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QUELQUES TABLEAUX LIÉS À LA GUERRE DE TROIE

 


HÉLÈNE, ENLEVÉE PAR THÉSÉE, EST DÉLIVRÉE PAR SES FRÈRES CASTOR ET POLLUX

Hélène était fille de Tyndare, le roi de Sparte. Thésée et son ami Pirithoos la virent et la désirèrent, alors que, âgée d'environ douze ans, elle était en train d'offrir un sacrifice à Artémis. Ils la tirèrent au sort et c'est Thésée qui l'obtint. Il l'enleva, la conduisit à Athènes et l'enferma dans la forteresse d'Aphidna, la confiant à la garde de sa mère Aethra, pendant que lui-même irait aux Enfers conquérir Perséphone. Alors les frères d'Hélène, Castor et Pollux (les Dioscures), ayant appris où leur soeur était retenue, survinrent tout à coup en Attique, attaquèrent Aphidna, enlevèrent Hélène ainsi que la mère de Thésée et les amenèrent à Sparte.

 

Copie par Eugène-Ernest Hillemacher (1818-1887) du tableau de Léon Cogniet, Hélène délivrée par ses frères Castor et Pollux Le tableau de Léon Cogniet, 1817, à l'École Nationale Supérieure des Beaux-Arts

 


ENTRE ATHÉNA, HÈRA ET APHRODITE, PÂRIS DOIT DIRE LAQUELLE EST LA PLUS BELLE

Ayant récupéré Hélène, son père, Tyndare, jugea que le moment était venu de la marier. Les prétendants étaient nombreux. Ulysse suggéra de laisser Hélène choisir parmi eux, à condition que tous s'engagent par serment à porter secours à l'élu en cas de besoin. Hélène choisit Ménélas et lui donna bientôt une fille, Hermione.
Hélène était alors considérée comme la plus belle de toutes les femmes. C'est pour cette raison qu'elle fut la cause de la guerre entre Achéens et Troyens.
Plus tard, en effet, alors qu'ils étaient rassemblés sur l'Olympe pour une noce, les dieux décidèrent qu'une pomme d'or devait être attribuée à la plus belle des trois déesses: Athéna, Héra ou Aphrodite. Hermès conduisit donc les déesses à Troie, sur le mont Ida où se trouvait le fils cadet de Priam et d'Hécube, Pâris. C'est lui lui, selon la volonté de Zeus, devait désigner la plus belle des déesses. Pour l'influencer, Héra lui promit qu'elle l'aiderait à dominer l'Asie tout entière, Athéna lui promit la victoire dans tous les combats. Mais Aphrodite lui ayant offert l'amour d'Hélène, c'est elle que choisit Pâris.

 

Copie anonyme du tableau de Claude Gellée dit le Lorrain, Le Jugement de Pâris dans un paysage (1633)

Le tableau de Claude Gellée Le Lorrain
(collection du duc de Buccleuch et Queesberry, Bowhill House, Selkirk, Scottish Borders)

Pâris, représenté en berger, tient dans la main droite la pomme d'or qu'il va attribuer à Aphrodite


IPHIGÉNIE EST SAUVÉE PAR ARTÉMIS AU MOMENT OÙ ELLE ALLAIT ÊTRE SACRIFIÉE

Alors, se conformant à la promesse de la déesse, Pâris se rendit à Sparte où il séduisit facilement Hélène, qui abandonna tout pour suivre son nouvel amant jusqu'à Troie.
Mais Ménélas, le mari trompé, alla à Mycènes demander l'aide d'Agamemno
n, qui y résidait avec son épouse Clytemnestre et sa fille Iphigénie. Une armée fut constituée, qui devait aller assiéger Troie. Les troupes se rassemblèrent à Aulis. Mais un calme persistant empêcha les navires de prendre la mer. Consulté, le devin Calchas informa Agamemnon qu'il était victime de la colère d'Artémis et que celle-ci ne s'apaiserait que s'il lui sacrifiait sa fille Iphigénie. Agamemnon fit venir la jeune fille et prit ses dispositions pour la mettre à mort. Au dernier moment, Artémis, prise de pitié, substitua une biche qui fut sacrifiée à la place d'Iphigénie. Et l'expédition put se mettre en route.

Sébastien BOURDON, Le Sacrifice d'Iphigénie, 1645

En bas à droite, une femme est repliée sur sa douleur: il s'agit peut-être de Clytemnestre qui ne voit pas le "miracle".
Près du bûcher, les témoins de l'enlèvement d'Iphigénie manifestent leur étonnement devant l'apparition d'Artémis
qui s'est emparée d'Iphigénie, laissant une biche à sa place.


PHILOCTETE, BLESSÉ AU PIED, EST ABANDONNÉ SUR L'ÎLE DE LEMNOS, OÙ IL DÉTIENT LES FLÈCHES D'HERCULE

Seul Philoctète, ami d'Hercule, a eu le courage d'allumer le bûcher funéraire du héros, mettant fin à ses souffrances. Hercule lui avait légué ses flèches. Mais l'une d'elles blessera Philoctète, provoquant un ulcère. Embarqué ensuite avec ses compagnons pour la guerre de Troie, Philoctète, souffrant, les importune par ses cris; de plus, la blessure dégage une puanteur intolérable. Ulysse décide ses compagnons à l'abandonner Philoctète dans l'île de Lemnos, où il restera dix ans.

 

Jean-Germain DROUAIS (1763-88), Philoctète sur l'île de Lemnos (1788).
Dépôt du musée de Chartres.


Mais, à Troie, la guerre s'éternisera. Or un oracle a annoncé qu'elle ne pourrait se conclure sans les flèches d'Hercule. Ulysse et le fils d'Achille, Néoptolème, se rendront à Lemnos et persuaderont Philoctète de les accompagner. Il y gagnera d'être guéri par un médecin. C'est lui qui tuera Pâris.


