bourg animé de Descartes, alias La Haye, a été notre premier arrêt, au nom prestigieux et objet d'un interminable litige (la querelle dure encore : Descartes est-il poitevin, comme le laisse entendre la rumeur qui veut que Madame mère ait mis bas au Pré Falot, c'est-à-dire en Poitou, ou bien authentiquement tourangeau, comme le veulent les organisateurs du charmant petit musée Descartes ?). André Lingois nous a parlé des enfances du grand homme, de la carrière aventureuse de ce « cavalier français qui partit d'un si bon pas » et, en guise de conclusion, a lu un des rares passages, tiré d'une lettre à un ami, où le philosophe se laisse aller à des confidences, révélant son attendrissement pour « les personnes louches », c'est-à-dire atteintes de strabisme !

Cependant le point fort de l'arrêt à Descartes fut la visite à un autre enfant du pays — un peu oublié à vrai dire aujourd'hui — le romancier René Boylesve, né à La Haye en 1867, fils de François Tardiveau, notaire, et de Marie-Sophie Boilève. Il a raconté son enfance et sa jeunesse dans deux livres aux charmes un peu désuets, mais qui annoncent déjà le Proust de Combray : La Becquée et L'Enfant à la balustrade. C'est justement dans cette maison, gardée intacte et ouverte généreusement aux budistes par son propriétaire M. Chapoton, que le groupe a pu apprécier la lecture de quelques pages, à la fois ironiques et émouvantes…

Après avoir salué de loin Châtellerault, évoqué la maison de famille de Descartes, ainsi que le souvenir d'un autre romancier contemporain de Boylesve et lui aussi un peu oublié, Marcel Prévost, le groupe s'est arrêté sur la place du village de Bonneuil-Matours pour y commémorer le poète Maurice Fombeure (disparu en 1981). M. Lionel Marmin parla de sa famille et de son enfance ; M. Georges Dalgues du poète de « la bonne vieille terre française et de la bonne vieille vie française? qui parle un français clair et gai comme du vin blanc », selon les termes mêmes de l'éloge qu'en fit un jour Claudel?

Au début de l'après-midi, après le repas à Chauvigny (que l'on a regretté de ne pouvoir visiter), ce fut la visite du château de Touffou, dans un site admirable dominant la vallée de la Vienne. Le fief échut en 1519 à Jean de Chasteigner, qui le reconstruisit dans le style de la Renaissance et en fit un lieu de culture humaniste (Scaliger, notamment, y fut précepteur des enfants).

Le chemin du retour nous conduisit à Archigny, puis à La Puye, deux villages qui gardent le souvenir des Acadiens, ces pionniers, installés dans les Provinces maritimes du Canada, notamment le Nouveau-Brunswick, chassés à partir de 1755 et réinstallés par ordre de Louis XV sur des terres pauvres entre Vienne et Gartempe, où les exilés reconstituèrent leur habitat et leurs communautés d'outre-Atlantique. Gérard Lauvergeon fit un rappel historique de la question et nous entretint de l'identité acadienne ainsi que de sa littérature, illustrée naguère par les romans d'Antonine Maillet au parler savoureux.

La dernière étape fut le coeur de la Brenne, jadis marécage hostile. C'est à Saint-Michel-en-Brenne, devant les reste de l'abbaye de Saint-Cyran, surnommée au XVIIe siècle le « Port-Royal de la Touraine », que G. Dadou évoqua magistralement d'abord le premier saint Cyran, apôtre berrichon et mort en 655 à cet endroit, puis la grande figure du fondateur du Jansénisme en France, M. de Saint-Cyran, gascon d'origine, ainsi que les épigones célèbres, comme Lancelot, — pour clore sur une histoire du Jansénisme, ce mouvement qui se prolongea bien au-delà de la destruction de Port-Royal-des-Champs, en 1711.