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Mardi 12 Novembre 2009 
 

VOYAGE AU PAYS DE LA CARICATURE

par Valérie MUNCH
spécialiste en caricature, directrice de Caric’Artists.

Bx-Arts OrléansAssociation orléanaise Guillaume-Budé

 

Le jeudi 12 novembre, en partenariat avec le Comité du Quartier Orléans Saint-Marceau, organisateur du 10e Festival “Dessins, Presse, Humour et Caricature”, les Budistes, toujours curieux de nouveautés, n’ont pas hésité à faire un

Voyage au pays de la Caricature,

Valérie Munchavec pour guide Valérie MUNCH, docteur en esthétique, sciences et techniques des arts, directrice de Caric’Artists, accompagnée du caricaturiste Jean-Paul VOMORIN, qui a exercé ses talents “in situ”.

D’emblée la conférencière, voulant illustrer la richesse de cette catégorie du portrait, à vrai dire un peu décriée, nous a livré quelques grands noms célèbres, comme Delacroix, David, Boilly, Daumier, Cham, Bertall ou Forain, en même temps qu’elle a annoncé l’ampleur des sujets traités, qui vont jusqu’à la satire politique et même jusqu’au pamphlet antireligieux. Le large panorama historique illustré de diapositives — qui a constitué la plus grande partie de l’exposé — a commencé par la Renaissance italienne avec les “têtes grotesques” de Léonard de Vinci dont l’intention caricaturale, c’est-à-dire l’exagération des traits, est évidente. On sait que le premier dessin satirique date, chez nous tout au moins, de 1499, dirigé contre Louis XII ; au cours des Guerres de religion il va devenir arme de propagande et essaimera dans toute l’Europe, témoin cette estampe de 1580 représentant Luther poussant son gros ventre dans une brouette ! À la fin du XVIe se fait sentir l’influence de trois grands peintres bolonais : les frères Carrache (Ludovico, Agostino et surtout Annibale) ; c’est à eux que l’on attribue l’invention des “rittrati carici”, des portraits-chargés (nous disons : portraits-charge) d’où le mot italien de “caricatura” - le calque français n’apparaissant qu’au milieu du XVIIIe. Ils seront introduits en France par un autre artiste italien, surtout connu comme sculpteur, Gian-Lorenzo Bernini, dit le Cavalier Bernin.

À partir de la Révolution, la caricature satirique et politique va se répandre avec les progrès des moyens de diffusion: d’abord grâce aux marchands d’estampes (à titre d’exemple “l’égoût royal “ de 1791, c’est-à-dire la fuite du roi à Varennes a touché un large public), et ensuite du fait de l’essor de la presse au XIXe et du procédé nouveau de la lithographie. Tous les journaux publiaient alors des caricatures; certains, comme le “Charivari” (à partir de 1830 sous l’impulsion de son directeur Philippon) ont connu un franc succès, confirmé au-delà des siècles : on se souvient de Louis-Philippe en forme de poire, de Victor Hugo à la grosse tête, le pied sur le Panthéon ( 1841) ; on se souvient aussi des artistes, comme Nadar (qui a laissé le dessin pour la photo) ou Carjat ou encore André Gill, connu par sa caricature d’Offenbach (en 1866) et celle d’Anastasie (la censure personnifiée chère au “Canard enchaîné”) parue en 1874 dans ”l’Eclipse”.

caricature vomorinAu XXe siècle, la caricature (sauf pendant les périodes de guerre où Anastasie reprend du service!) prend ses quartiers dans ce qu’on appelle le “dessin de presse” avec, notamment, trois caricaturistes de renom : Sennep, Dubout et Faizant. Actuellement, la relève semble assurée avec les Piem, Blache, Cabu, Siné, Plantu, Wolinski… et autres.

Mais les derniers mots de Valérie Munch laissent transparaître un certain pessimisme : dans notre monde en mutation, la presse imprimée se vend mal, l’humour du petit écran fait de l’ombre, et l’artiste n’est pas toujours reconnu. (Ce n’était pas tout à fait vrai en ce qui nous concernait, puisque J.P. Vomorin a été fort apprécié et sa dernière caricature, celle du maître-toilier très applaudie)

André Lingois