MARS QUITTE VÉNUS POUR ALLER À TROIE

La guerre devant Troie dura dix ans, opposant les Achéens venus de toute la Grèce aux Troyens et à leurs alliés. Les dieux y participèrent, en particulier le dieu de la Guerre, Arès [Mars]. Celui-ci était devenu l'amant de l'épouse d'Héphaïstos, Aphrodite [Vénus], à laquelle il avait fait plusieurs enfants. Ayant pris, comme elle, le parti des Troyens contre les Grecs, il la quitta pour se rendre à Troie.

Jean BARDIN, Mars sortant des bras de Vénus, 1782, huile sur toile Jean Bardin (1732-1809),
Mars sortant des bras de Vénus pour aller à Troie

 


HECTOR FAIT SES ADIEUX À SON ÉPOUSE ANDROMAQUE

A Troie, Achille et Agamemnon avaient capturé deux belles Troyennes : Achille s'était attribué Briséis et Agamemnon Chryséis. Mais cette Chyséis était la fille d'un prêtre d'Apollon et le dieu, en représailles avait envoyé une peste meurtrière sur l'armée achéenne. Achille adjura Agamemnon de libérer la prisonnière. Le roi finit par y consentir, mais décide de recevoir en dédommagement Briséis. Furieux, Achille décida de cesser de combattre. Cette défection eut pour conséquence une série de défaites des Achéens. En effet, Hector, le fils aîné de Priam (qui, jusque là, avait évité d'affronter Achille) fit un grand carnage de Grecs, grâce à la protection d'Arès. Puis il se retira dans la ville. Ensuite, avant de retourner au combat avec son frère Pâris, il fit ses adieux à sa femme Andromaque et à son fils Astyanax.

HOMÈRE, Iliade, VI, 390-395 / 399-406 / 466-475 / 482-485 / 494-496

Ἦ ῥα γυνὴ ταμίη, ὃ δ᾽ ἀπέσσυτο δώματος Ἕκτωρ 390
τὴν αὐτὴν ὁδὸν αὖτις ἐϋκτιμένας κατ᾽ ἀγυιάς.
Εὖτε πύλας ἵκανε διερχόμενος μέγα ἄστυ
Σκαιάς, τῇ ἄρ᾽ ἔμελλε διεξίμεναι πεδίον δέ,
ἔνθ᾽ ἄλοχος πολύδωρος ἐναντίη ἦλθε θέουσα
Ἀνδρομάχη θυγάτηρ μεγαλήτορος Ἠετίωνος.

Hector sort de la maison et, reprenant la même route, dévale par les bonnes rues. Il traverse ainsi la vaste cité et arrive aux portes Scées: c'est par là qu'il doit déboucher dans la plaine et c'est là qu'il voit accourir au-devant de lui l'épouse qu'il a jadis payée de si riches présents, Andromaque, la fille du magnanime Éétion. […]

Ἥ οἱ ἔπειτ᾽ ἤντησ᾽, ἅμα δ᾽ ἀμφίπολος κίεν αὐτῇ
παῖδ᾽ ἐπὶ κόλπῳ ἔχουσ᾽ ἀταλάφρονα νήπιον αὔτως,
Ἑκτορίδην ἀγαπητὸν ἀλίγκιον ἀστέρι καλῷ,
τόν ῥ᾽ Ἕκτωρ καλέεσκε Σκαμάνδριον, αὐτὰρ οἱ ἄλλοι
Ἀστυάνακτ᾽· οἶος γὰρ ἐρύετο Ἴλιον Ἕκτωρ.
Ἤτοι ὃ μὲν μείδησεν ἰδὼν ἐς παῖδα σιωπῇ·
Ἀνδρομάχη δέ οἱ ἄγχι παρίστατο δάκρυ χέουσα,
ἔν τ᾽ ἄρα οἱ φῦ χειρὶ ἔπος τ᾽ ἔφατ᾽ ἔκ τ᾽ ὀνόμαζε·
Elle vient donc à sa rencontre et, derrière elle, une servante, sur son sein, porte son fils au tendre coeur, encote tout enfant, le fils chéri d'Hector, pareil à un bel astre, qu'Hector nomme Scamandrios et les autres Astyanax, parce quHector est seul à protéger Troie. Hector sourit, regardant son fils en silence. Mais Andromaque près de lui s'arrête, pleurante. Elle lui prend la main, elle lui parle, en l'appelant de tous ses noms. […]
Ὣς εἰπὼν οὗ παιδὸς ὀρέξατο φαίδιμος Ἕκτωρ·
ἂψ δ᾽ ὃ πάϊς πρὸς κόλπον ἐϋζώνοιο τιθήνης
ἐκλίνθη ἰάχων πατρὸς φίλου ὄψιν ἀτυχθεὶς
ταρβήσας χαλκόν τε ἰδὲ λόφον ἱππιοχαίτην,
δεινὸν ἀπ᾽ ἀκροτάτης κόρυθος νεύοντα νοήσας.
Ἐκ δ᾽ ἐγέλασσε πατήρ τε φίλος καὶ πότνια μήτηρ·
αὐτίκ᾽ ἀπὸ κρατὸς κόρυθ᾽ εἵλετο φαίδιμος Ἕκτωρ,
καὶ τὴν μὲν κατέθηκεν ἐπὶ χθονὶ παμφανόωσαν·
αὐτὰρ ὅ γ᾽ ὃν φίλον υἱὸν ἐπεὶ κύσε πῆλέ τε χερσὶν
εἶπε δ᾽ ἐπευξάμενος Διί τ᾽ ἄλλοισίν τε θεοῖσι·
Ainsi dit l'illustre Hector, et il tend les bras à son fils. Mais l'enfant se détourne et se rejette en criant sur le sein de sa nourrice à la belle ceinture. Il s'épouvante à l'aspect de son père; le bronze lui fait peur et le panache aussi en crins de cheval, qu'il voit osciller, au sommet du basque, effrayant. Aussitôt de sa tête l'illustre Hector ôte son casque; il le dépose, resplendissant, sur le sol. Après quoi, il prend son fils et le baise et le berce en ses bras. […]
Ὣς εἰπὼν ἀλόχοιο φίλης ἐν χερσὶν ἔθηκε
παῖδ᾽ ἑόν· ἣ δ᾽ ἄρα μιν κηώδεϊ δέξατο κόλπῳ
δακρυόεν γελάσασα· πόσις δ᾽ ἐλέησε νοήσας.
Il met son fils dans les bras de sa femme et elle le reçoit sur son sein parfumé, avec un rire en pleurs. Son époux alors à la voir a pitié. […]
Ὣς ἄρα φωνήσας κόρυθ᾽ εἵλετο φαίδιμος Ἕκτωρ
ἵππουριν· ἄλοχος δὲ φίλη οἶκον δὲ βεβήκει
ἐντροπαλιζομένη, θαλερὸν κατὰ δάκρυ χέουσα.
Il prend son casque à crins de cheval, tandis que sa femme, déjà, s'en revient chez elle, en tournant la tête et en versant de grosses larmes.

