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Dimanche 10 juin 1990

Excursion littéraire :

autour de la forêt de Fontainebleau

Excursions littéraires
 

L’excursion s’est déroulée sous la conduite de Mme Geneviève Dadou, professeur honoraire de Lettres Supérieures au Lycée Pothier et trésorière de la Section.

La première halte fut la chapelle Saint-Blaise des Simples à Milly-la-Forêt où M. Georges Dalgues évoqua le Cocteau dessinateur, artiste, amateur de plantes, de fleurs et d’animaux.

Le second arrêt fut Barbizon, avec la visite de l’Auberge Ganne dont les murs et les meubles conservent les peintures ou ébauches d’artistes célèbres comme Corot, Théodore Rousseau, Millet, Diaz et d’autres moins connus mais estimables, tels Charles Jacques ou Ferdinand Chaigneau. M. A. Lingois rappela que ce haut lieu de l’art a obtenu sa notoriété en littérature par le séjour qu’y firent, dans l’été 1865, les frères Goncourt et qu’ils transposèrent dans leur roman sur l’art et les peintres Manette Salomon.

Au passage à Avon, Mme G. Dadou a évoqué le Prieuré des Basses Loges où vinrent au XVIIe siècle Anne d’Autriche, Mme de Maintenon et Louis XIV, et qui est surtout connu de nos jours par l’Institut qu’anima Gurdjieff et le dernier séjour de Katherine Mansfield.

Au pont de Valvins, M. Jacques Boudet rappela les fréquents séjours que fit Mallarmé dans sa modeste demeure de vacances, et, devant sa tombe au cimetière de Samoreau, lut les pages d’Henri Mondor sur la mort du poète.

Après le repas pris au bord de la Seine à Thomery — dont les chasselas assurèrent la renommée du Moyen Age au début du XXe siècle — ce fut la visite du château de By, ancienne propriété de Rosa Bonheur. Cette femme peintre, de nos jours bien oubliée, connut de son temps une célébrité aussi grande que George Sand dont elle partageait le goût de la tenue masculine (mais pas celui de la pipe !). En 1848, à vingt-quatre ans, elle est sacrée grande artiste pour son Labourage nivernais (peint d’après nature dans la campagne de Saint-Benin d’Azy) que les critiques modernes auraient tendance à taxer un peu vite de « pompier ». La visite de la demeure, de l’atelier et du petit musée a quelque chose de touchant : Rosa Bonheur était un peintre honnête, très représentatif de son époque ; son seul tort est d’avoir eu une trop grande gloire de son vivant.

La promenade, fort agréable, dans le massif forestier de Fontainebleau, plein du souvenir de Musset et des héros de l’Education sentimentale, s’est achevée par la visite du château de Bourron, près du village de Marlotte fréquenté par Murger, Zola, Claudel, Mallarmé et les Impressionnistes.

Le chemin du retour a permis de jeter un coup d’oeil à la majestueuse église de Larchant, lieu d’un pèlerinage autrefois célèbre à saint Mathurin et passée à l’état de « ruine grandiose ».