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QUELQUES FIGURES DE L'HISTOIRE GRECQUE ET ROMAINE

 

NUMA POMPILIUS

NUMA POMPILIUS, POUR DONNER DES LOIS À ROME , ÉCOUTE LES CONSEILS DE LA NYMPHE ÉGÉRIE

Numa Pompilius est né le jour de la fondation de Rome par Romulus. Il lui succéda en -714. Créateur de la plupart des cultes et des institutions sacrées, il disait que sa politique lui était inspirée par la nymphe Égérie qui le visitait la nuit dans une grotte, près d'une source sacrée. On dit même qu'il en fit son épouse.

Esquisses par Léon COGNIET (1794-1880) pour le décor de la troisième salle du Conseil d'État au Louvre. Salon de 1827.


Cogniet a représenté Numa dans une grotte, au pied d'une statue de la nymphe Égérie, attendant que lui soient dictées les lois attendues par les Romains.

OVIDE, Métamorphoses, XV, 480-492
In patriam remeasse ferunt ultroque petitum
accepisse Numam populi Latialis habenas.
Conjuge qui felix nympha ducibusque Camenis
sacrificos docuit ritus gentemque feroci
assuetam bello pacis traduxit ad artes.
Qui postquam senior regnumque aevum peregit,
extinctum Latiaeque nurus populusque patresque
deflevere Numam; nam conjux, urbe relicta,
vallis Aricinae densis latet abdita silvis
sacraque Oresteae gemitu questuque Dianae
impedit. A! quotiens nymphae nemorisque lacusque,
ne faceret, monuere et consolantia verba
dixerunt!
Numa retourna dans sa patrie et, appelé par les voeux du peuple latin, il prit en main les rênes de l'État. Heureux époux d'une nymphe, guidé par les Camènes, il enseigna à ses sujets les rites des sacrifices et il tourna une nation farouche et belliqueuse vers les arts de la paix. Lorsque, chargé d'ans, arrivé au terme d'un long règne et d'une longue existence, Numa s'éteignit, il fut pleuré par les matrones du Latium, par le peuple et par le sénat; car son épouse, ayant quitté la ville, était allée cacher sa douleur sous les épais ombrages de la vallée d'Aricies, où ses plaintes et ses gémissements troublaient le culte de Diane établi par Oreste. Ah! que de fois les nymphes du bois et du lac l'engagèrent à se calmer et lui adressèrent des paroles de consolation!

 

OVIDE, Fastes, III, 275-284
Egeria est quae praebet aquas, dea grata Camenis:
illa Numae coniunx consiliumque fuit.
Principio nimium promptos ad bella Quirites
molliri placuit iure deumque metu.
Inde datae leges, ne firmior omnia posset,
coeptaque sunt pure tradita sacra coli.
Exuitur feritas, armisque potentius aequum est,
et cum ciue pudet conseruisse manus,
atque aliquis, modo trux, uisa iam uertitur ara
uinaque dat tepidis farraque salsa focis.
C'est à Égérie qu'appartiennent ces ondes: Égérie, nymphe chérie des Muses, l'épouse et l'oracle de Numa. C'était le temps où il fallait enfin soumettre au frein de la justice et retenir par la crainte des dieux ces Romains toujours prêts à saisir les armes; les lois sont proclamées et remplacent le droit du plus fort; alors les divinités des ancêtres deviennent l'objet d'un culte solennel. La barbarie disparaît peu à peu; l'équité succède à la violence; le citoyen rougit de combattre contre un citoyen, et tel qui, furieux, allait assouvir sa colère, s'apaise soudain, à l'aspect de l'autel, et vient jeter sur la flamme le vin, le sel et le froment.

 

PLUTARQUE, Vie de Numa, 142
Αὕτη μὲν οὖν λέγεται τρίτῳ καὶ δεκάτῳ μετὰ τὸν γάμον ἔτει τελευτῆσαι. Ὁ δὲ Νομᾶς ἐκλείπων τὰς ἐν ἄστει διατριβὰς ἀγραυλεῖν τὰ πολλὰ καὶ πλανᾶσθαι μόνος ἤθελεν, ἐν ἄλσεσι θεῶν καὶ λειμῶσιν ἱεροῖς καὶ τόποις ἐρήμοις ποιούμενος τὴν δίαιταν. Ὅθεν οὐχ ἥκιστα τὴν ἀρχὴν ὁ περὶ τῆς θεᾶς ἔλαβε λόγος, ὡς ἄρα Νομᾶς ἐκεῖνος οὐκ ἀδημονίᾳ τινὶ ψυχῆς καὶ πλάνῃ τὸν μετὰ ἀνθρώπων ἀπολέλοιπε βίον, ἀλλὰ σεμνοτέρας γεγευμένος ὁμιλίας καὶ γάμων θείων ἠξιωμένος, Ἠγερίᾳ δαίμονι συνὼν ἐρώσῃ καὶ συνδιαιτώμενος, εὐδαίμων ἀνὴρ καὶ τὰ θεῖα πεπνυμένος γέγονεν. Tatia était morte, dit-on, après treize ans de mariage. Numa, depuis sa mort, avait quitté le séjour de la ville, et, d'ordinaire, il habitait la campagne. Son plaisir était de se promener solitaire dans les bocages des dieux, dans les prairies consacrées, et dans les lieux déserts. C'est ce genre de vie qui donna, je pense, l'occasion au bruit de son commerce avec une déesse : on imagina que ce n'était ni la mélancolie ni la douleur qui portaient Numa à fuir le commerce des hommes ; qu'il avait trouvé une société plus auguste ; qu'une divinité l'avait jugé digne de son alliance, et qu'époux de la déesse Égérie, comblé des dons de son amour, il était devenu, en passant ses jours auprès d'elle, un homme heureux, et savant dans la connaissance des choses divines.

 

LACTANCE, Les Institutions divines, livre I, chap. 22.
Harum vanitatum apud Romanos auctor et constitutor Sabinus ille rex fuit, qui maxime animos hominum rudes atque imperitos novis superstitionibus implicavit: quod ut faceret aliqua cum auctoritate, simulavit cum dea Egeria nocturnos se habere congressus. Erat quaedam spelunca peropaca in nemore Aricino, unde rivus perenni fonte manabat; huc, remotis arbitris, se inferre consueverat, ut mentiri posset, monitu deae conjugis ea sacra populo se tradere quae acceptissima diis essent. Celui qui commença à introduire dans Rome des vaines superstitions fut Numa Pompilius, son second roi, qui, trouvant des esprits grossiers et susceptibles de toutes sortes d'impressions, se servit de cette disposition pour leur inspirer ce qu'il voulut touchant le culte des dieux. Et, pour le faire avec plus d'autorité et de succès, il feignit qu'une certaine nymphe Égérie lui révélait de hauts mystères dans les entretiens qu'il avait avec elle durant la nuit. Assez proche de Rome dans un bois étais, se voit un antre obscur et profond d'où sort une eau claire et pure qui va arroser le pied des arbres voisins: c'est là que Numa passait les nuits sans témoins et, sortant les matins de sa retraite, il annonçait au peuple ce qu'il avait appris de son épouse immortelle, de la manière dont les dieux voulaient être servis.

Pour comparaison:

Ulpiano Checa y Sanz (1860-1916)
La Nymphe Égérie dictant les lois de Rome à Numa Pompilius, Museo de Madrid


Numa est le créateur de l'institution des VESTALES.

Toute vestale qui avait violé son voeu de virginité était enterrée vivante dans une sorte de caveau.

Plutarque, Vie de Numa
Κόλασις δὲ τῶν μὲν ἄλλων ἁμαρτημάτων πληγαὶ ταῖς παρθένοις, τοῦ μεγίστου Ποντίφικος κολάζοντος ἔστιν ὅτε καὶ γυμνὴν τὴν πλημμελήσασαν, ὀθόνης ἐν παλινσκίῳ παρατεινομένης· ἡ δὲ τὴν παρθενίαν καταισχύνασα ζῶσα κατορύττεται παρὰ τὴν Κολλίνην λεγομένην πύλην· ἐν ᾗ τις ἔστιν ἐντὸς τῆς πόλεως ὀφρὺς γεώδης παρατείνουσα πόρρω· καλεῖται δὲ χῶμα διαλέκτῳ τῇ Λατίνων. Ἐνταῦθα κατασκευάζεται κατάγειος οἶκος οὐ μέγας, ἔχων ἄνωθεν κατάβασιν. Κεῖται δὲ ἐν αὐτῷ κλίνη τε ὑπεστρωμένη καὶ λύχνος καιόμενος, ἀπαρχαί τε τῶν πρὸς τὸ ζῆν ἀναγκαίων βραχεῖαί τινες, οἷον ἄρτος, ὕδωρ ἐν ἀγγείῳ, γάλα, ἔλαιον, ὥσπερ ἀφοσιουμένων τὸ μὴ λιμῷ διαφθείρειν σῶμα ταῖς μεγίσταις καθιερωμένον ἁγιστείαις. Αὐτὴν δὲ τὴν κολαζομένην εἰς φορεῖον ἐνθέμενοι καὶ καταστεγάσαντες ἔξωθεν καὶ καταλαβόντες ἱμᾶσιν, ὡς μηδὲ φωνὴν ἐξάκουστον γενέσθαι, κομίζουσι δι´ ἀγορᾶς. Ἐξίστανται δὲ πάντες σιωπῇ καὶ παραπέμπουσιν ἄφθογγοι μετά τινος δεινῆς κατηφείας· οὐδὲ ἐστὶν ἕτερον θέαμα φρικτότερον, οὐδ´ ἡμέραν ἡ πόλις ἄλλην ἄγει στυγνοτέραν ἐκείνης. Ὅταν δὲ πρὸς τὸν τόπον κομισθῇ τὸ φορεῖον, οἱ μὲν ὑπηρέται τοὺς δεσμοὺς ἐξέλυσαν, ὁ δὲ τῶν ἱερέων ἔξαρχος εὐχάς τινας ἀπορρήτους ποιησάμενος καὶ χεῖρας ἀνατείνας θεοῖς πρὸ τῆς ἀνάγκης, ἐξάγει συγκεκαλυμμένην καὶ καθίστησιν ἐπὶ κλίμακος εἰς τὸ οἴκημα κάτω φερούσης. Εἶτα αὐτὸς μὲν ἀποτρέπεται μετὰ τῶν ἄλλων ἱερέων· τῆς δὲ καταβάσης ἥ τε κλίμαξ ἀναιρεῖται καὶ κατακρύπτεται τὸ οἴκημα γῆς πολλῆς ἄνωθεν ἐπιφορουμένης, ὥστε ἰσόπεδον τῷ λοιπῷ χώματι γενέσθαι τὸν τόπον. Οὕτω μὲν αἱ προέμεναι τὴν ἱερὰν παρθενίαν κολάζονται. Pour les fautes qu'elles-mêmes commettent, les Vestales sont frappées de verges par le grand Pontife ; quelquefois môme elles subissent le châtiment dans un lieu obscur et retiré, nues et protégées d'un simple voile. Mais la vestale qui a violé le vœu de virginité est enterrée vivante, près de la porte Colline. Il y a, dans cet endroit, en dedans de la ville, un tertre d'une assez longue étendue, qu'en langue latine on appelle une levée. On y construit un petit caveau, où l'on descend par une ouverture pratiquée à la surface du terrain. Il y a, dans le caveau, un lit, une lampe allumée, et une petite provision des choses nécessaires à la vie : du pain, de l'eau, un pot de lait et un peu d'huile, comme pour dissimuler qu'on force à mourir de faim une personne consacrée par les plus augustes cérémonies. Celle qui a été condamnée est mise dans une litière, qu'on ferme exactement, et qu'on serre avec des courroies, de manière que sa voix ne puisse pas morne être entendue; et on lui fait traverser le Forum. Alors tout le monde se range, et suit d'un air morne et dans un profond silence. Il n'est point de spectacle plus effrayant à Rome, point de jour où la ville présente un plus lugubre aspect. Quand la litière est apportée au lieu du supplice, les licteurs délient les courroies. Le grand Pontife, avant l'exécution, fait certaines prières secrètes, et il lève les mains au ciel. Il tire ensuite de la litière la patiente couverte d'un voile, la met sur l'échelle par où l'on descend dans le caveau, puis il s'en retourne avec les autres prêtres. Elle arrivée au bas, on remonte l'échelle, et l'on recouvre le caveau, en y amoncelant de la terre jusqu'à ce que le terrain soit de niveau avec le reste de la levée. Tel est le châtiment des Vestales qui ont violé leur vœu sacré de virginité