 

Copie partielle du tableau de Jean Restout Jean Restout (1692-1768), Les adieux d'Hector à Andromaque, 1727 (coll. part.)

Hector a donné son casque à un jeune garçon derrière lui. Andromaque essaie de rassurer l'enfant


THÉTIS REÇOIT DE VULCAIN LES ARMES QU'IL A FORGÉES POUR ACHILLE

Finalement, devant l'urgence de la situation, Achille prêta ses armes à Patrocle. Celui-ci se lança dans la bataille jusqu'aux remparts de Troie, mais il fut tué par Hector, qui le dépouilla de ses armes. Achille, plein de douleur, vient, sans armes, au coeur de la mêlée et pousse un cri qui fait fuir les Troyens, abandonnant le corps de Patrocle. Achille décide alors de reprendre le combat et Héphaistos lui prépare de nouvelles armes.

Nicolas PRÉVOST (1604-1670), Thétis recevant de Vulcain les armes qu'il a forgées pour Achille, huile sur toile

 


BRISÉIS RENDUE À ACHILLE DÉCOUVRE DANS SA TENTE LE CORPS DE PATROCLE

Achille se réconcilie avec Agamemnon, qui lui rend la belle Briséis, en jurant qu'il ne l'a jamais possédée. C'est alors que Briséis découvre le corps de Patrocle.

HOMÈRE, Iliade, XIX, 281-285
Βρισηις δ' ἄρ' ἔπειτ', ἰκέλη χρυσῇ Ἀφρόδίτῃ,
ὡς ἴδε Πάτροκλον δεδαῖγμένον ὀξέι χαλκῷ,
ἀμφ' αὐτῷ χυμένη λίγ' ἐκώκυε, χερσὶ δ' ἄμυσσε
στήθεά τ' ἠδ' ἁπαλὴν δειρὴν ἰδε καλὰ πρόσωπα.
À ce moment, Briséis, pareille à Aphrodite d'or, aperçoit Patrocle, déchiré par le bronze aigu. Lors, se laissant tomber sur lui, elle l'embrasse, pousse des sanglots aigus, en même temps que, de ses mains, elle meurtrit sa poitrine et sa tendre gorge et son beau visage.

Léon COGNIET, Briséis pleurant Patrocle, 1815

Cogniet a représenté la scène au moment où Achille
– qui a récupéré de nouvelles armes, casque, épée et bouclier (en bas à droite)
et qui a retrouvé Briséis – s'apprête à retourner au combat.
Briséis, elle, embrasse le corps de Patrocle arraché des mains des Troyens.


À LA FIN DES JEUX SPORTIFS, ACHILLE OFFRE À NESTOR LE CINQUIÈME PRIX, CELUI DE LA SAGESSE

Pour les funérailles de Patrocle, des jeux sont célébrés. Quatre prix ont été attribués. Achille, voyant Nestor trop vieux pour participer aux épreuves sportives, lui remet d'office le cinquième prix (on dira que c'est le prix de la sagesse).

Joseph-Désiré COURT
esquisse pour
Achille présente à Nestor le prix de la Sagesse.
Joseph-Désiré COURT (1796-1865),
Achille présente à Nestor le prix de la Sagesse,
Musée des Beaux-Arts de Rouen

 

HOMÈRE, Iliade, XXIII, 615-624
πέμπτον δ᾽ ὑπελείπετ᾽ ἄεθλον,
ἀμφίθετος φιάλη· τὴν Νέστορι δῶκεν Ἀχιλλεὺς
Ἀργείων ἀν᾽ ἀγῶνα φέρων, καὶ ἔειπε παραστάς·
τῆ νῦν, καὶ σοὶ τοῦτο γέρον κειμήλιον ἔστω
Πατρόκλοιο τάφου μνῆμ᾽ ἔμμεναι· οὐ γὰρ ἔτ᾽ αὐτὸν
620      ὄψηι ἐν Ἀργείοισι· δίδωμι δέ τοι τόδ᾽ ἄεθλον
αὔτως· οὐ γὰρ πύξ γε μαχήσεαι, οὐδὲ παλαίσεις,
οὐδ᾽ ἔτ᾽ ἀκοντιστὺν ἐσδύσεαι, οὐδὲ πόδεσσι
θεύσεαι· ἤδη γὰρ χαλεπὸν κατὰ γῆρας ἐπείγει.
ὣς εἰπὼν ἐν χερσὶ τίθει· ὁ δ᾽ ἐδέξατο χαίρων.
Reste le cinquième prix, la coupe à deux anses : Achille l'offre à Nestor. À travers l'assemblée des Argiens, il va la lui porter, s'arrête devant lui et dit : « Tiens ! toi aussi, vieillard, conserve cette pièce en mémoire des funérailles de Patrocle, car lui-même tu ne le verras plus parmi les Argiens. Je te donne ce prix d'office : tu n'auras à combattre ni au pugilat, ni à la lutte, tu n'entreras pas dans le tournoi des javelots, tu ne prendras pas de part à la course. La vieillesse fâcheuse désormais te presse. Il dit et lui met la coupe entre les mains. Nestor la reçoit avec joie.

