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Dimanche 2 juin 1991

Excursion littéraire :

Provins et la vallée de la Voulzie

Excursions littéraires
 

Cette promenade — organisée matériellement par M. Jean Nivet — a eu lieu grâce à l’obligeance de M. Joël Eymeret, proviseur du Lycée Thibault de Champagne, de M. Pierre Bénard, président de « Provins, ville d’art » et de nombreux amis provinois.

À Provins, les budistes, venus nombreux, après le parcours pittoresque de la ville haute, ont été accueillis par Mme Eymeret dans le lycée qui n’est autre que le palais -— fort remanié il est vrai — des comtes de Champagne. On leur servit d’abord un « brunch » fort apprécié. Puis, dans l’ancienne salle des gardes, M. Bénard, président de « Provins ville d’art », après avoir rappelé les grandes heures de Provins — une vraie capitale au XIIe siècle — évoqua la Révolution qui la ruina et fit de la cité des comtes de Champagne un décor parfait pour l’imagination romantique, montrant à l’appui quelques-unes des superbes lithographies du recueil de Du Sommerard.

Au pied des deux fenêtres qui sont le seul vestige du palais d’Henri le Libéral, notre vice-président et médiéviste connu, M. Bernard Ribémont (qui avait fait en introduction dans le car un exposé sur les trouvères, en particulier Gace Brulé, Guiot de Provins et Chrétien de Troyes) présenta le plus célèbre des comtes de Provins, Thibaut IV, dit le Chansonnier (1201-1257).

Le groupe se dirigea ensuite, à l’ombre de Saint-Quiriace, dans la demeure de Caroline Angebert — amie de Victor Cousin et de Lamartine, qui y tint cénacle à partir de 1848 — demeure que Balzac utilisa dans Pierrette comme « maison de M. Auffray »). Sa propriétaire actuelle, Mme Tancelin, nous la fit visiter fort obligeamment.

En descendant vers la ville basse, rue Saint-Thibault, fut évoquée la figure de Villegaignon, qui tenta au XVIe siècle de faire vivre une petite colonie calviniste au Brésil, expérience qui fit réfléchir Montaigne sur le problème des « sauvages ».

Après un agréable déjeuner à la pittoresque hôtellerie de la Croix-d’Or, et un rapide coup d’oeil, place Honoré-de-Balzac, à l’emplacement où Balzac a imaginé la maison des Rogron dans Pierrette, le groupe a gagné le Jardin Garnier où, devant les restes de la statue d’Hégésippe Moreau, M. Bénard a évoqué ce personnage que Baudelaire croyait promis à de grandes destinées, mais que sa paresse et sa facilité ont transformé en « idole des fainéants et dieu des cabarets ». La postérité a gardé de lui une aimable élégie que notre guide a lue, avant de nous mener à la Bibliothèque où Mme Marzin nous accueillit pour nous montrer les richesses du fonds local.

Le promenade s’est poursuivie jusqu’aux sources de la Voulzie, chères aux poètes, dans un site frais et verdoyant. Là M. Chartier, ancien professeur de la Faculté d’Orléans, nous expliqua le fonctionnement du captage de ces eaux.

La dernière halte a été, sur le chemin du retour, à quelques kilomètres au sud de Provins, le château de Lourps, aimablement ouvert pour nous par son propriétaire, M. Michaux. M. Ribémont y commenta les séjours que fit J.-K. Huysmans dans cette demeure qu’il dépeint dans A Rebours et surtout dans En Rade, mais en en exagérant singulièrement l’aspect fantastique.