Jacques GAMELIN (1738-1803), Le supplice d'une vestale

(voir abbé Nadal, Histoire des Vestales, 1725, p. 170-171)


TULLIA

TULLIA FAIT PASSER SON CHAR SUR LE CORPS DE SON PÈRE MORT

Tullia, fille cadette du roi Servius Tullius, a fait assassiner son premier mari pour épouser Lucius Tarquin le Superbe. Celui-ci fait assassiner Servius Tullius par ses gardes à la sortie de la Curie et Tullia, rentrant chez elle, roule sur le corps de son père avec son char à deux roues.

 

Esquisse par Jean BARDIN (1732-1809), Tullia fait passer son char sur le corps de son père mort- 1765. 

Jean BARDIN (1732-1809),
Tullia fait passer son char sur le corps de son père mort- 1765, au Landesmuseum de Mayence.

Tite-Live, Histoire romaine, I, 48.
Foedum inhumanumque inde traditur scelus [...] amens, agitantibus furiis sororis ac viri, Tullia per patris corpus carpentum egisse fertur. Il se dit que là fut consumé un acte horrible et inhumain: On rapporte que, nvahie par la furie vengeresse de la sœur et du mari, Tullia a fait passer son char sur le corps de son père.


CORIOLAN

SA MÈRE ET SA FEMME VIENNENT DANS LE CAMP DES VOLSQUES POUR SUPPLIER CORIOLAN

Condamné à l'exil par le peuple romain qui n'admit pas sa politique ologarchique, le général Caius Marcus Coriolan se réfugia chez les Volsques. Poussé par le désir de se venger, il les incita à entrer en guerre contre les Romains et prit lui-même le commandement d'une armée. Le Sénat l'ayant en vain supplié de ne pas porter les armes contre sa patrie, sa mère, Véturie, et sa femme Volumnie vinrent implorer sa clémence. Coriolan, convaincu par leurs prières, ordonna à ses troupes de se retirer.

Louis GALLOCHE (1670-1761), Coriolan dans le camp des Volsques, 1747

PLUTARQUE, Vie de Coriolan, 34
Ἐκ τούτου τά τε παιδία καὶ τὴν Οὐεργιλίαν ἀναστήσασα, μετὰ τῶν ἄλλων γυναικῶν ἐβάδιζεν εἰς τὸ στρατόπεδον τῶν Οὐολούσκων. Ἡ δ' ὄψις αὐτῶν τό τ' οἰκτρὸν καὶ τοῖς πολεμίοις ἐνεποίησεν αἰδῶ καὶ σιωπήν. Ἐδίκαζε δ' ὁ Μάρκιος, ἐπὶ βήματος καθεζόμενος μετὰ τῶν ἡγεμονικῶν. Ὡς οὖν εἶδε προσιούσας τὰς γυναῖκας, ἐθαύμασεν· ἐπιγνοὺς δὲ τὴν μητέρα πρώτην βαδίζουσαν, ἐβούλετο μὲν ἐμμένειν τοῖς ἀτρέπτοις ἐκείνοις καὶ ἀπαραιτήτοις λογισμοῖς, γενόμενος δὲ τοῦ πάθους ἐλάττων καὶ συνταραχθεὶς πρὸς τὴν ὄψιν, οὐκ ἔτλη καθεζομένῳ προσελθεῖν, ἀλλὰ καταβὰς θᾶττον ἢ βάδην καὶ ἀπαντήσας, πρώτην μὲν ἠσπάσατο τὴν μητέρα καὶ πλεῖστον χρόνον, εἶτα δὲ τὴν γυναῖκα καὶ τὰ τέκνα, μήτε δακρύων ἔτι μήτε τοῦ φιλοφρονεῖσθαι φειδόμενος, ἀλλ' ὥσπερ ὑπὸ ῥεύματος φέρεσθαι τοῦ πάθους ἑαυτὸν ἐνδεδωκώς. Ἐπεὶ δὲ τούτων ἄδην εἶχε καὶ τὴν μητέρα βουλομένην ἤδη λόγων ἄρχειν ᾔσθετο, τοὺς τῶν Οὐολούσκων προβούλους παραστησάμενος, ἤκουσε τῆς Οὐολουμνίας. En finissant ces mots, elle prend ses petits-fils, fait lever Virgilie, et se rend avec les autres femmes au camp des Volsques, qui, saisis de respect à leur vue et touchés de compassion, se tinrent dans le plus profond silence. Coriolan était assis sur son tribunal, environné de tous ses officiers. La vue de ces femmes le surprit d'abord; mais, lorsqu'il eut reconnu sa femme qui marchait à leur tête, il voulut soutenir son caractère d'obstination et d'inflexibilité : bientôt, vaincu par sa tendresse, et n'étant plus maître de son émotion, il n'a pas le, courage de l'attendre sur son tribunal; il descend avec précipitation, s'élance au-devant d'elle, se jette à son cou, la tient longtemps embrassée : pressant ensuite tour à tour sur son sein sa mère et ses enfants, il leur prodigue les plus tendres caresses, les couvre de ses larmes et s'abandonne au sentiment de la nature comme à un torrent qu'il ne saurait contenir. Quand il eut, pour ainsi dire, rassasié sa tendresse, et qu'il vit que sa mère voulait parler, il se fit entourer par les officiers voisques et écouta Volumnie.

 

TITE-LIVE, Histoire romaine, II, 40
Tum matronae ad Veturiam, matrem Coriolani, Volumniamque uxorem frequentes coeunt. Id publicum consilium an muliebris timor fuerit, parum conuenit; peruicere certe, ut et Veturia, magno natu mulier, et Volumnia duos paruos ex Marcio ferens filios secum in castra hostium irent, et, quoniam armis uiri defendere urbem non possent, mulieres precibus lacrimisque defenderent. Vbi ad castra uentum est nuntiatumque Coriolano est adesse ingens mulierum agmen, primo, ut qui nec publica maiestate in legatis nec in sacerdotibus tanta offusa oculis animoque religione motus esset, multo obstinatior aduersus lacrimas muliebres erat. Dein familiarium quidam, qui insignem maestitia inter ceteras cognouerat Veturiam inter nurum nepotesque stantem, "nisi me frustrantur" inquit, "oculi, mater tibi coniunxque et liberi adsunt". Coriolanus prope ut amens consternatus ab sede sua cum ferret matri obuiae conplexum, mulier in iram ex precibus uersa "sine, priusquam conplexum accipio, sciam" inquit, "ad hostem an ad filium uenerim, captiua materne in castris tuis sim. In hoc me longa uita et infelix senecta traxit, ut exulem te, deinde hostem uiderem ? Potuisti populari hanc terram, quae te genuit atque aluit ? Non tibi quamuis infesto animo et minaci (perueneras) ingredienti fines ira cecidit ? Non, cum in conspectu Roma fuit, succurrit : Intra illa moenia domus ac penates mei sunt, mater, coniunx liberique ? Ergo ego nisi peperissem, Roma non oppugnaretur; nisi filium haberem, libera in libera patria mortua essem. Sed ego nihil iam pati nec tibi turpius nec mihi miserius possum nec, ut sim miserrima, diu futura sum; de his uideris, quos, si pergis, aut inmatura mors aut longa seruitus manet". Vxor deinde ac liberi amplexi, fletusque ab omni turba mulierum ortus et conploratio sui patriaeque fregere tandem uirum. Conplexus inde suos dimittit; ipse retro ab urbe castra mouit. Abductis deinde legionibus ex agro Romano inuidia rei oppressum perisse tradunt alii alio leto. Alors, les dames romaines se rendent en foule auprès de Véturie, mère de Coriolan, et de Volumnie sa femme. Cette démarche fut-elle le résultat d'une délibération publique, ou l'effet d'une crainte naturelle à ce sexe ? je ne saurais le décider. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elles obtinrent que Véturie, malgré son grand âge, et Volumnie, portant dans ses bras deux fils qu'elle avait eus de Marcius, viendraient avec elles dans le camp des ennemis, et que, femmes, elles défendissent, par les larmes et les prières, cette ville que les hommes ne pouvaient défendre par les armes. Dès qu'elles furent arrivées devant le camp, et qu'on eut annoncé à Coriolan qu'une troupe nombreuse de femmes se présente; lui que, ni la majesté de la république, dans la personne de ses ambassadeurs, ni l'appareil touchant et sacré de la religion, dans la personne de ses prêtres, n'avait pu émouvoir, se promettait d'être plus insensible encore à des larmes féminines. Mais, quelqu'un de sa suite ayant reconnu, dans la foule, Véturie, remarquable par l'excès de sa douleur, debout au milieu de sa bru et de ses petits-enfants, vint lui dire : « Si mes yeux ne me trompent, ta mère, ta femme et tes enfants sont ici. » Coriolan, éperdu et comme hors de lui-même, s'élance de son siège, et court au-devant de sa mère pour l'embrasser; mais elle, passant tout à coup des prières à l'indignation : « Arrête, lui dit-elle, avant de recevoir tes embrassements, que je sache si je viens auprès d'un ennemi ou d'un fils; et si dans ton camp je suis ta captive ou ta mère ? N'ai-je donc tant vécu, ne suis-je parvenue à cette déplorable vieillesse, que pour te voir exilé, puis armé contre ta patrie ? As-tu bien pu ravager cette terre qui t'a donné le jour, et qui t'a nourri ? Malgré ton ressentiment et tes menaces, ton courroux, en franchissant nos frontières, ne s'est pas apaisé à la vue de Rome; tu ne t'es pas dit : derrière ces murailles sont ma maison, mes pénates, ma mère, ma femme et mes enfants ? Ainsi donc, si je n'avais point été mère, Rome ne serait point assiégée; si je n'avais point de fils, je mourrais libre dans une patrie libre. Pour moi, désormais, je n'ai plus rien à craindre qui ne soit plus honteux pour toi, que malheureux pour ta mère, et quelque malheureuse que je sois, je ne le serai pas longtemps. Mais, ces enfants, songe à eux : si tu persistes, une mort prématurée les attend ou une longue servitude. » À ces mots, l'épouse et les enfants de Coriolan l'embrassent; les larmes que versent toutes ces femmes, leurs gémissements sur leur sort et sur celui de la patrie, brisent enfin ce cœur inflexible; après avoir serré sa famille dans ses bras, il la congédie, et va camper à une plus grande distance de Rome; ensuite, il fit sortir les légions du territoire romain, et périt, dit-on, victime de la haine qu'il venait d'encourir.