ANDROMAQUE PLEURE SUR LES CENDRES D'HECTOR

La vengeance d'Achille fut terrible : il poursuivit Hector autour de la ville et le tua, refusant d'abord de rendre son corps à Priam. Quand, finalement, Achille accepta de rendre le corps d'Hector, celui-ci fut ramené dans Troie sur un chariot traîné par une mule. Alertées par Cassandre, Hécube et Andromaque l'accueillent à une porte de la ville et elles se lamentent en touchant la tête du mort. Puis le corps est apporté dans sa demeure et déposé sur un lit. Andromaque, tenant la tête d'Hector, donne le signal des lamentations funèbres. Lui succèdent Hécube et Hélène. Puis le vieux Priam envoie des hommes chercher du bois pour le bûcher sur lequel, dix jours plus tard, le corps est consumé.

 

Jacques GAMELIN (1798), Andromaque pleurant sur les cendres d'Hector, 1798

HOMÈRE, Iliade, XXIV, 784-798

Ὣς ἔφαθ᾽, οἳ δ᾽ ὑπ᾽ ἀμάξῃσιν βόας ἡμιόνους τε
ζεύγνυσαν, αἶψα δ᾽ ἔπειτα πρὸ ἄστεος ἠγερέθοντο.
Ἐννῆμαρ μὲν τοί γε ἀγίνεον ἄσπετον ὕλην·
ἀλλ᾽ ὅτε δὴ δεκάτη ἐφάνη φαεσίμβροτος ἠώς,
καὶ τότ᾽ ἄρ᾽ ἐξέφερον θρασὺν Ἕκτορα δάκρυ χέοντες,
ἐν δὲ πυρῇ ὑπάτῃ νεκρὸν θέσαν, ἐν δ᾽ ἔβαλον πῦρ.

Ἧμος δ᾽ ἠριγένεια φάνη ῥοδοδάκτυλος Ἠώς,
τῆμος ἄρ᾽ ἀμφὶ πυρὴν κλυτοῦ Ἕκτορος ἔγρετο λαός.
Αὐτὰρ ἐπεί ῥ᾽ ἤγερθεν ὁμηγερέες τ᾽ ἐγένοντο
πρῶτον μὲν κατὰ πυρκαϊὴν σβέσαν αἴθοπι οἴνῳ
πᾶσαν, ὁπόσσον ἐπέσχε πυρὸς μένος· αὐτὰρ ἔπειτα
ὀστέα λευκὰ λέγοντο κασίγνητοί θ᾽ ἕταροί τε
μυρόμενοι, θαλερὸν δὲ κατείβετο δάκρυ παρειῶν.
Καὶ τά γε χρυσείην ἐς λάρνακα θῆκαν ἑλόντες
πορφυρέοις πέπλοισι καλύψαντες μαλακοῖσιν.
Αἶψα δ᾽ ἄρ᾽ ἐς κοίλην κάπετον θέσαν, αὐτὰρ ὕπερθε
πυκνοῖσιν λάεσσι κατεστόρεσαν μεγάλοισι·
ῥίμφα δὲ σῆμ᾽ ἔχεαν, περὶ δὲ σκοποὶ ἥατο πάντῃ,
μὴ πρὶν ἐφορμηθεῖεν ἐϋκνήμιδες Ἀχαιοί.
Χεύαντες δὲ τὸ σῆμα πάλιν κίον· αὐτὰρ ἔπειτα
εὖ συναγειρόμενοι δαίνυντ᾽ ἐρικυδέα δαῖτα
δώμασιν ἐν Πριάμοιο διοτρεφέος βασιλῆος.

A ces mots le peuple attelle aux chars les bœufs et les mules, et s'assemble devant les portes de Troie. Durant neuf jours on apporte du bois dans la ville ; mais lorsque la dixième aurore vint annoncer la lumière aux humains, on s'empara du cadavre d'Hector, on le déposa sur le bûcher, et en quelques instants il fut entouré de flammes.

Le lendemain, dès que l'Aurore aux doigts de rose eut brillé dans les cieux, le peuple se rassembla en foule autour du bûcher. On éteignit d'abord avec des flots de vin aux sombres couleurs tout ce que le feu avait atteint. Les frères et les amis d'Hector recueillirent, en versant des larmes, les ossements blanchis du héros, qu'ils déposèrent dans une urne d'or ; ils la couvrirent de voiles de pourpre, la placèrent dans une fosse profonde, scellée avec de larges pierres, et se hâtèrent d'élever en cet endroit un simple tumulus. Pendant ce temps des sentinelles veillaient de toutes parts, car les Troyens craignaient d'être surpris par les Grecs. Quand on eut élevé la tombe, les guerriers se retirèrent et prirent le repas funèbre dans le palais du roi Priam

Pour comparaison :

Angelica Kauffmann (141-1807)
Andromaque pleurant sur les cendres d'Hector


POLYXÈNE EST SACRIFIÉE POUR QUE LA FLOTTE GRECQUE PUISSE QUITTER TROIE

Lors de l'ambassade de Priam venu racheter le corps d'Hector, Achille avait remarqué et désiré sa fille cadette, Polyxène. Il l'avait même demandée en mariage à Priam, en promettant de cesser de combattre pour les Achéens et de les trahir s'il pouvait l'obtenir. Priam avait accepté que leur accord soit signé dans un temple d'Apollon situé entre Troie et la camp des Grecs. Mais Pâris, le frère de Polyxène, dissimulé derrière la statue du dieu, tua Achille d'une flèche au talon (Achille s'était déchaussé pour entrer dans le temple). Polyxène, qui aimait Achille, fut au désespoir et se réfugia chez les Grecs, qui élevèrent pour le corps du héros un tombeau au bord de la mer.
Troie une fois prise et détruite, alors que les Grecs attendaient des vents favorables pour partir, une voix sortit de ce tombeau : Achille demandait que Polyxène, dont il avait été amoureux, fût sacrifiée.

