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Dimanche 31 mai 1987

Excursion littéraire :

en Touraine et en Anjou

Excursions littéraires
 

Le premier arrêt a eu lieu à Saint-Patrice, au-delà de Langeais, au château de Rochecotte, devenu récemment un très bel hôtel, aménagé avec goût — qui fait partie de l’association « Relais et Châteaux de France » — et qui a été ouvert librement à notre groupe de la manière la plus obligeante par les propriétaires. Ce château qui, à la Révolution, appartenait au comte de Rochecotte (lequel fut un des chefs de la Chouannerie du Maine), fut vendu à Dorothée de Dino. Elle y fit de fréquents séjours en compagnie de son vieil oncle le prince de Talleyrand et y reçut la visite de Balzac en novembre 1836, visite qu’elle raconte dans ses Chroniques.

Notre seconde visite eut lieu à l’abbaye de Bourgueil, dont nous abons fait une visite détaillée des bâtiments et des « jardins suspendus », sous la conduite de Mme F. Chollet.

En poursuivant notre route, sur la commune de Saint-Nicolas-de-Bourgueil, dont les vins sentent la framboise, au large du hameau de Port-Guyet, M. J. Boudet a évoqué Marie l’Angevine, « belle et jeune fleur de quinze ans », que Ronsard vint visiter tous les étés de 1554 à 1556 et dont il célébra la mort dans quelques-uns de ses plus beaux poèmes.

M. Lionel Marmin, angevin d’origine et de coeur, avait tenu à nous conduire dans la belle ville de Saumur, « gentille et bien assise », en évoquant devant ses monuments les grandes figures de la cité : Joinville, qui fait revivre la « grande cour » tenue par Louis IX en 1241 ; le roi René, le dernier des ducs d’Anjou, qui aimait les fêtes et les fastes ; Philippe de Mornay, dit Duplessis-Mornay, conseiller de Henri IV et gouverneur de Saumur, que l’on appela « le Pape des Huguenots », qui fut le fondateur d’une importante académie protestante et qui est entré dans la littérature par le biais de la Henriade de Voltaire (dans cette académie enseigna l’humaniste Tanneguy Lefèvre dont la fille, Mme Dacier, par sa traduction d’Homère, ranima la Querelle des Anciens et des Modernes). Enfin M. Marmin évoqua, devant une maison à colombages du vieux Saumur, le riche négociant Nivelleau qui passe pour être un des modèles du père Grandet, une des figures balzaciennes les plus pittoresques.

Après un excellent déjeuner au restaurant des Pêcheurs à Dampierre-sur-Loire, arrosé d’Anjou blanc et de Saumur-Champigny, nous avons suivi la Loire jusqu’au château de Montsoreau. Dans la cour intérieure, nous avons écouté M. Jacques Boudet nous parler avec sympathie d’un roman cher à notre adolescence, La Dame de Montsoreau d’Alexandre Dumas. Si la trame est historique (Françoise de Chambes, comtesse de Montsoreau a eu un amant, Bussy d’Amboise, qui fut tué sur les ordres du mari), l’imagination a eu une grande part. Tout compte fait, nous préférons la belle Diane de Méridor (au si beau nom !) à la réelle Françoise de Chambes…

En traversant la Loire un peu plus loin, nous avons fait halte au château des Réaux (transformé lui aussi en hôtel de la même chaîne que Rochecotte). Ce fort beau domaine, primitivement appelé le Plessis-Rideau, fut acquis en 1651 par Gédéon Tallemant des Réaux qui, né dans une famille de bourgeois protestants, ne s’intéressa guère aux affaires et leur préféra la vie mondaine et la société de l’Hôtel de Rambouillet. M. Jean Nivet nous parla de la découverte du manuscrit des Historiettes dans un meuble du château et de sa publication au XIXe siècle, avant de lire quelques pages de cet ouvrage parfois savoureux et qui reste un témoignage utile sur les soixante premières années du XVIIe siècle.

Sur le chemin du retour, et pour parfaire notre connaissance des classiques, nous avons marqué un temps d’arrêt devant le château d’Ussé où Voltaire, tout occupé alors par la publication clandestine de la première version de sa Henriade, passa tout l’hiver de l’année 1722.