PÉRICLÈS

PÉRICLÈS AU DÉSESPOIR DEVANT LE CORPS DE SON FILS PARALSÈS MORT DE LA PESTE

Esquisse de Nicolas-François CHIFFLART (1825-1901), 1851
Périclès au lit de mort de son fils

PLUTARQUE, Vie de Périclès
ἀπέθανε γὰρ ὁ Ξάνθιππος ἐν τῷ λοιμῷ νοσήσας. Ἀπέβαλε δὲ καὶ τὴν ἀδελφὴν ὁ Περικλῆς τότε καὶ τῶν κηδεστῶν καὶ φίλων τοὺς πλείστους καὶ χρησιμωτάτους πρὸς τὴν πολιτείαν. Οὐ μὴν ἀπεῖπεν οὐδὲ προὔδωκε τὸ φρόνημα καὶ τὸ μέγεθος τῆς ψυχῆς ὑπὸ τῶν συμφορῶν, ἀλλ' οὐδὲ κλαίων οὐδὲ κηδεύων οὐδὲ πρὸς τάφῳ τινὸς ὤφθη τῶν ἀναγκαίων, πρίν γε δὴ καὶ τὸν περίλοιπον αὑτοῦ τῶν γνησίων υἱῶν ἀποβαλεῖν Πάραλον. Ἐπὶ τούτῳ δὲ καμφθεὶς ἐπειρᾶτο μὲν ἐγκαρτερεῖν τῷ ἤθει καὶ διαφυλάττειν τὸ μεγαλόψυχον, ἐπιφέρων δὲ τῷ νεκρῷ στέφανον ἡττήθη τοῦ πάθους πρὸς τὴν ὄψιν, ὥστε κλαυθμόν τε ῥῆξαι καὶ πλῆθος ἐκχέαι δακρύων, οὐδέποτε τοιοῦτον οὐδὲν ἐν τῷ λοιπῷ βίῳ πεποιηκώς. Xanthippe mourut de la peste. Périclès perdit de même sa sœur, la plupart dé ses parents, et ceux de ses amis dont les conseils lui étaient le plus utiles pour le gouvernement. Cependant il conserva toute sa fermeté et sa grandeur d'âme. Il ne faiblissait point sous tant de malheurs ; et on ne le voyait ni pleurer, ni célébrer des funérailles, ni paraître sur la tombe d'aucun de ses proches. Mais, lorsqu'il perdit Paralus, le dernier de ses enfants légitimes, il essaya vainement de se roidir contre un tel coup, et de conserver son caractère et sa force d'âme. Il fléchit alors ; et, quand il s'approcha pour déposer sur le mort une couronne, à la vue du cadavre, la douleur l'emporta, ses sanglots éclatèrent, et il versa un torrent de larmes. C'était la première fois qu'il montrait son désespoir.


DIAGORAS

L'ATHLÈTE DIAGORAS EST PORTÉ EN TRIOMPHE PAR SES FILS

Diagoras de Rhodes était l'un des plus célèbres athlètes grecs de l'Antiquité. Il a été champion des Jeux olympiques en pugilat (boxe) en -464. Puis il a remporté de nombreuses autres victoires, dont quatre titres aux Jeux isthmiques et deux aux Jeux néméens. Ses deux fils et deux de ses petits-fils étaient également champions olympiques.

Attribué à Léon COGNIET (1794-1880), Diagoras porté en triomphe par ses fils, vers 1814, huile sur toile

PINDARE, Olympiques, VII, A Diagoras de Rhodes, vainqueur au pugilat
Τῶν ἄνθεσι Διαγόρας ἐστεφανώσατο δίς, κλεινᾷ τ' ἐν ᾿Ισθμῷ τετράκις εὐτυχέων, Νεμέᾳ τ' ἄλλαν ἐπ' ἄλλα, καὶ κρανααῖς ἐν ᾿Αθάναις. Ὅ τ' ἐν ῎Αργει χαλκὸς ἔγνω νιν, τά τ' ἐν ᾿Αρκαδίᾳ ἔργα καὶ Θήβαις, ἀγῶνές τ' ἔννομοι Βοιωτίων, Πέλλανα τ' Αἴγινά τε νικῶνθ' ἑξάκις. Ἐν Μεγάροισίν τ' οὐχ ἕτερον λιθίνα ψᾶφος ἔχει λόγον. Ἄλλ', ὦ Ζεῦ πάτερ, νώτοισιν ᾿Αταβυρίου μεδέων, τίμα μὲν ὕμνου τεθμὸν ᾿Ολυμπιονίκαν, ἄνδρα τε πὺξ ἀρετὰν εὑρόντα, δίδοι τέ οἱ αἰδοίαν χάριν καὶ ποτ' ἀστῶν καὶ ποτὶ ξείνων. Ἐπεὶ ὕβριος ἐχθρὰν ὁδὸν 166 εὐθυπορεῖ, σάφα δαεὶς ἅ τέ οἱ πατέρων ὀρθαὶ φρένες ἐξ ἀγαθῶν ἔχρεον. Μὴ κρύπτε κοινὸν σπέρμ' ἀπὸ Καλλιάνακτος· ᾿Ερατιδᾶν τοι σὺν χαρίτεσσιν ἔχει θαλίας καὶ πόλις· ἐν δὲ μιᾷ μοίρᾳ χρόνου ἄλλοτ' ἀλλοῖαι διαιθύσσοισιν αὖραι. Deux fois Diagoras y a triomphé ; trois fois l'Isthme le vit vainqueur, et la forêt de Némée, et la puissante Athènes l'ont aussi vu voler de triomphe en triomphe. Le bouclier d'airain, récompense que donne Argos, les magnifiques ouvrages de l'art que décernent l'Arcadie et Thèbes, les combats fameux de la Béotie attestent sa valeur. Six fois Égine et Pellène ont proclamé sa victoire, et jamais le nom d'un athlète n'orna si souvent la colonne sur laquelle Mégare inscrit le nom des vainqueurs. Grand Jupiter, qui règnes sur les sommets de l'Atabyre, daigne accueillir mes chants et jeter un regard propice sur ce héros dont Olympie vient de couronner les mâles vertus. Que sa gloire éclate et dans sa patrie et dans tout l'univers, puisqu'il suit les traces de ses héroïques ancêtres et qu'il marche d'un pas ferme dans les sentiers de la justice. Dieu puissant, ne permets pas que la race de Callianacte se perde avec sa gloire dans l'obscurité. Ta patrie, ô Diagoras, célèbre aujourd'hui par ses pompes, la prospérité présente des Ératides , mais hélas ! le souffle inconstant de la fortune ne peut-il pas nous rendre en un instant le jouet de ses caprices ?

 

PAUSANIAS, Description de la Grèce, livre VI, Élide, chap. VII, Statues de Diagoras de Rhodes et de sa famille.
Θεασάμενος δὲ καὶ τούτους, ἐπὶ τῶν Ῥοδίων ἀθλητῶν ἀφίξῃ τὰς εἰκόνας, Διαγόραν καὶ τὸ ἐκείνου γένος. Οἱ δὲ συνεχεῖς τε ἀλλήλοις καὶ ἐν κόσμῳ τοιῷδε ἀνέκειντο. Ἀκουσίλαος μὲν λαβὼν πυγμῆς ἐν ἀνδράσι στέφανον, Δωριεὺς δὲ ὁ νεώτατος παγκρατίῳ νικήσας Ὀλυμπιάσιν ἐφεξῆς τρισί. Πρότερον δὲ ἔτι τοῦ Δωριέως ἐκράτησε καὶ Δαμάγητος τοὺς ἐσελθόντας ἐς τὸ παγκράτιον· οὗτοι μὲν ἀδελφοί τέ εἰσι καὶ Διαγόρου παῖδες. Ἐπὶ δὲ αὐτοῖς κεῖται καὶ ὁ Διαγόρας, πυγμῆς ἐν ἀνδράσιν ἀνελόμενος νίκην· τοῦ Διαγόρου δὲ τὴν εἰκόνα Μεγαρεὺς εἰργάσατο Καλλικλῆς Θεοκόσμου τοῦ ποιήσαντος τὸ ἄγαλμα ἐν Μεγάροις τοῦ Διός. Διαγόρου δὲ καὶ οἱ τῶν θυγατέρων παῖδες πύξ τε ἤσκησαν, καὶ ἔσχον Ὀλυμπικὰς νίκας. […] Διαγόραν δὲ καὶ ὁμοῦ τοῖς παισὶν Ἀκουσιλάῳ καὶ Δαμαγήτῳ λέγουσιν ἐς Ὀλυμπίαν ἐλθεῖν. Νικήσαντες δὲ οἱ νεανίσκοι διὰ τῆς πανηγύρεως τὸν πατέρα ἔφερον, βαλλόμενόν τε ὑπὸ τῶν Ἑλλήνων ἄνθεσι καὶ εὐδαίμονα ἐπὶ τοῖς παισὶ καλούμενον. Après avoir vu ces statues, vous arrivez à celles des athlètes Rhodiens, Diagoras et toute sa famille; ils sont à la suite les uns des autres, et dans l'ordre suivant : d'abord Acusilas, qui remporta le prix du pugilat parmi les hommes; Doriéus, le plus jeune de tous, qui fut vainqueur au pancrace pendant trois olympiades de suite ; et Damagétus qui avait remporté avant lui le prix du pancrace. Ils étaient tous trois fils de Diagoras. Au-dessus d'eux est Diagoras, qui avait remporté le prix du pugilat parmi les hommes faits. Sa statue est l'ouvrage de Calliclès, Mégaréen, fils de Théocosmus, qui a fait la statue de Jupiter (Zeus) à Mégare. Les fils des filles de Diagoras s'exercèrent aussi au pugilat, et remportèrent des victoires aux jeux olympiques. […] On dit que Diagoras se trouvant une fois à Olympie, avec Acusilas et Damagitus, ses fils, ces deux jeunes Grecs, après avoir remporté la victoire, le portèrent par toute l'assemblée, au milieu des acclamations de tous les assistants qui lui jetaient des fleurs et le félicitaient d'avoir de tels fils.