 

Des Grecs vinrent l'arracher des bras de sa mère Hécube.

Esquisse attribuée à Léon COGNIET (1794-1880) sous le titre de Scène antique, en fait Polyxène arrachée des bras de sa mère.

Ovide, Métamorphoses, XIII, 446-450

Litore Threicio classem religarat Atrides,
dum mare pacatum, dum ventus amicior esset.
Hic subito, quantus cum viveret esse solebat,
exit humo late rupta similisque minanti
temporis illius vultum referebat Achilles,
quo ferus injusto petiit Agamemnona ferro :
"Immemores" que "mei disceditis," inquit, "Achivi,
obrutaque est mecum virtutis gratia nostrae?
Ne facite ; utque meum non sit sine honore sepulcrum,
placet Achilleos mactata Polyxena manes.
Dixit et inmiti sociis parentibus umbrae
rapta sinu matris, quam jam prope sola fovebat.

Le fils d'Atrée, Agamemnon, avait amarré ses vaisseaux sur le rivage de la Thrace, en attendant que la mer fût plus calme et le vent plus favorable. Tout à coup, de la terre largement ouverte, surgit Achille, aussi grand que de son vivant et lançant des regards pleins de menace; son visage avait la même expression que le jour où, poussé par une injuste fureur, il attaqua Agamemnon le fer à la main: "Ainsi, dit-il, vous partez sans songer à moi, Achéens? Le souvenir de ce que vous devez à ma vaillance a donc été enseveli avec moi? Arrêtez; ne laissez pas mon tombeau sans hommage, apaisez les mânes d'Achille en leur immolant Polyxène!" Il dit et, pour obéir à cette ombre cruelle, les alliés arrachent du sein de sa mère celle qui, presque seule maintenant, l'entourait encore de tendresse.

C'est Néoptomème, le fils d'Achille, qui se chargea d'immoler la jeune fille sur le tombeau de son père. Polyxène découvrit elle-même l'endroit où il devait la frapper.

Nicolas PRÉVOST (1604-1670), Le Sacrifice de Polyxène sur le tombeau d'Achille, huile sur toile

OVIDE, Métamorphoses, XIII, 451-475

Fortis et infelix et plus quam femina virgo
ducitur ad tumulum diroque fit hostia busto.
Quae memor ipsa sui, postquam crudelibus aris
admota est sensitque sibi fera sacra parari
utque Neoptolemum stantem ferrumque tenentem
utque suo vidit figentem lumina vultu :
"Utere jamdudurn generoso sanguine;" dixit
"nulla mora est; aut tu iugulo vel pectore telum
conde meo." Jugulumque simul pectusque retexit.
"Scilicet haud ulli servire Polyxena vellem ;
haud per tale sacrum numen placabitis ullum.
Mors tantum vellem matrem mea fallere posset ;
mater obest minuitque necis mihi gaudia, quamvis
non mea mors illi, verum sua vita gemenda est.
Vos modo, ne Stygios adeam non libera manes,
este procul, si justa peto, tactuque uiriles
virgineo removete manus ; acceptior illi,
quisquis is est, quem caede mea placare paratis,
liber erit sanguis ; siquos tamen ultima nostri
verba movent oris (Priami vos filia regis,
nunc captiva rogat) genetrici corpus inemptum
reddite ; neve auro redimat jus triste sepulcri,
sed lacrimis. Tune, cum poterat, redimebat et auro."
Dixerat ; at populus lacrimas, quas illa tenabat,
non tenet.

Cette princesse, que son courage élève au-dessus de son sexe et de son malheur, est conduite en victime sur la tombe d'Achille. Digne fille des rois, elle arrive à cet autel barbare, et voyant les funestes apprêts du sacrifice, Néoptolème debout, qui tient le couteau sacré, et attache sur elle ses regards : « Répands, dit-elle, ce sang illustre et pur : que rien ne t'arrête; plonge le fer dans ma gorge ou dans mon sein (et en même temps elle présente l'une et l'autre). Polyxène craint moins la mort que l'esclavage. Mais aucune divinité ne peut être apaisée par ce sacrifice inhumain. Je voudrais seulement que ma mère trompée put ignorer ma mort. Ma mère trouble seule la joie que m'offre le trépas; et cependant, ce n'est pas ma mort qui doit l'affliger, c'est sa vie. Vous, ô Grecs, éloignez-vous : laissez-moi descendre libre chez les morts. Si ma prière est juste, ne portez point sur moi vos mains, et respectez mon sexe. Quels que soient les mânes que vous cherchiez à apaiser, mon sacrifice leur sera plus agréable, devenu volontaire. Si mes derniers voeux peuvent vous toucher, écoutez la fille de Priam et non votre captive. Rendez à ma mère mon corps sans rançon. Que l'or ne rachète point le triste droit du tombeau, accordez-le à ses pleurs. Autrefois elle avait des trésors, et s'en servait pour racheter ses enfants. » Polyxène se tait : le peuple ne peut retenir ses pleurs, elle retient les siens.

