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Association orléanaise Guillaume-Budé  

Conférences données

en 2016 et 2017

CONFÉRENCES - DÉBATS - LECTURES - EXCURSIONS - VOYAGES


[372] Jeudi 7 janvier 2016
Palmyre, vie et mort d'une cité antique
par Annie SARTRE-FAURIAT et Maurice SARTRE, professeurs émérites d’Universités en histoire ancienne.

Émue par les destructions effectuées par Daesh sur le site de Palmyre, l'Association Guillaume Budé a programmé le 7 janvier 2016 une conférence supplémentaire et a fait appel à Annie et Maurice Sartre, professeurs émérites des Universités, venus en voisins de Tours. Devant un nombreux public, ils ont présenté en duo à l'aide de diapos « La vie et la mort de la cité antique ». Auparavant, en rappel du voyage que le Président Malissard avait organisé et conduit en Syrie en 1994 pour 40 adhérents, un diaporama-souvenir est projeté sur les monuments majeurs du pays et les images de paix qu'il renvoyait.

Maurice Sartre installe d'abord Palmyre dans sa géographie, celle d'une oasis liée à une source et au confluent de deux ouadi. La situation, à mi-chemin de la Méditerranée et de la Mésopotamie, a fait sa fortune commerciale. Il l'installe aussi dans l'histoire longue puisque la ville est attestée au 24e siècle avant J-C, bientôt connue sous le nom de Tadmor. Après un millénaire de silence, la cité réapparaît riche et indépendante avec un développement urbanistique important. Les fouilles allemandes au sud de la ville romaine ont mis au jour la ville héllenistique du temps des Séleucides. Elle devient ville romaine au début du Ier siècle, sans doute avant 19. Quant aux Palmyréniens, ce sont de grands éleveurs de dromadaires nécessaires aux caravanes pour atteindre la Mésopotamie et les rives du Golfe Persique. Ils jouent un rôle majeur dans l'organisation et la maîtrise du commerce.

Annie Sartre nous convie ensuite à une visite savante de la ville romaine construite par les Palmyréniens du 1er jusqu'au milieu du 3e siècle en mettant en exergue l'utilisation et les contraintes du site.

Dans une dernière partie, les conférenciers mettent l'accent sur la profonde originalité de Palmyre qui n'est pas une cité romaine comme tant d'autres. Ainsi le panthéon palmyrénien comprend une soixantaine de divinités, reflet du cosmopolitisme de la cité. Les unes viennent de Mésopotamie comme Bol devenu Bêl et Bêlshamin D'autres viennent du monde arabe comme Allath confondue avec Athena ou de la Grèce (Heraklès). Elles sont revêtues des habits militaires des Romains, signe de la force qui protège. Les tours funéraires pour les familles illustres s'apparentent à des temples et les hypogées peintes, pour les classes moyennes, à des maisons. De même si l'extérieur des temples est conforme au modèle romain, l'intérieur s'en écarte pour des rites particuliers. Les femmes, aux riches costumes, couvertes de bijoux, se voilent la tête tandis que les hommes sont en toge dans la vie publique et dans la tenue du désert dans le privé.

Après l'aventure de Zénobie, Palmyre continue sans incendie ni destructions violentes. C'est toujours un point d'appui stratégique pour Rome, utilisé comme camp militaire par Dioclétien. Plusieurs églises y existent avant la prise de la cité en 634 par les Arabes. La population se réduit peu à peu jusqu'à la redécouverte par les voyageurs au XVIIe.

Annie et Maurice Sartre terminent leur conférence en évoquant les destructions, les pillages, les fouilles sauvages, les ventes clandestines et l'assassinat du directeur du site, devant une dernière photo montrant la dévastation d'un des joyaux de l'Humanité.

[373] Jeudi 14 janvier 2016
Un historien romain, Trogue Pompée, une vision singulière de l'histoire
par Bernard MINEO, professeur de langue et littérature latines à l’Université de Nantes

Le jeudi 14 janvier 2016, a été invité Bernard MINEO, professeur de langue et littérature latines à l’Université de Nantes, qui a présenté un auteur peu connu du public, même éclairé : TROGUE-POMPÉE : un historien gaulois.

Jean Nivet, en présentant le conférencier, a rappelé ses travaux sur Tite-Live (dont Tite-Live et l’histoire de Rome (Paris, Klincksieck, 2006) et, plus récemment, en collaboration avec T. Piel, Et Rome devint une République) ainsi que l’édition en cours de l’Abrégé des Histoires philippiques de Trogue-Pompée par Justin dont l’œuvre originale, une histoire universelle rédigée en 44 livres, fort célèbre dans l’Antiquité, avait été perdue dès l’époque de Constantin.

