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Mardi 20 octobre 2009 
 

LA MORT DES CÉSARS AU CINÉMA

par Claude AZIZA, spécialiste du péplum,
maître de conférence honoraire de langue et
littérature latines à la Sorbonne Nouvelle (Paris-III)

Voyages culturelsAssociation orléanaise Guillaume-Budé

 

Le mardi 20 octobre, Claude AZIZA, professeur émérite à Paris III (Sorbonne nouvelle), a bravé les aléas de la grève SNCF pour venir présenter :

La mort des Césars au cinéma

Claude Aziza était bien connu des budistes orléanais qui avaient déjà apprécié sa grande culture cinématographique — en particulier dans le genre dit du “peplum” ; il était venu l’an dernier parler d’Erasme, de l’Europe et du latin. En le présentant, le Président Alain Malissard, après avoir rappelé ses activités d’éditorialiste, d’éditeur et d’écrivain (il vient de publier un Guide de l’Antiquité imaginaire), s’est félicité que son sujet constituait à la fois une conclusion au “Cycle des Césars” et un élargissement jusqu’à l’époque impériale.

On ne peut que louer son très grand travail de recherche et de classement parmi les kilomètres de pellicule consacrés aux “morts exquises et violentes des six empereurs julio-claudiens”, depuis le premier film muet produit en 1898 par les Frères Lumière : “Néron essayant le poison sur un esclave” (un sujet copié sur un tableau “pompier” de Cabanel) jusqu’aux récentes et rutilantes séries télévisées. Les cinéastes, en majorité italiens, déjà avantagés par une profusion de décors naturels ou reconstitués ainsi que par une tradition scénique venue de l’opéra, n’ont eu qu’à puiser dans les scénarios qu’offrait Suétone dans la Vie des douze Césars, ouvrage qui fourmille de détails (et aussi de ragots). Cependant c’est Georges MELIES qui en 19O7 inaugure la série avec sa “Mort de César”, suivie en 1908 d’un Jules César américain, puis en 1909 d’un “Giulio Cesare e Bruto” de Giovanni PASTRONE - lequel se fera un nom dans le cinéma avec le succès en 1913 de “Cabiria” — première mise en scène “colossale” — très vite concurrencé par son rival Enrico GUAZZONI (auteur en 1911 d’un “Bruto” et en 1914 d’un “Giulio Cesare”). Et Claude Aziza de passer en revue les réalisations à partir d’Auguste — lequel a dû attendre les téléfilms des années 1977-1985 pour être empoisonné par Livie ! — tandis que Tibère a été choisi dès 1916, et Caligula l’année suivante, qui fournira en tout 13 films (avec des titres accrocheurs comme “Les folles nuits de Caligula” ou “Les orgies de Caligula”, en 1982). Si l’empereur Claude n’a inspiré qu’un seul film, Néron remporte la palme avec une bonne quinzaine ; sa mort est notamment représentée dans toutes les versions de ”Quo vadis ?”, dont la dernière date de 2001 et due au cinéaste polonais JERZY KAWALEROWICZ (dont Yves Avril nous avait présenté au printemps 2002 de larges séquences, alors que le film, tout à fait estimable en dépit d’un manque de moyens hollywoodiens évident, n’est toujours pas sorti à ce jour en France).

La deuxième partie de la séance a été, grâce à la technique du vidéo-projecteur, occupée par une anthologie d’extraits — parfois très courts — des principaux films cités. Ce qui a sans aucun doute intéressé les spectateurs (et, il faut l’avouer, ce qui sauve l’essentiel de ces reliques), ce sont les gros-plans sur les visages ou les détails déjà notés par les historiens. Par exemple dans le “César et Brutus” de 1909, dû à Pastrone, la caméra s’arrête sur les coups de poignard des conjurés, sur le sang qui coule (heureusement en noir !) et sur le geste de César abritant son visage dans un pan de sa toge. Dans le “Caligula” de Tinto Brass (1978) la scène de la mort de Tibère, est fidèle au récit suétonien, avec cependant une certaine complaisance pour le morbide. Les séries télévisées plus récentes — dont l’original est la plupart du temps produit à l’étranger, et peu apprécié par la critique — comporte parfois de belles scènes empreintes de gravité, même si elles sont apocryphes ; c’est le cas de la série anglaise intitulée “Claudius”. Il est évident que le cinéma “à l’antique” n’a pas comme impératif la recherche de la vérité historique, mais il lui arrive de suggérer une force dramatique ou simplement de saisir quelques moments d’humanité.

Que conserver de toute cette masse d’œuvres cinématographiques inspirées de l’Antiquité, depuis les incunables de la pellicule, d’une esthétique forcément expressionniste, jusqu’à ces productions un peu voyantes dessinées à grands traits ? On ne trouve guère que matière à satisfaire notre curiosité, sans aller jusqu’à cette admiration historique recommandée par Renan.

André Lingois