Logo Budé Orléans

Samedi 13 et dimanche 14 juin 2009

Excursion littéraire

à Rouen et en Pays de Caux

Excursions littéraires

Pour cause d’absence de grand voyage en cette année 2009, la sortie littéraire s’est étendue sur deux jours, ce qui a permis à une quarantaine de Budistes de partir sur les traces de Corneille, Flaubert, Hugo et… Arsène Lupin. Comme à l’accoutumée, Jean Nivet avait préparé un riche bulletin sur les auteurs et leurs personnages et conçu le parcours et les interventions adéquates. Le secrétaire-géographe assurait les commentaires sur les paysages rencontrés.

Après les monotones plaines de l’Eure, le relief s’accidente aux approches de la vallée de la Seine et nous recoupons le premier méandre encaissé du fleuve avec  les belles forêts des lobes convexes avant de parvenir à Petit-Couronne. Premier arrêt à la thébaïde de Pierre Corneille, si normande avec ses colombages au cœur de son enclos abritant jardin et verger, avec son puits à margelle et sa petite mare. Là, Corneille a passé de nombreux étés et s’est réfugié quand la peste ravageait la ville. Dans les petites pièces, quelques souvenirs ont été rassemblés mais la meilleure part était dédiée à son frère Thomas, auquel une exposition était consacrée.

Le professeur Chaline, ami de quelques orléanais, nous attendait devant l’Hôtel-Dieu et sa chapelle  Sainte –Madeleine, imposant ensemble néo-classique, pour nous guider dans sa bonne ville de Rouen et nous faire profiter de ses connaissances historiques et architecturales. Ainsi, sous sa conduite, allions-nous déambuler quelques heures, heureusement interrompues par le partage d’un repas dans un restaurant de la Place du Vieux Marché.

Flaubert était évoqué devant l’Hôtel–Dieu où travaillait son père chirurgien et où il était né. Les belles grilles latérales en ferronnerie ouvrent aujourd’hui sur l’hôtel de Région. Après un parcours ponctué de demeures décorées de médaillons et de bas-reliefs, la maison natale de Corneille de la fin du Moyen-Âge, nous présentait, rue de la Pie, une façade à encorbellement du plus bel effet. Un long stationnement sur la place du Vieux Marché permettait alors à notre cicérone de nous entretenir des péripéties de l’urbanisme rouennais, la moindre de nos surprises n’étant pas d’apprendre que les belles façades à colombages que nous avions sous les yeux n’étaient pas des survivances médiévales mais des constructions assez récentes réutilisant  des pans de bois anciens. Mais cette place triangulaire, ancien lieu des exécutions capitales, ancien siège des halles, réaménagée dans les années 70, touchait notre cœur d’Orléanais puisque Jeanne d’Arc y fut brûlée. L’emplacement du bûcher et la Croix de la Réhabilitation ainsi qu’une sobre statue de Jeanne marquent le souvenir de la Pucelle dont les cendres furent jetées au vent.

Notre guide nous entraînait dans l’église adjacente Sainte-Jeanne d’Arc, achevée en 1979 et qui occupe toute la partie nord de la place avec sa longue queue en écailles d’ardoises. Son intérieur moderne est orné de lumineuses verrières Renaissance provenant de l’ancienne église Saint-Vincent, détruite par les bombardements de la dernière guerre.

Puis commençait, dans la rue du Gros Horloge, axe commerçant et animé de la ville, un parcours du combattant au milieu des déballages et de la foule d’une braderie. S’accrocher à M.Chaline, imperturbable et disert, devenait un exercice délicat et bien des paroles se sont envolées au gré du vent. Le Gros Horloge (XVIe) en réfection sur son arche surbaissée et sous son toit à lucarnes n’a qu’une seule aiguille mais montre les figures mythologiques des jours de la semaine, la lune et ses phases. Un beffroi médiéval et une fontaine XVIII° lui sont accolés. Un crochet nous emmène vers le palais de Justice, chef-d’œuvre d’architecture civile flamboyante. La façade, remarquablement restaurée depuis les dégâts de la guerre, étire l’exubérance de ses 66 mètres rythmés de croisées moulurées en anse de panier et décorés d’un monde de balustres, de lucarnes, de pinacles. Même virtuosité à la cathédrale dont les deux flèches dissemblables dominent la ville et dont la façade, œuvre du cardinal d’Amboise, a été tant de fois célébrée par le pinceau de Monet. Dans la chapelle de la Vierge, les tombeaux des deux cardinaux d’Amboise (l’oncle et le neveu) et celui de Louis de Brézé, époux de Diane de Poitiers sont de superbes réalisations de la Renaissance. Par des rues bordées de spectaculaires maisons à pans de bois, nous parvenons à l’église Saint- Maclou, autre dentelle de pierre puis  à son aître, ancien cimetière paroissial entouré d’un ossuaire en forme de cloître. Sur le bois des arcades, nos aïeux ont sculpté toute la Danse des Morts. Ce ne sont que squelettes, tibias, crânes, faux. La mort est partout présente mais la verdure et la paix qui se dégage du lieu lui confèrent un charme mélancolique.