D’emblée, B. Mineo nous met en garde contre le témoignage de ce Marcus Junianus Justinus qui a rédigé cet abrégé vers la fin du IIIe siècle de notre ère, en donnant une image altérée de son modèle : il a, en particulier, insisté sur les scandales de l’époque d’Auguste, en passant sous silence les implications politiques et surtout en lui prêtant des sentiments de haine à l’égard de Rome, allégation fausse et, de plus, invraisemblable. Trogue-Pompée – sur lequel, il est vrai, les témoignages sont rares et souvent contradictoires – est issu du territoire des Voconces (ce qui correspond à la Drôme actuelle) promu civitas à la fin du Ier siècle av. J.-C., dont le chef-lieu était Vasio – auj. Vaison-la-Romaine. Il a vécu à l’époque d’Auguste et des premières années de Tibère. Étant le fils d’un secrétaire de César et le petit-fils d’un Gaulois fait citoyen romain par Pompée, il ne pouvait être hostile à Rome. Il était, d’autre part, nourri de culture grecque ; il avait eu l’ambition d’écrire l’histoire de la monarchie macédonienne à partir de Philippe II, ainsi que de toutes les nations ayant eu rapport avec la Macédoine, (d’où les nombreuses digressions) en prenant comme modèle les Philippiques, ouvrage de Théopompe, élève d’Isocrate.

Dans la Rome impériale, cette histoire a dû éveiller certaines résonances, l’appellation de philippique évoquant une diatribe contre la tyrannie et l’on pense aussitôt aux discours virulents de Cicéron contre Marc-Antoine. On peut noter aussi une similitude de points de vue entre Trogue-Pompée et Tite-Live: tous deux représentent une Italie morale face à un Orient corrupteur et annoncent le déclin d’une Rome ayant hérité des richesses de l’Asie, mais aussi de ses vices. Il faut également rappeler l’importance de la bataille de Philippes (- 42) en Macédoine orientale : cet événement emblématique marque non seulement la déroute des Républicains, mais surtout le début de l’écroulement du monde hellénistique qui va s’achever dix ans plus tard à la victoire navale d’Actium ( en 31 av. JC ) sur les flottes de Marc-Antoine et de Cléopâtre.

Le thème récurrent de la décadence de Rome est lié à celui de l’hégémonie croissante du royaume des Parthes ; Trogue-Pompée attribue le cours des événements à la Fortune (ou la Tyché grecque) et construit son histoire à partir de deux épisodes situés symétriquement en vis-à-vis : à l’est, en Asie Mineure, avec la victoire sur Pacorus I°, roi associé des Parthes, et à l’ouest, en Espagne, avec l’occupation du pays des Cantabres par Agrippa. Il met en lumière le partage du monde méditerranéen entre deux empires rivaux, ayant conscience qu’une nouvelle ère commence, et que Rome, sous l’impulsion d’Auguste, va retrouver sa « virtus », ses succès, sa protection divine, voire son destin exceptionnel. Notre Gaulois né au pays des Voconces est bien un incorrigible optimiste!

L’assistance a spontanément applaudi M. Bernard Mineo, le félicitant d’avoir fait revivre une figure originale d’historien, un des premiers exemples de ce qu’on appellerait aujourd’hui le métissage culturel.

[374] Jeudi 4 février 2016
Quelques femmes dans la vie de Giuseppe Verdi
par Yveline COUF, professeur de lettres classiques, membre de la Société des amis de Verdi, à Busseto

Le 4 février dernier, dans l'auditorium du musée des Beaux-Arts d'Orléans, notre amie Yveline Couf nous a présenté le sujet suivant :

Quelques femmes dans la vie de Giuseppe Verdi

Notre conférencière a choisi de mettre en lumière les femmes qui ont compté dans la vie de Giuseppe Verdi. Approche affective et sensible, très révélatrice de ce que fut et vécut le musicien italien né à Bussetto, dans l’auberge familiale de Roncole, en 1813, alors sous occupation française.

D’abord, elle évoqua sa mère Luigia Uttini de famille modeste mais instruite, dans une Italie de gens illettrés. Heureuse auprès de son époux Carlo Verdi, sa mère recevait les clients et offrit à Giuseppe une enfance choyée et ouverte, sensible à son goût pour la musique mais orientée vers la respectabilité. Ce qui pèsera sur Giuseppe au cours de sa vie vécue hors des sentiers battus.

C’est à Bussetto où Verdi commença ses études classiques et musicales qu’il devint l’ami d’un riche négociant Antonio Barezzi, amateur de musique, mécène du talentueux Giuseppe, avant d’être son beau-père. Car Verdi épousa, sa fille, Margharita Barezzi, devenue l’élève du professeur lui-même très épris. Leur vie commençait sous d’heureux auspices. Consciente de la valeur de son époux, sa compagne l’épaula dans son travail de maître de musique à Bussetto. Leurs maigres subsides la poussèrent à donner des leçons de musique. Elle le soutint dans sa détermination de faire carrière à Milan. En 1837 et 1838, la naissance de deux enfants vint combler les époux.
Bonheur de courte durée puisque Virginia et Icilio moururent l’un après l’autre dès leur plus tendre enfance. Margharita affronta courageusement cette perte terrible. À Milan, où vivait le couple, elle donnait des cours pour les faire vivre. Malgré sa douleur, elle ne cessa jamais de soutenir son époux ni de croire en lui. Quand elle mourut d’épuisement en 1840, Giuseppe, fou de douleur, se laissa dévaster par la perte de ceux qu’il avait tant aimés. Nombre de ses opéras porteront l’empreinte de cette tragédie familiale dont Rigoletto et Luisa Miller.

