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Samedi 2 juin 2007

Excursion dans

le pays de Vauban

Excursions littéraires
 

Le samedi 2 juin, de bonne heure, une troupe de plus de soixante budistes, dans un car Dunois confortable et imposant, conduit de main de maître, a pris la route pour « le Pays de VAUBAN » guidés par les Secrétaires Gérard LAUVERGEON et André LINGOIS avec la collaboration de Jean NIVET

En attendant de quitter l’autoroute à Avallon, nos guides ont présenté le Morvan, d’abord du point de vue de la géographie physique : ce « Morvennensis Pagus » — contrairement à la rumeur qui veut que ce terroir mal famé soit toujours « un peu plus loin » quand on demande sa route — se définit par l’aire de son sol granitique ; et aussi du point de vue de la géographie humaine (car les richesses artistiques et littéraires se comptent sur les doigts d’une main). Ont été évoqués successivement les pratiques du flottage du bois sur l’Yonne et ses affluents — que décrit si bien Jules Renard dans son Journal, celle des « galvachers », charretiers au long cours entre le 1e mai et le 1e novembre, la célèbre « industrie des nourrices », ainsi que le placement des enfants de l’Assistance publique — sort que connut l’écrivain contestataire Jean Genet, élevé dans une famille d’Alligny-en-Morvan.

La première visite a eu lieu à Saint Léger-Vauban, naguère St Léger-de-Foucheret, pays natal de Sébastien Le Prestre, où, depuis 1980 est ouverte une « Maison Vauban », agréable Musée aménagé autour de trois thèmes : l’ingénieur militaire (l’on peut y admirer de très belles photos aériennes des sites fortifiés, de Saint Malo au fort de Joux), le Morvandiau et « l’homme de son siècle », illustrant en particulier les divers aspects de l’œuvre, aspects inattendus comme La Cochonnerie ou calcul estimatif pour connaître jusqu’où peut aller la production d’une truie pendant dix années de temps…

Après une visite de l’église où le jeune Vauban fut baptisé, Midi le juste quelque peu dépassé, tout le monde s’est hâté pour gagner l’Hôtel du Nord sur la place de Quarré-les-Tombes (lesquelles posent toujours leur énigme : s’agit-il d’un cimetière ou du dépôt d’un « artisan tombiste » ?) où nous attendait un repas digne des chefs sédélociens.

L’après-midi, par de petites routes sinueuse, franchissant tantôt la Cure, tantôt le Trinquelin, dans ce « Morvan bossillé », aux hautes futaies et aux prés herbus, nous avons atteint le château de Bazoches, demeure de fort belle allure, soigneusement entretenue par les propriétaires actuels, que Vauban avait acquis en 1679 et considérablement améliorée. Le beau temps enfin revenu, les budistes ont pu, du haut de la terrasse, contempler le paysage, là où notre grand homme admirait son « pré carré » et comptait ses biens entre deux séances de travail avec ses ingénieurs et son fidèle Friand dans la galerie qu’il avait fait aménager pour ses plans.

Le temps nous ayant manqué pour aller voir son tombeau dans l’église de Bazoches, ainsi que le manoir de Vauban (fort modeste et très remanié), le groupe a fait halte à Pierre-Perthuis, où il reste quelques vestiges de la seigneurie que Vauban racheta après 1680, charmant village surtout connu par ses deux ponts sur la Cure, dont le plus étroit (très prisé des cinéastes!) a été bien sûr attribué à notre bâtisseur, alors qu’il date vraisemblablement du XVIIIe.

Et, sur la route du retour, belle à souhait, puisqu’elle permet d’admirer d’abord la fine dentelle de la tour de l’église gothique de Saint Père, puis le vaste vaisseau de la Madeleine de Vézelay sur sa « colline éternelle » et, aussi d’évoquer le site des Fontaines Salées, connues dès le Premier Âge du fer, puis à l’époque gallo-romaine, enfin au XIIe siècle, avec la Geste de Girart de Roussillon — et c’est à ce moment qu’est intervenu notre Président Alain MALISSARD, pour qui aucune eau antique n’est étrangère.

Ce fut ensuite l’occasion de citer toutes les célébrités (à titres divers) liées à Vézelay, de Saint Bernard à Christian Zervos, ou de Bataille à Jules Roy, de relire quelques passages de Romain Rolland ou de Claudel… et, plus loin en passant à Clamecy, « ville des beaux reflets et des souples collines »… « où rien n’est fait pour attirer et tout pour retenir », puis, encore plus avant, sur la route d’Entrains, au hameau de Moulot, là où Benjamin Rathery s’arrêtait à l’auberge de la belle Manette, de feuilleter quelques pages du savoureux livre de Claude Tillier Mon oncle Benjamin… Mais cet aperçu (j’allais dire « a posteriori ») a donné aux admirateurs de Vauban — c’est à-dire tout le monde — l’envie de revenir dans ce Morvan qu’il a aimé comme un paysan aime sa terre et dans ce beau pays voisin qu’est le Nivernais.