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Dimanche 15 juin 2003

 

Excursion littéraire : Aux marches

du Valois et de la Champagne 

Excursions littéraires
 

Le dimanche 15 juin 2003 a eu lieu la promenade littéraire Aux marches du Valois et de la Champagne, à la rencontre de Bossuet, Dumas et Racine, sous la conduite d’André Lingois et de Gérard Lauvergeon.

Pendant le trajet du matin, les budistes ont été invités à rafraîchir leurs connaissances sur Bossuet, dont l’art solennel et l’attitude autoritaire n’attirent plus les sympathies : « On le salue respectueusement quand on le rencontre, mais on ne se dérange pas de son trottoir pour lui presser chaleureusement les deux mains », disait de lui Thibaudet. Or il est impossible — sans parler de son talent d’écrivain qui faisait l’admiration de Claudel et de Valéry — d’oublier son activité inlassable de prédicateur et de prosélyte, son énorme travail pédagogique qu’il entreprend comme précepteur du Grand Dauphin, piètre élève qui ne méritait pas tant de sollicitude, et surtout la tâche quotidienne ingrate qu’il exerce scrupuleusement de 1682 à sa mort dans son diocèse de Meaux, toujours appliqué comme il l’était au collège de sa ville natale, Dijon, surnommé par ses condisciples « bos suetus aratro ».

La visite organisée par l’Office du Tourisme de Meaux, centrée sur notre grand prélat, fut impeccable, aussi bien dans la cathédrale Saint-Étienne, à la nef élancée et lumineuse, qu’au Palais épiscopal, devenu Musée, que dans le jardin à la française en forme de mitre, avec, au-dessus de la muraille médiévale, le pavillon où Bossuet se retirait pour travailler et méditer au cours de ses veillées nocturnes.

Après un repas fort apprécié à l’Auberge du Champ-de-Mars, le groupe a pris la route de Soissons, qui longe la belle vallée de l’Ourcq en empruntant le plateau du Multien, route qui mène aux champs de bataille de la Marne. G. Lauvergeon a évoqué la première bataille de septembre 1914, qui stoppa l’avance allemande et vit tomber le lieutenant Péguy à Villeroy, puis la seconde, qui eut lieu en juillet 1918, avec l’attaque de flanc menée par Mangin depuis la forêt de Villers-Cotterêts. C’était là notre premier rendez-vous de l’après-midi, au musée des Trois Dumas : le général Thomas-Alexandre, héros des campagnes d’Italie et d’Égypte, qui revint mourir au pays de sa femme ; notre grand homme, qui ne possède plus à Villers-Cotterêts qu’un cénotaphe, et son fils, l’auteur de la Dame aux Camélias. Après cette visite, où fut évoquée l’enfance d’Alexandre, ses jeux avec ses cousines, son entrée au Collège de l’abbé Grégoire, où il se montra « fort en version latine et nul en thème », son apprentissage de saute-ruisseau chez Maître Mennesson et ses escapades dans les hautes futaies de la forêt de Retz, nous avons parcouru une partie de cette magnifique hêtraie jusqu’à un lieu qu’affectionnait notre jeune chasseur : les ruines de l’abbaye de Longpont, admiration qui fut partagée par tout le monde.

Sur la route du retour, la dernière halte a été La Ferté-Milon. Si l’on a été sensible au charme vieillot de cette petite ville, avec son mail le long de l’Ourcq, son château médiéval inachevé et aussitôt démantelé, son église Notre-Dame avec son chevet Renaissance, et toutes ces demeures qui gardent le souvenir de la famille Racine, du côté paternel (où ils se prénomment tous Jean) comme du côté maternel, les Sconin, en revanche on est peu sûr que les premières années aient eu une influence sur la formation du futur dramaturge, sans doute bien plus marqué par son long séjour à Port-Royal, alors qu’il y fut emmené à l’âge de cinq ans par sa grand-mère Marie Desmoulins. Mais on se plaît à penser que l’atmosphère de ce canton si proche du Valois, ces coteaux modérés du pays francien ont pu inspirer plus ou moins consciemment la poésie racinienne?