En mai 1841, après une période de dépression et de retrait, il commença la genèse de Nabucco. Désireux d’avoir l’avis des interprètes, il accepta de rencontrer Giuseppina Strepponi. Le rôle féminin plut à la cantatrice âgée de 26 ans. Grâce à son concours et à celui du rôle-titre joué par le ténor Ronconi, l’opéra rencontra un véritable triomphe qui rendit Verdi célèbre et fêté de mille façons. Pourtant la faiblesse vocale de la prima donna, heureusement compensée par son talent de comédienne, n’échappa à aucun amateur de bel canto.
Soutien matériel de sa famille maternelle, célibataire et mère de deux ou trois enfants, la cantatrice s’épuisait à chanter pour faire vivre ceux qui dépendaient d’elle. Elle abandonna l’un de ses nouveau-nés dans le tour de l’Ospedale degli Innocenti puis le confia plus tard à un couple rémunéré. Elle ne revit jamais cet enfant pas plus que les autres. Ce destin malheureux et la perte de son talent vocal, la menèrent non seulement à la dépression mais pesèrent lourdement sur son destin.
C’est en cet état désastreux que la chanteuse fait la rencontre de Verdi qui deviendra l’homme de sa vie après bien des tribulations. Femme dévoyée, hors du droit chemin - vue dans l’optique de l’époque - elle est aussi femme rédimée : comment ne pas penser au futur opéra de Verdi La Traviata tiré de l’œuvre de Alexandre Dumas fils, La Dame au camélia ?
La carrière de Verdi définitivement lancée, le maestro rencontrait les altesses et devint un compositeur à la mode. Pendant ce temps d’ascension pour Giuseppe, la carrière de La Strepponi agonisait. Elle aidait assidûment Verdi comme conseillère et secrétaire et courait le cachet sans succès. Enfin, elle prit la décision de s’établir à Paris et d’ouvrir une école de chant pour jeunes filles de la bonne société.
La chanteuse bien accueillie par les Parisiens fut l’objet d’un article élogieux dans la gazette musicale. Très cultivée, intelligente et sociable, elle fréquenta le monde de la noblesse à qui elle fit connaître l’œuvre de Verdi. Elle devint bientôt une célébrité parisienne. Sa nouvelle situation financière lui permit de soutenir sa famille italienne dont son seul enfant reconnu, Camillino.

Parallèlement à Giuseppina et loin d’elle, Verdi voguait donc sur les ondes du succès. Aussi beau qu’élégant, Giuseppe fit de nombreuses conquêtes féminines dans le monde de l’aristocratie milanaise, sensible aux charmes des belles signora qui le choyaient. L’une d’elles joua un rôle important dans la vie du compositeur. Clara Maffei fit non seulement son apprentissage mondain, mais lui présenta les jeunes patriotes milanais dont elle était l’égérie, tous révoltés contre l’oppresseur autrichien. Leur abondante correspondance s’étend sur 40 années et révèle l’entente de Clara et Giuseppe, sur le plan politique et intellectuel. Elle sut lui faire accepter les artistes contestataires de la jeune génération qui accompagnait le Risorgimento. Parmi la bande des Scarpigliati ou Hirsutes, nouvelle vague du mouvement artistique italien, Verdi rencontra, grâce à Clara, le musicien Arrigo Boito qui fut son dernier librettiste.