 

Pour comparaison:
– Thomas Degeorge, Diagoras porté en triomphe par ses fils à Olympie, 1814, musée de Clermont-Ferrand


CINCINNATUS

CINCINNATUS REÇOIT LES DÉPUTÉS DE ROME QUI VIENNENT LUI OFFRIR LA DICTATURE

Cincinnatus fut consul puis dictateur. La tradition légendaire raconte que, retiré du pouvoir, on vint l'arracher à sa retraite campagnarde en 458 pour lui confier la dictature. Il aurait alors délivré l'armée romaine encerclée par les Eques et les Volsques avant d'abdiquer, la victoire acquise, de refuser les honneurs et de reprendre sa vie rustique.

Jacob Grimmer (vers 1525-1590) et Gillis Mostaert (vers 1534-1598), Cincinnatus recevant les députés de Rome

Jacob Grimmer peint une vue panoramique de la campagne flamande que son collègue Gillis Mostaert anime de personnages, une collaboration fréquente dans les pays du Nord. Cincinnatus, vêtu en hobereau flamand, est assis sous un chêne, entouré de sa maisonnée. Plus loin, des bergers tondent les moutons ou lavent leur laine dans la cour du manoir de briques roses. Des soldats romains viennent troubler la quiétude du lieu de leur course bruyante et de leurs couleurs chamarrées. Au loin, un campement romain apparaît sur la colline.

En -458, une nouvelle guerre est déclarée par les Èques qui rompent les traités de paix en envahissant le territoire latin. Le Sénat romain tente de restaurer la paix et envoie des délégués pour négocier avec les Èques mais en vain. Les tribuns de la plèbe s'opposent une nouvelle fois à la mobilisation, avec quelques succès jusqu'à ce que les Sabins menacent à leur tour Rome. Devant ce nouveau danger, le peuple finit par prendre les armes. Le consul Caius Nautius Rutilus est envoyé combattre les Sabins. Il mène une campagne éclair et ravage leur territoire. Son collègue Lucius Minucius Esquilinus Augurinus est quant à lui pris de court face aux Èques et se retrouve assiégé près du mont Algide. Rutilus est rappelé à Rome et, en accord avec le Sénat, il nomme comme dictateur Cincinnatus, qui fut consul en -460, pour faire face à la situation.
Selon la tradition, Cincinnatus se consacre à la culture de ses terres quand les sénateurs viennent le supplier d'accepter la dictature. Il sait que son départ risque de ruiner sa famille, déjà appauvrie à la suite du procès de son fils, si, en son absence, les récoltes ne sont pas assurées. Néanmoins, il accepte et prend Lucius Tarquitius Flaccus pour maître de cavalerie. En seize jours, il libère le consul assiégé, défait les Èques à la bataille du mont Algidea, célèbre un triomphe, fait condamner Marcus Volscius Fictor et abdique.

LHOMOND, De viris illustribus urbis Romae, XVII, L. Quinctius Cincinnatus
Aequi consulem Minucium atque exercitum ejus circumsessos tenebant. Id ubi Romae nuntiatum est, tantus pavor, tanta trepidatio fuit quanta si urbem ipsam, non castra, hostes obsiderent: quum autem in altero consule parum esse praesidii videretur, dictatorem dici placuit, qui rem afflictam restitueret. Quinctius Cincinnatus omnium consensu dictator est dictus. Ille, spes unica imperii Romani, trans Tiberim quatuor jugerum colebat agrum. Ad quem missi legati nudum eum arantem offenderunt. Salute data invicem redditaque, Quinctius togam propere e tugurio proferre uxorem Raciliam jussit, ut senatus mandata togatus audiret. Postquam, absterso pulvere ac sudore, toga indutus processit Quinctius, dictatorem eum legati gratulantes consalutant, quantus terror in exercitu sit exponunt. Quinctius igitur Romam venit, et antecedentibus lictoribus domum deductus est. Postero die profectus, caesis hostibus, exercitum Romanum liberavit. Urbem triumphans ingressus est. Ducti ante currum hostium duces, militaria signa praelata; secutus est exercitus praeda onustus; epulae instructae ante omnium domos. Quinctius sexto decimo die dictatura, quam in sex menses acceperat, se abdicavit et ad boves rediit triumphalis agricola. Les Èques tenaient cernés le consul Minucius et son armée. Cette nouvelle répandit à Rome une alarme et une agitation aussi grandes que si l'ennemi eût assiégé la ville même, et non le camp. Comme on voyait peu de ressource dans l'autre consul, on fut d'avis de nommer un dictateur pour relever la fortune de la république. Quinctius Cincinnatus fut proclamé d'un consentement universel. Cet homme, l'unique espoir de l'empire romain, cultivait un champ de quatre arpents au delà du Tibre. Les députés qu'on lui envoya le trouvèrent sans robe, occupé à labourer. Lorsqu'on se fut salué de part et d'autre, Quinctius se fit apporter sa robe de la chaumière par son épouse Racilia, afin d'écouter dans un costume convenable les ordres du sénat. Après avoir essuyé la sueur et la poussière qui le couvraient, Quinctius s'avança revêtu de sa toge. Les députés le complimentent en le saluant dictateur, et lui exposent de quelle terreur l'armée a été saisie. Quinctius se rendit donc à Rome, et fut conduit chez lui, précédé de licteurs. Le lendemain, il part, défait l'ennemi, délivre l'armée romaine. Il rentra triomphant dans Rome. On conduisit les généraux des ennemis devant son char; la marche s'ouvrait par les étendards qui leur avaient été pris. L'armée romaine suivait, chargée de butin, et il y avait des tables dressées devant toutes les maisons. Au bout de seize jours, Quinctius se démit de la dictature qu'il avait reçue pour six mois, et ce cultivateur, honoré du triomphe, retourna à sa charrue.

Pour comparaison:

Alexandre Cabanel (1823-1889)
Cincinnatus recevant les ambassadeurs de Rome, 1843, musée Fabre, Montpellier

SOPHOCLE

ÉTANT ACCUSÉ DE DÉMENCE PAR SES FILS, SOPHOCLE PROUVE À SES JUGES QU'IL N'EN EST RIEN

En -406 Sophocle était âgé de 89 ans. Peu de temps avant sa mort, ses fils lui reprochèrent de consacrer trop de temps au théâtre et de mal gérer son patrimoine. Ils essayèrent de le faire condamner pour folie. Alors Sophocle, devant ses juges, se contenta de lire un fragment de son Œdipe à Colone : "Etranger, tu es dans une contrée célèbre par ses coursiers, dans le plus beau séjour de ce pays, tu es sur le sol du blanc Colone. Ici de nombreux rossignols font entendre leurs plaintes mélodieuses dans des vallons toujours verts, sous l'ombrage du lierre noirâtre, et dans ces bois sacrés, inaccessibles, impénétrables au jour, où les arbres chargés de fruits sont respectés des orages, et où, dans ses joyeux transports, Bacchus aime à errer au milieu du cortège de ses divines nourrices." Convaincus par la beauté de l'œuvre, les juges l'acquittèrent.

Esquisse par Joseph-Fortuné LAYRAUD (1833-1912), Sophocle accusé par ses fils

CICÉRON, De Senectute, VII, 22.
Sophocles ad summam senectutem tragoedias fecit; quod propter studium cum rem neglegere familiarem uideretur, a filiis in iudicium uocatus est, ut, quem ad modum nostro more male rem gerentibus patribus bonis interdici solet, sic illum quasi desipientem a re familiari remouerent iudices. Tum senex dicitur eam fabulam, quam in manibus habebat et proxime scripserat, Oedipum Coloneum, recitasse iudicibus quaesisseque, num illud carmen desipientis uideretur. Quo recitato sententiis iudicum est liberatus. Sophocle, dans son extrême vieillesse, composait encore des tragédies; on l'accusait de négliger son patrimoine pour cultiver ta poésie, et ses fils l'appelèrent en justice pour le faire interdire comme fou, au nom d'une loi semblable à celle de Rome, qui ôte la gestion de leurs biens aux pères qui les dissipent. On dit que le vieillard lut aux juges son Œdipe à Colone, qu'il tenait à la main et qu'il avait tout récemment composé, et leur demanda ensuite si c'était là l'œuvre d'un fou. Il fut renvoyé absous après cette lecture.

 

PLUTARQUE, Moralia, Les vieillards doivent-ils s'occuper des affaires publiques ?, III
Σοφοκλῆς δὲ λέγεται μὲν ὑπὸ παίδων παρανοίας δίκην φεύγων ἀναγνῶναι τὴν ἐν Οἰδίποδι τῷ ἐπὶ Κολωνῷ πάροδον, ᾗ ἐστιν ἀρχὴ « Εὐίππου, ξένε, τᾶσδε χώρας ἵκου τὰ κράτιστα γᾶς ἔπαυλα, τὸν ἀργῆτα Κολωνόν, ἔνθ' ἁ λίγεια μινύρεται θαμίζουσα μάλιστ' ἀηδὼν χλωραῖς ὑπὸ βάσσαις. » Θαυμαστοῦ δὲ τοῦ μέλους φανέντος, ὥσπερ ἐκ θεάτρου τοῦ δικαστηρίου προπεμφθῆναι μετὰ κρότου καὶ βοῆς τῶν παρόντων. On dit que Sophocle ayant à répondre à une accusation de folie intentée contre lui par ses fils récita le chœur d'OEdipe à Colone qui commence ainsi : "Tu foules une terre où tu rencontreras, Vénérable étranger, les plus riches haras. C'est ici Colone la blanche ; Et ces bocages frai portent sur chaque branche Un rossignol harmonieux Dont les tendres accents réjouissent les cieux." Ces vers parurent admirables; et comme on l'aurait fait au théâtre, les assistants, à sa sortie du tribunal, reconduisirent le vieillard avec des applaudissements et des acclamations.