 



Pierre-Jacques CAZES (1676-1734), Le Sacrifice de Polyxène

EURIPIDE, Hécube, 521-580 : Talthybius raconte à Hécube la mort de sa fille

Παρῆν μὲν ὄχλος πᾶς Ἀχαιικοῦ στρατοῦ
πλήρης πρὸ τύμβου σῆς κόρης ἐπὶ σφαγάς·
λαβὼν δ' Ἀχιλλέως παῖς Πολυξένην χερὸς
ἔστησ' ἐπ' ἄκρου χώματος, πέλας δ' ἐγώ·
λεκτοί τ' Ἀχαιῶν ἔκκριτοι νεανίαι,
σκίρτημα μόσχου σῆς καθέξοντες χεροῖν,
ἕσποντο.

L'armée grecque tout entière se pressait en foule devant le tombeau, pour être témoin du sacrifice de ta fille. Le fils d'Achille saisit Polyxène par la main, et la place sur le tombeau même. J'étais auprès de lui ; de jeunes guerriers, l'élite de la Grèce, se montraient prêts à contenir les mouvements de la tendre victime.

Πλῆρες δ' ἐν χεροῖν λαβὼν δέπας
πάγχρυσον αἴρει χειρὶ παῖς Ἀχιλλέως
χοὰς θανόντι πατρί· σημαίνει δέ μοι
σιγὴν Ἀχαιῶν παντὶ κηρῦξαι στρατῷ.
Κἀγὼ καταστὰς εἶπον ἐν μέσοις τάδε·
Σιγᾶτ', Ἀχαιοί, σῖγα πᾶς ἔστω λεώς,
σίγα σιώπα· νήνεμον δ' ἔστησ' ὄχλον.
Ὃ δ' εἶπεν· Ὦ παῖ Πηλέως, πατὴρ δ' ἐμός,
δέξαι χοάς μοι τάσδε κηλητηρίους,
νεκρῶν ἀγωγούς· ἐλθὲ δ', ὡς πίῃς μέλαν
κόρης ἀκραιφνὲς αἷμ', ὅ σοι δωρούμεθα
στρατός τε κἀγώ· πρευμενὴς δ' ἡμῖν γενοῦ
λῦσαί τε πρύμνας καὶ χαλινωτήρια
νεῶν δὸς ἡμῖν πρευμενοῦς τ' ἀπ' Ἰλίου
νόστου τυχόντας πάντας ἐς πάτραν μολεῖν.
Τοσαῦτ' ἔλεξε, πᾶς δ' ἐπηύξατο στρατός.
Le fils d'Achille, prenant dans ses mains une coupe d'or, fait des libations à son père ; en même temps il me fait signe de commander le silence à l'armée. Aussitôt je me lève, et je m'écrie : "Silence, ô Grecs ! que toute l'armée fasse silence : gardez un profond silence." Tout le monde reste immobile. Alors il prend la parole : "Fils de Pélée ! ô mon père! reçois ces libations propitiatoires, par lesquelles on évoque les ombres. Viens te rassasier du sang pur de cette jeune fille, que l'armée t'offre avec moi. Sois-nous propice; que nos vaisseaux puissent quitter le rivage et mettre à la voile, et permets-nous de partir d'Ilion, d'obtenir tous un heureux retour dans notre patrie." Ainsi parla le fils d'Achille ; et toute l'armée se joignit à sa prière.
Εἶτ' ἀμφίχρυσον φάσγανον κώπης λαβὼν
ἐξεῖλκε κολεοῦ, λογάσι δ' Ἀργείων στρατοῦ
νεανίαις ἔνευσε παρθένον λαβεῖν.
Ἣ δ', ὡς ἐφράσθη, τόνδ' ἐσήμηνεν λόγον·
Ὦ τὴν ἐμὴν πέρσαντες Ἀργεῖοι πόλιν,
ἑκοῦσα θνῄσκω· μή τις ἅψηται χροὸς
τοὐμοῦ· παρέξω γὰρ δέρην εὐκαρδίως.
Ἐλευθέραν δέ μ', ὡς ἐλευθέρα θάνω,
πρὸς θεῶν, μεθέντες κτείνατ'· ἐν νεκροῖσι γὰρ
δούλη κεκλῆσθαι βασιλὶς οὖσ' αἰσχύνομαι.
Λαοὶ δ' ἐπερρόθησαν, Ἀγαμέμνων τ' ἄναξ
εἶπεν μεθεῖναι παρθένον νεανίαις.
Οἳ δ', ὡς τάχιστ' ἤκουσαν ὑστάτην ὄπα,
μεθῆκαν, οὗπερ καὶ μέγιστον ἦν κράτος.
Ensuite il saisit son épée enrichie d'or, et, la sortant du fourreau, il fait signe aux jeunes Grecs de saisir la victime. Mais elle, lorsqu'elle vit leur dessein, s'écria : "Ô Grecs, destructeurs de ma patrie, je meurs volontairement : que personne ne porte les mains sur moi. J'offrirai ma tête avec courage. Au nom des dieux, en m'immolant, souffrez que je meure libre. Être appelée esclave chez les morts serait une bonté pour moi, qui suis reine." Alors s'éleva un murmure d'approbation. Le roi Agamemnon commande aux jeunes gens de lâcher Polyxène. Ceux-ci, dès qu'ils entendent cette voix puissante, se retirent.
Κἀπεὶ τόδ' εἰσήκουσε δεσποτῶν ἔπος,
λαβοῦσα πέπλους ἐξ ἄκρας ἐπωμίδος
ἔρρηξε λαγόνας ἐς μέσας παρ' ὀμφαλόν,
μαστούς τ' ἔδειξε στέρνα θ' ὡς ἀγάλματος
κάλλιστα, καὶ καθεῖσα πρὸς γαῖαν γόνυ
ἔλεξε πάντων τλημονέστατον λόγον·
Ἰδού, τόδ', εἰ μὲν στέρνον, ὦ νεανία,
παίειν προθυμῇ, παῖσον, εἰ δ' ὑπ' αὐχένα
χρῄζεις, πάρεστι λαιμὸς εὐτρεπὴς ὅδε.
Ὃ δ' οὐ θέλων τε καὶ θέλων οἴκτῳ κόρης,
τέμνει σιδήρῳ πνεύματος διαρροάς·
κρουνοὶ δ' ἐχώρουν. Ἣ δὲ καὶ θνῄσκουσ' ὅμως
πολλὴν πρόνοιαν εἶχεν εὐσχήμων πεσεῖν,
κρύπτουσ' ἃ κρύπτειν ὄμματ' ἀρσένων χρεών.
Polyxène, lorsqu'elle eut entendu ces paroles souveraines, déchira sa robe jusqu'à la ceinture, et offrit à nos regards sa poitrine et sa gorge, semblable à celle d'une belle statue; et, posant un genou en terre, elle prononça les paroles les plus touchantes : "Jeune guerrier, dit-elle, veux-tu frapper mon sein? le voici, frappe; veux-tu frapper à la gorge? la voici qui s'offre au coup mortel." Saisi de compassion pour la jeune fille, il hésite; enfin de son glaive il tranche le fil de ses jours, et fait couler des flots de sang. Celle-ci, même en mourant, observe de tomber avec décence, et de cacher ce qu'il convient de dérober aux regards des hommes.
Ἐπεὶ δ' ἀφῆκε πνεῦμα θανασίμῳ σφαγῇ,
οὐδεὶς τὸν αὐτὸν εἶχεν Ἀργείων πόνον·
ἀλλ' οἳ μὲν αὐτῶν τὴν θανοῦσαν ἐκ χερῶν
φύλλοις ἔβαλλον, οἳ δὲ πληροῦσιν πυρὰν
κορμοὺς φέροντες πευκίνους, ὁ δ' οὐ φέρων
πρὸς τοῦ φέροντος τοιάδ' ἤκουεν κακά·
Ἕστηκας, ὦ κάκιστε, τῇ νεάνιδι
οὐ πέπλον οὐδὲ κόσμον ἐν χεροῖν ἔχων;
Οὐκ εἶ τι δώσων τῇ περίσσ' εὐκαρδίῳ
ψυχήν τ' ἀρίστῃ.
Lorsqu'elle eut rendu le dernier soupir, chacun s'occupe de soins divers : les uns couvrent son corps de feuillages; les autres, pour dresser un bûcher, apportent des branches de pins. Celui qui restait oisif entendait bientôt ce reproche : "Que fais-tu, lâche? tu n'apportes rien pour parer la sépulture de la jeune fille? Ne feras-tu aucune offrande à cette vierge généreuse et magnanime?"