Les relations épistolaires, quoiqu’espacées, n’avaient cessé entre Giuseppe et Giuseppina, exilée à Paris. Verdi la retrouva en 1847 avant de présenter à Londres l’un de ses opéras. Puis il revint près d’elle en qui il trouvait une compagne amoureuse, entièrement dévouée, doublée d’une zélée collaboratrice, car Giuseppina, francophone, put traduire son opéra I Lombardi et l’aider de mille manières. Ils vécurent ensemble à Passy, puis rentrèrent en Italie en 1849.
La situation florissante du compositeur lui avait permis d’acheter des terres et le somptueux palazzo Cavalli à Bussetto, non loin de la casa de son beau père Barezzi. Les parents Verdi vivaient aussi tout près dans la ferme de San Agata, restaurée grâce aux subsides de leur fils. Si Giuseppina avait su se concilier les faveurs de Barezzi, le beau-père de Giuseppe, ce ne fut pas le cas des parents de Verdi. L’arrivée de la nouvelle femme fut un choc terrible pour la mère de Verdi traumatisée à jamais. La « scandaleuse » Giuseppina vit toutes les portes se fermer devant elle et vécut des années en butte à l’hostilité des habitants. Quasi cloîtrée, elle subit de cruelles avanies. Son grand homme voyageait, elle, vestale du foyer, subissait son sort comme un châtiment, jusqu’à ce que Verdi ulcéré par l’attitude de ses géniteurs ne les chasse de San Agata. Le couple alors s’y installa et Giuseppina, sans doute enceinte, fut débarrassée des « crétins » soit les Bussetains malveillants. Verdi avait retrouvé sa liberté, les difficultés s’aplanirent et la maison devint un havre de paix et de création pour le couple. Cela malgré les nombreuses absences du compositeur et le caractère atrabilaire de Verdi dont se plaignait Giuseppina. Il finit par épouser sa concubine en 1859 par souci de respectabilité, car il envisageait la députation et se devait d’avoir une vie irréprochable. Le fils de Giuseppina, Camillino, venait d’avoir 20 ans ce qui libérait les Verdi de toute responsabilité légale. Il mourut dans l’indigence peu après. Quelle fut la réaction de la mère ? Nul ne le sait.

Curieusement, une petite Maria Filomena âgée de 6 ans entra dans leur vie. Petite-cousine de Verdi, le couple l’adopta tout en tâchant de la rendre heureuse en veillant à son éducation jusqu’à son mariage. Giuseppina put ainsi donner libre cours à son sentiment maternel constamment contrarié. Les époux vécurent les saisons hivernales à Gênes mais Le goût de la terre inné chez l’enfant de Bussetto le poussait sans cesse vers sa propriété de San Agata. Giuseppina l’incita pourtant à présenter un nouvel opéra au théâtre de Saint Pétersboug qui le réclamait. La forza del destino entraîna les époux sur les chemins de Russie avant qu’ils ne regagnent leurs pénates au domaine de Sant’ Agata. Le couple semblait mener une vie paisible de riches propriétaires terriens entourés d’amis.

En apparence ! car les tribulations de Giuseppina n’étaient pas terminées. Elle dut affronter la nouvelle liaison de son époux avec Teresa Stoltz, jeune cantatrice douée dont il fut très épris. Plutôt que d’ignorer cette passion, l’épouse diplomate parvint à se faire une amie de Térésa et ils voguèrent ainsi, pendant quelques années, sur les flots agités d’un ménage à trois, jusqu’au départ de la belle Teresa. Dure épreuve pour Giuseppina profondément désillusionnée, mais elle trouva finalement une forme de sérénité auprès de son maestro adoré. Quand elle mourut en 1897, Teresa revint partager les dernières années de Verdi toujours amoureux. Ils accueillaient sa fille adoptive Filomena qui veilla tendrement sur lui jusqu’à sa mort en 1901. Le musicien en fit sa légataire universelle.

Giuseppina et Giuseppe Verdi sont ensevelis tous les deux à la Maison de Repos de Milan qu’ils avaient fait construire pour les artistes vieillissants. Teresa quitta le pays dans l’indifférence hostile des habitués de Sant’ Agata. Aujourd’hui, le nom de Teresa Stolz n’est jamais mentionné lors des visites organisées sur les terres de Verdi. Tout se passe comme si son image ternissait l’aura et la mémoire des deux épouses officielles de Verdi : Margharita et Giuseppina dont les portraits sont seuls dignes de figurer auprès de ceux du grand homme.

Tant de femmes réelles et imaginées ont donc joué un rôle dans la vie et l’œuvre du génial Verdi. Au nombre de 59, les héroïnes inoubliables de ses opéras portent en elles une part du destin des femmes qu’il a connues et aimées. « Grazie maestro », chantent-elles pour toujours !

[375] Jeudi 24 mars 2016
Danse et musique dans le théâtre au début de l'Empire romain - L'exemple des pantomimes dans Phèdre de Sénèque
par Florence DUPONT, professeur émérite de latin à l'Université Paris VII

C'est le sujet que Florence DUPONT, professeur émérite de latin à l'Université Paris Diderot, a choisi de traiter le 24 mars 2016 à l'invitation de la section locale de l'Association Guillaume Budé. Connue pour son approche nouvelle des textes et des documents de l'Antiquité gréco-romaine et leur interprétation qui combat tous les poncifs, sur le théâtre notamment, elle a choisi de nous parler d'un genre nouveau, la pantomime, apparu sous l'égide d'Auguste, au début de l'Empire. Contrairement à l'idée reçue d'une décadence du théâtre à cette époque, après les pièces de Plaute et de Térence, ce spectacle centré sur la musique et la danse a connu un énorme succès puisqu'il a perduré pendant six siècles.

