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Dimanche 11 juin 1967

Excursion littéraire : sur les traces
de Bossuet, La Fontaine et Cocteau

Excursions littéraires
 

Passé Fontainebleau et franchie la Seine, nous fîmes une halte à Valvins, devant la maison sans apprêt dont le rez-de-chaussée était au siècle dernier un café de mariniers et de rouliers. C'était là qu'en 1874, Stéphane Mallarmé vint s'installer et fit de cette modeste demeure une annexe de la Rue de Rome aux mardis célèbres. C'est là que « le poète impuissant qui maudit son génie » méditera, écrira, raturera sans cesse Un coup de dés.

À Meaux, sur le parvis de la cathédrale nous attendait M. Michel ADAM, ancien secrétaire de la section orléanaise, docteur ès lettres, que tous ses nombreux amis furent ravis de retrouver. Avec humour, il se fit le présentateur de Bossuet, dont il s'attacha à montrer le côté humain et dévoué. Le conservateur du Musée de Meaux, M. ENDRES nous conduisit au « Pavillon » situé sur les remparts, petit édifice tapissé de roses à l'extérieur, de boiseries sévères à l'intérieur, où l'Aigle travaillait et dormait quatre heures par nuit, enroulé dans deux peaux d'ours… Au Musée, chacun se pencha sur les deux reliques de Bossuet : un plan de travail pour ses sermons quotidiens, et un fragment de thème latin du Dauphin avec les corrections de l'illustre professeur… Maigres reliques, aussi discrètes que la tombe de « Bos suetus », simple dalle noire dans le chœur de son église?

L'après-midi, au pied des douves du château de Vaux-le-Vicomte, M. BOUDET nous transporta en 1657, date à laquelle Nicolas Fouquet confia à Le Vau et à Le Brun l’ordonnancement de sa fastueuse demeure, que décrit, avec un talent que nous étions loin de soupçonner, Mademoiselle de Scudéry dans sa Clélie. En 1661, au début de l'été, Molière y joue Les Fâcheux ; en septembre, le théâtre de verdure est abandonné, les salons fermés, le mécénat de Fouquet achevé ; seules retentissent les voix des nymphes de Vaux…

La dernière étape, à l'heure où la lumière pâlit, nous plongea dans le ravissement. Au bord d'une petite route discrète d'Ile-de-France, aux confins de Milly-la-forêt, dans un petit jardin « plein d'ache et de serpolet », un oratoire, vestige d'une maladrerie moyenâgeuse, dresse ses pierres en appareil grossier : c'est la chapelle Saint-Blaise-des- Simples, patron des guérisseurs et de tous ceux qui cherchent le salut dans la sauge, la menthe et l'armoise. Cette chapelle, Jean Cocteau l'a sauvée de la ruine et l'a choisie comme éternelle demeure, non sans y laisser les marques de son crayon sûr et humoristique : des simples, un Christ pathétique, des séraphins à tête de Dargelos, un ange, « l'ange Heurtebise, en robe d'eau ».