Il faut ensuite filer vers Croisset pour arriver avant l’heure de la fermeture. Le pavillon de Flaubert, au bord de la Seine, nous est promis à la visite par un engagement ferme mais la responsable a décidé, exceptionnellement, de terminer sa journée une demi-heure avant notre arrivée ! Porte close donc et premier désagrément que l’arrêt au belvédère de Mont-Saint-Aignan fait quelque peu oublier. La ville de Rouen est là, tout entière à nos pieds, magnifique paysage urbain dans le cercle des collines, vieille ville tassée autour de la cathédrale, quartiers plus récents escaladant le lobe convexe et les plateaux. La belle courbe de la Seine, remontée par la marée, accompagnée d’usines et d’éléments portuaires, est à l’origine de ce site grandiose et de cette richesse économique.

Le lendemain, de bonne heure sur la route, nous filons vers Saint-Martin de Boscherville et son abbaye Saint-Georges. Ce fut un grand moment pour les participants que de découvrir l’abbatiale, magnifiquement romane, équilibrée, d’une parfaite unité, construite entre 1114 et 1125 par les bénédictins, dotée par les Tancarville, chambellans des ducs de Normandie. Le conseil général de Normandie qui la possède actuellement l’a entourée d’un beau jardin fleuri et de vergers qui offrent une vue inoubliable sur le chevet. Le parcours vers Villequier suit certaines courbes du fleuve, passe sous les escarpements de la rive concave, tandis que Jean Nivet, lupinologue fervent, égrène les lieux où Maurice Leblanc a situé les exploits de son gentleman cambrioleur, préparation à la visite d’Etretat.

Et voilà Villequier, entre Seine et coteau. La mort de Léopoldine est dans toutes les têtes et c’est devant la maison Vacquerie que Jean Nivet, à l’aide des journaux de l’époque et des narrations des témoins, nous offre une restitution dramatique du naufrage. Tous les yeux sont tournés vers l’amont du fleuve, large et puissant à cet endroit et nous vivons l’évènement de 1843. La montée au petit cimetière où les tombes regroupées de Léopoldine, son mari, sa mère, Adèle et les Vacquerie occupent un carré fleuri de bruyères et de roses trémières ravive l’émotion que traduisent les larmes de Geneviève Dadou à la lecture du célèbre sonnet d’Hugo.

Le pays de Caux nous accueille avec sa brume des mauvais jours et son paysage un peu triste sous le ciel bas. Les falaises d’Etretat se dérobent à la vue et certains Budistes, venus pour la première fois en ce lieu ne pourront même pas les apercevoir ! Il fallait faire vite à l’arrivée, alors que le repas prévu à la Salamandre, belle demeure normande mais au cœur de la station, appelait les estomacs affamés. Les autres, sandwich à la main ou installés face à la mer, profitaient des derniers moments de bonne visibilité, avant de parcourir par petits groupes la maison de Maurice Leblanc, transformée en parcours initiatique et ludique des aventures d’Arsène Lupin. L’Aiguille Creuse contenant le trésor du voleur terminait en apothéose la visite.

Le retour était l’occasion d’évoquer Maupassant et sa « Guillette » entr’aperçue en sortant d’Etretat, Gide et son Cuverville tout proche. Et d’admirer le pont de Tancarville, enjambant la Seine sur plus de 1400 mètres, à 51 mètres au-dessus du fleuve ; belvédère sur l’estuaire et la zone portuaire du Havre. C’est le premier pont de ce type en France (1959) et il reste un des plus grands d’Europe, reliant les deux rives de la Seine, alors que, à partir de Rouen,  seuls des bacs le permettaient. Dernière vision géographique de la Normandie avant de s’enfoncer dans l’anonymat des autoroutes qui nous ramènent vers Orléans.