La pantomime se joue dans les théâtres habituels dans le cadre de Jeux sur des sujets toujours mythologiques et à partir de livrets correspondant un peu à nos livrets d'opéra. C'est un spectacle musical chanté par un ou deux choeurs polyphoniques installés dans l'orchestra avec les musiciens jouant d'instruments à cordes et à vent, accompagnés de percussions et même parfois d'un orgue. Sur scène, un seul acteur (l'histrion) danse en mimant l'histoire avec un masque à bouche fermée différent du masque tragique à la bouche largement ouverte. Car le danseur ne parle pas. Il s'exprime seulement par le jeu du corps et le comportement sur scène. Il peut représenter plusieurs personnages en changeant de masque (ex. l'adultère d'Aphrodite avec Arès rapporté par Lucien).

La pantomime est un genre inventé à l'initiative d'Auguste et peut-être de Mécène par l'affranchi Pylade venant d'Alexandrie vers 22-23 avant J-Ch. C'est un genre à la fois grec et romain. Les sujets des premières représentations étaient tirés des tragédies grecques mais Ovide et Virgile ont aussi été utilisés et Saint Augustin raconte qu'il a pleuré à la mort de Didon. Selon le modèle grec, des concours de pantomimes ont été organisés à Rome. Mais le mime et la danse sont romains de même que les séquences codifiées et le déroulement durant les Jeux. Cela faisait partie du programme politique d'Auguste : dans d'immenses théâtres, la pantomime est intégrée dans les Jeux célébrant le culte impérial, rituel culturel réunissant les gens de tous niveaux, de tous statuts dans une démarche consensuelle. En effet, elle est accessible à tous puisqu'il n'y a pas de paroles. Ce genre aura un succès fou, représentant un nouveau système de traduction des tragédies grecques où le corps remplace la voix.

Nous savons que le jeu de l'histrion s'effectue par séquences comme la musique, allant d'une pose fixe à une autre pose fixe par un trajet chorégraphique. Sculpture ou peinture vivante, il peut se métamorphoser en un autre personnage et son manteau représenter différentes situations dont l'érotisme est parfois une composante. C'est la première fois qu'on introduit les arts plastiques sur scène.

Comme les sportifs ou les vedettes d'aujourd'hui, les acteurs sont des «superstars» et gagnent beaucoup d'argent. (Pylade lui-même a pu donner des Jeux et Sénèque a été l'un des hommes les plus riches de son temps). Protégés, ils se permettent bien des incartades et des groupes de supporters se battent parfois, obligeant l'armée à intervenir. Le pouvoir n'ose ni interdire les représentations craignant les manifestations ni baisser les gains par peur des grèves ! D'autant plus que ces histrions sont utiles au moment des élections.

Malheureusement, les livrets n'ont pas été conservés ni les musiques notées. On sait que Stace en a composé. Mais tout est jouable puisqu'un acteur peut danser sur la philosophie de Pythagore ! Pour terminer, la conférencière prend l'exemple du prologue de «Phèdre» de Sénèque où Hippolyte donne ses ordres pour la chasse dans les campagnes mythiques de l'Attique. Elle montre alors qu'il faut retrouver le contexte anthropologique du théâtre romain pour approcher les réalités historiques.

La discussion permet à la conférencière de préciser que tous les acteurs sont des affranchis et qu'en tant qu'acteurs ils sont infâmes et ne peuvent entreprendre de carrière politique (leurs enfants, oui). L'affranchi continue à donner de l'argent à son «patron». Enfin, il n'y pratiquement pas de pantomime comique.

La salle où est présente une trentaine d'élèves des lycées orléanais (ce qu'a beaucoup apprécié Florence Dupont) applaudit une prestation savante teintée d'humour.

[376] Mardi 19 avril 2016
Regard sur la Grande Guerre : Femmes de Lettres sur le front intérieur
par Nicole LAVAL-TURPIN, professeur de Lettres classiques, vice-présidente de notre association

Ce mardi soir du 19 avril 2016, Nicole Laval-Turpin, vice-présidente de notre association, nous a entretenus d’un sujet important rarement abordé : le rôle qu’ont joué les Femmes de Lettres sur le front intérieur, pendant la Grande Guerre. Elle choisit de traiter cette étude selon différents axes clairement désignés. Cette heure d’écoute sera rythmée de lectures choisies que notre conférencière mêlera adroitement à son exposé, plongeant son auditoire dans des instants précieux d’émotion partagée.

D’abord, elle évoque les hommes partis au front sur l’injonction de mobilisation générale, en présentant les témoignages écrits de « célèbres poilus ». Saisis, nous revivons l’horreur de ces quatre années d’oblation à la mère patrie et de souffrances insoutenables. On peut décliner les noms de ces auteurs ancrés dans nos mémoires : Henri Barbusse, Roland Dorgelès, Maurice Genevoix, Blaise Cendrars, Apollinaire, ceux qui survécurent à l’enfer des tranchées. Quant à Charles Péguy, Louis Pergaud, Alain- Fournier, ils furent fauchés, dès septembre 1914, en compagnie de milliers de soldats sacrifiés. L’hécatombe de ce début de guerre provoqua l’effroi général et le questionnement. Comment survivre, comment garder espoir, comment écrire encore ?