 

APULÉE, Apologie, chap. 37
Sophocles poeta Euripidi aemulus et superstes – uixit enim ad extremam senectam – cum igitur accusaretur a filio suomet dementiae, quasi iam per aetatem desiperet, protulisse dicitur Coloneum suam, peregregiam tragoediarum, quam forte tum in eo tempore conscribebat, eam iudicibus legisse nec quicquam amplius pro defensione sua addidisse, nisi ut audacter dementiae condemnarent, si carmina senis displicerent. Ibi ego comperior om[a]nis iudices tanto poetae adsurrexisse, miris laudibus eum tulisse ob argumenti sollertiam et coturnum facundiae, nec ita multum omnis afuisse quin accusatorem potius dementiae condemnarent. Le poète Sophocle, qui fut rival d'Euripide et qui lui survécut, car il atteignit une extrême vieillesse, était accusé de démence par son propre fils : à en croire ce dernier, l'âge avait fait perdre la raison à son père. Sophocle alors présenta son Oedipe à Colone, la plus belle de ses tragédies, que précisément il composait à cette époque ; il en lit la lecture à ses juges, et il n'ajouta rien de plus à sa défense que ces mots : "Ayez le courage de me déclarer en démence, si vous ne goûtez pas ces vers de ma vieillesse." L'histoire rapporte qu'à ce moment tous les juges se levèrent devant le grand poète, et lui prodiguèrent les éloges les mieux sentis, tant à cause de l'intérêt du sujet que pour le style sublime de cette haute conception tragique ; peu s'en fallut qu'au contraire ils ne déclarassent en état de démence l'accusateur lui- même ...

 

Pour comparaison :

Ernest Michel, Sophocle accusé par ses fils (1860), à l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts


ABDOLONYME

ABDOLONYME TRAVAILLAiT DANS SON JARDIN QUAND IL DUT SE PRÉSENTER À ALEXANDRE

Lors de la conquête de la Phénicie, en -332, Alexandre arriva à Sidon. Pour remplacer le roi Straton, détrôné, on pensa à un certain Abdolonyme, qui était, d'une manière assez lointaine, de sang royal, mais qui était très pauvre. On alla le trouver dans le jardin où il travaillait et on lui offrit le pouvoir.

Jean RESTOUT (1692-1768), Abdolonyme travaillant dans son jardin, 1737

QUINTE-CURCE (IV, 1)
In Phoenicen inde descendit et oppidum Byblon traditum recepit. Inde ad Sidona ventum est, urbem vetustate famaque conditorum inclitam. Regnabat in ea Strato, Darei opibus adiutus; sed, quia deditionem magis popularium quam sua sponte fecerat, regno visus indignus, Hephaestionique permissum ut, quem eo fastigio e Sidoniis dignissimum arbitraretur, constitueret regem. Erant Hephaestioni duo hospites, clari inter suos iuvenes, qui facta ipsis potestate regnandi negaverunt quemquam patrio more in id fastigium recipi nisi regia stirpe ortum. Admiratus Hephaestion magnitudinem animi spernentis quod alii per ignes ferrumque peterent: "Vos quidem macte virtute" inquit, "estote, qui primi intellexistis quanto maius esset regnum fastidire, quam accipere. Ceterum date aliquem regiae stirpis, qui meminerit a vobis acceptum habere se regnum." Atque illi, cum multos imminere tantae spei cernerent, singulis amicorum Alexandri iam ob nimiam regni cupiditatem adulantis, statuunt neminem esse potiorem quam Abdalonymum quendam, longa quidem cognatione stirpi regiae adnexum, sed ob inopiam suburbanum hortum exigua colentem stipe. Causa ei paupertatis sicut plerisque probitas erat. Intentusque operi diurno strepitum armorum, qui totam Asiam concusserat, non exaudiebat. subito deinde, de quibus ante dictum est, cum regiae vestis insignibus hortum intrant, quem forte steriles herbas eligens Abdalonymus repurgabat. Tum rege eo salutato, alter ex his: "Habitus", inquit, "hic vestis quem cernis in meis manibus, cum isto squalore permutandus tibi est. Ablue corpus inluvie aeternisque sordibus squalidum: cape regis animum, et in eam fortunam, qua dignus es, istam continentiam perfer. Et cum in regali solio residebis vitae necisque omnium civium dominus, cave obliviscaris habitus, in quo accipis regnum, immo hercule, propter quem." Somnio similis res Abdalonymo videbatur; interdum, satisne sani essent qui tam proterve sibi inluderent, percontabatur. Alexandre descendit ensuite en Phénicie, et prit possession de la ville de Byblos, qui lui fut livrée. De là, il se rendit à Sidon, ville célèbre par son ancienneté et par le renom de ses fondateurs. Straton y régnait sous la protection de Darius; mais, comme il se soumit plutôt par la volonté des habitants que par la sienne propre, il fut jugé indigne de garder le commandement, et Héphestion eut la permission de choisir pour roi celui des Sidoniens qu'il jugerait le plus digne de ce rang élevé. Les hôtes d'Héphestion étaient des jeunes gens distingués parmi leurs compatriotes: il leur fit offre de la couronne; mais ils refusèrent, alléguant que, d'après les lois du pays, nul ne pouvait occuper le rang suprême, s'il n'était issu du sang royal. Héphestion, admirant cette grandeur d'âme qui dédaignait ce que les autres poursuivent à travers le feu et la flamme: "Persistez dans ces nobles sentiments, leur dit-il, vous qui avez compris les premiers combien il est plus grand de refuser un royaume que de l'accepter. Au reste, désignez-moi quelqu'un du sang royal, qui se souvienne que c'est de vous qu'il tient la couronne." Ceux-ci voyant qu'un grand nombre de leurs concitoyens embrassaient cette haute espérance, et dans l'excès de leur ambition, courtisaient chacun des favoris d'Alexandre, déclarèrent que le plus digne de cet honneur était, suivant eux, un certain Abdalonyme, qui tenait par une longue suite d'aïeux au sang royal, mais était réduit, par indigence, à cultiver, pour un modique salaire, un jardin hors de la ville. La pauvreté, chez lui, comme chez beaucoup d'autres, était le fruit de la probité. Occupé de son travail de la journée, il n'avait point entendu le bruit des armes qui avait ébranlé toute l'Asie. Cependant, les jeunes gens, dont nous avons parlé, entrent tout à coup dans son jardin, avec les insignes de la royauté: il était occupé à le nettoyer, en sarclant les mauvaises herbes. Alors, le saluant du nom de roi, l'un d'eux lui dit: "Ces vêtements que tu vois dans mes mains doivent remplacer les haillons qui te couvrent. Purifie par le bain ton corps qu'ont sali de longues sueurs; prends les sentiments d'un roi, et, dans cette fortune dont tu es digne, porte la modération de ton âme. Quand tu seras assis sur le trône, arbitre de la vie et de la mort de tous les citoyens, garde-toi d'oublier l'état dans lequel tu reçois aujourd'hui la royauté, et qui te vaut même l'honneur de la recevoir." Il semblait à Abdalonyme que ce fût un songe; de temps en temps il leur demandait s'ils étaient bien dans leur bon sens, pour venir lui faire une si méchante raillerie.


On plongea Abdolonyme dans un bain pour le décrasser ; on le revêtit de la pourpre royale et on le mena au palais. Alexandre l'interrogea et fut impressionné par sa sagesse.

Jean RESTOUT (1692-1768), Abdolonyme paraissant devant Alexandre en costume royal, 1738

QUINTE-CURCE
Sed ut cunctanti squalor ablutus est et iniecta vestis purpura auroque distincta et fides a iurantibus facta, serio iam rex, iisdem comitantibus, in regiam pervenit. Fama, deinde ut solet, strenue tota urbe discurrit. Aliorum studium, aliorum indignatio eminebat; divitissimus quisque humilitatem inopiamque eius apud amicos Alexandri criminabatur. Admitti eum rex protinus iussit diuque contemplatus: "Corporis", inquit, "habitus famae generis non repugnat, sed libet scire inopiam qua patientia tuleris?" Tum ille: "Vtinam", inquit, "eodem animo regnum pati possim! hae manus suffecere desiderio meo; nihil habenti nihil defuit." Magnae indolis specimen ex hoc sermone Abdalonymi cepit; itaque non Stratonis modo regiam supellectilem attribui ei iussit, sed pleraque etiam ex persica praeda, regionem quoque urbi adpositam dicioni eius adiecit. Mais lorsque, malgré sa résistance, on l'eut mis au bain et nettoyé, qu'on lui eut jeté sur les épaules un manteau enrichi de pourpre et d'or, et qu'on l'eut persuadé à force de serments, se croyant alors sérieusement roi, il se laissa conduire par eux au palais. Le bruit, comme c'est l'ordinaire, en courut promptement par toute la ville: un empressement favorable éclatait chez les uns, l'indignation chez les autres; il n'était pas un riche qui, auprès des amis d'Alexandre, ne fît un crime au nouveau roi de son humble condition et de sa pauvreté. Alexandre ordonna aussitôt qu'on le fît venir en sa présence et, après l'avoir longtemps considéré: « Ton extérieur, lui dit-il, ne dément pas ce qu'on dit de ta naissance; mais j'aimerais savoir si tu as supporté bien patiemment ton indigence. – Plaise aux dieux, répondit-il, que je puisse du même esprit supporter la royauté! Mes bras suffisaient à mes besoins: je n'avais rien, et rien ne me manquait. » Ces paroles lui firent concevoir une haute idée du caractère d'Abdalonyme ; c'est pourquoi il lui fit donner, outre le mobilier royal de Straton, la plus grande partie du butin pris sur les Perses ; il ajouta même à ses États tout le pays voisin de Sidon.

 

DIOGÈNE

DANS LES RUES D'ATHÈNES, DIOGENE LE CYNIQUE CHERCHE UN HOMME SANS LE TROUVER

Diogène Laerce, dans ses Vies et doctrines des philosophes illustres, cite de nombreux mots de Diogène (-413/-327), le philosophe cynique. Son "mot" le plus célèbre, recueilli dans les rues d'Athènes : Ayant allumé une lanterne en plein jour, il dit : "Je cherche un homme"." (c'est-à-dire un homme véritable, sans vices). [Λύχνον μεθ' ἡμέραν ἅψας, "Ἄνθρωπον, φησί, ζητῶ."]

