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Samedi 18 & dimanche 19 juin 2005

Excursion littéraire

en Picardie

Excursions littéraires
 

Le samedi 18 et le dimanche 19 juin 2005 a eu lieu l’Excursion littéraire en Picardie (Senlis, Péronne, Amiens) animée par Jean NIVET, Gérard LAUVERGEON et André LINGOIS, avec la collaboration de tous les membres du Bureau. Cette promenade était organisée autour de trois centres d’intérêt : les monuments d’Amiens, la commémoration de Jules VERNE à l’occasion du centenaire de sa mort et, tout au long de notre itinéraire, le souvenir de la Grande Guerre et son écho dans la littérature du XXe siècle.

Le premier arrêt fut d’ailleurs consacré à la personnalité d’Henri BARBUSSE, qui acheta en 1910 une maison champêtre dans un charmant village de la forêt d’Halatte, près de Senlis : Aumont. M. Frédéric CABY nous présenta cette demeure modeste, la « Villa Sylvie », en souvenir de Nerval, où est installé un émouvant petit musée consacré à l’auteur du Feu, un des grands livres sur la Guerre de 14-18, nourri de témoignages vécus et dénonçant « ces choses épouvantables faites par trente millions d’hommes qui ne les veulent pas ».

Après trois intermèdes — au large de Compiègne, avec l’évocation de la Cour impériale et de Mérimée, un passage à Noyon, avec celle de CALVIN, lequel fut étudiant à Orléans de 1528 à 1534, et au large de Ham, le rappel de l’épisode où Louis-Napoléon Bonaparte gagna son surnom de Badinguet — nous avons retrouvé au Mémorial de Péronne les horreurs de la guerre — remarquablement présentées — mais aussi quelques « joliesses », puisque nous avons pu voir les dernières heures de l’exposition consacrée à Guillaume Apollinaire. Jusqu’à Amiens, nous avons été accompagnés par les écrivains témoins de la Grande Guerre, comme GENEVOIX, DUHAMEL, DORGELES, ou ces inconnus dont les lettres ont été publiées dans Paroles de poilus ; nous avons longé les marais de la Somme où a servi comme engagé volontaire le Suisse Frédéric Sauser, plus connu sous le nom de Blaise CENDRARS.

À Amiens, où régnait une atmosphère fébrile et joyeuse, à l’occcasion du Festival des Arts de rue, il était difficile de se frayer un chemin dans la foule venue acclamer « le Sultan des Indes sur son éléphant à voyager dans le temps » accompagné de « la petite géante » — étonnante mécanique et non moins étonnante marionnette, toutes deux inventées par la compagnie Royal de Luxe pour évoquer l’univers fabuleux de Jules VERNE (C’est dans La Machine à vapeur que J.L. COURCOULT a eu l’idée de son pachyderme articulé).

Nous avons pu cependant admirer de près la Cathédrale, « Parthénon de l’architecture gothique », selon le terme de Viollet-le-Duc et savourer à son chevet les pages de La Bible d’Amiens que lui consacra JOHN RUSKIN, pages traduites et commentées par PROUST, particulièrement ému par la contemplation du Porche occidental « fourmillement monumental et dentelé de personnages de grandeur humaine » et, malgré la fatigue et l’heure tardive, nous avons eu la chance d’assister à la mise en lumière et en couleur (réalisée par Scherzo) qui, loin de rappeler, comme on pouvait le craindre, un spectacle en technicolor, restitue la façade dans ses moindres détails, telle qu’avaient pu la voir les Amiénois du XIIIe siècle émerveillés devant ces enluminures délicates et changeantes.

La matinée du dimanche a été consacrée pour une part, à une promenade (hélas ! un peu courte) dans les fameux hortillonnages, où d’ailleurs nous avons bénéficié d’une seconde chance, car c’était le jour de la grande fête des maraîchers qui préparaient leurs barques pour la parade. Le rendez-vous suivant était au Musée de Picardie (l’un des trois grands musées provinciaux avec Lille et Dijon). Il a fallu limiter la visite à trois points forts : d’abord la très célèbre Collection des Puys (Au XIVe la confrérie du Puy Notre-Dame choisissait parmi les candidats — qui devaient monter sur un podium ou puy pour, initialement dire un « chant royal » — un « maître », lequel offrait une peinture en l’honneur de la Vierge dont certaines conservées sont remarquables, ne serait-ce que par leur encadrement), ensuite les fresques de Puvis de Chavannes et les trésors gallo-romains mis en valeur dans les sous-sols du Musée.

Après un agréable déjeuner dans un joli cadre, sur les quais de Somme, à la Capitainerie, le groupe a réussi à se faufiler au milieu des adorateurs de l’Éléphant (dont chaque patte pèse une tonne!) pour se rendre à l’Imaginaire Jules Verne où avait lieu une exposition intitulée : « Jules Verne visionnaire, de la terre à l’espace » En prime, un délai — non prévu — a été accordé pour une visite rapide des superbes stalles de la cathédrale ; ce qui a donné à chacun un fort goût de revenez-y.

Le retour, forcément assez long surtout un dimanche soir, a été ponctué de lectures, de Jules Verne d’abord (dont les aphorismes sont peu connus) et, encore une fois, des écrivains de la Grande Guerre, et qui font preuve parfois d’humour, comme Georges Duhamel dans Vie des Martyrs, Jean Cocteau dans Thomas l’Imposteur ou Jean Giraudoux dans Bella.