C’est au sort des femmes que s’attache alors notre conférencière. Toutes ces esseulées qui tentèrent de rester debout en inventant des formes de survie. Ce fut leur forme d’engagement. Tandis que les unes soutenaient l’économie en assurant l’effort de guerre, d’autres prirent la plume dans le même dessein. Parmi les premières, citons les poétesses. Cette génération, contemporaine de la défaite de 1870, fut nourrie à l’idée de juste vengeance réclamée par Maurice Barrès qui sommait les poètes d’être de fidèles miroirs des évènements patriotiques. Plus pragmatiques qu’on ne le croit, ces femmes de lettres vont d’abord courir à l’urgence, oublier leurs atours de bourgeoises protégées. et de muses lointaines. Les voilà dans la rue, à l’hôpital, au front, partout où l’on souffre et meurt, soudain devenues femmes de proximité. La Comtesse Anna de Noailles s’occupe de soupes populaires. Marie-Noël s’enrôle à l’hôpital d’Auxerre tout comme Lucie Delarue-Mardrus à Honfleur. Colette veille comme garde de nuit au lycée Janson de Sailly, nouvel asile ouvert aux blessés de la guerre, les « gueules cassées ».

Les Annales critiques et littéraires font paraître les écrits de femmes empreints de sensibilité, sous le titre « Bouquet de souvenirs offert aux soldats de France ». En témoigne un poème d’Hélène Picard qui évoque un soldat soucieux d’écrire à sa marraine de guerre « sœur grave du soldat ». Ainsi nomma-t-on ces femmes que la compassion poussait à correspondre avec des hommes sans soutien affectif, voués au sort le plus terrible. Leur action bénéfique laisse une empreinte sensible dans notre mémoire collective. Quant aux beaux discours hypocrites, aux hymnes cocardiers brandis pour masquer la réalité du conflit meurtrier, ils déclenchèrent des protestations indignées chez les femmes lucides.
Henriette Sauret par exemple dénonça avec force le nationalisme fanatique de certains écrivains que la guerre exaltait – Henry Bataille avait osé écrire à destination des mères « Tous vos enfants étaient aussi beaux que Jésus » ! Dès l’armistice, parurent des récits féminins réalistes dont les noms sont tombés dans l’oubli car les auteurs masculins misogynes y voyaient une vague concurrente. Ainsi Annie de Pène, chroniqueuse de guerre, dépeint crument ce qu’on veut alors occulter, l’horreur abominable des tranchées. Elle consacre à l’évolution sociale des articles documentés qui pointent les nouveaux métiers qu’endossent les femmes de l’arrière : des couturières deviennent obusières, d’autres charbonnières et même receveuses de tramway ; elle nous montre les Françaises à la tâche, habiles et courageuses. Son œuvre de qualité n’a pas survécu à sa mort, injustement. Seule son amitié avec Colette fait que nous la connaissons encore.

Séverine fut une autre grande figure du journalisme. Employée au Cri du peuple, journal du socialiste Jules Vallès, celle-ci dénonce « L’union sacrée » et commente le livre d’Henri Barbusse - Le Feu - prix Goncourt 1916 : roman dénonciateur des horreurs par les soldats « chair à canon ». Même combat chez Hélène Brion, enseignante déchue, condamnée à trois ans de prison pour propagande défaitiste.

Quant à Rachilde, surnommée la patronne du Mercure de France, l’une des créatrices du Prix Femina, elle tenait salon pour le Tout Paris. Quand éclata la guerre, elle ferma ce lieu des mondanités éditoriales par solidarité. Sa voix se fit entendre pour dénoncer la politique de Guillaume II de Prusse et demander sa tête ! Intellectuelle patriote, elle prit part à certaines réunions pacifistes chez Natalie Barney où sa parole de « tricoteuse » faisait mouche à toute volée. Autre militante notoire, Juliette Adam, romancière à succès qui s’impliqua à fond en présidant le mouvement « Croisade des Femmes françaises ». Clémenceau sut l’honorer lors de la signature du traité de paix, à Versailles, en 1919.