Pieter Van Mol (1599-1650), Diogène cherchant un homme


Autres "mots de Diogène :
– On lui disait qu'il était vieux et devait désormais songer au repos : « Eh quoi! répondit-il, si je faisais une course et que je fusse près du but, ne devrais-je pas redoubler d'efforts au lieu de me reposer ? »
– Ayant aperçu un enfant qui buvait dans le creux de sa main, il jeta aussitôt le gobelet qu'il portait dans sa besace, en disant : « Un enfant m'a donné une leçon de simplicité. »
– Alexandre vint un jour se placer devant lui, tandis qu'il se chauffait au soleil dans le Cranium, et lui dit: « Demande-moi ce que tu voudras. — Retire-toi de mon soleil, » reprit Diogène.
– On lui demandait, au retour d'Olympie, s'il avait vu beaucoup de monde. « Oui, répondit-il, beaucoup de monde, mais peu d'hommes. »

SCIPION

MALGRÉ SES ÉLÉPHANTS, HANNIBAL EST VAINCU PAR SCIPION À LA BATAILLE DE ZAMA

La bataille de Zama fut, en -202, un affrontement décisif de la deuxième guerre punique. Elle vit s'affronter les armées romaines d'une part, dirigées par Scipion l'Africain et le roi numide massyle Massinissa, et carthaginoises d'autre part, dirigées par Hannibal qui y perdit la guerre. Peu après celle-ci, le sénat carthaginois signa un traité de paix qui mit fin à 18 ans de guerre.

Otto Van VEEN (1556-1629), La victoire de Scipion sur Hannibal à la bataille de Zama

L'accent est mis sur les éléphants portant sur leur dos d'énormes tours de bois dans lesquels sont installés des soldats.
C'est l'image que l'on donne au XVIe siècle.

La bataille de Zama par Cornelis Cort (1567).

 

POLYVE, Histoires, livre XV, 12 et 14

Ἐπειδὴ δ' ἑκατέροις ἦν εὐτρεπῆ τὰ πρὸς τὸν κίνδυνον, πάλαι τῶν Νομαδικῶν ἱππέων πρὸς ἀλλήλους ἀκροβολιζομένων, τότε παρήγγειλε τοῖς ἐπὶ τῶν ἐλεφάντων Ἀννίβας ποιεῖσθαι τὴν ἔφοδον ἐπὶ τοὺς ὑπεναντίους. Ἅμα δὲ τῷ πανταχόθεν τὰς σάλπιγγας καὶ τὰς βυκάνας ἀναβοῆσαι τινὰ μὲν διαταραχθέντα τῶν θηρίων ἐξ αὐτῆς ὥρμησε παλίσσυτα κατὰ τῶν βεβοηθηκότων τοῖς Καρχηδονίοις Νομάδων· Τῶν περὶ τὸν Μασαννάσαν ταχέως ἐψιλώθη τὸ λαιὸν κέρας τῶν Καρχηδονίων. Τὰ δὲ λοιπὰ συμπεσόντα τοῖς τῶν Ῥωμαίων γροσφομάχοις ἐν τῷ μεταξὺ χωρίῳ τῶν παρατάξεων πολλὰ μὲν ἔπασχε κακά, πολλὰ δ' ἐποίει τοὺς ὑπεναντίους, ἕως ὅτου πεφοβημένα τὰ μὲν διὰ τῶν διαστημάτων ἐξέπεσε, δεξαμένων αὐτὰ τῶν Ῥωμαίων ἀσφαλῶς κατὰ τὴν τοῦ στρατηγοῦ πρόνοιαν, τὰ δ' ἐπὶ τὸ δεξιὸν μέρος παραφυγόντα διὰ τῶν ἱππέων συνακοντιζόμενα τέλος εἰς τὸν ἔξω τόπον τῶν στρατοπέδων ἐξέπεσεν.

Ἐπειδὴ δ' ὑπερβάντες ἐξ ἴσου τοῖς ἁστάτοις ἐγένοντο, συνέβαλον αἱ φάλαγγες ἀλλήλαις μετὰ τῆς μεγίστης ὁρμῆς καὶ προθυμίας. Ὄντων δὲ καὶ τῷ πλήθει καὶ τοῖς φρονήμασι καὶ ταῖς ἀρεταῖς καὶ τοῖς καθοπλισμοῖς παραπλησίων ἀμφοτέρων, ἄκριτον ἐπὶ πολὺ συνέβαινε γενέσθαι τὴν μάχην, ἐν αὐταῖς ταῖς χώραις ἐναποθνησκόντων τῶν ἀνδρῶν διὰ φιλοτιμίαν, ἕως οἱ περὶ τὸν Μασαννάσαν καὶ Λαίλιον ἀπὸ τοῦ διώγματος τῶν ἱππέων ἀνακάμπτοντες [καὶ] δαιμονίως εἰς δέοντα καιρὸν συνῆψαν. Ὧν προσπεσόντων τοῖς περὶ τὸν Ἀννίβαν κατόπιν οἱ μὲν πλεῖστοι κατεκόπησαν ἐν τῇ τάξει, τῶν δὲ πρὸς φυγὴν ὁρμησάντων ὀλίγοι μὲν τελέως διέφυγον, ἅτε τῶν ἱππέων ἐν χερσὶν ὄντων καὶ τῶν τόπων ἐπιπέδων ὑπαρχόντων. Ἔπεσον δὲ τῶν μὲν Ῥωμαίων ὑπὲρ τοὺς χιλίους πεντακοσίους, τῶν δὲ Καρχηδονίων ὑπὲρ δισμυρίους, αἰχμάλωτοι δ' ἑάλωσαν οὐ πολὺ τούτων ἐλάττους. XV. Ἡ μὲν οὖν ἐπὶ πᾶσι γενομένη μάχη καὶ τὰ ὅλα κρίνασα Ῥωμαίοις διὰ τῶν προειρημένων ἡγεμόνων τοιοῦτον ἔσχε τὸ τέλος·

Lorsque tout fut prêt, après plusieurs escarmouches engagées par les Numides des deux armées, Annibal donna ordre aux conducteurs des éléphants de marcher à l'ennemi. Mais au bruit des trompettes et des clairons qui sonnaient de toute part, ces animaux, effarouchés, se retournèrent en grande partie contre les Numides, auxiliaires de Carthage, et Massinissa, profitant de l'occasion, dégarnit de sa cavalerie l'aile gauche de l'ennemi par un rapide combat. Les autres éléphants tombèrent sur les vélites, entre les deux armées, et rendirent largement le mal qu'on leur put faire, jusqu'à ce que, saisis de crainte, les uns se lancèrent à travers les intervalles ménagés dans l'armée romaine, qui grâce à la prévoyance du général, put les recevoir sans que rien fût troublé, et que les autres, emportés à droite et criblés de traits par la cavalerie de Lélius, furent enfin poussés hors du champ de bataille.

Nombre, courage, animosité, armes, tout était égal entre ces fiers combattants. La plupart moururent obstinément à leur place, et la bataille fut longtemps indécise, jusqu'au moment où Lélius et Massinissa, qui revenaient de poursuivre la cavalerie, rejoignirent avec un à-propos providentiel le gros de l'armée. Ils tombèrent en queue sur les troupes d'Annibal, qui périrent sans bouger. Quelques soldats seulement cherchèrent leur salut dans la fuite, que, du reste, la présence de la cavalerie et l'étendue d'une plaine découverte rendaient difficile. Les Romains perdirent environ quinze cents hommes, les Carthaginois vingt mille, et ils eurent presque autant de prisonniers. Telle fut l'issue de cette dernière bataille entre Annibal et Scipion, qui livra l'empire aux Romains.

 

TITE-LIVE, Histoire romaine, XXX, 33, 12 [le rôle des éléphants d'Hannibal dans la bataille de Zama]
Tubae cornuaque a Romanis cecinerunt, tantusque clamor ortus ut elephanti in suos, sinistrum maxime cornu, verterentur, Mauros ac Numidas. Addidit facile Masinissa perculsis terrorem, nudavitque ab ea parte aciem equestri auxilio. Paucae tamen bestiarum, intrepidae in hostem actae, inter velitum ordines cum multis suis vulneribus ingentem stragem edebant. Resilientes enim ad manipulos velites, cum viam elephantis, ne obtererentur, fecissent, in ancipites ad ictum utrimque conjiciebant hastas, nec pila ab antesignanis cessabant, donec, undique incidentibus telis exacti e Romana acie hi quoque in suos, dextrum cornu, ipsos Carthaginienses equites, in fugam verterunt. Laelius, ut turbatos vidit hostes, addidit perculsis terrorem.

Les Romains sonnèrent tout à coup de la trompette et du clairon, et poussèrent un cri tel que les éléphants se rejetèrent sur leurs propres lignes, et surtout à leur aile gauche, composée de Maures et de Numides. Alors qu'il étaient ainsi attaqués, Masinissa augmenta sans peine leur effroi et, de ce côté, les priva du secours de leur cavalerie. Néanmoins quelques éléphants, poussés intrépidement contre l'ennemi, faisaient de grands ravages dans les rangs des vélites, au prix de nombreuses blessures. Car les vélites, se repliant d'un bond sur les manicules, ouvrant ainsi un passage aux éléphants, afin de ne pas être écrasés par eux, lançaient leurs javelots sur ces animaux exposés à leurs coups de deux côtés à la fois; en même temps les javelots venant des soldats de ligne ne s'arrêtaient pas. Enfin, chassés par les traits qui leur arrivaient de tous côtés, de l'armée romaine vers la leur, ces éléphants, eux aussi, mirent en fuite leur aile droite, les cavaliers Carthaginois eux-mêmes. Dès que Laelius vit les ennemis en désordre, il profita de leur effroi et augmenta leur confusion.


CORNÉLIE

CORNÉLIE MÈRE DES GRACQUES PRÉSENTE SES ENFANTS À UNE FEMME FIÈRE DE SES BIJOUX

Valère Maxime raconte une anecdote à propos de Cornélie, fille de Scipion l'Africain, épouse de Tiberius Gracchus, qui de lui eut deux enfants, Tiberius et Caius. Un jour qu'elle recevait une mère de famille campanienne qui lui montrait tous ses bijoux, elle lui dit, en lui montrant ses deux enfants qui revenaient de l'école : "Voici mes parures à moi".

Jan Van BIJLERT(1597-1671), Cornélie mère des Gracques et ses enfants

VALÈRE-MAXIME, Faits et dits mémorables, IV, 4
Maxima ornamenta esse matronis liberos, apud Pomponium Rufum collectorum libro sic invenimus: Cornelia Gracchorum mater, cum Campana matrona, apud illam hospita, ornamenta sua pulcherrima illius saeculi ostenderet, traxit eam sermone, donec e schola redirent liberi, et: "Haec, inquit, ornamenta sunt mea." Omnia nimirum habet qui nihil concupiscit; eo quidem certius, quia dominium rerum collabi solet, bonae mentis usurpatio nullum tristioris fortunae recipit incursum. Itaque quorsum attinet aut divitias in prima felicitatis parte, aut paupertatem in ultimo miseriarum statu ponere ? cum et illarum frons hilaris multis intus amaritudinibus sit referta et huius horridior aspectus solidis et certis bonis abundet. Dans un livre de recueil de Pomponius Rufus nous lisons que les enfants sont la plus grande parure d'une mère. Une mère de famille campanienne, reçue par Cornélie mère des Gracques, lui montrait ses parures les plus belles de cette époque. Cornélie traîna en longueur la conversation jusqu'à ce que ses enfants rentrent de l'école. « Voilà, dit-elle, mes parures. » Il possède certainement tout celui qui ne désire rien. C'est d'autant plus certain que la propriété des choses, habituellement, disparaît tandis que l'usage d'un bon esprit ne subit pas les chocs d'un sort trop défavorable. Pourquoi importe-t-il de placer les richesses en premier lieu et la pauvreté comme le pire des malheurs? Le front riant des richesses est rempli d'amertume tandis que l'aspect de la pauvreté est beaucoup plus terrible, mais il est rempli de biens solides et sûrs.

