Logo Budé Orléans

Dimanche 1er juin 2002

 

Excursion : Quelques aspects

du Bourbonnais littéraire

Excursions littéraires
 

Les deux guides et organisateurs de cette journée, André Lingois et Gérard Lauvergeon, aidés dans leur préparation par Jean Nivet et Geneviève Dadou, avaient choisi pour thème des écrivains fidèles à leur terroir : Marguerite Audoux, Charles-Louis Philippe, Émile Guillaumin et Valery Larbaud.

Sans doute l’unité géographique n’est pas parfaite, puisque Marguerite Audoux appartient au Berry, Valery Larbaud au sud du Bourbonnais, mais ce dernier se voulait le chroniqueur du « pays d’Allen », le fief du duc Louis II de Bourbon. Il y a surtout entre tous ces écrivains — auxquels il faut joindre Giraudoux — des liens véritables qui vont même jusqu’à l’amitié : Marguerite Audoux se lie avec Charles-Louis Philippe, qui correspond avec Émile Guillaumin, son compatriote, et le jeune Giraudoux, lesquels entrent en relations avec Valery Larbaud.

Lors de la traversée de la Sologne fut évoquée la figure de Marguerite Audoux, née à Sancoins, placée à l’orphelinat de Bourges, puis « bergère d’agneaux » à la ferme de Berrué à Sainte-Montaine, près de La Chapelle-d’Angillon, devenue couturière à Paris, passant ses rares loisirs à noircir des cahiers d’écolier. On a aujourd’hui un peu oublié le succès fulgurant de Marie-Claire, prix Femina 1910, suivi de l’Atelier de Marie-Claire ; et pourtant le charme de ces livres subsiste encore, d’autant plus précieux qu’ils émanent du talent de quelqu’un qui n’a rien à voir avec la race des « gensdelettres » et qu’ils parlent des humbles, comme les livres de Charles-Louis Philippe, son ami.

Avant d’aller retrouver celui-ci, les budistes ont fait un arrêt en pleine forêt de Tronçais, la plus belle chênaie d’Europe, à la fontaine Viljot, lieu de culte celtique, puis gallo-romain, célébré par le philosophe Jacques Chevallier et par Jacques Lacarrière. A Cérilly nous attendait le président de la Société des Amis de Charles-Louis Philippe, M. Aurat, et plusieurs membres de la société, pour nous faire les honneurs de la maison natale de l’écrivain, le fils du sabotier, voisin de la forge du Père Perdrix et de la maison du percepteur Léon Giraudoux. Cette très modeste demeure, restée telle que l’ont décrite les visiteurs illustres venus le 24 décembre 1909 pour les obsèques de ce « grand homme du peuple », est devenue un musée vivant de la ferveur, tout comme l’école — assez proche — du Grand Meaulnes à Épineuil. L’évocation n’aurait pas été complète sans la lecture des plus belles pages de la Mère et l’Enfant, où l’on découvre un très grand écrivain d’une subtile simplicité.

En quittant Cérilly — présent également en filigrane dans les Provinciales et la France sentimentale de Giraudoux — nous avons gagné Saint-Aubin-le-Monial, son auberge rustique et son repas bourbonnais, pour atteindre ensuite Souvigny, « la métropole religieuse, la source intellectuelle du duché », selon Valery Larbaud, petite ville endormie, dominée par sa superbe abbaye, nécropole des Bourbons. Visite passionnante, menée par une toute jeune guide, aussi charmante qu’érudite. Une fois passés rapidement devant la belle église romane de Saint-Menoux, où l’on guérit de la « bredinerie », nous avons admiré Bourbon-l’Archambault, les vestiges de son château, sauvé par Achille Allier, ses eaux célébrées depuis l’Antiquité et qui ont inspiré des poètes comme le troubadour anonyme du Roman de Flamenca ou, plus tard, Boileau et des curistes de renom comme Mme de Sévigné ou Mme de Montespan.

La dernière étape a été, au hameau des Vignes, la maison rurale d’Émile Guillaumin, le sage d’Ygrande, vrai paysan attaché pendant 80 ans à sa ferme et qui, selon le mot d’Henri Pourrat, « écrivit pour ceux qui jamais n’écrivent ». Sa grande oeuvre, outre son activité syndicaliste, restera La Vie d’un simple, mémoires d’un métayer de cette terre bourbonnaise, riche, verdoyante et illuminée de soleil, que nous avons parcourue avec un réel plaisir.

Et les récits d’Étienne Bertin, dit le Tiennou du Garibier, nous ont accompagnés sur le chemin du retour…