Colette reste bien sûr la plus célèbre de ces femmes de lettres, témoins actifs de ces années terribles. Elle a 41 ans quand éclate le conflit. Femme libre, elle est devenue l’épouse passionnée du journaliste Henry de Jouvenel, envoyé sur le front au début des hostilités. Elle le rejoindra parfois, près de Verdun, côtoiera d’intrépides infirmières dont elle parlera, devenant ainsi reporter de guerre, jusqu’en Italie. Pour témoigner de ces temps de malheur, la prosatrice fournit des articles éloquents pour plusieurs journaux (Le Matin, La Vie parisienne). Pas d’analyses politiques de sa part mais l’art de voir juste au cœur de l’instant saisi avec vivacité. Colette patriote ne donne pas dans le ton mélodramatique. Parler de guerre c’est pour elle, jeter un défi où se joue la dignité humaine. Son article « Mamans », paru dans La Baïonnette en avril 1916, met en lumière des mères aussi militantes que brûlantes d’amour pour leurs fils- soldats. Écouter la lecture d’extraits de ses romans, de ses papiers, de sa correspondance, c’est comprendre Colette au plus vif de sa plume, l’œil et l’oreille en éveil. Elle croque des silhouettes de femmes inédites, convoyeuses, capitaines de gendarmerie, officières. Elle évoque les opportunistes, ces débrouillardes sans tabous, baptisées d’un vocable spontané « les Inquiétées ». Colette perçoit aussi le décalage qui creuse l’incompréhension entre les couples séparés. La Fin de Chéri, paru en 1926, met en scène un héros revenu de l’enfer que son épouse ne saura pas sauver du suicide. Quant aux « métrottes » nouvelles usagères du métropolitain, Colette les saisit avec réalisme et finesse. Ni suffragette, ni féministe, ses antennes de sensitive ont su capter l’air de ce temps de guerre. Pour ses lecteurs, ce qu’écrit alors la fille chérie de Sido, prend force de constat, de dénonciation en toute lucidité, sans discours politiques démonstratifs.

Au cœur du pire, en 1916, Colette peint un monde animal qu’elle affectionne. Dans La Paix chez les bêtes, elle fait ce vœu : « j’ai rassemblé des bêtes dans ce livre, comme dans un enclos où je veux qu’il n’y ait plus de guerre ». Qu’il n’y ait plus de guerre… telle fut l’inlassable prière des femmes, quatre années durant. La romancière salue ainsi le quotidien combatif des femmes de l’arrière que le XXe siècle allait propulser en avant.

[378] Mardi 7 juin 2016
L’Architecture dans la France de Vichy (1940-1944)
par Jean-Louis COHEN, historien d'art et architecte, professeur au Collège de France

Historien de l’architecture, auteur de multiples travaux sur l'architecture et l’urbanisme du XXe siècle, Jean-Louis Cohen est actuellement professeur à l’Institute of Fine Arts de New York University. Il est également professeur invité au Collège de France depuis 2014. On lui doit de nombreuses expositions sur l’architecture et l’urbanisme, en France comme à l’étranger, notamment Le Corbusier : An Atlas of Modern Landscapes et L’architecture en uniforme, projeter et construire pour la Seconde guerre mondiale pour ne citer que les dernières. Cet enfant de déporté, enquête inlassablement et scientifiquement depuis de nombreuses années sur le destin de l’architecture comme pratique et sur celui des architectes dans cette période trouble de juillet 40 à août 44.
Notre conférencier nous a donc emmenés dans la France occupée à l’appui d’images commentées et d’une citation évocatrice :
(…) Ridicule et menaçant tout à la fois, le pouvoir pétainiste revient à petits coups de phrases comme un cauchemar sinistre et glacé.
Roland Barthes, in préface de Le Pousse au Jouir, Gérard Miller.

Tout d’abord, Jean-Louis Cohen a fait remarquer que malgré l’abondante documentation, notamment les travaux de Paxton en 73, sur la réalité du régime de Vichy, la vision que l’on peut avoir sur l’architecture et les architectes reste fragmentaire et assez floue.

Quelques figures d’architectes sont évoquées cependant : du criminel de guerre que fut Albert Speer à Helena Syrkus travaillant à la reconstruction dans les sous-sol de Varsovie occupée pendant que son mari, prisonnier d’Auschwitz travaille, pour survivre, à la conception du camp, Anatole Kopp, Daniel Voltman, chargés de la reconstruction des villes, Le Corbusier, qualifié à la fois de naïf et d’opportuniste qui séjourna, pour un temps, avec complaisance dans la ville d’eau, André Lurçat, Gaston Bardet sans sympathie pour le régime mais qui travaillèrent dès 40 au plan d’aménagement.
Citoyens, les architectes ont été, comme tels, mobilisés, faits prisonniers, tués ou blessés.
Dans le contexte noir de l’été 41, ils sont aussi touchés par l’article du 2e statut des juifs qui stipule que le nombre d’architectes juifs ne doit pas dépasser 2% de l’ensemble de la profession bien que l’application ait été moins violente que pour d’autres professions libérales. Ils sont également victimes des lois raciales. (Remarque est faite que certains participent à la spoliation des biens en tant qu’experts et en demandant des honoraires).

Leurs profils oscillent entre d’authentiques fascistes ou nazis (Jean Boissel, Raoul Brandon), des résistants (Jean Vog, Pierre Vago, Roger Ginzburger), ou des victimes des persécutions Emmanuel Pontremoli (architecte de la villa Kerilos à Beaulieu sur mer) et André Jacob.