 

OVIDE, Métamorphoses, XIII, 475-481
Ipse etiam flens invitusque sacerdos
praebita conjecto rupit praecordia ferro.
Illa, super terram defecto poplite labens,
pertulit interpidos ad fata novissima vultus.
Tunc quoque cura fuit partes velare tegendas,
cum caderet, castique decus servare pudoris.
Troades excipiunt.
Le sacrificateur lui- même est attendri, et plonge à regret le couteau dans le sein qui s'offre à ses coups. La victime chancelle et tombe; et son front conserve encore une noble fierté. En tombant, elle songeait à ranger ses vêtements, et ce dernier soin est le triomphe de la pudeur. Les captives Troyennes reçoivent son corps.

À SON RETOUR DE TROIE, AGAMEMNON EST ASSASSINÉ PAR SON ÉPOUSE CLYTEMNESTRE

Après la guerre de Troie, AGAMEMNON rejoint sa patrie. Mais, pendant son absence, sa femme Clytemnestre a pris un amant, Égisthe. Ce dernier l'incite à se débarrasser de son époux qui avait assassiné son premier mari et ordonné le sacrifice de leur fille Iphigénie.

Pierre-Narcisse GUÉRIN (1774-1833), Clytemnestre hésitant avant de frapper Agamemnon endormi

Agamemnon est représenté endormi et désarmé, à la merci de sa femme.
Clytemnestre, poussée par son amant Egisthe, une hache bipenne à la main, hésite à entrer dans la pièce.


SUR LA ROUTE DU RETOUR, ULYSSE MENACE LA MAGICIENNE CIRCÉ QUI A VOULU LE TRANSFORMER EN PORC

ULYSSE, lui, connut maintes aventures avant de pouvoir retrouver sa patrie et son épouse. En particulier, il dut affronter la magicienne Circé qui habitait dans l'île d'Ééa. Elle a réussi a transformer en porcs une vingtaine de ses compagnons en leur faisant boire un cycéon magique. Mais Ulysse échappe au piège grâce à l'antidote que lui a donnée Hermès : le breuvage est sans effet sur lui. Alors il jette la coupe de cycéon et tire son épée. Circé, apeurée, reconnaît cet Ulysse dont un dieu lui avait annoncé la venue lorsque reviendrait de Troie. Pour l'apaiser, elle lui offre de coucher avec elle.