 

PLUTARQUE, Vies de Tiberius et Caius Gracchus

Οὗτοι Τιβερίου Γράγχου παῖδες ἦσαν, ᾧ τιμητῇ τε Ῥωμαίων γενομένῳ καὶ δὶς ὑπατεύσαντι καὶ θριάμβους δύο καταγαγόντι λαμπρότερον ἦν τὸ ἀπὸ τῆς ἀρετῆς ἀξίωμα. Διὸ καὶ τὴν Σκιπίωνος τοῦ καταπολεμήσαντος Ἀννίβαν θυγατέρα Κορνηλίαν, οὐκ ὢν φίλος, ἀλλὰ καὶ διάφορος τῷ ἀνδρὶ γεγονώς, λαβεῖν ἠξιώθη μετὰ τὴν  ἐκείνου τελευτήν. […]

Ils étaient fils de Tibérius Gracchus, qui avait été censeur de Rome ; il avait été honoré de deux consulats et d'autant de triomphes ; mais sa vertu avait jeté sur lui plus d'éclat encore que ces dignités mêmes. C'est à sa vertu qu'il dut d'être choisi pour époux de Cornélie, fille de Scipion, le vainqueur d'Annibal, après la mort du père, encore qu'il n'eût jamais été l'ami de ce Scipion, mais bien un de ses plus ardents contradicteurs. […]

εἶθ' ὕστερον οὐ πολλῷ χρόνῳ τελευτῆσαι, δεκαδύο παῖδας ἐκ τῆς Κορνηλίας αὐτῷ γεγονότας καταλιπόντα. Κορνηλία δ' ἀναλαβοῦσα τοὺς παῖδας καὶ τὸν οἶκον, οὕτω σώφρονα καὶ φιλότεκνον καὶ μεγαλόψυχον αὑτὴν παρέσχεν, ὥστε μὴ κακῶς δόξαι βεβουλεῦθαι τὸν Τιβέριον ἀντὶ τοιαύτης  γυναικὸς ἀποθανεῖν ἑλόμενον· ἥ γε καὶ Πτολεμαίου τοῦ βασιλέως κοινουμένου τὸ διάδημα καὶ μνωμένου τὸν γάμον αὐτῆς ἠρνήσατο, καὶ χηρεύουσα τοὺς μὲν ἄλλους ἀπέβαλε παῖδας, μίαν δὲ τῶν θυγατέρων, ἣ Σκιπίωνι τῷ νεωτέρῳ συνῴκησε, καὶ δύο υἱοὺς περὶ ὧν τάδε γέγραπται, Τιβέριον καὶ Γάιον, διαγενομένους οὕτως φιλοτίμως ἐξέθρεψεν, ὥστε πάντων εὐφυεστάτους Ῥωμαίων ὁμολογουμένως γεγονότας, πεπαιδεῦσθαι δοκεῖν βέλτιον ἢ πεφυκέναι πρὸς ἀρετήν. […] Il mourut peu de temps après, laissant douze enfants qu'il avait eus de Cornélie. La veuve se mit à la tête de la maison, et se chargea elle-même de l'éducation de ses enfants, elle montra tant de sagesse, tant de grandeur d'âme et de tendresse maternelle, qu'il parut que Tibérius avait sagement fait de préférer sa propre mort à celle d'une femme d'un tel mérite. Le roi Ptolémée lui offrit de venir partager son diadème, avec le rang et le titre de reine ; mais elle refusa. Durant son veuvage, elle perdit la plupart de ses enfants : il ne lui resta qu'une fille, qui fut mariée au jeune Scipion, et deux fils, Tibérius et Caïus, dont nous écrivons la vie. Elle éleva ses fils avec tant de soin que, bien qu'ils fussent, de l'aveu de tout le monde, les Romains les plus heureusement nés pour la vertu, leur excellente éducation parut avoir encore surpassé la nature. […]
Καὶ μέντοι καὶ ἡ Κορνηλία λέγεται τά τ' ἄλλα τῆς συμφορᾶς εὐγενῶς καὶ μεγαλοψύχως ἐνεγκεῖν, καὶ περὶ τῶν ἱερῶν ἐν οἷς ἀνῃρέθησαν εἰπεῖν, ὡς ἀξίους οἱ νεκροὶ τάφους ἔχουσιν. Αὐτὴ δὲ περὶ τοὺς καλουμένους Μισηνοὺς διέτριβεν, οὐδὲν μεταλλάξασα τῆς συνήθους διαίτης. Ἦν δὲ καὶ πολύφιλος καὶ διὰ φιλοξενίαν εὐτράπεζος, ἀεὶ μὲν Ἑλλήνων καὶ φιλολόγων περὶ αὐτὴν ὄντων, ἁπάντων δὲ τῶν βασιλέων καὶ δεχομένων παρ' αὐτῆς δῶρα καὶ πεμπόντων. Ἡδίστη μὲν οὖν ἦν [αὕτη] τοῖς ἀφικνουμένοις καὶ συνοῦσι διηγουμένη τὸν τοῦ πατρὸς Ἀφρικανοῦ βίον καὶ δίαιταν, Cornélie supporta, dit-on, son malheur [la mort de ses enfants] avec beaucoup de constance et de grandeur d'âme ; et l'on rapporte qu'en parlant des édifices sacrés qu'on avait bâtis sur les lieux mêmes où ses enfants avaient été tués, elle ne dit que ces mots : "Ils ont les tombeaux qu'ils méritent." Elle passa le reste de ses jours dans une maison de campagne près de Misène, sans rien changer à sa manière de vivre. Comme elle avait un grand nombre d'amis, et que sa table était ouverte aux étrangers, elle était toujours entourée d'une foule de Grecs et de gens de lettres ; les rois mêmes lui envoyaient et recevaient d'elle des présents. Tous ceux qui étaient admis chez elle prenaient un singulier plaisir à lui entendre raconter la vie et les actions de Scipion l'Africain, son père.

 

Pour comparaison :

Philipp Friedrich Hetsh (1758-1838), Cornelia la mère des Gracques, 1794, à Stuttgart

PORCIA

PORCIA AVALE DES CHARBONS ARDENTS APRÈS LA MORT DE SON MARI BRUTUS

Porcia était la fille de Caton d'Utique, née vers -68. Elle épousa Marcus Calpurnius Bibulus. Quelques années plus tard, Quintus Hortensius Hortalus proposa à Bibulus de la prendre pour femme le temps qu'elle lui donne un héritier. En fait c'est la femme de Caton, Marcia, qui se dévoua. Plutarque, dans son Caton d'Utique (25, 3) justifie de tels arrangements.
Avec la fin de la guerre des Gaules (-52), Bibulus combattit avec Pompée contre la flotte de César, puis mourut (-48). Porcia, veuve, épousa son cousin Brutus, divorcé, et eut de lui un fils, mort en -43.
Porcia savait que son mari complotait contre César. Pour lui montrer que la fille de Caton était capable de résister à la torture pour garder un secret, elle s'entailla une cuisse avec un rasoir (Plutarque, Brutus, 13, 7). Le jour de l'assassinat de César, elle était morte d'inquiétude. Puis Brutus s'enfuit à Athène et elle dut accepter leur séparation. Un jour elle apprit que Brutus, vaincu après la deuxième bataille de Philippes (-42) s'est suicidé. Alors elle se donna la mort en avalant des charbons ardents.

Nicolas PRÉVOST (1604-1670), Porcia avalant les charbons ardents après la mort de Brutus, huile sur toile

Plutarque, Vie de Brutus
Τὸν δὲ Βροῦτον ὁ Ἀντώνιος ἀνευρὼν τεθνηκότα, τὸ μὲν σῶμα τῇ πολυτελεστάτῃ τῶν ἑαυτοῦ φοινικίδων περιβαλεῖν ἐκέλευσεν• ὕστερον δὲ τὴν φοινικίδα κεκλεμμένην αἰσθόμενος, ἀπέκτεινε τὸν ὑφελόμενον. Τὰ δὲ λείψανα πρὸς τὴν μητέρα τοῦ Βρούτου Σερβιλίαν ἀπέπεμψε. Πορκίαν δὲ τὴν Βρούτου γυναῖκα Νικόλαος ὁ φιλόσοφος ἱστορεῖ καὶ Οὐαλέριος Μάξιμος βουλομένην ἀποθανεῖν, ὡς οὐδεὶς ἐπέτρεπε τῶν φίλων, ἀλλὰ προσέκειντο καὶ παρεφύλαττον, ἐκ τοῦ πυρὸς ἀναρπάσασαν ἄνθρακας καταπιεῖν, καὶ τὸ [στόμα συγκλείσασαν καὶ] μύσασαν, οὕτω διαφθαρῆναι. Antoine, ayant trouvé le corps de Brutus, commanda qu'on l'ensevelît dans une de ses plus riches cottes d'armes ; et, dans la suite, ayant su qu'on n'en avait rien fait, et qu'elle avait été volée, il fit mourir le coupable, et envoya les cendres de Brutus à sa mère Servilia. Quant à Porcie sa femme, Nicolas de Damas le philosophe et Valère Maxime rapportent que, résolue de se donner la mort, mais en étant empêchée par ses amis, qui la gardaient à vue, elle prit un jour dans le feu des charbons ardents, les avala, et tint sa bouche si exactement fermée, qu'elle fut étouffée en un instant.

 


Pour comparaison :

Le Suicide de Porcia par Pierre Mignard (1612-1695), au Musée des Beaux-Arts de Rennes.


ZÉNOBIE

ZÉNOBIE BLESSÉE EST TROUVÉE MOURANTE SUR LES BORDS DE L'ARAXE

Rhadamiste, roi d'Ibérie, chassé par les Arméniens (dont il avait tué le roi), fut accompagné dans sa fuite, par Zénobie, sa femme alors enceinte. Comme elle ne pouvait le suivre, il la frappa de son cimeterre et la jeta dans l'Araxe. Elle fut recueillie par des bergers qui la guérirent et le conduisirent vers leur roi.