Dans le contexte économique qui s’effondre, il est évident que les conditions de travail sont difficiles pour la profession mais il est vrai aussi que certains architectes exercent leur métier et que ce sont dans leurs expériences que se forgea le triomphe de la modernité après 1945.

Ces professionnels savent dessiner, construire, organiser et s’organiser et faire preuve d’imagination. Par exemple, lorsque 480 architectes et étudiants en architecture sont prisonniers en 1940 Henri Bénard (l’architecte qui construira plus tard la Maison de la radio) obtient qu’ils soient tous regroupés en Prusse orientale (Stablak) créant ainsi un atelier d’architecture, une sorte d’école des Beaux Arts en exil.
Le savoir faire des architectes va s’exercer essentiellement à l’étranger mais parfois en France et ceci dans de nombreux domaines qui ouvriront la voie au progrès et à l’innovation moderne.

Le premier aspect touche le domaine industriel qui va prendre essor en quelques années à partir de 39. Citons par exemple l’usine Chrysler Tank Arsenal à Detroit aux USA (construite par Albert Kann) ou l’extension des usines Peugeot Sochaux, en France, comme filiales de Volkswagen sur le modèle de l’usine de Basse Saxe,

Le deuxième aspect touche la construction de logements ouvriers au contact des usines (essentiellement aux USA et en Allemagne car la France ne dispose ni de ciment ni d’acier) qui induira la notion de construction à une certaine échelle de masse.

Les architectes comme Joachim Richard (adepte du béton armé) sont engagés dans la guerre aérienne et construisent des abris pour protéger les civils des bombardements ou reprennent avec des fabrications high teck les techniques de camouflage des canaux pour leurrer les aviateurs.

Le recyclage verra le jour : il faut utiliser tout ce qui peut brûler ! Jean Prouvé à Nancy travaillera à la construction d’un fourneau permettant de brûler les combustibles les plus médiocres. Et pour compenser l’acier qui manque, l’invention de la colle phénolique sera à l’origine de l’utilisation du bois lamellé-collé.

Cette période verra émerger des méga projets tels que le Pentagone à Washington DC, l’usine de séparation isotrope d’Oak Ridge dans le Tennessee.

La normalisation des dimensions (l’usine AFNOR, dans laquelle Boris Vian a travaillé, est largement évoquée dans son roman burlesque Vercoquin et le Plancton) et la préfabrication sont largement développées. Elles permettront des fabrications en série (baignoires, lavabos ou portes entre autres). Il est à noter que le débarquement en Normandie n’a pu se faire que grâce aux ports artificiels préfabriqués, précisément.
Ainsi une des conséquences des préoccupations de la France de Vichy sera le développement du modernisme en construction et Jean-Louis Cohen insiste sur sa thèse : la guerre provoque et accélère les changements dans le devenir du logement.
Après avoir resitué le régime de Vichy dans son contexte géographique et historique, le conférencier utilise, pour le qualifier, les mots « autoritarisme » (pas d’opposition aux projets, mais manque de moyens), « charismatique » (qui repose sur la figure du chef) et « technocratisme » (règne des ingénieurs sans contrôle)

Il précise que la démarche de reconstruction, dès 1940, est différente de celle qui a été mise en œuvre après la 1ère guerre mondiale. La Direction de l’architecture confiée à Louis Hautecoeur devient un véritable appareil d’état et la loi de 1943 qui donne un pouvoir direct de l’état sur l’urbanisme orientent cette politique de reconstruction.

La présence allemande sur l’architecture est très forte puisque les occupants tiennent le bâtiment par l’interdiction des chantiers et la presse par le contrôle du papier et l’utilisation de la censure.
Une collaboration s’exercera toutefois avec la politique allemande comme l’expulsion des paysans en Lorraine pour construire des bâtiments agricoles modernes et la destruction du quartier du vieux port à Marseille pour lutter contre l’entrée des étrangers en Europe.
Néanmoins, la position bucolique de Vichy ne se retrouve pas dans la politique de l’architecture : les chantiers se développent dans les vallées de la Loire et de la Seine et des travaux innovants (comme ceux de Gaston Bardet à Louviers) ou des idées de villes nouvelles adaptées aux structures sociales voient le jour.
Plusieurs études et projets seront toutefois détournés de leur destination première comme le projet d’autoroute afin de relier la France à l’Allemagne qui donnera naissance au boulevard périphérique. Le seul projet réussi sera la création de centres sportifs dans la zone de la ceinture de Paris déclarée insalubre.

Pour conclure ce très intéressant exposé, Jean-Louis Cohen nous rappelle que c’est dans cette période de grande complexité que se forme l’appareil de la reconstruction française, l’appareil des « 30 glorieuses » et la modernisation du goût architectural.