Jean-Philippe DUMET, Ulysse démasquant Circé, 1810

Homère, Odyssée, X, 314-335

Εἷσε δέ μ᾽ εἰσαγαγοῦσα ἐπὶ θρόνου ἀργυροήλου
καλοῦ δαιδαλέου· ὑπὸ δὲ θρῆνυς ποσὶν ἦεν·
τεῦχε δέ μοι κυκεῶ χρυσέῳ δέπαι, ὄφρα πίοιμι,
ἐν δέ τε φάρμακον ἧκε, κακὰ φρονέουσ᾽ ἐνὶ θυμῷ.
Αὐτὰρ ἐπεὶ δῶκέν τε καὶ ἔκπιον, οὐδέ μ᾽ ἔθελξε,
ῥάβδῳ πεπληγυῖα ἔπος τ᾽ ἔφατ᾽ ἔκ τ᾽ ὀνόμαζεν·
« Ἔρχεο νῦν συφεόνδε, μετ᾽ ἄλλων λέξο ἑταίρων. »
Ὣς φάτ᾽, ἐγὼ δ᾽ ἄορ ὀξὺ ἐρυσσάμενος παρὰ μηροῦ
Κίρκῃ ἐπήιξα ὥς τε κτάμεναι μενεαίνων.
Ἡ δὲ μέγα ἰάχουσα ὑπέδραμε καὶ λάβε γούνων,
καί μ᾽ ὀλοφυρομένη ἔπεα πτερόεντα προσηύδα·

Elle m'installe en un fauteuil aux clous d'argent et, dans la coupe d'or dont je vais me servir, elle fait son mélange: elle y verse la drogue, ah! l'âme de traîtresse! Elle me tend la coupe: d'un seul trait je bois tout. Le charme est sans effet, même après que, m'ayant frappé de sa baguette, elle dit et déclare : "Maintenant, viens aux tects coucher près de tes gens!" Elle disait; mais moi, j'ai, du long de ma cuisse, tiré mon glaive à pointe. Je lui saute dessus, fais mine de l'occire. Elle pousse un grand cri, s'effondre à mes genoux, les prend, me prie, me dit ces paroles ailées :

« Τίς πόθεν εἰς ἀνδρῶν; πόθι τοι πόλις ἠδὲ τοκῆες;
θαῦμά μ᾽ ἔχει ὡς οὔ τι πιὼν τάδε φάρμακ᾽ ἐθέλχθης·
οὐδὲ γὰρ οὐδέ τις ἄλλος ἀνὴρ τάδε φάρμακ᾽ ἀνέτλη,
ὅς κε πίῃ καὶ πρῶτον ἀμείψεται ἕρκος ὀδόντων.
Σοὶ δέ τις ἐν στήθεσσιν ἀκήλητος νόος ἐστίν.
Ἦ σύ γ᾽ Ὀδυσσεύς ἐσσι πολύτροπος, ὅν τέ μοι αἰεὶ
φάσκεν ἐλεύσεσθαι χρυσόρραπις ἀργεϊφόντης,
ἐκ Τροίης ἀνιόντα θοῇ σὺν νηὶ μελαίνῃ.
Ἀλλ᾽ ἄγε δὴ κολεῷ μὲν ἄορ θέο, νῶι δ᾽ ἔπειτα
εὐνῆς ἡμετέρης ἐπιβείομεν, ὄφρα μιγέντε
εὐνῇ καὶ φιλότητι πεποίθομεν ἀλλήλοισιν. »
"Quel est ton nom, ton peuple et la ville et ta race?… Quel grand miracle! quoi! sans être ensorcelé tu m'as bu cette drogue!… Jamis, au grand jamais je n'avais vu mortel résister à ce charme dès qu'il en avait bu, dès que cette liqueur avait franchi ses dents. C'est donc toi qui serais l'Ulysse aux mille tours ? Le dieu aux rayons clairs, à la baguette d'or, m'avait toujours prédit qu'avec son noir croiseur il viendrait, cet Ulysse, à son retour de Troie. Mais allons! c'est assez : rentre au fourreau ton glaive et montons sur mon lit; qu'unis sur cette couche et devenus amants nous puissions désormais nous fier l'un à l'autre.

Ulysse, suivant les recommandations d'Hermès, demandera d'abord à la magicienne de jurer par "le grand serment des dieux" qu'elle ne cherchera plus à lui faire du mal. Puis il l'accompagne dans sa chambre où s'affairent les quatre nymphes qui étaient à son service. Elles changent les draps, préparent le vin et une baignoire d'eau tiède pour faire la toilette d'Ulysse qui va partager le lit de la magicienne.


PYRRHUS REFUSE DE LIVRER LE FILS D'ANDROMAQUE

PYRRHUS [Néoptolème], le fils d'Achille, a reçu, parmi les captives troyennes, Andromaque, la femme d'Hector. Mais, elle a un enfant, Astyanax, dont les Achéens réclament la mort, de peur de voir restaurée un jour la lignée royale troyenne. Pyrrhus refuse. Il l'emmènera en Épire, l'épousera et lui fera trois enfants.

Pierre-Narcisse GUÉRIN (1774-1833), Andromaque et Pyrrhus, esquisse

Pierre-Narcisse GUÉRIN (1774-1833), Andromaque et Pyrrhus, Musée des Beaux-Arts de Bordeaux

Oreste (à droite) est venu au nom des Grecs demander l'enfant.
Andromaque supplie Pyrrhus d'épargner son fils. Le geste de Pyrrhus indique gardera l'enfant et sa mère.
Hermione (à gauche), fille de Ménélas et d'Hélène, épouse de Pyrrhus, est ulcérée de cette décision qu'il va prendre.


Les traditions divergent sur son sort d'Astyanax. Selon la Petite Iliade, Pyrrhus le met à mort en le jetant du haut d'une tour de la ville. Les funérailles de l'enfant étaient présentées dans la scène finale des Troades, une tragédie perdue d'Euripide. D'autres traditions font survivre Astyanax au sac de Troie. Dans l'une, que suivra Racine dans Andromaque, l'enfant est le captif de Pyrrhus et suit sa mère en Épire. Dans l'autre, il fonde plus tard une nouvelle Troie avec son cousin Ascagne, le fils d'Énée (Tite-Live). Dans La Franciade (1572), Ronsard imagine qu'Astyanax a fondé, sous le nom de Francion, le royaume de France.


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