Esquisse préparatoire par Merry-Joseph BLONDEL (1781-1853), Zénobie trouvée par des bergers sur les bords de l'Araxe, vers 1812 [Le tableau définitif, exposé au Salon de 1812, a été détruit à Saint-Malo par le bombardement d'août 1944].

Un berger pose une main sur le coeur de Zénobie et fait signe qu'elle respire encore à un autre berger, plus jeune, qui se penche avec intérêt vers elle. Un vieillard regarde la scène.

TACITE, Annales, XII, 50-51
Vacuam rursus Armeniam Radamistus invasit, truculentior quam antea, tamquam adversus defectores et in tempore rebellaturos. Atque illi quamvis servitio sueti patientiam abrumpunt armisque regiam circumveniunt. Nec aliud Radamisto subsidium fuit quam pernicitas equorum, quis seque et coniugem abstulit. Sed coniunx gravida primam utcumque fugam ob metum hostilem et mariti caritatem toleravit; post festinatione continua, ubi quati uterus et viscera vibrantur, orare ut morte honesta contumeliis captivitatis eximeretur. Ille primo amplecti adlevare adhortari, modo virtutem admirans, modo timore aeger ne quis relicta poteretur. Postremo violentia amoris et facinorum non rudis destringit acinacen vulneratamque ripam ad Araxis trahit, flumini tradit ut corpus etiam auferretur: ipse praeceps Hiberos ad patrium regnum pervadit. Interim Zenobiam (id mulieri nomen) placida in eluvie spirantem ac vitae manifestam advertere pastores, et dignitate formae haud degenerem reputantes obligant vulnus, agrestia medicamina adhibent cognitoque nomine et casu in urbem Artaxata ferunt; unde publica cura deducta ad Tiridaten comiterque excepta cultu regio habita est. Voyant l'Arménie abandonnée, Rhadamiste y rentra plus terrible que jamais : il avait une rébellion à punir, et il en craignait une nouvelle. En effet, les Arméniens, quoique faits à la servitude, éclatèrent enfin, et coururent en armes investir le palais.  Rhadamiste n'eut d'autre ressource que la vitesse de ses chevaux, sur lesquels il s'enfuit accompagné de sa femme. Celle-ci était enceinte : toutefois la crainte de l'ennemi et la tendresse conjugale lui donnèrent des forces, et elle supporta le mieux qu'elle put les premières fatigues. Bientôt, les continuelles secousses d'une course prolongée lui déchirant les entrailles, elle conjure son époux de la soustraire par une mort honorable aux outrages de la captivité. Rhadamiste l'embrasse, la soutient, l'encourage, passant tour à tour de l'admiration pour son héroïsme à la crainte de la laisser au pouvoir d'un autre. Enfin, transporté de jalousie, habitué d'ailleurs aux grands attentats, il tire son cimeterre, l'en frappe, et, l'ayant traînée au bord de l'Araxe, il l'abandonne au courant du fleuve, pour que son corps même ne puisse être enlevé. Pour lui, il gagne précipitamment les États de son père. Cependant Zénobie (c'était le nom de cette femme) flotta doucement jusque sur la rive, respirant encore et donnant des signes manifestes de vie. Des bergers l'aperçurent ; et, jugeant à la noblesse de ses traits qu'elle n'était pas d'une naissance commune, ils bandent sa plaie, y appliquent les remèdes connus aux champs ; ensuite, instruits de son nom et de son aventure, ils la portent dans la ville d'Artaxate. De là elle fut conduite, par les soins des magistrats, à la cour de Tiridate, qui la reçut avec bonté et la traita en reine.

L'intérêt pour ce sujet, jadis traité par Poussin (Saint-Pétersbourg, musée de l'Ermitage), a été renouvelé au siècle des Lumières par une tragédie de Crébillon fils, créée en 1711.

 

Pour comparaison :

William Adolphe BOUGUEREAU (1825-1905) Zénobie trouvée par les bergers sur les bords de l'Araxe, 1850, Musée d'Orsay.


ANTONIN LE PIEUX

ANTONIN LE PIEUX FAIT ACTE DE BIENFAISANCE ENVERS LES PAUVRES

Antonin le Pieux a créé un organisme de bienfaisance (appelé Puellae Faustinianae ou Filles de Faustina) et a aidé les filles de bonne famille sans ressources.

Pierre-Nolasque BERGERET (1782-1863), Bienfaisance d'Antonin le Pieux, huile sur toile

MARC-AURÈLE

UNE MÈRE AVEC SES ENFANTS FAIT APPEL À LA CLÉMENCE DE MARC-AURÈLE

Marc Aurèle (121-180) est un philosophe stoïcien qui dirigea l'Empire romain entre 61 et 180.

Pierre-Nolasque BERGERET (1782-1863), Clémence de Marc-Aurèle, huile sur toile

Histoire Auguste, Vie de Marc-Aurèle, 26
  Toujours porté à la clémence, Marc-Aurèle souffrit, mais n'ordonna pas la mort de Cassius. Héliodore, fils de ce rebelle, fut déporté : ses autres complices purent choisir le lieu de leur exil, et conservèrent une partie de leurs biens. Quant à ses fils, ils obtinrent plus de la moitié de la fortune de leur père, et l'empereur y ajouta de l'or et de l'argent : les femmes reçurent même de lui des bijoux. Alexandria, fille de Cassius, et Druncianus, son gendre, eurent la liberté d'aller où ils voudraient, et l'empereur les recommanda au mari de sa tante.


CARACALLA

CARACALLA VEUT TUER SON FRÈRE GÉTA PROTÉGÉ PAR SA MÈRE JULIA DOMNA

Lors de la campagne de Bretagne, Septime Sévère décide de prendre ses deux fils avec lui pour les éloigner des mauvais conseillers de la capitale qui aggravent leur rivalité. Concrètement, Sévère veut les préparer à lui succéder. En 209, il laisse Geta avec sa mère Julia Domna à Eboracum, où il gouverne la Bretagne inférieure, pendant que Sévère part avec Caracalla conclure un traité avec les Calédoniens. À leur retour, la santé de Septime Sévère se détériore et il meurt. Son projet de réconcilier ses deux fils échoue. Cependant, les deux frères, accédant à la tête de l'empire ensemble, semblent se réconcilier à leur retour à Rome pour rendre les derniers hommages à leur père. Vu leur mésentente, les deux frères envisagent de se partager l'empire, l'occident pour Caracalla et l'orient pour Geta. Julia Domna met un terme au projet car elle ne veut pas voir l'œuvre de son mari disparaître. À leur retour de Bretagne, le semblant de « réconciliation » ne dure pas, chacun ayant peur de se faire tuer par l'autre. Ils ne voyagent pas ensemble, ne mangent pas ensemble, ne se déplacent jamais sans leur garde rapprochée. Une fois rentrés à Rome, chacun tente d'éliminer son rival, craignant les soldats et les partisans de l'autre. Caracalla implique sa mère dans son projet, lui demandant d'organiser une réunion de famille pour le réconcilier avec son frère, d'inviter celui-ci et de stipuler qu'il vienne seul. Les deux jeunes gens arrivent apparemment seuls chez leur mère Julia Domna ; à peine Geta arrivé, des partisans de Caracalla surgissent et le poignardent dans les bras de sa mère. Caracalla se rend alors dans les camps des prétoriens et raconte qu'il a été victime d'un complot de Geta, et que le seul moyen d'en sortir a été de tuer son frère.

Esquisse attribuée à Léon COGNIET (1794-1880), Caracalla veut tuer son frère Géta, vers 1812-1815


BÉLISAIRE

BÉLISAIRE EST RECONNU PAR L'UN DE SES ANCIENS SOLDATS

Bélisaire (500-565) est un général qui combattit pour l'empereur romain d'Orient Justinien le Grand,  et l'aida dans sa politique de conquêtes. Selon son secrétaire Procope de Césarée (Histoire secrète de Justinien), il était le jouet de son épouse Antonina, une débauchée. Vers la fin de sa vie il fut un moment soupçonné, à tort, d'avoir participé à un complot contre l'empereur et, pendant quelque temps, il ne fut plus qu'un citoyen anonyme de Byzance, vagabondant dans les rues, triste, pratiquement seul, toujours pensif et sombre. Il avait été en conflit avec Jean de Cappadoce, préfet du prétoire de Justinien qui, victime d'une machination d'Antonina, fut déchu de ses fonctions et condamné à vivre d'aumônes, puis à entrer dans les ordres.
C'est le moine Tzetzès, au XIIe siècle, qui, dans ses Chiliades, mêlant la disgrâce passagère de Bélisaire et de celle de Jean de Cappadoce, créa la légende du général Bélisaire devenu aveugle et réduit à la mendicité, quémandant dans les rues de Constantinople en suppliant : "Date obolum Belisario".

François de NOMÉ, Bélisaire reconnu par l'un de ses soldats, huile sur toile

Le Tableau d'Orléans :
De part de d'autre d'un long passage  sont alignés des édifices de style baroque et bizarre, éclairés par un soleil couchant. A droite une porte d'entrée gardée par deux satyres en atlantes; plus loin la façade d'une sorte de cathédrale fantastique ; à gauche, une fontaine. Dans le passage devisent des personnages vêtus de sortes de toges colorées. Sur une passerelle, deux personnages peu distincts, dans lesquels, dit le titre de l'oeuvre, il faut reconnaître un soldat (empanaché) et le vieux général Bélisaire en mendiant appuyé à la balustrade.

Jean-François Marmontel a repris ce thème dans un roman, Bélisaire (1767) et le sujet a été repris par de nombreux peintres aux XVIIIe-XIXe siècles.

François de Nomé (1593 - av. 1650) est un peintre lorrain qui a vécu et travaillé à Rome puis à Naples au début du XVIIe siècle. Il avait une prédilection particulière pour les architectures baroques imaginaires (les capricci) dans lesquelles André Breton verra une annonce du surréalisme (L'Art magique, 1957). Dans ces architectures démesurées, presque fantastiques, François De Nomé introduit souvent des personnages un peu perdus dans le décor (par exemple Salomé se faisant présenter la tête de Jean Baptiste au musée de Baltimore).

Pour comparer :
– Jacques-Louis David, Un de son anciens soldats reconnaît le général Bélisaire qui, devenu aveugle, accepte l'aumône d'une dame (1781), au Palais des Beaux-Arts de Lille :


– Baron Gérard, Bélisaire marchant sur une route en portant un jeune garçon mordu par un serpent (1797) au Getty Center à Los Angeles.
– François-André Vincent, Bélisaire, réduit à la mendicité secouru par un officier de Justinien (1776), au Musée Fabre à Montpellier
– Jean-François Pierre Peyron (1744-1814), Bélisaire recevant l'hospitalité d'un paysan
etc


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